From: "Danielle Bleitrach" <bleit@up.univ-aix.fr>
Sent: Thursday, August 28, 2003 8:33 AM
 

LA CENSURE DE LA PRESSE FRANCAISE, UN CAS D'ECOLE

A) COMMENT TOUT A COMMENCÉ

Après le déchaînement au printemps d'une campagne sur Cuba, cet été après
un article complétement stupide sur Cuba paru dans le journal "Marianne",
j'ai décidé d'aller jusqu'au bout et de mener le dialogue pour obtenir ce
qui semble impossible dans la presse française: faire passer "une libre
opinion de lecteur" qui rétablisse les faits. De partout il me parvient en
effet le même constat, tous ceux qui ont écrit à un quelconque journal pour
rétablir les dits faits ont été déboutés et se sont heurtés à LA CENSURE.
J'ai téléphoné, écrit et comme je connais quelques individus de la dite
presse, je me suis adressé à eux. Malgré leur amicale sollicitude, il est
toujours aussi impossible de faire passer le moindre ligne qui rétablisse
les faits sur Cuba. Avec "Marianne" j'en suis désormais aux protestations
embarassées: on me répond qu'ils n'avaient pas compris que c'était pour
publication .

Ce à quoi je réponds "Ce n'est pas une réponse satisfaisante puisque
j'avais également adressé le texte en question à la rubrique courrier et
pas seulement à toi. Je l'ai d'ailleurs adressé à nouveau au dit patrick
Gérard, puisque la rubrique courrier a un nom. Et j'ai fait part largement
sur internet de mes réflexions sur la censure des médias françaises y
compris Marianne."

N'importe qui confronté à un tel mur aurait abandonné, soit qu'il soit
convaincu de sa propre insignifiance, soit qu'il ne veuille pas se mettre à
dos les médias, soit qu'il s'écroule épuisé, mais j'ai deux atouts maîtres:
mon formidable entêtement et mon désir de comprendre ce qui se passe, sans
parler du fait que je me fiche complétement de l'opinion de n'importe qui à
partir du moment où je pense que quelque chose est vrai et juste. Donc je
m'obstine parce que je veux comprendre pourquoi et comment on en est arrivé
à une telle censure médiatique et à un tel système totalitaire dans la
presse française, le tout en gueulant à la défense prioritaire et quasi
exclusive de la liberté de la presse dans les droits de l'homme.

Cette accumulation d'interdits dans le rétablissement des faits doit être
analysée. Les facteurs structurels sont l'appropriation des médias et le
contrôle que cela permet, l'interdépendance avec d'autres sources de
financement (surtout publicitaires) et l'enchevêtrement des intérêts
reliant les médias au personnel journalistique.

Cela dépasse largement le cas cubain mais celui-ci fournit l'illustration
exemplaire des étapes d'une campagne de désinformation et d'une censure.
Bref, j'ai décidé en septembre telle Bécassine débarquant de sa province
d'aller voir les rédactions de presse, pour leur demander de m'expliquer.
En attendant voilà où j'en suis de mon enquête, mais je vous promets de
vous faire part de la suite de mes informations sur ce sujet.

B) LE RÖLE DU JOURNAL LE MONDE:

1) première étape, la ligne tracée pour l'ensemble de la presse: Il est
indéniable que le journal Le Monde joue un rôle dans la définition du
politiquement correct, il en est en quelque sorte "l'expert". En ce qui
concerne Cuba, Le Monde a commencé par hurler systématiquement au viol de
la démocratie, à affirmer  que Cuba était "la pire dictature de la planète"
en faisant appel à des "imprécateurs" sans arguments mais dont la véhémence
suppléait le défaut de contenu, selon le modèle français à la Goupil ou
Bernard henry Levy, voire la pointure encore au-dessous Zoé Valdes(encore
qu'avec Goupil ça se discute).
Il y a eu le 30 novembre 2002, un article exalté sur "le projet Varela". Il
m'a été impossible de faire passer un article informé sur le contenu réel
du projet Varela, c'est-à-dire comme le prévoit la loi Helms Burton (voir
plus bas) l'imposition à Cuba du marché et de la libre entreprise. Donc la
campagne a commencé avant les faits et quand interviennent des faits , le
décor était planté. Ce qui explique que quand les mêmes faits interviennent
dans d'autres pays ils ne soulèvent que peu d'intérêt (ainsi la récente
condamnation à mort de terroristes au Maroc ou la construction d'un couloir
de la mort à Guantanamo) puisque le décor de la haine orwellienne n'a pas
été planté, il n'y a pas d'enjeu politique...

