Mariemont-bascoup

 

11 MAI 1950 : la tragique catastrophe minière de Mariemont - Bascoup !

 

Le 11 mai 1950, 38 ouvriers - mineurs périssaient, victimes d' un coup de grisou et de l' incurie des patrons charbonniers, lors de la terrible catastrophe minière de MARIEMONT- BASCOUP, au "Pays-Noir", près de Charleroi.

Les 6, 7 et 8 mai 2000, l' Administration communale de COURCELLES a dignement commémoré l' événement au cours d' une cérémonie - exposition, tenue dans la salle des fêtes de l' ex - hôtel de ville de Trazegnies, sur le territoire de l'ex - commune où eut lieu la catastrophe.

En souvenir de mes 2 oncles (Jacques CHIRAC, citoyen français, et Pierre STANSON, des 2 veuves et des orphelins qu 'ils ont laissés), de leurs malheureux et infortunés compagnons, je me permets de reproduire de larges extraits de la brochure commémorative éditée par l'Administration communale de COURCELLES. Mon père (25/04/1915 - 01/06/2009) fut aussi ancien mineur de Mariemont - Bascoup, un peu avant la catastrophe... Il travaillait dans la même taille que ses 2 beaux - frères et les autres victimes.

                                                          Roger ROMAIN,

                                                                a/conseiller communal.

LA CATASTROPHE MINIÈRE de TRAZEGNIES:

DATE:

Jeudi 11 mai 1950, ironie du sort... à quelques jours de la Fête des Mères !

CIRCONSTANCES

Un coup de grisou. Une fatalité, dans un puits où la teneur en grisou -ce gaz mortel- est quasi inexistant !

LIEU

Puits n° 6 - de la société des charbonnages de Mariemont Bascoup - puits situé dans la campagne, un endroit idyllique s' il en est, entre Trazegnies et Piéton.

SITUATION DANS LE PUITS

À 570 m de profondeur, à la taille 27, une galerie en cours de travaux de 280 m de longueur et remontant à 490 m.

LES SECOURS

Furent très vite organisés, avec l' aide des mineurs du charbonnage et de la Centrale de sauvetage de Marcinelle.

Les médecins de la région, la croix rouge, les infirmières -même celles de l' O.N.E.-, le clergé et les forces de l' ordre.

Des fostîs, tous volontaires dans l' adversité, faisant preuve de courage au travers de tous les dangers.

Au fond de la mine, on se sent uni jusqu' à la mort.

Deux sentiments animent ces travailleurs du charbon : fraternité et solidarité. Quand un mineur sait que ses compagnons sont en danger, il ne lui viendra jamais à l' idée de se demander si ce sont des ingénieurs, des porions, des boutefeux, des hiercheurs, etc..., des Belges ou des étrangers.

Toujours, il répondra présent afin de porter secours, dans des conditions inimaginables, aux gars du fond qui, ultime espoir, sont peut - être encore en vie. Malheureusement, en cas de catastrophe, cette aide se résume à remonter des corps mutilés et calcinés. Dès ce moment, il connaîtra la douleur d'avoir perdu des camarades et la révolte devant l' impuissance de n' avoir pu les sauver.

LE DRAME, HEURE PAR HEURE

 9 h - coup de grisou

11 h - trois cadavres sont remontés

11, 30 h - trois blessés suivent

13 h - dix nouveaux cadavres sont remontés de la taille

15 h - le bilan est déjà lourd : 14 morts et 4 blessés graves

LA RÉACTION de TRAZEGNIES

En très peu de temps, une foule se pressa devant les grilles du charbonnages n° 6. Par quel phénomène ? Comment ont - ils su ? Impossible à comprendre ni de décrire le lourd silence qui pesait sur les corons.

Quartier par quartier, rues après rues, les maisons se sont vidées, les épouses, fiancées, mères et pères, les amis, ..., tous se dirigeaient en file, dans un silence implacable et ne voulaient pas croire à la fatalité.

