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TURQUIE : ces "démocrates" entrent aussi en croisade contre le "terrorisme", aux côtés de l' Amérique...
 
 
Objet:  La Turquie va-t-en guerre! -


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Une occasion en or pour l'industrie d'armements turque
Une "réforme constitutionnelle" cosmétique non-digérée par les
militaires
La grève de la faim de prisonniers: 72 morts

L' armée turque a finalement décroché l'autorisation de participer à la
guerre aux côtés de Washington alors que le ministre turc des affaires
étrangères trompait les pays islamiques à Doha en affirmant que la
Turquie serait contre des opérations non décidées ou contrôlées par l'ONU.

Le 10 octobre, juste après la clôture de la conférence islamique, le
Parlement turc a adopté un décret autorisant le gouvernement à envoyer
des troupes à l'étranger et à abriter des troupes étrangères dans le cadre
de l'opération antiterroriste menée par les Etats-Unis.

Le même jour, même avant cette décision, l' État-major de l'Armée turque
avait déjà envoyé des officiers de liaison aux Etats-Unis pour assurer
la coordination avec Washington dans les opérations contre l'Afghanistan.

D'ailleurs, le gouvernement turc avait déjà autorisé les forces
américaines et britanniques d'utiliser l'aéroport d'Incirlik pour leurs opérations
contre l'Afghanistan ou un autre pays considéré "terroriste" par les
USA.

De plus, le 8 octobre, plus de 5.000 soldats de 16 pays de l'OTAN
avaient entamé des manoeuvres dans le nord-ouest de la Turquie pour tester une
réponse militaire commune à une attaque contre un pays membre, au terme
de l'article 5 de la charte de l'OTAN.

Déjà les médias turcs annoncent que deux régiments de l'Armée turque
seraient chargés d'effectuer des opérations terrestres en Afghanistan à
partir d'Ouzbékistan.

Après l'annonce des Etats-Unis au Conseil de sécurité de l'ONU qu'ils
pourraient entreprendre "d'autres actions" contre d'autres États, il ne
sera pas surprenant de voir demain la Turquie frapper l'Irak voisin. Bien
entendu, avec les conséquences désastreuses pour la Turquie.

Pendant la guerre du Golfe en 1991, la Turquie avait dû d'abord
accueillir un flot de milliers de réfugiés kurdes qui fuyaient l'Irak, puis subi de
lourdes pertes économiques liées à l'embargo de l'ONU contre Bagdad. Dix
ans après, les responsables tirent le bilan de la participation turque au
conflit en brandissant le chiffre des pertes liées à l'embargo: 50 milliards
de dollars.

Les conséquences économiques d'un nouvel affrontement avec le voisin du
sud-est seront sans aucun doute plus lourdes pour la Turquie qui
traverse depuis fin février une grave crise, alourdie par le ralentissement
mondial après les attentats aux Etats-Unis. La Livre turque est dépréciée de
plus de 50% par rapport au dollar depuis la crise financière de février dernier.

Ce qui est le plus grave est que les peuples de Turquie, turc, kurde,
arménien, assyrien, qui ont énormément souffert pendant la sale guerre
de quinze ans dans le Kurdistan turc, vont subir une autre souffrance en
raison de la dépendance financière et économique du gouvernement aux Etats-Unis
d'une part, et d'autre part, à cause des ambitions belliqueuses des
militaires qui ne pensent qu'au renforcement de l'Armée et de l'industrie
d'armements.

La dépêche de l'AFP concernant l'ouverture du 5e salon international de
l'industrie de défense, aérospatiale et maritime (IDEF), inauguré le 27
septembre à Ankara, se titrait: "Les attentats font l'affaire des marchands
d'armes."

"Les attentats aux États-unis profitent déjà aux producteurs
d'équipements militaires, et les géants du secteur estiment que la lutte
anti-terroriste va entraîner la mise en place de nouveaux concepts," signalait l'AFP.

En effet, les commandants de l'Armée turque ont dicté aux gouvernements
le financement d'un projet d'armement de 150 milliards de dollars alors que
la dette extérieure du pays s'élevait déjà à plus de 120 milliards de dollars.

Vu la réalisation de ce projet ambitieux est menacée par la récente
crise économique, les chefs de l'Armée turque ont saisi la déclaration de
guerre par Bush comme une occasion en or pour obliger le gouvernement à un
armement encore plus frénétique, et ce au prix de l'appauvrissement des couches
populaires.

Une "réforme constitutionnelle" non-digérée par les militaires

Une autre raison du choix belliqueux des militaires turcs est sans aucun
doute d'arrêter ou de suspendre certaines initiatives civiles prises par
le gouvernement en vue d'accélérer le processus d'adhésion à l'Union
européenne.

