Bush

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Les George BUSH : biographies ... : trafiquants, affairistes, magouilleurs de pères en fils ... Une Kollaboration fructueuse avec l' hitlérisme ... !: 

George Bush :
La biographie indésirable
--- par Webster G. Tarpley & Anton Chaitkin

Traduit par Jean - Marie FLEMAL

INTRODUCTION - PRÉAMBULE: Un Caligula américain 

La thèse de ce livre est simple : Si George Bush devait être réélu en novembre 1992 pour un second mandat de président des États - Unis, ce pays et le reste du monde devraient affronter une catastrophe d'une ampleur gigantesque.
La nécessité d' écrire ce livre s' est imposée de façon irrésistible dans l' esprit de ses auteurs à la suite du massacre monstrueux de la guerre d' Irak, en janvier et février 1991. Cette guerre était un acte de génocide sauvage et prémédité de la part de Bush, entrepris de connivence avec une clique de Londres qui, dans sa continuité historique, se faisait la représentante à la fois du pire ennemi des intérêts à long terme du peuple américain et de l' adversaire le plus implacable du progrès de l' espèce humaine.
Les auteurs ont observé très soigneusement George Bush à mesure que se déroulait la crise du Golfe et la guerre et ils ont eu la certitude que ses débordements de colère en public constituaient de véritables crises psychotiques révélatrices d' un état mental très perturbé, de très mauvais augure pour l' humanité. Les auteurs ont également été horrifiés par le degré d' ignorance bienveillante de leurs concitoyens à propos de la réalité révoltante de ces crises en public. Une majorité d' Américains s' est avérée disposée à prêter son soutien à une méprisable entreprise de boucherie.
Par leurs votes d'appel du 12 janvier 1991, le Sénat et la Chambre des Représentants ont donné leur feu vert aux mesures de guerre imminentes, planifiées par Bush en vue de réinstaller dans son pouvoir l' émir du Koweït, un homme qui, au sens propre de l' expression, possède des esclaves. Ce vote était un crime contre la justice de Dieu.
Ce livre fait partie d' une tentative de les aider à survivre quoi qu 'il arrive, à la fois pour la sauvegarde du monde et pour la leur propre. Il a été conçu comme une contribution à un processus éducatif qui pourrait encore sauver le peuple américain des horribles destructions que signifierait un second mandat en faveur de Bush. En outre, il a été conçu comme un avertissement à tous les citoyens : s'ils ne refusent pas un second mandat à Bush, ils mériteront pleinement ce qui leur tombera dessus après 1993.
Puisque ce livre sera sous presse en automne 1991, la conscience que le public a de la dépression à long terme de l' économie américaine croîtra rapidement. Si Bush devait être réélu, il se considérerait comme étant hors d' atteinte des électeurs et de la volonté populaire; avec un déficit fédéral grimpant de plus d' un milliard de dollars chaque jour, une seconde administration Bush dicterait sans aucun doute une austérité tellement écrasante qu' elle amènerait le pays au bord de la guerre civile. Nombre de signes avant - coureurs de ce qui pourrait se produire sont décrits dans le dernier chapitre de ce libre. Notre but a été de réunir le plus d' éléments véridiques possible sur Bush dans les limites temporelles imposées par les élections de 1992. Ni le temps ni les ressources n' ont permis d' accorder une attention des plus minutieuses à certains détails; nous pouvons dire, toutefois, que notre engagement solennel à dire la vérité et que notre produit fini sont de meilleure qualité que tout ce que quiconque a été en mesure de montrer, y compris les organisations spécialistes de l' info et les services de renseignement dont les moyens en tous genres surpassent de loin les nôtres. Comment pouvons - nous espérer combattre ce tout - puissant cartel du pouvoir qui entoure Bush avec une biographie, un simple livre ? Nous ne nous berçons guère d' illusions sur un succès facile, mais nous avons été encouragés dans notre travail par l' espoir qu' une biographie pourrait stimuler l' opposition à Bush et à ses menées politiques. Et, ne serait - ce que par ses qualités novatrices, il posera certainement toute une nouvelle série de problèmes à ceux qui cherchent à faire réélire Bush. Car, bien que Bush soit aujourd'hui ce que les journalistes appellent un dirigeant mondial, aucun compte rendu véridique de sa véritable carrière n' a encore été mis à la disposition du public. 

L' ouvrage que nous soumettons ici à l' appréciation de l' opinion publique est, à notre connaissance, la première biographie non autorisée et sous forme de livre de George Bush. Il s' agit de la première approche de la vérité à propos de sa vie. C' est la première biographie digne de ce nom, et c' est un fait qui en dit long sur le sinistre pouvoir et le souci obsessionnel de dissimulation qui ronge le personnage. Aucune des autres biographies se prétendant telles (y compris l' autobiographie de Bush destinée à sa campagne électorale) ne peut être prise au sérieux : chacun de ces ouvrages est un pastiche truffé de mensonges, de distorsions et de banalités en tous genres, allant du panégyrique électoral au gros mensonge à la Goebbels, visant à forger de toutes pièces des histoires édifiantes destinées à émouvoir des enfants crédules. Il n' y a vraiment guère d' exception où la littérature disponible sur Bush ne soit dénuée de la moindre valeur.
