Les Cosaques de Krasnodar et la privatisation de leurs terres collectives 

En Russie tsariste et capitaliste, tous ne veulent pas renoncer aux avantages du collectivisme, ...
 
 
AFP, 17 mai 2002. KRASNODAR - Chaque matin, la ferme collective (kolkhoze)
Tchapaïev hisse le drapeau rouge en l'honneur de ses travailleurs les plus
productifs, un renvoi à l'époque communiste qui ne sera bientôt plus qu'un
souvenir un peu plus lointain encore, au vu de la privatisation des terres
en Russie.
 Quelque 1.500 personnes travaillent dans des « brigades » du plus pur style
soviétique, dans cette ferme située à environ 50 km de Krasnodar, dans le
Sud profond de la Russie, où une liquidation planifiée des terres agricoles
a suscité des appels angoissés en faveur de la défense de la patrie des
Cosaques.
 « Nous sommes persuadés que la clé du succès (en agriculture) réside dans
de vastes entreprises où tout a été collectivisé. Les machines agricoles,
les engrais, etc., sont trop chers de nos jours pour qu'un petit fermier
puisse se les procurer » ; déclare Viktor Boyko, ingénieur agricole à
Tchapaïev.
 La ferme, établie en 1950 et qui tire son nom d'un héros soviétique de la
guerre civile russe, gère 10.000 hectares, 2.600 têtes de bétail et 10.000
porcs.
 La terre, c'est pour toujours, au contraire de l'argent que vous obtenez
lorsque vous la vendez », ajoute Boyko à l'approbation générale de ses
collègues, réunis dans l'une des dépendances collectives du kolkhoze, où l'
on peut s'acheter un lunch à la cantine pour  cinq roubles (0,18 euro).
 Jeudi dernier, les députés russes à Moscou ont approuvé la première mouture
d'un projet de loi controversé permettant la vente de terres agricoles pour
la première fois depuis la révolution de 1917, mais les Partis communistes
et agraires promettent qu'ils vont mener une bataille très dure contre ce
projet.
 Le dirigeant du Parti communiste, Gennadi Ziouganov, a même mis en garde
contre le fait que la réforme pouvait constituer « une question de guerre et
de paix » si les gens des zones cosaques, telles Krasnodar, prenaient les
armes pour défendre ce qu'ils considèrent comme un droit ancestral..
 « Nous avons mis fin à l'esclavage en 1917 », a déclaré Anatoli Malevanni,
53 ans, l'un des 150 conducteurs de tracteurs du kolkhoze, faisant référence
à la révolution bolchevique. « Nous ne voulons pas redevenir des
journaliers, des serfs agricoles sans le moindre droit. »
 « Un employeur privé peut vous renvoyer du jour au lendemain
 « Si je tombe malade, le médecin du kolkhoze m'examine pour rien, et les
jeunes couples reçoivent des prêts pour bâtir une maison », ajoute Tatiana,
une comptable.
 La ferme collective qui, l'an dernier, a fait un bénéfice de 78 millions de
roubles, paie aussi les études supérieures de quelque 50 enfants de son
personnel.
 La région de Krasnodar, pas très éloignée de la république séparatiste de
Tchétchénie, est l'un des foyers des Cosaques de Russie et dans cette
région, la terre n'a jamais été propriété privée.
 Jusqu'à la révolution communiste de 1917, les Cosaques étaient des
paysans-soldats quui gardaient les frontières de l'empire russe sous la
direction de leurs propres chefs, les hetmans.
 Ils disparurent en tant que corps distinct de l'armée russe à l'arrivée des
communistes, mais firent un retour en 1990 lorsqu'ils recommencèrent à élire
leurs propres hetmans.
 Jusqu'en 1917, à Krasnodar, la terre était détenue collectivement par le
peuple des Cosaques, ou « stanitsa ».
 « Depuis des siècles, la terre de cette région a appartenu à la communauté
en tant qu'ensemble. Pour mettre un terme à la loi de la privatisation qu'on
va appliquer ici, nous avons demandé que Moscou nous accorde le statut de
 territoire frontalier », dit le gouverneur adjoint de la région, Vitali
Pouchkine. Si la région était classée comme « territoire frontalier », il
serait interdit aux étrangers d'y posséder des terres.
 « Il est d'une importance vitale que nous obtenions ce statut en raison de
l'afflux d'immigrés dans cette région. », ajoute-t-il.
 Environ un million d'immigrés illégaux vivent dans le territoire de
Krasnodar, la majorité d'entre eux provenant des anciennes républiques de l'
Union soviétique, attirés dans la zone cosaque par sa riche production de
céréales, de riz, de fruits, de légumes, de tabac et même de thé.
 Le secrétaire du Parti communiste local, Evgueni Ratchepkine dit que les
gens de Krasnodar ne comptent pas se laisser faire et qu'ils ne permettront
pas à des étrangers d'acheter leurs terres.
 « Nous résisterons pas les moyens légaux. L'automne dernier, nous avons
organisé des actions de protestation le long des routes pour combattre ce
projet. Demain, nous bloquerons les routes, s'il le faut », ajoute
Ratchepkine.
 
Barry Stoller
http://groups.yahoo.com/group/ProletarianNews
 
Traduit de l' anglais
par Jean-Marie FLEMAL
avec mes remerciements.