Malgré un magnifique soleil, le village était plongé dans un silence, une ambiance lourde indescriptible.

VICTIMES

38 tués, 2 rescapés : un jeune Flamand : Julien ROELANDT, 17 ans, décédé un peu après son hospitalisation à l' hôpital Louise de Morlanwelz et Yvon STURBOIS, 14 ans, gravement brûlé (habitant toujours Trazegnies).

Parmi les victimes, il y avait différentes nationalités : 22 Belges, 1 Allemand, 4 Polonais, 7 Ukrainiens, 3 Italiens, 1 Français et 2 Russes.

LES FUNÉRAILLES

Le samedi 13 mai.

Ici, il n' y avait plus de Belges ni d' étrangers, mais des copains de travail, des amis, des gens qui s' estimaient et dans une même  tristesse ... toutes croyances confondues, prêtres orthodoxes, catholiques, protestants.

Pour la plupart, car certaines familles avaient désiré attendre le lundi 15 mai et les célébrer chez eux.

Une chapelle ardente dans la salle de l' hôtel de ville de Trazegnies.

Des milliers de personnes, de toutes les régions du Pays : Anvers, Gand, Limbourg, Liège, du Borinage, sont venues rendre un dernier hommage aux victimes et familles.

Il a fallu interrompre le défilé à la chapelle ardente, et cela dura plus de deux heures.

Des centaines de gerbes de fleurs, portées par des enfants des écoles, des enfants de mineurs, par des mineurs d' ici et d' ailleurs, des parents, des associations.

Plusieurs cérémonies:

Une cérémonie religieuse - catholique, conduite par Mgr Immer, Évêque de Tournai. Une cérémonie laïque. Une cérémonie religieuse - orthodoxe

Un cortège funèbre était emmené par le Bourgmestre, accompagné du Ministre Duvieusart

Une foule immense se pressait le long du parcours

Il y eut également des funérailles, avec toujours la même solidarité, la même foule, le même hommage et cela dans les communes voisines : à Gouy - lez - Piéton (Dauge), à Piéton (Hennequière), à Courcelles (Rouckhout, Boidenghien), à Gosselies (Chirac), à Deinze, en Flandre (Roelandt), à Chapelle, à Morlanwelz.

VISITE ROYALE

La Reine Élisabeth, arrivée de façon impromptue à l' hôtel de ville, accueillie par le Bourgmestre Louis Rayée, a voulu connaître le pourquoi de la catastrophe. Ensuite, accompagnée de Monsieur Georges SIMON, l' architecte et le Président de la Croix - Rouge et Madame Christiane SIMON, Présidente de l' O.N.E., la Reine rendit visite à quelques familles endeuillées et, par la suite, à Yvon Sturbois, à l' hôpital.

L' APRÈS CATASTROPHE

Une enquête par le parquet, un procès. Suicide d' un ingénieur à l' issue du procès.

La construction d' un monument et de 22 pierres tombales en hommage aux victimes de la mine du 11 mai 1950.

1960, commémoration du 10ème anniversaire avec les écoles communales mixtes. 1970, commémoration du 25ème anniversaire.