Mais, avec Bush, ce n' est que le début du problème. Les antécédents de la famille Bush en ont fait un atout des réseaux de la Brown Brothers, Harriman, l' une des forces politiques les plus puissantes des États - Unis durant une bonne partie du 20e siècle et, durant des années, la plus importante banque privée du monde. Il suffit dans ce contexte de penser à Averell Harriman en train de négocier, au cours de la Seconde Guerre mondiale et au nom des États - Unis, avec Churchill et Staline, ou au rôle de Robert Lovett, partenaire de la Brown Brothers, Harriman, dans son rôle de mentor de John F. Kennedy lors du choix de son cabinet par ce dernier, pour commencer à comprendre les implications du poste du sénateur Prescott Bush en tant qu' associé gérant de cette banque. Les réseaux de la Brown Brothers, Harriman s'infiltrent dans le gouvernement et les mass - media. Maintes fois au cours de ces pages, nous verrons des histoires des plus embarrassantes pour George Bush se voir interdire la publication, des documents gênants pour Bush disparaître de façon louche et des témoins à charge contre Bush se faire rattraper par des morts à tout le moins mystérieuses et particulièrement opportunes dans le temps. Les quelques faits pertinents qui ont fait surface, çà et là, dans le domaine public, ont été nécessairement filtrés par cet appareil gigantesque. Ce problème a été réglé par la corruption des auteurs, des journalistes, des directions d' information et des éditeurs qui ont fonctionné de plus en plus en tant qu' avocats entretenus au service de Bush. George Bush veut à tout prix que les aspects principaux de son existence demeurent occultés. En même temps, il se rend compte que son besoin de dissimulation présente un côté vulnérable. Le besoin de protéger son côté faible explique le flot permanent de matériel biographique et historique bidon concernant George, de même que l' essorage auquel on a soumis de nombreuses études sur l' histoire récente qui ne peuvent jamais parler de lui directement. Ces quelques derniers mois, nous avons vu paraître, sur le Watergate, un ouvrage qui prétend présenter des éléments neufs au public et qui désigne Al Haig comme étant Deep Throat, mais qui ignore, par ailleurs, le rôle primordial de George Bush et de ses partenaires d'affaires dans cette même affaire du Watergate. Nous disposons d'un nouvel ouvrage, cette fois de la plume du lieutenant - colonel Oliver North, qui affirme que Roland Reagan savait tout au sujet de l' affaire des contras en Iran, mais que Bush ne faisait pas partie de la chaîne de commandement  de North. Ce dernier point n' est qu'une paraphrase des propres excuses boiteuses de Bush prétendant qu' il était « hors circuit » durant toutes ces transactions illégales. Au cours des enquêtes et auditions concernant la nomination de Robert Gates au poste de directeur des Renseignements Généraux (Central Intelligence), personne n' eut rien de neuf à ajouter sur le rôle de George Bush, patron du bureau de crise du groupe des situations d'exception du Conseil National de la Sécurité, bureau qui fut l' un des centres de commandement de toute l' affaire. Ces mascarades sont colportées à l'usage d' un public hyper -crédule par des agents dont la tâche va bien au - delà du simple contrôle des préjudices puisqu' elle contrôle également les esprits - le fameux « MK » dans l'opération gouvernementale estampillée « MK Ultra ». Ces coudées franches dont George Bush a bénéficié au cours des élections de 1988 se reflètent, entre autres, dans le fait qu' en aucun moment de la campagne, on n' a assisté à la moindre tentative sérieuse de la part des prétendus organismes d 'information de fournir au public quelque chose qui puisse ressembler de près ou de loin à un compte rendu crédible et complet de la carrière politique de notre homme. Deux biographies au moins de Dukakis furent publiées qui, bien qu 'à peine critiques, n' étaient pas non plus uniformément flatteuses. Mais, dans le cas de Bush, tout ce que le public eut à se mettre sous la dent se limita à l' ancienne biographie électorale de Bush de 1980 et à une autobiographie électorale plus récente, toutes deux n' étant, en fait, que des tissus de mensonges.
Tout au début de nos recherches en vue de la rédaction du présent ouvrage, il est devenu apparent que tous les livres et la plupart des articles plus longs traitant de la vie de George Bush avaient été engendrés à partir d' une liste de « faits », concernant Bush et sa famille, qui avait été complètement expurgée, approuvée et canoniquement admise par le clan de notre homme. Nous apprîmes qu' au cours des années 1979 - 1980, Pete Roussel, l' assistant de Bush, avait tenté de recruter des biographes en vue de préparer une « vie de Bush » à partir d' une collection de communiqués de presse, de rappels de titres et de tout un matériel prédigéré du même acabit.  La plupart des écrits biographiques concernant Bush se composent tout simplement d' éléments extraits de cette liste, échelonnés chronologiquement et transformés en récit émaillé d' interprétations de commentaires, d' anecdotes, d' enjolivures ou de procédés stylistiques spéciaux. La liste autorisée, admise par Bush, est facilement identifiable. Un détail en disait long, au point de faire l' objet d' une plaisanterie chez les auteurs de la présente étude : il s' agissait de la constance absolue avec laquelle les pisse - copies chargés de dissimuler la substance même de l' existence de Bush mentionnaient une Studebaker rouge de 1947 que George Bush avait prétendument conduite vers Odessa, Texas, en 1948. C' est le genre de détail par lequel cette engeance d' écrivaillons tentent d' humaniser leur sujet, de la même façon que les fers à cheval, les couennes de porc et la musique de country and western ont été introduits dans la vie réelle de Bush dans une tentative délibérée et trompeuse d' humaniser son image. Notre expérience nous a montré que chaque texte faisant référence à la Studebaker rouge de Bush dérivait probablement de la liste des faits approuvés par Bush lui - même et qu' elle était dès lors pratiquement sans valeur pour des recherches sérieuses autour de l' existence de notre homme. Par conséquent, nous avons rattaché ce genre de textes à l' « école de la Studebaker rouge » de dissimulation et de falsification.
Quelques exemples ? Celui - ci est tiré de l' autobiographie électoraliste de Bush, Looking Forward (Le regard tourné vers l'avant), écrite en réalité par son assistant Vic Gold : Je me rendais au Texas dans ma Studebaker, et tout ce que je savais du paysage de cet État, c'est ce que j' en avais vu du cockpit d' un Vultee Vibrator durant ma période d' entraînement dans la Navy. [n.1]
Voici le même épisode tel que le décrit le copain de Bush, Fitzhugh Green, ami du financier malthusien Russell Train, dans son George Bush: An Intimate Portrait (GB, un portrait intime), publié après que Bush eut conquis la présidence :
Il [Bush] chargea sa Studebaker 1948, fit en sorte que sa femme et son fils le suivent, et se mit en route pour Odessa, Texas. [n.2]
En 1983, Harry Hurt III a écrit les lignes suivantes pour un article dans un magazine texan, orné en prime d' un dessin apparemment censé représenter une Studebaker, mais qui, en fait, ne ressemble absolument pas à une Studebaker de cette époque : Durant l' été 1948, lorsque George Herbert Walker Bush prit la direction d' Odessa avec sa Studebaker rouge toute cabossée, la population de la ville, bien qu' en hausse constante du fait de la main - d'ouvre pétrolière nouvellement débarquée, ne comptait toujours pas 30.000 habitants. [n.3]
Nous voyons que Harry Hurt a plus d' imagination que nombre de biographes de
Bush, et son article fournit quelques faits utiles. Plus faible est la version que nous propose Richard Ben Kramer, dont on attend la publication en 1992 et qui est donc censée servir de biographie de campagne en vue de préparer le terrain à la seconde victoire électorale de Bush. Puisse Dieu nous venir en aide. Cramer s' est vu confier la tâche peu enviable de donner vie une fois de plus à cette même vieille liste éculée. Mais le fait même que l' équipe de Bush sent qu' elle a besoin d'une nouvelle biographie indique qu' elle se rend compte qu' elle est ici potentiellement vulnérable. Cramer a tenté de résoudre son problème est remodelant la même vieille camelote dans un style frénétique, hyper - cinétique, voire hyper - thiroïdien, serions - nous tentés de dire. Les lignes qui suivent proviennent d' un passage de cet ouvrage à paraître, et qui a été publié dans Esquire, en juin 1991 : En juin, après les Séries mondiales des collèges et la journée de remise des diplômes à New Haven, Poppy chargea sa nouvelle Studebaker rouge (un cadeau de fin d' études de Pres) et mit le cap sur le sud. [n.4]
Cette Studebaker était - elle flambant neuve, ou vieille et toute cabossée ? Peut - être la liste autorisée ne mentionne - t - elle ce détail; en tout cas, nous pouvons voir que nos autorités divergent sur ce point.
