U$A : les faillites retentissantes du capitalisme ....



États-Unis
Les faillites détruisent la vie et la propriété — Il faut une alternative au contrôle de monopole
— K.C. Adams — 

Une vague de faillites de grande envergure est en train de balayer les États-Unis. Les monopoles qui déclarent faillite laissent dans leurs sillons des vies brisées et des moyens de production abandonnés à l'oisiveté. WorldCom a annoncé 17 000 mises à pied avec la plus grande désinvolture. Les directeurs d'Enron ont volé 401 000$ dans la caisse de retraite de leurs employés. K-Mart, Quest, Global Crossing et d'autres ont fait payer les conséquences à leurs employés et ont abandonné à l'oisiveté une propriété sociale d'une grande valeur. Les compagnies en faillite ont participé à une course frénétique de surproduction dans la concurrence mondiale pour les profits.

Tous les secteurs de l'économie sont touchés par les efforts frénétiques pour créer une surcroissance de capacité pour ensuite détruire des vies et la propriété. Vers la fin des années 1990, la capacité de l'industrie américaine de l'informatique croissait au rythme de 40% par année, bien au-delà de la demande prévue. Pourquoi ont-ils continué de siphonner des ressources précieuses pour créer une capacité excédentaire uniquement pour tout détruire quelques années plus tard? En 2000, l'industrie mondiale de l'automobile vendait à peine 74% des 70,1 millions de voitures construites chaque année. Les monopoles de l'automobile n'en continuent pas moins de construire de nouvelles usines et d'en fermer qui sont en parfait état. Il y a eu tellement d'investissements dans l'infrastructure mondiale des télécommunications que le taux d'utilisation des réseaux de fibre optique ne serait que de 2,5%, selon les informations. D'abord KPNQwest, un des plus grands transporteurs de fibre optique pour Internet, a déclaré faillite, puis maintenant c'est le tour de WorldCom. L'industrie de la vente au détail a encaissé des dommages elle aussi. Des géants comme K-Mart ont créé une formidable surcapacité d'espace d'étalage, construisant de nouveaux centres commerciaux et d'énormes magasins à grands espaces en dépit de l'opposition des petits commerçants et des groupes communautaires. Faillites ou pas, les monopoles passent tous par le cycle de l'activité frénétique suivie d'une destruction insensée, livrant une guerre impitoyable à leurs concurrents et à l'opposition populaire. Un gaspillage généralisé par un système qui a fait son temps; un système dépassé qui doit faire place à la science, à la responsabilité sociale et à volonté du peuple.