LES VICTIMES

ARMASOKOW victor, 23 ans, Ukrainie - BARBIERET Arnoldo, 38 ans, Italien - BENDIK Josef, 28 ans, Polonais - BOIDENGHIEN Roger, 47 ans, Belge - BOLOTIUK Josef, 34 ans, Ukrainien - BRACKELEER Léon, 54 ans, Belge -  CARBONE Philippe, 32 ans, Italien, CHAPELLE Herman, 54 ans, Belge - CHIRAC Henri, 25 ans, Français - DASCANIA Renato, 14 ans, Italien - DAUGE Gustave, 27 ans, Belge - DELHAYE Oreste, 18 ans, Belge - DERAMMELAERE Jérôme, 49 ans, Belge -  DESMET Maurice, 32 ans, Belge - DUQUESNE Jean - Baptiste, 43 ans, Belge - HENCKE Arthur, 24 ans, Allemand - HENNEQUIERE Gaston, 30 ans, Belge - HURKO Yvan, 30 ans, Ukrainien - JACUBIN Pietro, 24 ans, Ukrainien - KRAWEZENSKI Bogdan, 46 ans, Polonais - KRETSKOWSKY Pietro, 28 ans, Ukrainien - KUSNESOW Nicolas, 30 ans, Russe - LESSINES Jules, 57 ans, Belge - MINSKI Yvan, 26 ans, Ukrainien - NOEL Goliath, 36 ans, Belge - NOEL Edouard, 43 ans, Belge - NOEL Francis, 15 ans, Belge - ROUCKOUT Fernand, 49 ans, Belge - SHASKERIN Jakow, 36 ans, Ukrainien - SIKALAN Marian, 26 ans, Polonais - SOKOLOW Pietro, 35 ans, Russe - STURBOIS Georges, 27 ans, Belge - STANSON Pierre, 29 ans, Belge - TKASSCHOW Yvan, 17 ans, Polonais - VAMBERCIES Emile, 44 ans, Belge - VERMOTTE Léon, 36 ans, Belge - VLEYSSCHMAN André, 55 ans, Belge - YERNAUX Gabriel, 22 ans, Belge.

Trois rescapés, hospitalisés à la clinique Louise à Morlanwelz : MALFAIT Georges, marié, de Trazegnies - ROELANDST Julien, 17 ans, de Chapelle - lez - Herlaimont, décédé à l' hôpital - SQTURBOIS Yvon, 14 ans, de Trazegnies, toujours en vie.

DISCOURS d' OUVERTURE de la CÉRÉMONIE - EXPO :

Madame, Monsieur,

    Ne disait - on pas que les charbonnages étaient la plus grande richesse du pays ? Tous les hommes de n' importe quel coron savaient ce qu' étaient ène bleuze marone, in briquèt éyé in flacon. Ils savaient aussi que chaque jour ils risquaient l' accident... la mort, mais par pudeur n' en parlaient jamais !

    Cinquante ans déjà, que malheureusement la fatalité nous donne l' occasion de commémorer un bien triste anniversaire.

    C' était le jeudi 11 mai 1950, une magnifique journée s'annonçait. Nos Fostis quittaient leurs familles pour accomplir leurs tâches journalières: al Fosse. On peut s' imaginer qu' ils pouvaient dire: Bonne journée et penser aux heures du retour et promettre qu' elles seraient consacrées au jardin, aux semis de mai.

    Hélas, à plus de 500 mètres de profondeur, à la taille 27... Le grisou a fait son oeuvre et l' on remontera trente - huit morts et deux blessés, dont seul un survivra.

    Adieu lumière éclatante du matin,

        adieu printemps,

            un voile noir couvrit Trazegnies, chassant le rire du matin, faisant place à une immense douleur.

    J' aurais préféré ne jamais montrer cette exposition et avoir tous ces mineurs assis dans cette salle à bwère ène bonne pinte dès bîre... La fatalité est tout autre !

    Aussi étrange que cela puisse paraître, aujourd'hui, bon nombre de nos concitoyens n' avaient connaissance de ce tragique accident..., il me semble qu' il est bon de rappeler, à vous visiteurs, cette catastrophe oubliée, et rendre un poignant hommage à ces hommes du fond.

    Willy WAUTHIER

résident des Compagnons de saint Martin.   

  

L' autre grande catastrophe minière : le Bois du Cazier à Marcinelle, le 8 août 1956

Le site du Bois du Cazier

En hommage à nos mineurs : Mariemont-Bascoup, Le Bois du Cazier, ...:

La tragédie minière du 11 mai 1950 au charbonnnage n° 6 de Mariemont - Bascoup à TRAZEGNIES

Lorsqu'on évoque une catastrophe minière, le nom de MARCINELLE vient immédiatement à l' esprit, c'est normal, le 8 août 1956, cette catastrophe fit 262 morts d'un seul coup, et c'est surtout ce chiffre, par son importance et par la suite, sa médiatisation, qui allait faire connaÎtre au monde entier l'horreur de cette tragédie minière. La mine venait de se faire rappeler qu'elle était toujours là avec son cortège de misères et de désolations.Cependant, cette tragédie allait faire de l'ombre à une autre survenue 6 ans plus tôt à TRAZEGNIES. La différence entre ces deux catastrophes, c'est qu'a Marcinelle, elle fut causée par un incendie et qu'a Trazegnies, c'était le grisou qui en était la cause.