Flight of the Avenger (Le vol du Vengeur), le roman de Joe Hyams sur la guerre de Bush, sorti en 1991, ne reprend pas cette référence obligée à la Studebaker rouge », mais la chose est plus que compensée par une adulation des plus élaborées à propos d' autres détails des états de service de notre héros durant la guerre [n.5]. La publication de Flight of the Avenger, qui se concentre sur la narration héroïque des souvenirs de guerre de Bush et ignore toute preuve qui pourrait contribuer à dégonfler ce mythe, a été minutée de façon à coïncider avec la crise du Golfe et la guerre de Bush contre l' Irak. Il s'agit d' un tract ignoble écrit avec l'aide ouverte de Bush, de Barbara Bush et de l' équipe de la Maison - Blanche. Flight of the Avenger rappelle la pratique des États totalitaires qui veut qu' une guerre menée par le régime devrait être accompagnée de propagande dépeignant l' homme fort du régime dans la posture martiale qui convient le mieux au moment. En tout cas, ce livre traite de la vie de Bush jusqu' à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et nous n' arrivons donc jamais à Odessa. Un seul des longs comptes rendus complets produits par la machine de propagande de Bush à propos de son candidat néglige l' histoire de la Studebaker rouge. Il s' agit de George Bush: A Biography, de Nicholas King, sortie suite aux efforts de Pete Roussel en vue de la campagne de 1980.
Nicholas King a été le porte - parole de Bush lorsqu' il était ambassadeur des États - Unis aux Nations unies. King admet au début de son ouvrage qu 'il peut être récusé pour avoir écrit un ouvrage faisant montre d' une apologie la plus transparente qui soit : « Rétrospectivement », écrit-il dans sa préface, « ce livre peut sembler prêter le flanc à l' accusation de flatterie exagérée, car le portrait de son sujet est présenté partout sous un angle favorable. »[n.6] Bien sûr !
Les ouvrages sur Barbara Bush rappellent servilement les mêmes détails tirés de la même liste autorisée. Voici un extrait caractéristique tiré de l' ouvrage chaudement admiratif Simply Barabara Bush: A Portrait of America's Candid First Lady (Barbara Bush, tout simplement : Portrait de la franche et sincère première dame des États - Unis), écrit par Donnie Radcliffe et publié après la victoire électorale de Bush en 1988 : Avec les 3.000 dollars qui lui restaient après son diplôme, en juin 1948, George se rendit au Texas dans la Studebaker rouge de 1947 que son père lui avait donnée pour son diplôme, après que sa voiture eut rendu l'âme sur l' autoroute. [n.7]
Même des journalistes étrangers tentant d'informer leur public sur les conditions régnant aux États - Unis ont été victimes de cette même vieille liste autorisée de Bush. L'écrivain et journaliste allemand Rainer Bonhorst, ancien correspondant à Washington du Westdeutsche Allgemeine Zeitung, dans son ouvrage de 1988 intitulé George Bush: Der neue Mann im Weissen Haus (GB : le nouvel homme de la Maison - Blanche), a intitulé un chapitre de cette biographie politique « Im roten Studebaker nach Texas » (Au Texas en Studebaker rouge). Bonhorst écrit ce qui suit : Dann war da noch die Sache mit dem roten Studebaker. Sie spielt--gleich nach dem Weltkriegseinsatz-- eine zweite zentrale Rolle in der Lebensgeschichte des George Bush. Es ist die Geschichte seiner Rebellion. Der Schritt, der
aus dem steifen Neuenglaender einen laessigen Texaner machte, aus dem reich geborenen Patriziersohn einen Selfmademann. [...] Also packten George und Barbara Bush, 24 und 23 Jahre alt, er gerade mit dem Studium fertig, sie vorzeitigaus ihrer Universitaet ausgeschieden und seit ein paar Monaten Mutter, ihr Baby und ihre Koffer und luden sie auf ihr knallrotes Studebaker-Coupe. "Ein supermoderner, schnittiger Wagen, allerdings etwas laut fuer den neuenglischen Geschmack," erinnerten sich die Bushs spaeter. Aber schliesslich ging es ja ab nach Texas. [n.8]
Nous voyons que Bonhorst est pleinement conscient de l' importance symbolique revêtue par la Studebaker rouge dans ces comptes rendus hagiographiques de la vie de Bush. 
