Oublié par le monde : Faraj Bayrakdar

 ( Comité international des écrivains en prison )

 

 

Il y a des justices sélectives : Le 28 septembre 1999, Faraj BAYRAKDAR poète syrien , aura passé 12 ans en prison sans que la communauté internationale ne réagisse..

Il y a d’une part des écrivains dont la maltraitance devient une cause célèbre. Ce sont en premier les groupes pour la défense des droits de l'homme, puis des journalistes et éventuellement des politiciens qui se préoccupent de leur défense et de leur sort. D'autre part, il y a ceux et celles dont personne ne parle, condamnés à ne pas être connus.  Des femmes et des hommes qui vivent dans des pays qui sont rarement sous les feux des médias et dont le courage face à l'oppression n'est pas moins extraordinaire que les premiers et dont la souffrance est autant, sinon  plus grande mais qui reste ignorée.

Leurs noms ne sont pas cités par les dirigeants des gouvernements et encore moins par les ambassades de leurs pays. Ils n'ont pas d'amis au pouvoir et l'oppression dont ils sont victimes est si sévère que la moindre information à leur sujet est impossible. Ce qui exige de la part des organisations de défense des droits de l’homme un rôle plus important à leur sujet pour les faire connaître à l’opinion publique mondiale pour obtenir leur libération.

Le régime répressive depuis 1970 du Président Assad a toujours réussit à violer les droits des citoyens.

Selon les données recueillies par Amnesty International, il y a environ 150 prisonniers d’opinions connus en Syrie, mais il semble que cela  n'intéresse pas les dirigeants des pays arabes ni ceux des pays occidentaux.

C’est donc un véritable défi que de vouloir faire connaître l’existence de ces prisonniers et d’organiser la mobilisation de l’opinion publique pour leur libération.

Faraj BAYRAKDAR âgé de 47 ans, est natif de la grande de Homs qui se trouve à 100 miles de Damas. Nous connaissons peu de choses sur lui, mais en 1977, à l'âge de 28 ans, il est rédacteur en chef d’une revue littéraire qui travaille à promouvoir les oeuvres des jeunes écrivains syriens ce qui a entraîné deux fois son arrestation. Le journal a cessé de paraître au bout de douze numéros. Deux ans après, Bayrakdar publie sa première collection de poèmes, « Tu N'es Pas Seul  ». 

L'année suivante, il publie un autre volume qui rend hommage à un poète iranien qui était à l'époque en prison sous le régime du Shah. Un an plus tard il publie son troisième volume, « Nouvelle Danse dans la Cours du Cœur  ».

Au cour de cette période, BAYRAKDAR a une activité politique. Il est membre du parti Baath avant d’adhérer à un parti de l'opposition, l’ Organisation de l'Action Communiste. Cet engagement provoque son arrestation en 1987 (en 1986, selon une autre source d'information).

Comme plusieurs de ces camardes, il est détenu arbitrairement, sans aucune accusation ni procès, jusqu'au 1993, où il est condamné sans aucun recours juridique par la Court Suprême de la Sûreté de l'État à 15 ans de prison pour son appartenance à une organisation politique illégale.

Les autorités syriennes nient sa torture, bien qu’Amnesty International affirme qu'il a souffre de plusieurs dégâts vertébraux à cause de l'usage courant de ce qui est convenu d’appeler la "chaise allemande", une machine en métal avec des pièces mouvantes qui causent une hyper extension de la colonne vertébrale et entraîne sa déformation jusqu'à la nuque et les rameaux.

Mis en difficulté par des informations précises, les dirigeants syriens l’accuse de terrorisme sans aucune preuve sauf son appartenance politique.

Dans ses écrits, BAYRAKDAR n'a jamais considéré le recours à la violence comme moyen de changement politique. Bien le contraire, il a toujours appelé à la persévérance pacifiste et le courage.

A la date d’aujourd’hui, BAYRAKDAR est en Prison de Sednaya, près de Damas.

Il se trouve dans un mauvais état de santé, et malgré cela il continue à écrire des poèmes. Une collection récente, intitulée  « Une Colombe aux Ailes Déployées » fut publiée à Beyrouth, dont une poésie dans laquelle il évoque son désespoir face à l’oubli et à l’indifférence.

 

Et quand le désespoir sonne à ta porte

Redresse-toi

et griffonne un message sur le mur :

« Cet homme désespère »

Puis, lance à ton maître, le sultan :

« ma cellule n'est pas plus étroite que ta tombe …

et pourtant

Elle disparaîtra avec ta mort !

Et quand la terre enfermera ton corps

Nous célébrerons ton oubli par une fête d’obsèques »

 

 

Envoyez des lettres pour la libération de Faraj BAYRAKDAR au:

Futur Président Bachar AL ASSAD

Palis présidentiel

Abu Rumanneh

Al-Rshid

DAMAS

République Arabe Syriennes

 

 

Une Allocution du Chagrin

par Faraj BAYRAKDAR

 

L'allocution de BAYRAKDAR au cours de son procès :

 

« Je déclare, en tant qu’ être humain, qu'un poète est un politicien, que la liberté est le valeur suprême dans la philosophie de l'histoire humaine et que je suis contre toute personne qui s'y oppose, même s’il est de mon Parti.

Messieurs, ces paroles que vous êtes en train d'entendre ou de lire ne sont pas une déclaration pour la presse, préparée ou répétée non plus. Ce sont les blessures de mon âme et de celles des centaines d’hommes honnêtes que sont les prisonniers politiques.

Ce sont mes sanglots et mes lamentations, couchants dans ces berceaux des souvenirs du passé et des rêves du futur.

Vous n'avez pas vu les lumières brillantes dans les yeux des mères qui rendent visite à leurs fils emprisonnés depuis plus de cinq ans.

Vous ne pouvez pas comprendre les larmes des mères quand elles rendent visite à leurs fils après dix ans d'emprisonnement.

Il l'a reçoit en répétant sans cesse : « maman, comment va-tu, maman? », et elle étouffe de ses sanglots …  elle est en fait sa sœur et  sa mère... sa mère...

Ces mots sont ceux du chagrin et maudit soit  celui qui doit le supporter.

Nous n'écrivons pas avec l'encre, mais avec le sang, celui qui fut versé par les lois de la dictature.

Je remercie ma mère, parce qu'elle m'a appris que la liberté à l'intérieur de nous est plus profonde que les prisons qui nous entourent. C'est la raison pour laquelle la liberté vaincra et les murs des prisons tomberont. »


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