2)Quand des faits interviennent, on élimine tout ce qui peut gêner la
démonstration : Le Monde a utilisé au maximum la condamnation à mort des
terroristes ainsi que les peines lourdes subies par des agents apointés des
USA sur l'île, en occultant complétement le fait que Cuba subissait une
guerre, un terrible blocus condamné  par la totalité de la communauté
internationale et appuyé seulement par les USA et Israel. Un blocus qui
asphyxie , étrangle et face auquel les Cubains se débattent depuis plus de
quarante ans. C'est-à-dire que nous avons assité à un escamotage : la
suppression totale de tout effet contextuel ou alors il a été quelquefois
honteusement évoqué pour mémoire (je sais bien qu'il y a le blocus mais
cela n'excuse rien!) Dans Le Monde Diplomatique paraît LE SEUL article qui
rétablit une partie du contexte.

3)A partir de là l'ensemble de la presse emboite le pas, une véritable
parade militaire, cela va de l'Express au Nouvel Observateur, à Marianne, à
Libération jusqu'au canard enchaîné. Sans parler des journaux régionaux
comme Ouest-France, la quasi totalité de la presse française dit la même
chose. Il faut ici noter le rôle de l'Humanité qui a contribué puissamment
à cette scandaleuse censure, sans parler de Marie Georges Buffet qui a
réclamé (et obtenu pour une fois) des santions de l'Europe contre Cuba.
Bref nous sommes en plein dans le système contre lequel semblent s'élever
les farouches défenseurs de la liberté de la presse: l'organe central, le
Monde, a parlé, les autres publicationS ratissent dans le même sens...
C'est à ce moment là que, grâce à internet, nous nous retrouvons une
centaine de personnes qui s'épuisent à écrire à n'importe quel journal pour
rectifier, en vain... Nous décidons d'écrire une lettre de protestation aux
députés européens qui n'est relayée par aucune presse, aucun parti,
seulement des militants d'associations, par un prompt renfort nous nous
retrouvons au milieu août environ 500, un site portugais traduit la lettre
et débute la même opération au Portugal, nous attendons les grecs, les
italiens, les belges signent déjà.... Mais cela se fait toujours de bouche
à oreille, et grâce à l'autistique ordinateur. Ailleurs la censure continue
et la propagande s'étend, tous les jours un article dans un autre
journal...Aucune lettre de lecteur ne passe... C'est la longue marche...

4) Et au niveau des médias officielles, une impitoyable censure s'installe
avec deux constantes: les idées anti-cubaines semblent acquises, aucun
droit de réponse n'est accordé et les faits qui vont dans un sens contraire
sont tus. Cela va de ce que disent les autorités cubaines à la libre
opinion du lecteur de base. Mais aussi jusqu'à l'occultation pure et simple
des faits : Qui sait par exemple en France qu' un des principaux dissidents
cubains  Elizardo Sanchez Santa Cruz, le dirigeant en chef des
"dissidents" - l'opposition interne, illégale plus ou moins tolérée par le
gouvernement- travaillait les seize dernières années pour la Sécurité
Cubaine? Ce fait a été révélé à la presse à la Havane le 22 août 2003. Ce
qui est sans doute bien gênant pour le Monde dont quelques héros de la
liberté comme le président des journalistes indépendant et maintanant
Elizardo Sanchez se sont révélés des agents de la sécurité Cubaine.

La censure frappe donc toute information qui vient de la Havane surtout si
les faits sont avérés, toute opinion contradictoire est interdite comme les
protestations de lecteurs. Pendant des mois, on martelle un seul message:
Cuba est une dictature qui enferme ses dissidents. Je signale que cette
démonstration vaut pour Cuba mais elle pourrait également être faite pour
la Palestine où la situation est considérée comme calme, apaisée, quand il
meurt seulement des Palestiniens où quand les Israéliens construisent le
mur de la honte dans l'indifférence occidentale.