Quelle est la vérité, en fin de compte, dans cette affaire ? Il y a une bonne raison de croire, d' abord, que George Bush ne s' est pas rendu à Odessa, Texas, en Studebaker rouge. Une source bien informée n' est autre que le magnat bien connu du pétrole texan, Oscar Wyatt, de Houston, et contributeur de la campagne de Bush. Dans une lettre récente au Texas Monthly, Wyatt précise que « lorsque des gens parlent des humbles débuts de M. Bush dans l' industrie du pétrole, il convient de faire remarquer, en fait, qu' il est descendu au Texas avec l' avion privé de Dresser. Il était accompagné de son père qui, à l 'époque, était l' un des directeurs de Dresser Industries. » « Je déteste que les gens fassent des déclarations à propos des humbles débuts de M. Bush dans l' industrie pétrolière. Voici exactement comment les choses se sont passées », écrit M. Wyatt. [n.9] Dresser était une compagnie de Harriman, et Bush fit ses débuts en travaillant pour l' une de ses filiales. Un historique de Dresser Industries contient une photographie de George Bush avec ses parents, sa femme et un petit garçon en face d' un appareil de la compagnie Dresser, dans le Texas occidental ». [n.10] Ceci peut - il être une photo représentant l' arrivée de Bush à Odessa durant l' été 1948 ? En tout cas, ce mythe très prisé par la plupart des biographes de Bush prête considérablement le flanc au doute. Les dynasties flatteuses de tyrans sanguinaires ne sont pas neuves, dans la littérature mondiale. L'école de la Studebaker rouge remonte à très longtemps; ces écrivains actuels peuvent être utilement comparés à un certain Gaius Velleius Paterculus, qui vivait dans l' Empire romain à l' époque des empereurs Auguste et Tibère et qui fut donc plus ou moins contemporain de Jésus-Christ. Velleius Paterculus fut un historien et un biographe et il est connu aujourd'hui pour ses notes biographiques sur l' empereur Tibère, notes contenues dans son histoire de Rome, depuis les origines jusqu'à sa propre époque.. Paterculus, écrivant sous le règne de Tibère, réserva un traitement très favorable à Jules César, et versa dans l'excès une fois qu'il aborda Auguste. Mais les pires excès dans la flatterie se rencontrent dans sa façon d'aborder Tibère en personne. Voici un extrait de ce qu'il écrit à propos de ce dirigeant tyrannique :
"Parmi les transactions des seize dernières années, lesquelles ont survécu et sont restées vivaces dans la mémoire de tous ceux qui auraient la présomption d'en faire un compte rendu intégral ? (.) On a restauré le crédit dans les affaires marchandes, on a banni la sédition du forum, la corruption de Champ de Mars et la discorde du siège du sénat; la justice, l' équité et l'assiduité au travail, que l'on avait longtemps négligées, ont été remises en honneur dans l' État; on a donné de l'autorité aux magistrats, de la majesté au sénat, de la solennité aux cours de justice; les émeutes sanglantes du théâtre ont été supprimées et tous les hommes ont soit un désir stimulé en eux, soit une nécessité qui s'impose à leur esprit, d'agir avec intégrité. Les actes de courage sont honorés, les actions méchantes punies. L'humble respecte le puissant sans le maudire; le puissant prend le pas sur l'humble, sans toutefois le condamner. Quand les prix des marchandises ont-ils jamais été plus raisonnables ? Quand les bénédictions de la paix ont-elles jamais été si abondantes ? La paix d'Auguste, propagée dans toutes les régions de l'Orient et de l'Occident, et dans toutes celles situées entre le Sud et le Nord, protège chaque coin du monde de toutes les atrocités des agressions prédatrices. Quant aux dommages subis non seulement par les individus, mais également par les cités, la munificence du prince est toute disposée à les couvrir. Les villes d'Asie ont été réparées; les provinces ont été protégées contre l'oppression de leurs gouverneurs. Les honneurs récompensent promptement ceux qui les méritent et le châtiment des coupables, même s'il est lent à venir, est assuré. L'intérêt cède le pas à la justice, la sollicitation au mérite. Car le meilleur des princes apprend à ses administrés à agir selon sa propre pratique; et si, en pouvoir, c'est lui le plus grand, il l'est encore plus par l'exemple. Après avoir livré un survol général de l'administration de Tibère César, énumérons maintenant quelques-unes de ses particularités. [...] Quelle guerre formidable, déclenchée par le chef gaulois Sacrovir et par Julius Florius, il réprima ! et avec une telle rapidité étonnante, une telle énergie, que le peuple romain sut qu'il était un conquérant bien avant d' avoir su qu'il était en guerre, et la nouvelle de la victoire supplanta celle du danger ! La guerre d'Afrique, elle aussi, aussi périlleuse qu'elle fût, et augmentant jour après jour en intensité, fut rapidement terminée sous ses auspices et sa direction. [...] Quelles structures a-t-il érigées en son propre nom et celui de sa famille ! Avec quelle munificence emplie d' égards, allant même au-delà ce que l'on pourrait croire, a-t-il érigé un temple en l'honneur de son père ! [...] Avec quelle aisance vis-à-vis du public organise-t-il la levée des troupes, une affaire où l'appréhension pourtant est constante et extrême, et sans cette consternation qui accompagne toute levée ! [n.11]"
Tout ceci a été écrit à la louange du régime qui crucifia Jésus Christ et qui fut l'une des tyrannies les plus génocidaires de l'histoire du monde. Paterculus, devons-nous conclure avec tristesse, était un sycophante de l' administration de Tibère. Certains de ses thèmes sont étonnamment proches de la propagande actuelle de la machine de Bush.
