Tunisie :

« Ce n’est pas le pays du sourire … »

Il aura fallu attendre quatre ans pour qu'un débat ait enfin lieu au Parlement européen sur la situation des droits de l'homme en Tunisie (le dernier date de 1996). Quatre ans pendant lesquels le Conseil et la Commission, les gouvernements mais aussi une majorité de parlementaires, notamment du PPE et du PSE, ont préféré fermer les yeux sur la situation de ce pays qui fut le premier à signer en 1995 un accord d'association avec l'Union européenne.

Les militants tunisiens de défense des droits de l'homme qui se trouvaient dans les tribunes - Mansef Marzouki, président du CNLT (Comité de défense des libertés en Tunisie), Khemais Ksila, vice-président de la Ligue des droits de l'homme et Tarak Ben Hiba - ne cachaient pas leur satisfaction de voir enfin le régime Ben Ali sur la sellette. Khemais Ksila libéré il y a huit mois après deux ans de prison, venait tout juste de récupérer son passeport. Pour eux, il ne fait aucun doute que la perspective de ce débat ait joué un rôle dans le changement d'attitude des autorités tunisiennes qui ont récemment libéré des prisonniers politiques et commencé à rendre leur passeport aux centaines de personnes qui en sont privées. La grève de la faim du journaliste Taoufik Ben Brik a sans aucun doute joué un rôle révélateur et secoué les bonnes consciences.

Yasmine Boudjenah du groupe GUE l'a souligné dans son intervention pour défendre la résolution commune sur la Tunisie signée par six groupes du Parlement et qui doit être votée jeudi 15 juin 2000. Affirmant que " la Tunisie n'est pas le pays du sourire que présentent les dépliants touristiques ", mais un pays où l'on emprisonne et torture, elle a invité le conseil et la commission à mettre en ouvre l'article 2 de l'Accord d'association sur le respect des droits de l'homme " en agitant si besoin une menace de suspension ". Une proposition soutenue par les intervenants socialistes et verts mais qui ne figure pas dans le texte de la résolution de compromis, le PPE ne souhaitant pas aller aussi loin.

Le texte se contente de demander la réalisation d'une évaluation de la situation des droits de l'homme en Tunisie et d'en faire rapport au Parlement. Il demande aussi au gouvernement tunisien de respecter ses engagements internationaux en " garantissant l'exercice des droits et libertés fondamentales ".

Les représentants du conseil (Seixas Da Costa) et de la commission (Lord Patten) ont fait savoir qu'ils préféraient " continuer le dialogue plutôt que favoriser l'exclusion ". car, selon le responsable portugais, " il serait politiquement peu correct d'ignorer le geste d'ouverture que constitue la libération de 600 prisonniers politiques ". Il s'est bien sûr trouvé trois députés d'extrême droite, dont deux Français, pour défendre le régime Ben Ali qualifié de " rempart contre l'intégrisme ".