WorldCom a dit avoir été acculé à la faillite après que sa réserve d'argent liquide, qui totalisait 2 milliards $US de moins que trois semaines auparavant, n'était plus que de 200 millions $ — l'équivalent de la somme qu'elle verse aux autres compagnies de téléphone chaque semaine pour l'utilisation de leurs réseaux. WorldCom est le deuxième plus grand fournisseur de services interurbains aux États-Unis. Il transporte également la moitié des communications Internet avec ses plus de 20 millions d'abonnés au téléphone et à Internet. La compagnie doit 41 milliards $ en prêts non remboursés à des banques et des détenteurs d'obligations et une bonne partie de cette somme ne sera jamais remboursée. Selon les reportages, la banque JPMorganChase, Citibank et GE Capital Corporation détiennent la majeure partie des titres de placement de WorldCom et ont accepté de lui accorder un fonds d'urgence en désespoir de cause pour essayer de sauver leurs investissements. (Ces institutions financières utilisent sans doute tout le capital excédentaire de la Réserve fédérale américaine, mais tout cela est un secret bien gardé.) Les dégâts financiers de WorldCom sont effarants. Ses actionnaires, dont bon nombre sont regroupés dans des fonds mutuels et des associations de caisses de retraite, détenaient autrefois des actions dans une compagnie valant 120 milliards $; ils sont maintenant les heureux propriétaires d'une épave qui ne vaut pratiquement plus rien. Plusieurs des plus petites compagnies ne seront jamais payées pour les services rendus, ce qui en conduira beaucoup à la faillite. WorldCom a annoncé son intention de vendre son service de téléphone sans fil et ses avoirs en Amérique latine et au Japon. Mais elle n'a pas l'intention de se départir de UUNet, une entreprise très profitable de traitement de données sur Internet, ou de son service d'interurbains pour affaires et résidences. Elle espère réduire sa dette en échangeant une partie de ses avoirs propres, donnant aux institutions financières une partie des actions. Les actionnaires actuels de WorldCom risquent de ne plus jamais revoir leurs investissements une fois que l'entreprise sera réorganisée. Si WorldCom se sort de la faillite avec une dette réduite, elle se retrouvera avec une structure moins coûteuse et une grande flexibilité dans la fixation des prix. Cela peut ajouter à la pression sur ses concurrents qui sont déjà aux prises avec une surcroissance des réseaux de haute vitesse et une faible demande. «Si cette entreprise devait ressurgir avec un bilan financier restructuré tout en conservant sa clientèle... elle pourrait devenir un concurrent plus redoutable qu'elle ne l'était», de dire l'analyste de Merrill Lynch Adam Quinton. Cela aurait pour conséquence d'entraîner la faillite de nombreux concurrents. Plus d'une trentaine de compagnies de téléphone ont déjà été forcées de déclarer faillite depuis que l'effet combiné de la surcapacité et de la chute de la demande a laissé l'industrie des télécommunications sous le poids écrasant de la dette. «La faillite de WorldCom a été un coup dévastateur, mais cela ne veut pas dire que les problèmes de cette industrie son terminés, de dire Jeff Kagan, conseiller chez Atlanta. Les joueurs qui restent sont très instables. Je prévois d'autres faillites et d'autres acquisitions à très bon marché.» Les premières secousses de la faillite de WorldCom sont ressenties par les compagnies d'équipement comme Lucent Technologies Inc. et Nortel Networks Ltd., qui lui ont offert à crédit des équipements valant des centaines de millions de dollars. D'autres entreprises de télécommunications qui transmettent des messages vocaux, des courriers électroniques et d'autres données de par le monde seront touchées par la descente aux enfers de WorldCom. Les prêteurs et détenteurs d'obligations peuvent pousser à la faillite beaucoup de nouvelles entreprises endettées en exigeant le remboursement immédiat à la moindre faute de paiement mensuel. Des entreprises comme AT&T Corp. et Sprint Corp. pourraient elles aussi en subir des conséquences si elles doivent maintenant face à la concurrence d'un WorldCom restructuré. WorldCom a déjà allégé les conditions des contrats existants afin de préserver sa clientèle.

Même les compagnies de téléphone en Europe, comme Deutsche Telekom AG d'Allemagne et France Telecom SA, seront sans doute atteintes par les tentacules financières d'une faillite de WorldCom. «C'est un gâchis total, mais c'est sans doute la conséquence inévitable des excès antérieurs», dit Cliff Higgerson, partenaire chez ComVentures, une firme de capital de risque s'intéressant aux télécommunications. La compagnie qui ressemble le plus à WorldCom ces temps-ci est Qwest Communications International Inc., l'opérateur de réseau en pleine expansion qui possède U.S. West, anciennement Baby Bell. La force de cette compagnie située à Denver réside dans le service téléphonique local, mais elle est éclipsée dernièrement par plus de 21,4 milliards $ de dette à long terme et de lourdes pertes dans son service d'interurbains. Qwest Communications fait également l'objet d'une enquête par la Commissions des valeurs boursières et le ministère de la Justice suivant diverses allégations de pratiques comptables trompeuses. Les compagnies de téléphone les plus vulnérables, disent les analystes, sont les opérateurs de petits réseaux qui se sont endettés pour créer leurs réseaux de fibre optique et qui n'ont pas suffisamment de clients pour payer toute cette dispendieuse tuyauterie. Plusieurs d'entre elles se sont déjà rangées sous la protection de la loi de la faillite, comme c'est notamment le cas de Global Crossing Ltd., Williams Communications Group Inc. et 360Networks Inc.