Par la faute du grisou, ce gaz qui donne à tous les mineurs un frisson dans le dos rien que d'y penser, va plonger la localité de Trazegnies dans l'angoisse et va endeuiller la Belgique entière. C'était le jeudi 11 mai 1950. La localité de Trazegnies allait se faire connaître sur l'ensemble du territoire national.

L'année 1950 avait pourtant bien débuté. On commençait à oublier les horreurs de la guerre et il y avait, pour ainsi dire, du travail pour tout le monde et de plus, c'était le printemps. Pour les Trazegniens, elle sera l'année de l'horreur et elle restera gravée dans leurs mémoires, et ce, par la catastrophe du 11 mai.

Que s'est-il donc passé pour qu'une telle catastrophe ait pu avoir lieu ? Il faut savoir qu'il existe 3 catégories de charbonnages. La première étant considérée comme peu grisouteuse, la seconde: grisouteuse et la troisième: très grisouteuse. Le puits n° 6 de Mariemont-Bascoup était classé dans la 1ère catégorie, de plus, ce charbonnage était considéré comme sûr, car depuis sa création en 1897, il n'avait pas connu d'accident mortel. Du grisou, il y en a dans tous les charbonnages et une fois détecté, toutes les précautions sont prises au point de vue sécurité.

Mais au fait, qu'est ce que c'est le grisou ? C'est un gaz «enfermé» dans une masse de charbon, comprimée depuis des millions d'années, époque de la formation carbonifère. En «libérant» cette poche de gaz, celle-ci entraîne une violente explosion, entraînant avec elle le charbon qui par ses poussières asphyxie les ouvriers. Il peut aussi brûler comme ce fut le cas en 1879 à FRAMERIES qui fit 121 morts. Pour mieux comprendre, il suffit de gonfler un ballon et de le percer avec une aiguille, une déflagration s'en suivra sans dommage, du fait qu'il ne s'agit que d'air. Pour le grisou, c'est la même chose et s' il y a une flamme ou une simple étincelle à proximité, il s'enflamme aussitôt.

Il .existe plusieurs moyens de détection de ce gaz grisouteux. Des lampes spécialement conçues dont la hauteur de la flamme varie ainsi que par sa couleur. Ce sont des lampes à « benzine» et des lampes à  «l'huile ». Il y a un autre signe de présence de grisou sur les lieux: le mineur. À faible quantité dans l'air, ce gaz provoque des maux de tête aux mineurs présents sur les lieux. Ce sera le cas à Trazegnies.

Cependant, au puits n° 6 de Trazegnies, pour la première fois, on détecte une veine de charbon très grisouteuse à l'étage 570 mètres. Immédiatement, par mesure de sécurité, la galerie est obstruée par une épaisse maçonnerie de 3 m d' épaisseur et d'une hauteur de 2 m 80. Cette maçonnerie est percée d'un tuyau qui est relié par la suite au puits du retour d'air, autrement dit: à la surface. Cette évacuation est périodiquement vérifiée par des spécialistes, elle est donc primordiale et importante.

Hélas, pour les patrons miniers, cette fermeture de la galerie est une perte d'argent, car il ne faut pas oublier, qu' à cette époque, on était en pleine "bataille du charbon".

