Hélène Passtoors Cuba

Fallait s' y attendre de la part du graaand journal "neutre". "Neutre" peut être, mais sûrement pas indépendant vis-à-vis de ses gros patrons capitalistes et des sociétés qui y affichent leur pub au quotidien ... Pendant toute son existence, LE SOIR a toujours ouvert ses colonnes à des "spécialistes" rabiques de l' anti-communisme qu'il pratique lui - même.

RoRo
 
 
----- Original Message -----
From: Roland Marounek

 

Hélène Passtoors, dans Le Soir, fulmine contre Cuba et contre le PTB

Hélène Passtoors a été emprisonnée en Afrique du Sud pour ses actions armées contre l’apartheid. La voici à nouveau en lutte… contre Cuba et Fidel Castro. Et contre tous ceux qui sympathisent avec lui...

Bert De Belder
03-10-2003

Impliquée dans des actions armées, menées contre l’apartheid par l’ANC (African National Congres) de Nelson Mandela, Hélène Passtoors a été emprisonnée en Afrique du Sud de 1985 à 1989. Elle a passé huit mois au secret.

Dans une carte blanche au journal Le Soir du 1er octobre, elle s’en prend à Cuba et à tous ceux qui soutiennent ce pays – du Monde Diplomatique au mouvement altermondialiste, en passant par le PTB. Ses arguments ont été évoqués également par d’autres progressistes. Sa carte blanche dans Le Soir coïncide avec des actions contre Cuba aux Pays-Bas, en France et ailleurs. Elle survient dans le contexte d’une agressivité accrue des Etats-Unis envers Cuba.

Nous répondons point par point à ses assertions :

Hélène Passtoors: «Au Passage 44, ce samedi 4 octobre, nous sommes invités à rencontrer un personnage sorti d’un monde lointain : celui des sinistres agents secrets du stalinisme, ces êtres tordus qui se passionnaient pour l’espionnage d’amis, de voisins et de collègues pour les envoyer vers des procès à huis clos, vers l’échafaud ou la Sibérie».

Hélène Passtoors se réfère ici au Dr Pedro Véliz, l’homme qui a révélé la vraie nature des prétendus « dissidents » pro-américains en s’infiltrant dans leurs milieux. Le Dr Pedro Véliz était initialement le principal invité à la journée de solidarité avec Cuba : Che Presente. Il ne pourra pas être présent, mais il sera remplacé par Noel González. Le Dr Pedro Véliz a ridiculisé ceux qui tentent de dénigrer le régime cubain par des campagnes contre les prétendues violations des droits de l’homme à Cuba. Un exemple : le document présenté cette année devant la Commission des droits de l’homme des Nations Unies à Genève dans le but d’obtenir la condamnation de Cuba a été rédigé par… le Dr Véliz lui-même, c’est-à-dire par les services secrets cubains ! Le document a été présenté à la Commission par le Costa Rica, le Pérou et l’Uruguay à l’instigation des Etats-Unis.

Les Cubains ont donc rédigé eux-mêmes le document destiné à les accabler ! Les seuls documents «fiables» que les Etats-Unis avaient pu recueillir pour faire condamner Cuba, provenaient du régime cubain lui-même ! Les Etat-Unis sont prêts à souscrire à n’importe quelles accusations contre Cuba. Ils ont ainsi perdu toute crédibilité, de même que les trois pays qui les ont soutenu.

Cuba n’a pas été condamné par la Commission.

Hélène Passtoors: «Les 75 dissidents condamnés en mars dernier pour «trahison à la patrie» à des peines de prison allant jusqu’à 28 ans, dans un procès expéditif, à huis clos, et sans droit à une défense indépendante (…) ont été adoptés comme prisonniers de conscience par Amnesty International.»

Ces «dissidents» n’ont pas été condamnés pour avoir une opinion différente ou pour avoir diffusé des opinions différentes, mais parce qu’ils ont enfreint des lois destinées à protéger Cuba contre les tentatives des Etats-Unis visant à renverser le gouvernement cubain et à détruire l’indépendance du pays.

Les prévenus connaissaient les accusations. Pendant leur procès, ils étaient défendus par 44 avocats de leur propre choix, outre dix avocats pro deo. Ils ont comparu devant des tribunaux ordinaires. Trois mille personnes ont assisté aux procès. Certains condamnés ont confirmé eux-mêmes que les procès s’étaient déroulés de manière transparente, avec respect de leur intégrité physique et morale.