Le 3 octobre, le Parlement turc a voté une série d'amendements
constitutionnels sous la pression de l'Union européenne. Le gouvernement
avait largement insisté sur la nécessité d'adopter certaines réformes
avant la publication en novembre du rapport régulier de la Commission
européenne sur l'état d'avancement de la candidature de la Turquie à l'UE.

En réalité, la réforme de la constitution votée par l'Assemblée
nationale, malgré quelques améliorations dans certains articles répressifs, ne
constitue qu'une nouvelle manoeuvre du régime d'Ankara en vue de duper
des pays européens.

L'abolition partielle de la peine de mort exclut le leader kurde
Abdullah Ocalan, condamné pour trahison et séparatisme en juin 1999. En outre, la
plupart des quelque 60 condamnés à mort dans l'attente de leur exécution
ont été jugés pour terrorisme et ne sont donc pas touchés par cette
modification.

Un autre amendement lève l'interdiction d'utiliser "des langues
interdites" dans l'expression et la diffusion de la pensée, ce qui s'applique au
kurde. Mais "l'utilisation de ce droit pourra être limitée pour protéger la
sécurité nationale, l'ordre public et l'unité du pays", précise le
texte.

Après l'adoption des amendements, le chef d' État-major général
Kivrikoglu a déclaré aux médias que, malgré ces changements, l'interdiction de
l'utilisation de la langue kurde restera en vigueur.

La réforme rend plus difficile la fermeture des partis politiques, mais
deux amendements en vue de réduire la durée d'interdiction de l'éligibilité
de deux leaders islamistes, l'ancien Premier ministre Necmettin Erbakan et
l'ancien maire d'Istanbul Tayyip Erdogan, ont été rejetées au deuxième
tour de vote.

Ce qui est le plus marquant est que la majorité des députés ont rejeté à
deux reprises un amendement constitutionnel qui pourra rendre les
accords internationaux supérieurs aux lois nationales. Ainsi ils ont fait preuve
de la détermination du régime d'Ankara de ne jamais connaître l'entièreté
des normes européennes.

Les députés ont également rejeté un autre amendement qui visait la
suppression de l'immunité parlementaire empêchant les instances
judiciaires d'entamer des poursuites à l'encontre des députés impliqués dans les
relations mafieuses.

Par contre, au dernier moment, les mêmes députés ont voté un amendement
qui ne figurait pas dans le paquet des réformes. Avec ce changement, ils
pourront augmenter le montant de leur pension parlementaire au niveau de
celle du chef de l' État-major. Alors que la majorité écrasante de la
population s'appauvrit sans cesse, le salaire et la pension des généraux
turcs ont été augmentés à chaque occasion. Ainsi, un général peut
toucher un salaire plus élevé qu'un professeur d'université ou d'un gouverneur.

Avec l'amendement qu'ils ont voté au dernier moment, les députés
pourront toucher une pension équivalente de celle du chef d' État-major.

Le président de la cour de cassation, Sami Selcuk, avait déjà qualifié ce
changements de "perte de temps", en réclamant une nouvelle loi
fondamentale entièrement conforme aux normes européennes.

L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW)
est beaucoup plus sévère, estimant que la Turquie a "raté une grande chance"
car "l'ensemble des réformes va maintenir la peine de mort, les restrictions
à la liberté d'expression et continuer de priver les détenus de véritables
garde-fous contre la torture".

"Le Parlement turc est en train de laisser passer ce qui aurait du être
un point déterminant pour un changement en une nouvelle opportunité
manquée", dit HRW, "et les citoyens turcs en seront les vrais perdants".

Concernant la peine de mort, HRW constate encore que l'abolition de la
peine capitale telle qu'envisagée exclut les circonstances de guerre, de
risques de guerre ou de terrorisme, alors que l'essentiel des condamnations à
mort depuis 1980 ont été prononcées sous ces motifs.

Selon HRW, la liberté d'expression des journalistes ou des responsables
politiques sera elle-même peu élargie dans la nouvelle mouture
constitutionnelle, la condamnation de "déclarations" portant atteinte à
l'unité de l' État étant simplement changée en "actions".

L'organisation estime que les amendements constitutionnels manquent de
s'attaquer aux causes de la torture, principalement les détentions
policières au secret stigmatisées depuis des années par les experts du
Conseil de l'Europe et des Nations unies, et se contentent de réduire la
durée de la garde-à-vue.

Ce dernier point est l'une des raisons de la grève de la faim de
prisonniers toujours en cours.

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