Avant d' aller plus loin, il faut savoir aussi que dans un charbonnage, rien ne se fait sans avoir eu au préalable un ordre écrit. Comme nous le verrons plus tard, cela pèsera lourd dans la balance de la justice au procès qui s'en suivra. Au début du mois de mai 1950, les contrôles effectués par les chefs porions, par le conducteur des travaux et par les ingénieurs constatent que la teneur en grisou est tombée à 1%, voire à 1/2 %. "On" décide donc d' ouvrir une brèche dans le mur pour aller se rendre compte sur place si cette galerie peut être à nouveau exploitable. C'est une opération très dangereuse ... et, ils le savent.

Le lundi 8 mai 1950, le personnel de maîtrise commence à préparer l' outillage et les ventilateurs, car la décision est prise d'ouvrir le mur pour le mercredi 10 mai. Pour des raisons trop longues à expliquer dans cette rubrique, divers retards empêchent cette ouverture au jour prévu, ce qui provoquera la colère du conducteur des travaux: Herman CHAPELLE. La rage dans l' âme, la décision de percer le mur est reportée au lendemain, c' est - à - dire au jeudi 11 mai 1950 à la pause du matin.

Toutes les conditions pour la tragédie qui va suivre sont en place.

Yvon STURBOIS est un mineur de la pause du matin. Il a 15 ans ! Se trouvant à environ 200 mètres de l'endroit où l'on va percer le mur, pris de coliques, il décide de se soulager d'un «besoin naturel ». Il grimpe dans un wagonnet et se baisse ne laissant dépasser, de la paroi, que son cuir chevelu.

Au même moment, une violente déflagration s'en suivit dans la galerie adjacente. Yvon STURBOIS voit une énorme boule de feu se diriger vers lui. Le cuir chevelu brûlé réussira par après à s'extirper du wagonnet, complètement épouvanté, les paupières brûlées, le rendant momentanément aveugle et en appelant au secours, rampera à l'aide de ses coudes, en se guidant des rails des wagonnets pour finalement tomber dans les bras d'un sauveteur, Pierre LEBACQ, qui le transportera jusque la cage pour le remonter à la surface.

Le nom de TRAZEGNIES allait s'inscrire en noir, comme la couleur du charbon, dans tous les journaux du royaume.

Au moment du coup de grisou, il est 9 h 22 du matin.

Pierre LEBACQ, le mineur de Souvret qui avait sauvé le petit Yvon STURBOIS raconte: «]' étais au fond, à l' étage 570, à 300 m. de la taille 27. Tout à coup, j' entendis comme un coup de tonnerre, le déplacement d' air me plaqua au sol;  je courus vers la cage pour remonter à la surface. Là, je vis un ingénieur et je redescendis aussitôt avec lui. Comme nous arrivions à la taille sinistrée où une  chaleur épouvantable régnait, et où une poussière intense nous empêchait de voir, j'entendis la voix du petit Yvon qui appelait à l' aide. Il avait les yeux fermés, la figure horriblement gonflée, mais, il était vivant». En fait, Yvon STURBOIS après avoir rampé à l' aide de ses coudes, avait passé, sans le savoir, au-dessus des cadavres de ses collègues de travail et complètement épuisé, s' était assis là où Pierre Malfait l' avait trouvé.

Georges MALFAIT se trouvait également dans la mine au moment du drame, il put remonter par ses propres moyens a la surface. Il était blessé a la tête, et après avoir reçu des soins, il retournera chez lui par ses propres moyens dans la matinée. Il avait entendu la déflagration mais n'avait rien vu.

L'annonce de la catastrophe se répandit dans Trazegnies comme une trainée de poudre. Les secours s' organisent, bientôt rejoints par les sauveteurs de la Centrale de RESSAIX.

Immédiatement, les grilles d'accès du charbonnage sont fermées et gardées par la gendarmerie. De nombreuses personnes, parents, famille, amis s' agglutinent aux barreaux de la grille. La consigne est stricte: personne, hormis le personnel du puits, les sauveteurs, les mineurs appelés par leur service, les ambulances ainsi que les voitures des ingénieurs, du directeur, personne ne passe, même pas la presse.