Non content d'alimenter le culte de la personnalité de Tibère, Paterculus se montra également très prodigue de louanges à l'égard de Lucius Aelius Séjan, le préfet de la Garde prétorienne et, durant de nombreuses années, le favori numéro un de Tibère, son second aux commandes, et son successeur probable. A de nombreux égards, Séjan ne différait pas de James Baker III sous le régime de Bush. Alors que Tibère passait tout son temps calfeutré dans son île de Capri, près de Naples, Séjan, jour après jour, assumait le contrôle du vaste empire et de ses 100 millions de sujets. Paterculus écrivit de Séjan qu'il était « un coadjuteur exceptionnel dans toutes les tâches du gouvernement (.) un homme d'une gravité plaisante et d'une bonne humeur sans affectation (.) ne recherchant pas son propre profit ». C'était la déjà voix de la Studebaker rouge, mais dans les années 30 de notre ère. Paterculus aurait mieux fait de limiter ses flatteries à la seule personne de Tibère car, un peu plus tard, ce dernier, soupçonnant la préparation d'un coup d'État, condamna  Séjan et le fit écarteler en guise d'atroce récompense. Mais pourquoi rappeler Rome ? Certains lecteurs, et pas seulement des Républicains bon teint, peuvent être scandalisés par les choses que la vérité nous oblige à mentionner à propos d'un président en place des Etats-Unis. Ne manquons-nous pas de respect à l'égard de cette haute fonction ? Pas du tout. L'une des raisons qui nous fait retourner à la Rome  impériale est que nous devons nous rappeler qu'en des temps de dégradation morale et culturelle comme les nôtres, des dirigeants particulièrement néfastes ont infligé des souffrances incalculables à l'humanité. A notre époque moderne de guerre et de dépression, c'est encore une fois le cas. Si Caligula fut possible à cette époque, qui pourrait prétendre que l'Amérique du Nouvel Ordre Mondial devrait en être exempte ? Par conséquent, attardons-nous un instant sur ces anciens Romains susceptibles de nous apprendre tant de choses sur nous-mêmes. Afin de trouver des auteurs romains qui nous disent quelque chose de vraiment crédible sur la première douzaine d'empereurs, nous devons attendre que l'infâme dynastie julio-claudienne de Jules César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron et les autres eût entièrement disparu de la scène et qu'elle eût été supplantée par d'autres maisons régnantes. Tibère régna de 14 à 37 de notre ère; Caligula, son successeur désigné, de 37 à 41; et Néron, de 54 à 68. Mais le premier compte-rendu exact des crimes de certains de ces empereurs nous vient de Publius Cornelius Tacite, un très haut fonctionnaire romain, et il parut vers 115 ou 117 de notre ère, à la fin du règne de l'empereur Trajan. Il était possible pour Tacite d'écrire et de publier un compte rendu plus réaliste sur les empreurs julio-claudiens parce que l'un des thèmes constants de la propagande de Trajan fut de se glorifier lui-même d'être un empereur éclairé en se servant de la comparaison avec la série de tyrans sanguinaires qui le précédèrent. Tacite est important parce qu'il s'arrange pour nous transmettre des éléments sur la façon dont le caractère destructeur de ces empereurs dans leur vie personnelle correspondait à leurs exécutions massives et à leur politique économique génocidaire. Tacite était familier des mécanismes du pouvoir impérial romain : il était de rang sénatorial, avait servi comme consul en Italie en 97 de notre ère et avait également été gouverneur d'une importante province de l'Anatolie occidentale (aujourd'hui la Turquie) que les Romains désignaient tout simplement du nom d'Asie. Tacite écrit ceci, de Tibère :
(...) ses appétits criminels lui faisaient honte. Leur activité incontrôlable était digne d'un tyran oriental. Les enfants naturels étaient ses victimes. Il était fasciné par la beauté, la candeur juvénile et la naissance aristocratique. On inventa de nouveaux noms pour de nouveaux types de perversion. Des esclaves étaient chargés de découvrir et de lui procurer ce qu'il exigeait. [...] Ce fut comme la mise à sac d'une ville capturée. Tibère fut capable de dominer la branche législative de son gouvernement, c' est-à-dire le sénat, par la subversion et la terreur : Telle fut, en effet, l'une des caractéristiques horribles de cette période, en ce sens que des sénateurs importants se muèrent en informateurs, même dans les questions les plus banales - certains le furent ouvertement, de nombreux autres en secret. Amis et parents étaient aussi suspects que des étrangers, les vieilles histoires aussi néfastes que les plus récentes. Sur la Place principale, lors d'un dîner, une remarque sur l'un ou l'autre sujet pouvait signifier des poursuites. Tout le monde luttait pour la préséance en noircissant la victime. Parfois, il s'agissait d'autodéfense mais, la plupart du temps, il s'agissait d'une sorte de contagion, comme une épidémie. [...] Je comprends que pas mal d'écrivains omettent de nombreux procès et condamnations, ennuyés par la répétition ou effrayés de ce que les catalogues qu'eux-mêmes ont estimés pénibles et d'une longueur exagérée n' aillent également déprimer leurs lecteurs. Mais de nombreux incidents non répertoriés ont attiré mon attention et devraient être connus. [...] Même les femmes étaient en danger. Elles ne pouvaient être accusées de briguer le pouvoir suprême. Aussi donc les accusait-on de pleurer : une vieille femme fut exécutée pour s'être lamentée de la mort de son fils. C' est le sénat, qui trancha dans cette affaire. [...] La même année, le prix élevé du blé faillit provoquer des émeutes. [...] Rendu frénétique par son bain de sang, [Tibère] décida ensuite l'exécution des personnes arrêtées pour complicité avec Séjan. Ce fut un massacre. Sans discrimination de sexe ou d'âge, de position éminente ou de rang obscur, ils gisaient là où ils étaient tombés, ou en tas. Parents et amis se virent interdire de se trouver à proximité ou de se lamenter, voire même des les regarder de loin. Des gardes les entouraient, guettant leur chagrin, et gardaient les corps pourrissants jusqu'au moment où, traînés au Tibre, ils flottaient ou s'y enfonçaient. Personne ne put les brûler ni les toucher. La terreur avait paralysé la sympathie humaine. La vague montante de brutalité avait éloigné toute compassion. [n.12]. Il s'agit de la même administration de Tibère que celle louée de façon si extravagante par Velleius Paterculus. L'autre auteur latin écrivant sur ces empereurs julio-claudiens fut Gaius Suétone Tranquillus, beaucoup moins capable que Tacite de comprendre les grands problèmes de la ligne politique impériale qu'influencèrent ces empereurs dégénérés. Suétone est en quelque sorte la version tabloïde de Tacite, et il se concentre sur les horreurs et perversions des empereurs dans leur sphère personnelle, de même que sur les bains de sang qu'ils ordonnèrent. Puisque