5) Mais Ce qui provoque le plus mes interrogations dans cette affaire est
qu'à l'inverse de l'URSS, Cuba ne prétend à aucune hégémonie planétaire, il
subit les pires atteintes de son grand voisin et n'exporte nul part le
terrorisme. Cet acharnement paraît incompréhensible à quiconque a du bon
sens. Mais d'abord essayons de comprendre le fonctionnement de la censure
qui s'exerce d'abord par un effet loupe sur "la démocratie".


C) EN CHERCHANT BIEN QUELQUEFOIS LA VÉRITÉ PEUT-ÊTRE ENTREVUE.

Celui qui s'intéresse réellement à une question ne doit pas perdre tout
espoir, il peut apprendre à lire entre les lignes, il doit pratiquer
simplement une lecture très informée et un tantinet paranoïaque. Par
exemple dans le monde du 24 et 25 août, un point de vue "Cuba ou le mythe
exténué", qui ne tranche pas avec la ligne habituelle mais peut être lu
avec intérêt car pour une fois il ne s'agit pas d'un écho déformé pour
l'Europe, mais du débat lui-même entre Cuba et les USA.

1) L'auteur, dont la célébrité mondiale m'a échappé, se nomme Marifelis
Perez Stable, c'est un professur de Sociologie à l'UNiversité  de
Floride(dont la célébrité m'a également échappé). Enfin une sociologue qui
peut écrire dans le Monde, cela me console de mes déboirs, il est vrai
qu'il s'agit d'un sociologue de Floride, de Miami ( Etat dont on connait
l'impartialité en matière d'affaires cubaines avec la toute puissance
fondation Cubaine véritable organisme terroriste piloté par la CIA). Et
qu'elle est coordinatrice d'un "programme de réconciliation nationale".

Cette "sociologue" a au moins un mérite, celui de poser les vrais
questions. Elle ne s'intéresse que modérément  à "la démocratie",  non elle
se demande quand et comment la libre entreprise, le marché, va pouvoir
piller Cuba ?... Et pour cela quand est-ce que Castro va se décider à
mourir! Ce texte est nettement plus intéressant que les élucubrations dont
Le Monde nous a abreuvé sur le thème de la "démocratie" parce que plus
politique quant aux enjeux. Même si pour en comprendre les tenants et les
aboutissants il faut tenir compte des futures élections présidentielles aux
USA.  C'est en effet le type d'article  qui peut désorienter le lecteur
français qui en serait resté à la campagne sur la démocratie et les droits
de l'homme.

2)Les deux options: Il s'agit d'un débat interne aux USA et aux Cubains de
Floride sur la meilleure manière d'en finir avec la résistance Cubaine. Ou
encore dans le contexte des futures élections présidentielles quel candidat
, quel parti politique est le plus apte à porter ce projet tout à fait
central pour les élections en Floride ?

Il y a depuis toujours deux options pour en finir avec la résistance de
Cuba, renforcer le blocus et provoquer par l'asphyxie la révolte des
Cubains, ou au contraire atténuer voire supprimer le blocus pour laisser le
marché dissoudre la société socialiste. Pour les Cubains, y compris Fidel,
l'atténuation du blocus est considérée comme une chance pour le socialisme
si l'on sait maîtriser le marché et tout l'effort cubain va dans ce sens.

 En 2002, à la satisfaction générale, on allait dans le sens de la détente
et donc vers la deuxième option qui a également les faveurs de l'auteur de
l'article: ainsi le sénat américain à proposé à la majorité une attenuation
du blocus (soit que ses membres aient été sincérement contre ce déni de
droit, soit qu'ils représentent le monde des affaires qui n'est pas
d'accord pour laisser l'Europe faire seule des affaires avec l'île, soit
qu'il pense que l'instauration de la libre entreprise sera la voie royale
d'une annexion). Il n'y a eu pour voter en faveur du maintien du blocus que
les extrémistes cubains de Miami et leur loobystes. C'est aussi dans ce
contexte d'échec politique du gouverneur de Floride (le petit frère de
Bush) qu'il faut analyser le durcissement de Bush, d'Otto Reich et de Cason
que nous analysons plus avant.

Il faut comprende qu'aux USA, malgré les apparences les tenants des deux
options continuent à agir. Ainsi diverses chambres de Commerce US, des
Etats comme celui de l'Alabama à la fin août refusent le blocus. Donc des
voix s'élèvent contre la stratégie de Bush, cet article en fait partie,
d'où son caractère incongru dans la campagne médiatique française qui a
choisi la ligne dure sans état d'âme.