À 10 h 30, on commence à remonter les premiers cadavres, horriblement brûlés, voire calcinés.  Immédiatement, ceux-ci sont dirigés vers la remise des bicyclettes improvisée en infirmerie. L'abbé DRUART, accouru sur les lieux administre déjà un blessé que l'on transporte immédiatement en ambulance vers la clinique Louise de MORLANWELZ.

Un aumônier ukrainien est là aussi (certains Ukrainiens logeaient encore dans les baraquements près du puits N° 6. Le curé de Trazegnies, l'abbé THILMANS viendra aussi sur les lieux dès qu'il apprit la tragédie, en même temps que plusieurs médecins des environs.

Dans l'après-midi, un autre rescapé fut remonté à la surface: Julien ROELANDT, 17 ans. Il travaillait à l l'endroit même où l 'on perçait le mur. Personne ne comprendra comment il avait pu survivre à une telle déflagration. Cela restera pour toujours un mystère.

Edouard NOËL était affreusement brûlé. Il décèdera à son arrivée à l' hôpital Louise. Sa famille fut la plus éprouvée, par la perte d'un époux, d'un fils aîné et d'un beau-frère. Cette mère restait avec sept orphelins sur les bras !

À 14 h 00, la presse put enfin avoir accès au local des ingénieurs. Les familles durent patienter jusque 16 h 00.

Un par un, les corps sont remontés à la surface. Ils sont tous affreusement brûlés et déchiquetés. L'identification allait s'avérer extrêmement difficile. Sur le chemin menant au puits N°6, ce ne sont plus des ambulances qui font la navette, mais des corbillards car aussitôt identifiés, les corps sont mis en bière et remis aux familles.

Le lendemain, la Reine Elisabeth viendra réconforter les familles. De nombreux télégrammes de condoléances affluent de l' Europe entière.

Après s'être heurté à d' innombrables difficultés de tout ordre, l' administration communale de TRAZEGNIES a pu organiser des funérailles officielles à certaines familles (toutes les familles n' habitaient pas Trazegnies). Elles furent programmées pour le samedi 13 mai. Auparavant, 17 cercueils avaient été ramenés dans la salle des fêtes de l'Hôtel de Ville de Trazegnies, transformée en chapelle ardente. Pour les funérailles chrétiennes, ce sera Mgr. HIMMER, Évêque de Tournai qui officiera.

Le samedi matin, dès 8 h 30, le public fut admis à venir rendre hommage aux victimes. Des milliers de personnes s'étaient déplacées pour venir assister aux obsèques. Jamais, la place Larsimont n'avait contenu autant de monde, elle était littéralement noire de monde. Parmi les personnalités, figurait M. DUVIEUSART, Ministre des affaires économiques. Les rues qui relient l' église et le cimetière étaient bordées d' enfants tenant un bouquet de fleurs. À 10 h 30, il a fallu interrompre l' hommage dans la chapelle ardente. Pour faciliter l'organisation de la cérémonie, on décide que les cercueils seront descendus (a bras d'hommes) par l'entrée principale de l'Hôtel de Ville. Sur le trajet, tous les corbillards seront entourés de mineurs en tenue de travail. L'émotion est a son comble.

Il était impossible de faire entrer dans l'église toute cette foule. Seules les familles et les personnalités purent y pénétrer. Les abords du cimetière sont noirs de monde, et là aussi, il a fallu canaliser le funeste cortège. À 16 h 00, la cérémonie était proprement dite: terminée.

Le dimanche 14 mai, ce fut au tour des victimes de religion orthodoxe d'être inhumées. Les membres de la délégation ukrainienne avaient tenu à porter eux-mêmes les cercueils contenant les restes de leurs compatriotes.

Le lundi 15 mai, se déroulèrent à Trazegnies, les funérailles du conducteur des travaux, Herman CHAPELLE et à Gouy-lez-Piéton, celles de Gustave DAUGE. Pendant ce temps là, à la clinique Louise de Morlanwelz, Yvon STURBOIS et Julien ROELANDS luttaient toujours pour leurs survies. Hélas, Julien ROELANDS décédera durant la nuit de dimanche à lundi. Yvon STURBOIS restait donc l'unique rescapé de cette effroyable tragédie. Depuis l'annonce de la catastrophe, des collectes furent organisées dans tout le royaume et l'argent commençait à affluer vers divers comptes ouverts à ce sujet.