Hélène Passtoors: « la majorité des intellectuels de la gauche… condamnent sans équivoque la répression (à Cuba) ».

Elle se réfère ici au Prix Nobel portugais José Saramago.

En réalité, les intellectuels de gauche sont divisés dans leur attitude à l’égard de Cuba. Des défenseurs de droits de l’homme comme Rigoberta Menchu du Guatemala (Prix Nobel de la Paix 1992) et l’argentin Pérez Esquivel (Prix Nobel de la Paix 1980) reconnaissent à Cuba le droit de prendre des mesures contre les agissements illégaux des «dissidents». C’est également l’opinion d’Ignacio Ramonet du Monde diplomatique, du sociologue américain James Petras, de Nadine Gordimer, auteur sud-africaine et activiste anti-apartheid, de l’auteur populaire uruguayen Mario Benedetti et beaucoup d’autres.

Hélène Passtoors: «Du fait de la prépondérance latino dans le mouvement altermondialiste, M. Castro et sa petite île rebelle y sont devenus emblématiques et porteurs d’une charge émotionnelle considérable. Pour un mouvement qui lutte pour entrer dans l’âge adolescent, Fidel Castro et son socialisme «héroïque» incarnent le rôle paternel».

La popularité de Cuba auprès des altermondialistes relève-t-elle de l’émotionnel ? Ne serait-elle pas plutôt due à ses réalisations sociales et à son attitude de défi, sa résistance conséquente, face à l’arrogance et la volonté dominatrice des Etats-Unis ? (lire Fidel Castro: «Ni l'UE, ni les USA ne décideront du sort de l'humanité» )

La popularité de Cuba ne serait-elle pas due aussi au fait qu’elle démontre qu’un autre monde est possible, dès à présent. Pour autant que l’on abandonne les chemins battus du capitalisme (avec ou sans sauce démocratique, sociale ou humaniste) et qu’on opte clairement pour une voie socialiste ?

Mark Falcoff, expert en affaires cubaines du très conservateur American Enterprise Institute, en fait une analyse très claire : « Cuba est la bannière qui couvre aujourd’hui toutes les tendances de gauche, anti-américaines et utopiques. Cuba est le seul pays à avoir appliqué jusqu’au bout l’idéal d’une transformation complète et totale (révolution, ndlr). Cuba, ce petit pays insignifiant, situé à 120 km de nos frontières et jadis protectorat virtuel des Etats-Unis, est le seul à avoir choisi de payer le prix de l’exclusion (par les Etats-Unis) ».

Hélène Passtoors : «Je ne peux m’empêcher de penser à mes huit longs mois au secret en 1985-86, dont plusieurs semaines d’hospitalisation en psychiatrie, avant ma mise en accusation devant un tribunal».

Hélène Passtoors compare sa terrible expérience sous le régime de l’apartheid et celle des «dissidents» condamnés à Cuba. C’est une aberration : les pratiques d’isolement de prisonniers durant des mois ou d’enfermement de «dissidents» en psychiatrie n’existent pas à Cuba. Ni Amnesty International ni Human Rights Watch ne relèvent de telles pratiques sous le régime cubain. En revanche, ces pratiques existent bien… aux Etats-Unis. Et des Cubains en sont les victimes…

En effet, cinq Cubains y ont été condamnés illégitimement à de longues peines de prison. Ils s’étaient infiltrés dans des organisations contre-révolutionnaires d’immigrés à Miami dans le but d’empêcher des attentats terroristes contre Cuba. Ils ont été enfermés, en isolement, durant deux ans. Adriana Pérez, la femme de Gerardo Hernández (qui sera également présente à Che Presente), et Olga Salanueva, la femme de Rene González, n’ont toujours pas été autorisées à visiter leur mari en prison.

Comme ceux qui ont lutté à l’époque pour la libération d’Hélène Passtoors, parmi lesquels il y avait également des membres du PTB, nous luttons aujourd’hui pour la libération des Cinq des geôles de Bush.

Nelson Mandela et Fidel Castro, des amis proches

Comprenne qui pourra la fureur d’Hélène Passtoors contre Fidel Castro et contre Cuba ! Car Nelson Mandela, son chef au sein de l’ANC, devenu président de l’Afrique du Sud, est un ami de Castro et de Cuba. Fidel Castro est, dit-il : « un de mes plus grands amis ». A sa libération, en 1991 – après 27 ans de prison à Robbeneiland –, Mandela s’est rendu à La Havane pour participer à la fête nationale cubaine. «Le peuple cubain occupe une place spéciale dans le cœur du peuple africain», a-t-il déclaré.