En règle générale en France l'atlantisme du Monde et des bailleurs de fond
de la presse française ne fait pas grande différence entre démocrates et
républicains, on est "tous américains" sans grande nuance, ni états d'âme.
Mais à quelques mois des élections présidentielles il n'en est pas de même
aux USA et singulièrement dans l'Etat de Floride. Récemment une crise a
éclaté à l'intérieur de "la mafia de Miami", Bush a été accusé de mollesse,
et même de traîtrise pour avoir emprisonné des terroristes cubains qui
avaient détourné un avion. A cette occasion, un grand nombre de membres de
"la fondation", directement dominée par la CIA, se sont ralliés aux
démocrates, dont le candidat d'extrême-droite Liberman correspond plus à
leurs voeux comme d'ailleurs à ceux de la grande communauté juive du même
Etat de Floride. Ne pas oublier non plus qu'il sera difficile dans le
contexte de difficultés intérieures de renouveller l'opération des
dernières élections en Floride, à savoir écarter dans leur quasi totalité
les votes afro-américains, donc un candidat comme Liberman correspond à
beaucoup d'intérêts. L'Etat de Floride joue un rôle clé dans l'élection
présidentielle et il est en train de basculer dans le giron démocrate sous
sa forme d'extrême-droite...

Donc cet article sur Cuba paru dans le Monde doit être replacé dans cette
double perspective, celui des différentes stratégies d'annexion de Cuba et
celui du caractère communautaristes et fédéral des élections
présidentielles aux USA.

3) discussion sur la stratégie d'annexion:

L'article en question en effet déplore les interventions excessives du
représentant de la section des intérêts nord américains à la Havane(1),
interventions qui ont empêché les "réformistes" à la Gorbatchev d'asseoir
leur pouvoir à Cuba. Ce qui est dit en clair dans cet article est qu'Otto
Reich, nommé par G.W.Bush comme responsable aux affaires d'Amérique Latine,
s'est fait avoir par Fidel Castro et que non seulement son homme lige Cason
est débusqué mais avec lui tous ceux qui avaient créé un environnement
gorbatchévien favorable à l'instauration de la libre entreprise.

 Il y avait effectivement, comme nous venons de le voir, une détente entre
Cuba et les USA, mais depuis que  l'administration Bush  a confié la
direction des affaires d'Amérique Latin à Otto  Reich, véritable maître
d'oeuvre des contras au Nicaragua,  et que celui-ci a nommé James Cason, il
y a eu une nouvelle donne c'est-à-dire qu'aux USA l'administration Bush a
tablé sur un renforcement du blocus, une asphyxie et le soutien renforcé à
la dissidence interne. L'article pré-cité tout en étant d'accord avec les
objectifs dénonce en fait une stratégie de durcissement qui n'a pas donné
les résultats escomptés.  Fidel ayant une fois de plus réagi avec une
redoutable efficacité dans le match qui l'oppose aux USA. Le dirigeant
cubain qui a déjoué plus de six cent attentats et  a déjà gagné pas mal de
parties contre les USA est leur bête noire. Certains présidents
nord-américains en ont littéralement déliré...

Il y a  entre l'auteur de l'article et l'administration Bush une
contreverse politique sur la meilleure stratégie à propos du blocus et de
la création d'une opposition interne favorable à la libre entreprise, mais
le but reste celui de la loi Helms Burton. Ce qui aux yeux de la majorité
des Cubains relativise quelque peu les différences entre les deux
stratégies d'annexion.

4) La loi Helms Burton: une annexion pure et simple.

Autre nécessité si l'on veut comprendre quelque chose à Cuba, comprendre ce
qui attend les Cubains (qui sont tous propriétaires de leur logement) en
cas de victoire US.