Mais déjà, on voudrait comprendre comment une telle catastrophe a pu se produire et les langues commencent alors à se délier ...

Tous les journaux de l' époque indiquent que des dons en faveur des familles des victimes convergent vers Trazegnies. Dans cette presse, la liste de ces dons est insérée pour ainsi dire chaque jour, et ce, durant un certain temps. Le premier souci fut de gérer le plus vite possible tout cet argent et de rassembler tous les comptes en un seul.

Pour ce faire, une A.S.B.L. fut créée le 1er juillet 1951. Elle avait pour dénomination: "Comité d' aide aux familles de la catastrophe minière de Trazegnies". Celle-ci avait comme président: Emile Cornez, Gouverneur du HAINAUT. Parmi ses membres, on épinglera: François NOUWENS, secrétaire communal de Trazegnies, Denise RACHARD, infirmière à Trazegnies, Arthur BEGUIN, Bourgmestre de Trazegnies, Georges SIMOND, Ingénieur-civil.  Le Collège des Commissaires était formé par Gustave CHAPELLE, René MIGEOT et Fernand PLUMIER. Les archives de cette A.S.B.L. nous apprennent qu' à la date de sa création, elle disposait de la somme de 11.099.613,89 frs  (y compris le versement de 1.950.993,90 frs émanant de la Croix-Rouge). Tout cet argent fut réparti en portefeuille, bons de caisse (à 4,5%), etc.

Pour la veuve, outre le pension légale, l'A.S.B.L. lui versait annuellement la somme de 20.000 frs + 5.000 frs pour chaque orphelin, et ce, jusque sa majorité (18 ans).  Elle intervenait également dans les frais extraordinaires: médecin, pharmacien, hospitalisation, vêtements, etc.

En cas de remariage, la rente était supprimée mais un octroi d'une dot de 32.000 frs lui était accordée. L'A.S.B.L. aidait parfois certaines familles pour le loyer, l'entretien de la maison, etc.

Lors de l' Assemblée Générale du 19 mars 1953, les statuts furent modifiés et un crédit spécial de 100.000 frs fut ouvert au profit des familles de victimes d' accidents isolés.

Le but poursuivi lors de la constitution de cet organisme était d'éviter un mauvais emploi des dons. L'expérience avait prouvé que les craintes étaient fondées, et que dans certaines familles, il ne resterait rien si les sommes recueillies avaient été distribuées intégralement.

De nos jours, le montant de ces sommes parait dérisoire, mais dans les années 50 du siècle passé, c était assez considérable, voire une petite fortune.

Pour en revenir à la catastrophel tout le monde se demandait ce qui avait bien pu déclencher le drame et qui en était responsable. Disons le tout de suitel qu/il ne nous appartient pas de désigner le ou les coupables dans le cadre de cette rubriquel mais on peut s/interroger.

Peu après la catastrophe, la direction du puits n° 6 de Mariemont-Bascoup, par un communiqué de presse, désignait Herman CHAPELLE, conducteur des travaux, comme seul responsable en insistant sur le fait que c' était lui qui avait voulu que l' on perce le mur de la galerie. L' ennui, c' est qu' il n' était plus là pour le contredire !

Certes, les calculs des ingénieurs avaient démontré qu' il n' y avait plus que 1 % de gaz méthane à la sortie du tuyau d' évacuation, or pour que la détonation ait pu se produire, deux conditions étaient indispensables: d' abord qu' il y ait existence de gaz d' un pourcentage de 6 à 14 % par rapport à I' air et ensuite qu' il y ait une cause d'explosion, une étincelle, une flamme.

