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----- Original Message -----
From: Al Faraby
Subject: [assawra] Droit et Devoir de Résistance ... Dernière Lettre de Missak Manouchian

" Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. "
 
Droit et Devoir de Résistance ...
( Ils nous ont ouvert la voie de la Résistance. Suivons-la ! )
 
Dernière Lettre de Missak Manouchian
 
Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,
 
Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
 
Que puis-je t'écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.
 
Je m'étais engagé dans l'Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous... J'ai un regret profond de ne t'avoir pas rendue heureuse, j'aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d'avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l'armée française de la libération.
 
Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fait de mal à personne et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine. Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t'embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.
 
Manouchian Michel.
 
P.S. J'ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M.
 
L'Affiche Rouge
( Louis Aragon )
 
Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos
MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents
        Tout avait la couleur uniforme du givre
        A la fin février pour vos derniers moments
        Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
        Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses Adieu la vie adieu la lumière et le vent Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses Quand tout sera fini plus tard en Erivan. Un grand soleil d'hiver éclaire la colline Que la nature est belle et que le coeur me fend La justice viendra sur nos pas triomphants Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
        Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
        Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
        Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
        Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant
 
Missak Manouchian a 19 ans lorsqu'il arrive en France en 1925. Il est né le ler septembre 1906 dans une famille de paysans arméniens du petit village d'Adyaman, en Turquie. Il a huit ans lorsque son père est tué par des militaires turcs au cours d'un massacre . Sa mère mourra de maladie, aggravée par la famine qui frappait la population arménienne. Les atrocités du génocide marquent Missak Manouchian pour la vie.
De nature renfermée, il deviendra encore plus taciturne ce qui le conduira, vers l'âge de douze ou treize ans, à exprimer ses états d'âme en vers :
 
"Un charmant petit enfant
A songé toute une nuit durant
Qu'il fera à l'aube pourpre et douce
Des bouquets de roses".

Orphelin, il est recueilli par une famille Kurde puis par une institution chrétienne.
A son arrivé en France, il apprend la menuiserie, mais acceptera toutes les tâches qu'on lui proposera. Parallèlement il fonde 2 revues littéraires, Tchank (Effort) puis Machagouyt (Culture). Missak Manouchian fréquente les "universités ouvrières" créées par les syndicats ouvriers (CGT), et en 1934, il adhère au Parti communiste et intègre le groupe arménien de la MOI (Main d'Œuvre immigré). En 1937, on le trouvera en même temps à la tête du Comité de secours à l'Arménie, et rédacteur de son journal, Zangou (nom d'un fleuve en Arménie).
Après la défaite de 1940, il redevient ouvrier puis responsable de la section arménienne de la MOI clandestine. En 1943, il est versé dans les FTP de la MOI parisienne dont il prend la direction militaire en août, sous le commandement de Joseph Epstein. Missak dirige donc ce réseau de 22 hommes et une femme.
 
Depuis fin 1942, ces hommes ont mené dans Paris une guérilla incessante contre les Allemands : ils ont réalisé en moyenne une opération armée tous les deux jours: attentats, sabotages, déraillements de trains, pose de bombes. Leur grand coup d'éclat a lieu le 28 septembre 1943 lorsqu'ils abattent Julius Ritter, responsable du S.T.O. en France et général S.S.
 
Le 16 novembre 1943 Missak Manouchian doit rencontrer Joseph Epstein sur les berges de la Seine à Evry. il ignore qu'il est suivi depuis son domicile parisien lorsqu'ils sont arrétés sur la rive gauche par des policiers français en civils. en fait ce sont toutes les unités combattantes de la MOI parisienne qui seront démantelées ce jour là ou les jours suivants. S'agit-il d'un travail de police bien mené ou d'une dénonciation?....
Certains historiens pensent que les circonstances dans lesquelles eut lieu l'arrestation du groupe Manouchian demeurent obscures et relèvent de la dénonciation. Il semblerait que le groupe ait été utilisé dans des actions trop périlleuses pour ses moyens et qu'il n'ait pas été suffisamment prévenu par la direction de la Résistance communiste des risques qu'il encourait.
 
Les Allemands donnent une publicité inhabituelle à leur procès. La presse est invitée: une trentaine de journaux français et étrangers sont représentés. Les services de la propagande allemande envoient une équipe cinématographique. C'est un procès de 3 jours à grand spectacle. Son but est évident, le président de la cour martiale le précise : il faut " faire savoir à l'opinion française à quel point leur patrie est en danger ". Pensez-vous, des étrangers....
De fait, le groupe est essentiellement composé d'étrangers : huit Polonais, cinq Italiens, trois Hongrois, deux Arméniens, un Espagnol, une Roumaine et trois Français seulement. Parmi eux, neuf sont juifs et tous sont communistes ou proches du P.C. Leur chef est l'Arménien Missak Manouchian.
 
Dans le même temps les murs de France se couvrent d'une affiche les désignant comme des criminels: l'Affiche Rouge. La propagande allemande veut montrer que ces hommes ne sont pas des libérateurs mais des criminels, des terroristes, des droits communs. Les auteurs de l'affiche ont essayé de réaliser une composition apte à marquer les esprits :
 
1 / Le choix de la couleur : le rouge, couleur du sang, le sang des meurtres perpétrés par " l'armée du crime ".
 
2 / En haut de l'affiche, une question : " Des libérateurs ? ". En bas, la réponse : Non, ce sont des criminels. Et entre les deux, des preuves (caches d'armes, sabotages, morts et blessés).
 
3 / Sous le mot de libérateur , telle une légende, les dix visages mals rasés présentés dans des médaillons cerclés de noir et répartis symétriquement. Sous chacun de ces visages, un nom à consonnance étrangère, et juif pour sept d'entre eux. Bien entendu, aucun des Français du groupe n'y figure. Missak Manouchian y est qualifié de " chef de bande ". Ce n'est pas un résistant, ce n'est pas un libérateur, mais un criminel de droit commun.
 
Les 10 médaillons s'intègrent à une flèche dont Manouchiant forme la pointe et qui met le focus sur les "crimes"
Lorsque l'affiche rouge est diffusée sous forme de tracts, c'est pour rajouter au verso le commentaire suivant :
" Si des Français volent, sabotent et tuent, ce sont toujours des étrangers qui les commandent ; ce sont toujours des chômeurs et des criminels professionnels qui exécutent ; ce sont toujours des Juifs qui les inspirent. "
 
Les Allemands et Vichy ont voulu transformer ce procès en propagande contre la Résistance. Ils veulent montrer que la Résistance n'est que du banditisme et un complot étranger contre la France et les Français. Ils misent sur la xénophobie, l'antisémitisme et l'anticommunisme supposés de l'opinion publique. La radio et les journaux de Vichy reprennent le thème du " judéo- bolchevisme, agent du banditisme ". Il s'agit de déstabiliser la Résistance à un moment où elle est organisée et pose des problèmes de plus en plus importants aux forces de répression.
 
Missak Manouchian tombera au Mont-Valérien, avec vingt-et-un de ses camarades, sous les balles de l'ennemi, le 19 février 1944. La femme fut décapitée à Stuttgart ultérieurement. Joseph Epstein et vingt-huit autres partisans français seront fusillés le 11 avril 1944.
 
Reference : http://www.netarmenie.com/histoire/dossiers/missak/lettre.php
 
www.aloufok.net
 
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