La solidarité de Cuba à l’égard de l’Afrique est en effet exemplaire. En quarante ans, plus de 40.000 jeunes de plus de cent pays du tiers monde ont bénéficié gratuitement à Cuba d’une formation universitaire ou technique. Trente mille d’entre eux provenaient d’Afrique. Durant la même période, plus de 52.000 médecins et soignants cubains ont sauvé des millions de vies humaines en offrant gratuitement leurs services dans 93 pays. Parmi ceux-ci, de nombreux pays africains.

L’ANC d’Afrique du Sud est particulièrement reconnaissante pour la résistance conséquente de Cuba contre l’apartheid. Entre 1976 et 1991, Cuba a envoyé des dizaines de milliers de soldats pour combattre, en Angola, le mouvement rebelle UNITA, soutenu par le régime d’apartheid sud-africain. Pas étonnant dès lors d’entendre Nelson Mandela clôturer son discours à La Havane par : «Vive la révolution cubaine, vive le camarade Fidel Castro».

Depuis lors, l’amitié entre les deux dirigeants n’a pas faibli. Il y a deux ans, Castro et Mandela se sont encore rencontrés, lors d’une entrevue chaleureuse, en marge de la Conférence mondiale contre le racisme à Durban.

Che Presente, ce samedi 4 octobre, sera une journée de solidarité avec Cuba, une journée de commémoration de Che Guevara. Si Hélène Passtoors se demande ce que les gens espèrent y trouver, c’est encore dans la bouche de Nelson Mandela qu’elle trouvera la réponse : «La vie du Che est une grande source d’inspiration pour tous ceux qui sont épris de liberté».

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"Carte Blanche" de H. Pastoors

Hélène Passtoors
Journaliste indépendante, ancienne prisonnière politique emprisonnée en Afrique du Sud de 1985 à 1989.

«Pour un mouvement adolescent, Castro et son socialisme « héroïque» incarnent le rôle paternel»

«C'est dans un style puéril que l'altermondialisme bascule si facilement dans l'immoral...»

Au Passage 44, ce samedi 4 octobre, nous sommes invités à rencontrer un personnage sorti d'un monde lointain : celui des sinistres agents secrets du stalinisme, ces êtres tordus qui se passionnaient pour l'espionnage d'amis, de voisins et de collègues pour les envoyer vers des procès à huis clos, vers l'échafaud ou la Sibérie.

L'invitation nous promet une journée « édifiante ». Une jeune fille viendra, dans le cadre de la compagne « Free the Five », raconter la « tragédie » de son père, espion cubain emprisonné avec quatre collègues aux Etats-Unis. Ensuite, la star de la journée, le docteur Pedro Véliz, qui a infiltré les milieux dissidents pour le compte des autorités castristes, apportera « de l'information de l'intérieur échelonnée sur huit années tendues passées dans les sphères supérieures de la dissidence à Cuba. Il nous emmène (ra) dans un monde d'intrigues, de corruption, d'opportunisme et de manipulation par la CIA. A un moment où la question des droits de l'homme et de la dissidence politique reçoit un énorme battage de la part des adversaires de la révolution, le témoignage de Pedro Véliz est particulièrement édifiant ».

L'invitation vient du Parti du Travail de Belgique (PTB). Mais à la Table ronde participeront deux « experts » belges : le chanoine François Houtart, altermondialiste bien connu (NDLR : président du Centre tricontinental, UCL), et Xavier Declercq, d'Oxfam Solidarité.

Le Dr Véliz viendra donc nous raconter les méfaits, le mauvais caractère, les bêtises de prisonniers cubains qui n'ont jamais pu se défendre : les 75 dissidents condamnés en mars dernier pour « trahison à la patrie » à des peines de prison allant jusqu'à 28 ans, dans un procès expéditif, à huis clos, et sans droit a une défense indépendante.

Ces dissidents n'ont jamais planifié d'actes violents contre l'Etat cubain. C'est pourquoi ils ont été adoptés comme « prisonniers de conscience » par Amnesty International. Cette organisation et d'autres sources fiables nous apprennent également que plusieurs de ces prisonniers, sinon tous, bien qu'ils n'aient pas été torturés physiquement, sont emprisonnes dans des conditions qui contreviennent aux normes internationales. Des mêmes sources, nous savons aussi que les dissidents encore en liberté sont sujets à du harcèlement grave de la part d'agents de l'Etat cubain.