La legislation  de la loi  Helms- Burton codifie le blocus des Etats-Unis
et établit en détail ce que sera un Cuba après Castro. Selon cette loi, la
levée du blocus ne pourra avoir lieu qu'après l'idemnisation  des
propriétaires des biens confisqués à Cuba et les anciennes propriétés
restituées à leur propriétaires nord américains. Pour cela, le Président
des Etats Unis nommera un coordinateur, dont la mission principale sera
d'assurer "la transition" dans l'île . Ce coordinateur se chargera de la
distribution de l'assistance des Etats Unis à Cuba pendant un supposé
gouvernement de transition.
>
>Remarquons que dans aucun moment il n'est question d'un gouvernement
>cubain, seulement d'un coordinateur nommé par le Président des Etats-Unis
>. C'est-à-dire comme il est tenté d'établir en Irak : un proconsul. Mais
>quelle coincidence ! le coordinateur nommera un Conseil du commerce Cuba
>-Etats Unis, qui portera le même nom que celui que prèside Otto Reich(2).

Selon la section 203 de la Loi Helms-Burton, ce conseil sera chargé de
coordonner les activités du gouvernement des Etats Unis et du secteur
privé, pour diriger la dite "transition démocratique" à Cuba.  La loi
approuvée en 1996, selon le même schéma appliqué aujourd'hui en Irak . Mais
au moins on ne parle pas de "reconstruction" en ce qui concerne le cas
cubain, selon les calculs originaux des promoteurs , il s'agit d'organiser
une éventuelle "transition pacifique" dans l'île, les bénéficiaires
principaux en étant les multinationale qui forment le Conseil du Commerce
des Etats-Unis que préside Otto Reich.

Nous avons ici, comme en Irak, une étroite imbrication entre stratégie et
intérêts économiques au coeur même du dispositif de pillage des conquêtes.
Il y a aussi un intérêt stratégique dans la mesure où Cuba reste une clé
stratégique de l'Amérique Latine.

Dans la mesure où, selon notre hypothèse le Monde donne le "la" du
politiquement correct y compris pour un journal comme l'humanité, cet
article doit être salué parce qu'à propos de Cuba, il parle enfin du fond.
Est ce que l'on peut imposer à un peuple le choix du marché, la fin de la
souveraineté nationale par une double voix, l'asphyxie du blocus et la
provocation à la dissidence intérieure et les troubles sociaux ?

LA CENSURE OU L'APPAREIL IDEOLOGIQUE:

Si j'ai longuement insisté sur cet article, c'est qu'accompagné
d'explications contextuelles il nous permet de mieux mesurer la sous
information sur Cuba et en quoi la manière dont on tente de nous hystériser
sur la question est donc en elle-même une propagande orwellienne. La
mondialisation, l'évolution des techniques d'information est porteuse de ce
genre de danger, il dépasse donc le cas de Cuba.  Demeure toujours la
question du pourquoi d'une telle censure, désinformation, propagande? Même
si cette petite île des CaraÏbes était la proie d'un dictateur  aussi fou
que Trujillo, Duvalier, Pinochet ou les militaires argentins, ce qui n'est
vraiment pas le cas, est ce qu'on aurait droit à un battage pareil, à une
censure aussi hermétique ? En France de surcroît? On peut comprendre
l'enjeu en Amérique Latine où le cas cubain qui, malgré le blocus s'en sort
mieux que la plupart des pays de la région parce qu'il n'applique pas les
thérapies du FMI, peut donner lieu à des contagions "bolivariennes", mais
pourquoi l'Europe et en France où le choix du socialisme n'est apparemment
pas à l'ordre du jour, surtout depuis le suicide du PCF ?

1) Cette campagne de désinformation, cette censure systématique correspond
à une propagande mais la thèse du "complot" n'explique pas tout. Il est
vrai que le rôle dévolu à l'Europe par les USA est de bâtir la crédibilité
politique de dissidents, on prend un individu sans grande audience dans la
société cubaine, on l'amène en Europe, là des personnalités proches d'Aznar
donc de l'opus dei, le pape Jean Paul II ou des ONG, toujours les mêmes,
font distribuer prix des droits de l'homme et fonds par l'Europe.

Il est tout aussi évident que l'on a vu dans la dernière période les
réseaux d'intellectuels, de médias et de politiciens traditionnellement
mobilisés autour de la défense de n'importe quelle politique israélienne et
qui crient à l'antisémitisme dès que l'on dénonce la dite politique,
réactivés au profit d'une attaque sytématique de Cuba. Les médias
françaises sont alors mobilisées dans cette intronisation pilotée
directement par la CIA. Le cas le plus clair étant l'incroyable article de
Laurent Fabius dans le Nouvel Observateur, on se demande encore quelle
mouche l'a piqué si ce n'est un échange de bons procédés entre soutiens
inconditionnels de Sharon et dénonciateurs de Cuba. Ca a été un fiasco
total...