de nombreux lecteurs, au cours des siècles, ont trouvé ces chroniques hautement accessibles, Suétone a toujours été beaucoup lu. En raison des lacunes des manuscrits de l'oeuvre de Tacite qui nous sont parvenus, beaucoup de ce que nous connaissons du règne de Caligula (Gaius Caesar, au pouvoir de 37 à 41 de notre ère) provient du livre de Suétone connu sous le titre Les vies des douze Césars. Le caractère et l' administration de Caligula présente des similitudes frappantes avec le sujet du présent ouvrage. En tant que stoïque, Caligula fut un grand admirateur de sa propre «rigueur immuable ». Sa devise était « Souvenez-vous que j'ai le droit de faire n' importe quoi à n'importe qui ». Il ne se mit nullement à l'abri de ce caractère vindicatif sanguinaire. Caligula était un fanatique de l'équipe verte dans les arènes de Rome et, un jour que la foule applaudissait un conducteur de char qui portait une couleur différente, Caligula s'exclama :  « Je souhaiterais que le peuple romain n'ait qu'un seul cou ! » Au cours de l'un de ses dîners d' Etat, Caligula éclata d'un fou rire incontrôlable et lorsqu'un consul lui demanda ce qu'il trouvait si amusant, il répliqua que c 'était la pensée de savoir que l' empereur Caligula avait le pouvoir de faire trancher les gorges des hauts fonctionnaires où et quand bon lui semblait.  Caligua appliqua cette même attitude dans son existence personnelle : chaque fois qu'il embrassait ou caressait le cou de sa femme ou d'une de ses maîtresses, il aimait faire remarquer : « Cette belle tête peut tomber à tout moment : il suffit que j'en donne l'ordre. » Par-dessus tout, Caligula était vindicatif. Après sa mort, deux carnets de notes furent retrouvés parmi ses papiers personnels, l'un intitulé «Le glaive » et l'autre « La dague ». C'était des listes de personnes qu'il avait proscrites et liquidées et elles étaient les précurseurs des listes d' ennemis et des comités de discrédit d'aujourd'hui. Suétone dit franchement de Caligula qu'il est « un monstre » et il se penche sur les racines psychologiques de ses dispositions pour le crime : « Je pense pouvoir attribuer à une faiblesse mentale l'existence de deux défauts exactement opposés chez la même personne, une extrême assurance, d'une part, et d'autre part, une timidité excessive. » Caligula était « plein de menaces » contre les barbares » mais, en même temps, il était prompt à battre en retraite précipitamment et était sujet à des accès de panique. Caligula travaillait sur « le langage de son corps » en « pratiquant toute sorte d'expressions terribles et effrayantes devant un miroir ». Caligula construisit une extension à son palais pour qu'il soit relié au temple de Castor et Pollux et il allait souvent jusqu'à s'exhiber comme un objet d'adoration publique, adorant se faire saluer du nom de « Jupiter Latiaris » par la populace. Plus tard, Caligula allait officiellement ouvrir des temples à son propre nom. Caligula fut brutal dans sa façon d'intimider le sénat, dont il soumettait les membres à des humiliations ouvertes et à des attaques couvertes; de nombreux sénateurs furent «secrètement mis à mort ». « Il lui arrivait souvent d'invectiver contre tous les sénateurs de la même façon. » « Il traitait les autres ordres avec semblables insolence  et cruauté. » Suétone énumère des listes entières d'« exemples spéciaux de sa brutalité innée » envers les personnes et ce, dans toutes les circonstances de la vie. Il éprouvait du plaisir à infliger des tortures et le révéla en liquidant ses opposants politiques ou ceux qui l'avaient insulté ou dédaigné d'une façon ou d'une autre. Il avait une prédilection pour les exécutions capitales en tant que parfaites toiles de fond pour des soirées ou des banquets. Caligula faisait également tout ce qu'il pouvait pour souiller et dénigrer la mémoire des grands hommes des époques révolues, de sorte que leur renommée ne pût éclipser la sienne : « Il assaillit l' humanité de quasiment toute époque avec pas moins d'envie et de malice que d'insolence et de cruauté. Il fit abattre les statues d'hommes célèbres (.) » et tenta de détruire tous les textes d'Homère. Caligula « ne respectait ni sa propre pudeur, ni celle d'autrui ». Il dépensait inconsidérément pour ses extravagances et ne tarda pas à vider le trésor impérial de tous les fonds que le vieux Tibère y avait entassés. Après quoi, Caligula il tenta de renflouer à nouveau ses coffres en recourant à un système d'espions, de fausses accusations, de saisies de biens et de ventes publiques. Il « leva également de nouvelles taxes dont on n'avait encore jamais entendu parler », au point que « nulle classe, nulle marchandise ne furent plus exemptes d'un impôt ou l'autre ». Caligula taxait toutes les denrées alimentaires, prenait un quarantième des dédommagements dans n'importe quel procès, un huitième du salaire quotidien des porteurs et exigeait que les prostituées lui paient une redevance quotidienne égale au prix moyen réclamé au client pour une passe. On prétend que cette partie de la carrière de Caligula fait l'objet d'une étude par les personnes qui planifient le second mandat de George Bush. Caligula ouvrit également un bordel dans son palais, afin de disposer d'une source supplémentaire de revenus, ce qui peut préfigurer l'état-major actuel de la Maison-Blanche. Parmi les marottes plus particulières de Caligula, Suétone parle de sa passion de se rouler et de se vautrer dans des amas de pièces d'or. Caligula garda son épouse, Césonie (qui, selon Suétone, n'était « ni belle, ni jeune »), avec lui jusqu'à la fin. Mais sa plus grande dévotion allait à son cheval, qu'il fit consul de l'Etat romain. Finalement, Caligula tomba, victime d'une conspiration de la Garde prétorienne, dirigée par le tribun Gaius Chaerea, un homme que Caligula avait pris un malin plaisir à humilier. [n.13] Les auteurs de la présente étude sont convaincus que ces références à la dépravation des empereurs romains et aux comptes rendus de ces dépravations que nous ont livrés des auteurs comme Tacite et Suétone, sont très proches de notre tâche consistant à suivre la carrière d'un membre de la classe sénatoriale de l'élite anglo-américaine au travers des divers stades de sa formation, de son apprentissage, de ses intrigues et de son ascension finale vers le pouvoir impérial. Le modèle impérial romain est très semblable à l' américain : l'élite dirigeante américaine d'aujourd'hui est bien plus proche du monde de Tibère et de Caligula qu'elle ne l'est du monde de la révolution américaine ou de la Convention constitutionnelle de 1789. Le leitmotiv de la politique présidentielle américaine moderne est sans aucun doute un thème impérial, exprimé de façon on ne peut plus flagrante par Bush dans son slogan pour 1990, « le Nouvel Ordre Mondial », et, pour 1991, la « pax universalis ». Le projet central de la présidence de Bush est la création