José Saramago, Prix Nobel de littérature et communiste, qui a rompu avec le régime castriste suite à cette reprise de la répression, a écrit : « La dissidence est un acte de conscience auquel on ne peut renoncer. Il se peut que la dissidence mène à la trahison, mais cela doit toujours être démontré avec des preuves irréfutables. » Serait-ce cela la mission du Dr Véliz : livrer les « preuves » au public belge ?

Contrairement à Saramago et à la majorité des intellectuels de la gauche qui condamnent sans équivoque la répression sans pour autant nier l'agressivité américaine envers Cuba, certains milieux altermondialistes - je ne parle pas uniquement du PTB - justifient la répression castriste, même si certains d'eux la disent regrettable.

« Le Monde diplomatique » est resté étrangement silencieux à propos des événements cubains. En juin, il a finalement publié un article de Gianni Mina, altermondialiste italien très connu, qui explique que « ce durcissement du régime s'inscrit dans une escalade de la tension entre Cuba et les Etats-Unis, marquée par l'agressivité redoublée des faucons de l'administration américaine ». Il ajoute, reprenant l'argument des castristes : « Une certaine gauche européenne ne cesse de stigmatiser les comportements du régime cubain, mais elle se tait sur les agressions constantes subies par La Havane... Quiconque demande à La Havane davantage de démocratie ne devrait pas oublier que les droits humains comprennent aussi les droits économiques, sociaux et culturels, mieux défendus à Cuba que dans maints pays. »

La vérité, c'est qu'à propos de Cuba, tout débat un tant soit peu démocratique est impossible. En effet, à moins de signer une pétition à l'apparence innocente mais domiciliée sur un site officiel cubain et triomphalement promenée par M. Castro comme preuve de soutien pour son régime, on est « contre Cuba ».

C'est ce qui a déchiré la gauche latino-américaine et profondément divisé les intellectuels altermondialistes ailleurs. Les deux faits sont malheureusement liés. Du fait de la prépondérance latino dans le mouvement altermondialiste, M. Castro et sa petite île rebelle y sont devenus emblématiques et porteurs d'une charge émotionnelle considérable. Pour un mouvement qui lutte pour entrer dans l'âge adolescent, Fidel Castro et son socialisme « héroïque » incarnent le rôle paternel. Etre « contre Cuba » équivaut au parricide.

Que certains intellectuels européens se prêtent à ce jeu, tout en posant comme têtes de file de l'altermondialisme, nous rappelle la sombre époque du stalinisme. Et le jeu ne concerne pas seulement Cuba. Au début de l'année, on a assisté au même aveuglement moral à propos de la guerre en Irak. Pour certains intellectuels, si on était « contre Bush », on devait nécessairement être « pour Saddam ». Ils sont allés jusqu'à minimiser les crimes de Saddam Hussein. Par manque total de sens politique, certains - dont le professeur Jean Bricmont de l'UCL - appelèrent à la destruction pure et simple de l'ONU, la seule institution à même de délégitimer la guerre en Irak. C'est dans ce style puéril et dépourvu de toute pensée stratégique que l'altermondialisme va claudiquant vers un avenir incertain de mouvement politique adulte - et qu'il bascule si facilement dans l'immoral...

J'ai moi-même été prisonnière politique, sous le régime de l'apartheid. Nous ne savons que trop bien ce qu'est la torture psychologique, nous ne savons que trop bien ce qu'ont souffert nos enfants. Pourtant, pour nous, il y avait un seul moment dans le parcours de prisonnier politique où nous avions le droit à la parole : nos procès étaient publics, nos avocats indépendants. Pour la durée du procès, non seulement les « preuves » contre nous devaient être rendues publiques, mais nos propres paroles et celles de la défense ne pouvaient pas être censurées.

En lisant l'annonce de la journée de samedi au Passage 44, je ne peux m'empêcher de penser à mes huit longs mois au secret en 1985-86, dont plusieurs semaines d'hospitalisation en psychiatrie, avant ma mise en accusation devant un tribunal. Je ne peux m'empêcher d'imaginer ce que j'aurais senti si, durant ces huit mois pendant lesquels je n'avais aucune voix et aucun droit, une organisation avait invité à Bruxelles, pour un débat soi-disant démocratique, l'un de ces sinistres policiers ou espions de l'apartheid pour révéler mes « méfaits », pour se moquer de mes bêtises, pour ridiculiser et insulter ma personne. Je ne peux qu'espérer que ce samedi, quelqu'un se lève pour rappeler aux jeunes innocents présents dans la salle, les valeurs éthiques qui nous sont si chères.