Donc si l'on peut rendre service aux USA, en défendant ce qui est devenu
selon le mot de Chomsky, une véritable plaque de forrage stratégique et
militaire au coeur de la tempête du Moyen Orient pour les USA, à savoir
Israel dans sa répression suicidaire des palestiniens, on peut également
les aider en Amérique Latine et dans le reste du monde en favorisant
l'étranglement de Cuba. Mais quelles sont les raisons d'un tel niveau
d'acharnement qui semble de surcroît assez inefficace ? Est ce que ce
serait qu'après avoir, depuis la chute du mur de Berlin, mené une politique
sans limite, ni freins, le capital, l'impérialisme sous sa forme
néo-libérale se heurte à des résistances, celle des peuples? Après des
expéditions militaires illégales au regard du droit international, du
Kossovo à l'Irak, ils n'arrivent plus à vérouiller cette résistance... Il
est clair en outre que les Etats-Unis ont besoin de la guerre perpétuelle
et d'abord par rapport à leur crise interne, que de prochains lieux
d'intervention sont prévus et que tout débute par des campagnes de
diabolisation, dans lesquelles l'Europe doit jouer sa partie pour au moins
bloquer les résistances. Cuba, le Vénézuela, la Colombie sont parmi les
candidats les plus vraisemblables à une démonstration de force. Et ceci a
toute chance de perdurer même si Bush n'est plus président.

Pourtant si le système de justification des interventions impérialiste,
essentiellement organisé pour l'Europe sur les droits de l'homme limités à
la liberté de la presse, à l'exclusion d'autres droits humains comme la
liberté de se nourrir, de se soigner, de s'éduquer, qui visiblement ne
concernent pas ceux qui n'élèvent jmais la voix contre le blocus, est
désormais bien rodé, il a une efficacité toute relative.

2) Certes dans l'opinion française semble de plus en plus acquis l'idée que
Cuba est une dictature, mais jamais (à l'inverse des appels de jadis du
PCF) cela n'entraîne la moindre manifestation populaire. L'opinion publique
française pense premiérement que tout ça est bien loin, qu'il y en a marre
d'intervenir dans les affaires des autres, que les USA sont de sacrés
pourritures impérialistes et que Castro ferait bien de passer la main à
quelqu'un de plus jeune. Donc ces campagnes s'adressent à un public de plus
en plus restreint, celui du lectorat de journaux parisiens. Les journaux de
province se sont contentés de rares et courts articles, rien à voir avec le
pilonnage du Monde.
 Mais même dans le cas de ce lectorat quel est le niveau d'adhésion ? Ce
lectorat bac+ 5 ,"spécialistes" de la gestion, de l'informatique, ou de
n'importe quoi, est composé des cadres du public ou du privé, c'est-à-dire
des gens relativement compétents dans un domaine et ignares dans le reste
mais aussi parfaitement indifférents alors...  C'est là le véritable
exploit du système. Le piège fonctionne admirablement. Dans le même numéro
du Monde, il y avait un article venimeux sur ATTAC, je l'ai pris pour
argent comptant jusqu'à ce que je reçoive un démenti d'ATTAC non publié par
le dit Monde. Mais au fond de mon cerveau est demeuré l'idée "il n'y a pas
de fumée sans feu!" Tout au plus cela favorisait le désengagement mais
certainement pas la volonté de lapider Nikonoff pour autocratie... Il
faudrait vérifier que la finalité du système n'est pas de produire de
l'engagement contre, mais bien de la passivité, du désengagement.

4)Ce système s'il produit du désengagement politique, produit dans le même
temps dans les milieux journalistiques un consensus interne sur le
"politiquement correct", puisqu'il semble que notre univers hautement
spécialisé, il y a des génralistes qui savent.  D'où cette information en
forme de" rumeur" contre laquelle il est impossible de lutter car rien
d'autre n'a droit de cité et ceux qui la reçoivent sont frappés d'aboulie
individualiste. Il me semble que l'idéal-type de référence est Alexandre
Adler. Cet homme est stupéfiant, avec lui l'information abonde de détails,
de rapprochements icongrus, de rumeurs villageoises destinées à créer un
imaginaire de familiarité, bref c'est le batelleur du village planétaire à
l'heure informatique...