et la consolidation d'un seul empire anglo-américain (ou anglo-saxon) universel très proche du modèle proposé par les diverses phases de l'Empire romain. Il est un aspect de la méthode biographico - historique du monde gréco-romain que nous avons cherché à emprunter. Depuis que Thucydide a composé son oeuvre monumentale sur la guerre du Péloponnèse, ceux qui ont cherché à imiter son style - et, le meilleur d'entre eux, l'historien romain Tite-Live - ont utilisé le procédé consistant à attribuer de longs discours aux personnages historiques, même lorsqu'il s'avère très peu vraisemblable que des propos aussi longs aient pu être tenus par les protagonistes de l' époque. Cela n'a rien à voir avec le dialogue synthétique des actuels écrits politiques américains tentant de présenter les événements historiques comme une série d'échanges triviaux et banals dignes d'un feuilleton à la mode et qui se poursuivent dans d'interminables longueurs, au point de suggérer que leurs auteurs sont payés à la ligne. Notre conception de la fidélité au style classique a tout simplement consisté à faire parler George Bush en personne chaque fois que la chose était possible, par le biais du discours direct. Nous sommes convaincus qu'en permettant à George Bush de s'exprimer lui-même de cette façon, nous fournissons au lecteur un compte rendu plus fidèle - et plus accablant - des actes de Bush. George Bush pourrait aisément admettre que « l'histoire est une biographie », bien que nous doutions qu'il soit d'accord avec la moindre de nos conclusions. Il se peut que certaines particularités du présent ouvrage, présenté comme une biographie, méritent d'emblée quelque explication. L'une de nos hypothèses de base réside dans le fait que George Bush est - et se considère comme - un oligarque. La notion d'oligarchie inclut avant toute chose l'idée d'un patricien et d'une famille opulente capables d'introduire leur progéniture dans des institutions élitistes comme Andover, Yale, et autres temples d'une certaine franc-maçonnerie. A cette idée d'oligarchie est également inhérente l'autoconception de ce que l'oligarque appartient à une race spéciale, de rang élevé, de l'humanité, une race supérieure au commun des mortels dans le sens d'une supériorité génétique héréditaire. Cette mentalité va généralement de pair avec une fascination pour l' eugénisme, la conscience de sa race et un racisme simpliste en tant que moyens de bâtir toute une histoire autour du fait que l'arbre généalogique et la souche raciale de sa propre famille sont en effet supérieurs. Ces notions de « souche supérieure » sont une constante dans l'histoire de l' aristocratie féodale et nobiliaire de l'Europe, spécialement en Grande-Bretagne, et des individus comme Bush doivent nécessairement tendre à vouloir en être. Dans les cas extrêmes, des oligarques comme Bush se voient sous les traits de demi-dieux occupant une position située à mi-chemin des immortels du dessus et de la foule du menu fretin du dessous. Le point culminant de ce délire insensé dont, visiblement, Bush souffre depuis longtemps, est la croyance obsessionnelle en le fait que les principales familles de l'élite anglo - américaine, rassemblées dans leurs ordres maçonniques, constituent directement, d'elles-mêmes, un panthéon olympien de déités vivantes qui ont la capacité d'abroger et de mépriser les lois de l' univers au gré de leurs caprices irrationnels. Si nous ne tenons pas compte de cet élément d'orgueil démesuré, fatal et mégalomane, les lignes de conduite complètement aberrantes des Anglo-Américains dans la guerre du Golfe, les finances internationales ou l'épidémie du sida, défient à coup sûr toute compréhension. Une partie de l'éthique de l' oligarchisme tel qu'il est pratiqué par George Bush réside dans l'emphase qu'il met sur le pedigree et la filiation sanguine de sa propre famille. Ceci explique l'attention que nous consacrons, dans les premiers chapitres de ce livre à l'arbre généalogique des Bush, remontant jusqu'au 19e siècle et même plus loin encore. Il est impossible de comprendre réellement la mentalité de Bush si nous ne réalisons pas à quel point il est important pour lui d'être considéré comme un cousin, même lointain, de la reine Elisabeth II ou de la famille des Mountbatten-Windsor, ou que son épouse Barbara ne souhaite pas que nous oublions qu'elle est d'une certaine façon une descendante du président Franklin Pierce. Pour des raisons du même genre, il est de notre devoir particulier d' illustrer le rôle joué dans la formation de George Bush en tant que personnalité par son grand-père maternel et son oncle, George Herbert Walker et George Herbert Walker, Jr., ainsi que par le père même de George H.W. Bush, feu le sénateur Prescott Bush. Dans l'accomplissement de cette tâche, nous devrons nous étendre longuement sur l'institution dont George Bush est le plus tributaire, la banque internationale d'investissement de Wall Street, la Brown Brothers, Harriman, la dynastie politique et financière déjà citée plus haut. Pour George Bush, la Brown Brothers, Harriman fut et reste une firme familiale dans le sens le plus profond du terme. La puissance formidable de cette banque et de son réseau tentaculaire, omniprésent, développé par le sénateur Prescott  Bush jusqu' à l'heure de sa mort en 1972, et toujours actif pour le compte de George Bush actuellement, est la seule clé d'une importance capitale dans chaque étape de George Bush dans ses affaires, ses opérations secrètes et sa carrière politique. Dans le cas de George Bush, comme bien des personnes qui l'ont connu personnellement l'auront remarqué, le réseau joue un rôle plus important que le caractère et la volonté mêmes de George. Le lecteur cherchera en vain des implications reposant sur des principes forts, dans la personnalité de George Bush; tout au plus trouvera-t-il une série d'obsessions caractéristiques, dont les plus durables sont la race, la vanité, l'ambition personnelle et la volonté de régler leur compte à ses adversaires. Ce qui émerge, par contraste, est l'importance décisive du réseau de relations de Bush. Sa réponse à la crise du Golfe de 1991 sera largement prédéterminée, non pas par de larges éclairs d'intelligence géopolitique, mais plutôt par ses rapports étroits avec l'oligarchie britannique, avec Kissinger, avec Israël et les cercles sionistes, avec les magnats texans du pétrole constituant la base de ses collectes de fonds, avec les familles royales de l'Arabie saoudite et du Koweït. Si le problème est un problème financier,  dans ce cas, les avis de J. Hugh Liedtke, Henry Kravis, Robert Mosbacher, T. Boone Pickens, Nicholas Brady, James Baker III et la City de Londres seront décisifs. Si ce sont des opérations sous le manteau et des affaires peu reluisantes qui figurent à l'ordre du jour, dans ce cas, c'est toute une écurie de vieux briscards de la CIA qu'il ira