Il y a à peine cinq ans, WorldCom n'était qu'un monopole régional du téléphone dans l'État du Mississippi, dans le sud américain. En 1997, il a manigancé l'acquisition du fournisseur d'interurbains MCI pour 31 milliards $ et s'est tout de suite engagé dans une spirale effrénée d'achats et de constructions de réseaux de fibre optique pour téléphone et Internet. Plus tôt cette année, les régulateurs fédéraux ont commencé une enquête sur les pratiques comptables de cette entreprise, plus particulièrement sur sa façon de couvrir un prêt de 360 millions $ à son ex-PDG Ebbers. La commission des valeurs boursières a déposé des accusations de fraude le 26 juin, un jour après que la compagnie ait annoncé que des cadres avaient illégalement gonflé les profits en dissimulant des dépenses de 3,8 milliards $ en 2001 et durant le premier trimestre de cette année.

Cherchant la sympathie du public, le PDG actuel de WorldCom, John Sidgmore, a averti que la survie de son entreprise relève de l'intérêt public et est une question de «sécurité nationale», disant qu'elle joue «un rôle important dans l'infrastructure des télécommunications de l'Amérique» et en tant que plus grand fournisseur d'Internet au monde, présent dans 65 pays. Les conséquences de la faillite de WorldCom, dit Sidgmore, «mettraient en péril plusieurs autres compagnies de téléphone» et mèneraient à une autre dépression de la valeur des avoirs de l'industrie des télécommunications. Sidgmore trahit son ignorance des notions de base des sciences sociales et son mépris pour les milliers de personnes qui travaillent à l'emploi de sa compagnie lorsqu'il affirme: «La valeur de WorldCom ne réside pas dans la tuyauterie et les interrupteurs que nous avons sous terre, nos avoirs durs. Elle réside dans ses 20 millions de clients, dans ses marques commerciales et dans ses rapports avec la clientèle. Voilà ce qui crée la valeur chez nous. L'éliminer ne créera pas de valeurs.» Pour lui le travail qui est entré dans la fabrication du produit social existant, les «avoirs durs», et le travail actuel de ceux qui demeurent à l'emploi de la compagnie ne valent rien. Il dit que bouleverser la vie de milliers de travailleurs et laisser le produit social pourrir dans le sol est sans conséquence, tandis que sauver le nom de la compagnie et sa position sur les marché est tout. Si M. Sidgmore croit vraiment à ses balivernes, pourquoi ne propose-t-il pas de remettre au peuple tous les «avoirs durs» possédés ou contrôlés par WorldCom partout dans le monde. Il n'a qu'à conserver le nom de la compagnie et sa clientèle; la classe ouvrière, par l'entremise d'un collectif ou d'une agence gouvernementale, peut prendre possession du réseau de fibre optique et se servir de son savoir- faire pour le mettre au service du peuple. Qu'en pensez-vous, M. Sidgmore? Combien de temps durerait le nom de votre compagnie et quelle valeur aurait votre réseau de clientèle sans les «avoirs durs» et sans les travailleurs? Cette classe de saboteurs est la classe la plus méprisable qu'ait produite l'humanité. Ces monopolistes n'ont pas une once de responsabilité sociale. Ils ne se préoccupent que de leur monopole et de leur avoir personnel; ils n'ont que faire des travailleurs, du produit social et de la société.

Ce qui est étonnant, c'est que des personnes intelligentes dans les médias, par exemple, parlent de ces terribles événements comme s'ils les voyaient à l'aide d'un télescope, comme quelque chose qu'ils voient sur une autre planète, hors du contrôle humain: «Nous avons tout simplement posé trop de câbles à fibre optique.» «Ils ne se rendaient pas compte que c'était beaucoup trop.» «Ils ont fait ceci et cela sans savoir quelles seraient les conséquences.» Les monopoles font continuellement la même chose. Ils s'emportent à l'idée de battre la concurrence, à devenir le plus fort. Ils sont aveuglés par la possibilité de gagner, d'écraser la concurrence et de devenir le monopole qui contrôle tout. Les monopoles sont entraînés dans une course au profit au mépris de tout le reste — trichant, mentant, fraudant leurs amis, familles, associés, investisseurs et quiconque se trouve sur le chemin. La classe ouvrière doit dire: Assez! Le peuple peut trouver un moyen d'avancer s'il commence par déclarer qu'il n'accepte pas ce qui se passe, s'il s'oppose activement au contrôle de sa vie, de ses communautés et de l'économie par les monopoles et s'il défend le principe de la responsabilité sociale dans tous les plans et programmes d'avenir.

 

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