 Comme Max Weber étudie le bonhomme Franklin pour comprendre les affinités
électives entre l'esprit du capitalisme et l'éthique protestante, on peut
étudier Alexandre Adler comme un modèle d'affinités électives entre
l'éthique des vestiges soixante-huitards dans la presse française et
l'esprit du capitalisme sous sa forme néo-libérale : une boulimie égotiste,
un infantilisme capricieux, un mépris des conséquences. Le pouvoir réel,
celui du profit, des capitaux, mais aussi des grands commis de l'Etat est
hors de portée,  le délire de pouvoir fonctionne pour lui même. Par exemple
on pourrait croire que Le Monde défend l'atlantisme, certes, mais il le
fait sans ligne politique claire. Comme Adler, le seul objectif devient
soi-même et l'institution qui porte l'égo...  On a glissé d'une ligne
politique à une sorte de satisfaction de commis voyageur et de bonimenteur
qui est le meilleur manipulateur de l'opinion publique et qui n'a plus
d'autre objectif que cette mégalomanie de la presse... Imposer pour un tel
système une censure impitoyable de tout ce qui n'est pas l'opinion que l'on
a choisi de défendre est alors logique, la seule contrainte imposée dans
cette mégalomanie est de ne contrarier en rien les bailleurs de fond.

NOUS SOMMES, DIRAIT ALTHUSSER, DEVANT UN APPAREIL IDÉOLOGIQUE D'ETAT (OU DU
POUVOIR DE LA CLASSE DIRIGEANTE) QUI TRANSFORME LES INDIVIDUS EN SUJETS.
C'EST VRAI POUR LE LECTEUR DU MONDE, MAIS çA L'EST ÉGALEMENT POUR LE MILIEU
JOURNALISTIQUE , SURTOUT SI CELA VA DANS LE SENS DE L'HABITUS EXIGÉ DES
MAÎTRES DES JOURNAUX.

 Si je m'obstine sur Cuba c'est non seulement par sympathie pour son
peuple, mais parce que bénéficiant d'un certain nombre d'informations j'ai
été d'abord stupéfaite, puis indignée et maintenant intriguée par la
CENSURE. Mais il est probable que chaque spécialiste d'une question doit
être confronté aux mêmes phénomènes... Nous sommes devant le village de
Potemkine, une représentation du réel tendue entre nous et les faits...

Danielle Bleitrach


(1) Je signale endroit où un lecteur attentif aura pu trouver de
l'information en France sur Otto Reich, James Cason, est dans l'article du
Monde Diplomatique. Pas un mot là-dessus dans l'ensemble de la presse. Ce
qui fait que celui qui lit le point de vue de la Marifeli n'y comprend
strictement rien...
(2) OTTO REICH, originaire de Cuba, a centré ses activités sur la promotion
d'une "transitions démocratique à Cuba". Un dispositif clé de sa stratégie
est une organisation dénommée le Conseil du Commerce Etats Unis, créé en
1993 et intégré par différentes compagnies multinationales, parmi
lesquelles on peut noter Bacardí-Martini Inc., Coca-Cola, Ford-Motors,
Chiquita, Kelley Drye and Warren, General Motors, Miami Herald, Pepsi-Cola
y Texaco. Reich  est  conseiller (lobbyste) des  compagnies multinationales
American Tobacco Company, Lockheed Martin -entreprise de complexe
militaro-industriel qui produit des armespour le secrétariat à la défense
des Etats Unis, entre autres les avions F-16-  et Bacardi qui a l'intention
de s'emparer de la marque Havana Club qui appartient  a Cuba), il occupait
la présidence du Conseil du Commerce..

En même temps, Reich a été conseiller auprès des législateurs qui  ont
élaboré la loi Helms burton et les modifications à la session  211 sur les
marchés et les patentes. La Helms-Burton -aussi connue comme la loi de
l'esclavage ou loi Baccardi- est une législation extraterritoriale , le
prototype des lois colonialistes de l'ALCA  (Area de Libre Comercio de las
Américas) qui viennent de se négocier en secret.

Additif, voir lettre aux députés européens signés et à signer:
lettre
http://perso.club-internet.fr/vdedaj/cuba/lettre_deputes.html

signatures
http://perso.club-internet.fr/vdedaj/cuba/lettre_deputes_signatures.html