consulter et ainsi de suite. Au cours de la majeure partie de l'année 1989, malgré son contrôle sur la présidence, Bush apparut sous les traits d'un exécutant faible et passif attendant que ses réseaux lui montrent ce qu'il était supposé faire. Lorsque la réunification de l' Allemagne et l' effondrement de l 'Empire soviétique firent passer à l'action ces réseaux - les réseaux britanniques en premier lieu -, Bush fut brusquement en état de se lancer dans des aventures violentes et audacieuses. Au fur et à mesure que s'approche la bataille pour son second mandat prédidentiel, Bush peut montrer des signes croissants de capacités telles un esprit d'initiative motivé par la rage de vaincre, particulièrement lorsqu'il s'agit de lancer de nouvelles guerres destinées à assurer sa réélection. La biographie a une discipline qui lui est propre : elle doit s'occuper de la vie du personnage qu'elle décrit et ne peut trop s'en écarter. En aucune façon, il n'était de notre intention de proposer un compte rendu de l' histoire américaine durant l'existence de George Bush. Néanmoins, la présente étude reflète maints aspects de cette histoire récente du déclin américain. On notera que Bush a réussi une ascension dont le succès est proportionnel à l'échec du pays et que l'avancement de Bush a progressé à la même allure que la dégradation de la scène nationale sur laquelle il a opéré et qu'il a fini par dominer. A différentes phases de sa carrière, Bush est entré en conflit avec des personnes qui lui étaient supérieures, tant intellectuellement que moralement. L'une d'entre elles n'était autre que le sénateur Yarborough, et une autre, le sénateur Frank Church. On trouvera dans la présente étude un catalogue du constant déclin des qualités des adversaires de Bush en tant que types humains et ce, jusque dans les années 80, époque à laquelle ses opposants, comme c'est le cas de Al Haig, ne valent pas mieux que Bush en personne. Quant à la pertinence politique de notre projet, nous pensons qu'elle est très réelle. Pendant la crise du Golfs, il aurait été important pour le public d'en savoir plus sur les tractations d'affaires de Bush avec la famille royale du Koweït. Au cours de la campagne présidentielle de 1992, comme la récente récolte d'OPA à crédit assistée par des obligations de pacotille s'amoncellent dans l'entrée du tribunal des faillites et que les travailleurs de l'Etat du pays tout entier ont été informés que les pensions de retraite qu'on leur avait promises ne leur seraient jamais payées, les relations entre George Bush et Henry Kravis vont certainement constituer un événement politique explosif. De même, une fois que le pedigree britannique et kissingerien de Bush aura été reconnu, les méthodes qu'il est susceptible d'utiliser dans des situations telles que le renversement planifié dans le plus pur style roumain du régime de Castro à Cuba, ou dans le déclenchement d'une belle petite guerre nucléaire impliquant la Corée du Nord, ou d'une nouvelle guerre indo-pakistanaise, ne sont plus guère mystérieuses. Les auteurs ont eu quelque mal à rendre ce travail intelligible pour les lecteurs du monde entier. Nous proposons cet ouvrage à ceux qui partagent notre aversion envers le Nouvel Ordre Mondial impérialiste et colonialiste et notre profonde horreur à l'égard du concept du retour à un seul Empire romain de dimension mondiale, comme le suggère le slogan de Bush parlant de « pax universalis ». Cet ouvrage est une preuve tangible de ce qu'il existe une opposition à Bush au sein même des Etats-Unis et que le nouveau Caligula est très vulnérable, bien sûr, au niveau de la dénonciation de ses propres méfaits. On nous reprochera de n'avoir pas publié cet ouvrage avant les élections de 1988, lorsqu'on aurait pu éviter la présidence de Bush. C'est vrai, sans aucun doute, mais c'est une objection que l'on pourrait adresser à de nombreuses institutions et agences dont les ressources dépassent de loin nos modestes possibilités. Nous ne pouvons que rappeler à nos concitoyens que lorsqu'il leur demande leurs voix en faveur de sa réélection, George Bush pénètre également dans ce tribunal de l'opinion publique au cours duquel il est forcé de répondre à leurs questions. Ils ne devraient donc pas gaspiller cette occasion de le cuisinier sur tous les aspects de sa carrière et sur ses intentions futures, puisque c'est Bush qui se présente à eux pour leur demander leur soutien. Ne nous berçons pas d'illusions : nous n'avons pas dit le dernier mot sur George Bush. Mais, pour la première fois, nous avons à tout le moins esquissé quelques-unes de ses caractéristiques les plus saillantes et en avons fait un tout intelligible. Nous encourageons les citoyens éveillés et lucides, de même que les chercheurs spécialisés, à améliorer ce que nous avons été à même d'accomplir. En agissant de la sorte, nous rappelons les mots du Florentin Giovanni Boccaccio, dit Boccace, lorsqu'il accepta à contre-coeur l'ordre d'un monarque puissant de produire un compte rendu sur l'ancien panthéon romain : « SI MINUS BENE DIXERO SALTEM AD MELIUS DICENDUM PRUDENTIOREM ALTERUM EXCITABO. » BOCCACCIO, GENEALOGIA DEORUM GENTILIUM 

 
NOTES:
1. George Bush & Vic Gold, Looking Forward, (New York: Doubleday, 1987), p.47.
2. Fitzhugh Green, Looking Forward, (New York: Hippocrene, 1989), p.53.
3. Harry Hurt III, "George Bush, Plucky Lad" (GB : un gars qui a du cran), Texas Monthly, juin 1983, p.142.
4. Richard Ben Cramer, "How He Got Here" (Comment il en est arrivé là), Esquire, juin 1991, p.84.
5. Joe Hyams, Flight of the Avenger (New York, 1991), p. ?.
6. Nicholas King, George Bush: A Biography (New York, Dodd, Mead, 1980), p.xi.
7. Donnie Radcliffe, Simply Barbara Bush, (New York: Warner, 1989), p.103.
8. Rainer Bonhorst,George Bush, Der neue Mann im Weissen Haus, (Bergisch
Gladbach: Gustav Luebbe Verlag, 1988), pp.80- 81.
9. Voir "The Roar of the Crowd" (Le grondement de la foule), Texas Monthly,
novembre, 1991. Voir également Jan Jarboe, "Meaner Than a Junkyard Dog"
(Plus radin qu'un chien de chifonnier), Texas Monthly, avril 1991, p.122 ff.
Ici, Wyatt fait remarquer : « Je savais dès le début que George Bush n' était
venu au Texas que par ambition politique. Il a débarqué ici d' un avion appartenant à Dresser Industries. Son père était membre du conseil d' administration de Dresser. »
10. Darwin Payne, Initiative in Energy (New York: Simon and Shuster, 1979),
p.233.                                                                                                                              11. John Selby Watson (traducteur), Sallust, Florus, and Velleius Paterculus (Londres : George Bell and Son, 1879), pp.542-546.
12. Cornelius Tacite, The Annals of Imperial Rome (Penguin, 1962), pp.193-221.             13. Gaius Suetonius Tranquillus, The Lives of the Twelve Caesars (New York:
Modern Library, 1931), pp.165-204, passim.