De plus, seuls les spécialistes de l'Institut .de Frameries possédaient les instruments adéquats pour mesurer avec exactitude la densité de l'air. Ces spécialistes ne furent jamais appelés au puits n° 6.de Mariemont-Bascoup. Les calculs furent réalises par les ingénieurs du puits n° 6. et, comme on le sait, ils étaient erronés. Herman CHAPELLE avait 54 ans, dont 40 passés dans lamine, et il n' est nullement à blâmer. Il connaissait son métier à fond, il s'est fié aux directives et aux ordres des ingénieurs, et en toute confiance, ce n' était certes pas un kamika. Dans un premier article, consacré à cette rubrique, il est dit que "des mineurs remontaient à la surface avec des maux de fête", signe de la présence de grisou. Or la direction a négligé ce signe qui pourtant était significatif. Lourde erreur de la part de la direction. La décision du percement du mur fut prise en dépit du bons sens et ce, sans garantie. La veine de. charbon se dirigeait vers Forchies, or le puits n° 10 de Forchies était classé dans la catégorie 2, c'est-à-dire: grisouteux. On connait la suite: 39 morts! De plus, si on avait perçé Ie mur à la pause de nuit, il n'y aurait eu que 10 à 12 hommes dans la taille, et non 40 comme au 1er poste de la matinée,  mais ça n'aurait rien changé aux circonstances, à part le nombre de tués.  

Moralité de cette triste histoire, dans les mois qui suivirent la catastrophe, un ingénieur déménagea et un autre se suicida. Le lecteur est libre de penser et de se faire une opinion sur les causes de cette tragédie.

À la clinique Louise de Morlanwelz, un gosse de 15 ans avait murmuré à l'oreille de son frère: "J'e dirai pu jamais al fosse" (Je n' irai plus jamais à la fosse !) et a sa mère il disait: "D'jé mau" (J' ai mal !).

(RoRo, le 22 septembre 2014)

(texte très légèrement remanié)

En cliquant sur le lien ci-dessous d' autres pages consacrées au même sujet :

La tragique catastrophe minière de Mariemont-Bascoup

users.skynet.be/roger.romain/COURCELLES_Bascoup.htm

 

COURCELLES-Trazegnies: une triste nouvelle: Yvon STURBOIS s' en est allé à son tour à l' âge de 72 ans ...

Ils étaient 8 frères, tous ayant vécu les conditions de vie pénibles des mineurs, travaillant à la mine, dont 6 au fond....
L' aîné Jean-Baptiste a travaillé dans les mines du Limbourg notamment avant de revenir vivre à Viesville et à Courcelles après la guerre de '40 où il fut militant communiste.
C' est lui, qui, disons avec mon aide technique et dactylographique, a tenu pendant de nombreuses semaines une intéressante rubrique dans "La Petite Lanterne" intitulée "Les braves gens". Cette rubrique décrivait les conditions pénibles de sa famille nombreuse et le dur travail des "gueules noires". Elle fut ensuite reproduite en une brochure vendue en librairie à COURCELLES et environs.
Publier ses mémoires qu' il avait patiemment et au jour le jour écrites dans un petit carnet personnel, c' est Georges GLINEUR qui lui inspira cette idée au départ. Je fus donc appelé à la rescousse, mis à contribution ...
Yvon lui, était le plus jeune des frères. Il a longtemps vécut rue du Bâty à Trazegnies. Il fut comme Jean-Baptiste et Joseph, membre du Parti communiste pendant de nombreuses années.
Yvon est né en 1935 et commença au fond de la mine le 9 octobre 1949. Mais le 8 mai 1950, survint la tragique catastrophe de Mariemont-Bascoup. Il y eu 38 tués ...

Parmi les victimes, il y avait différentes nationalités : 22 Belges, 1 Allemand, 4 Polonais, 7 Ukrainiens, 3 Italiens, 1 Français et 2 Russes.

Y figuraient notamment:

 CHIRAC Henri, 25 ans, Français (un de mes oncles),  STURBOIS Georges, 27 ans, Belge (un des autres frères Sturbois) - STANSON Pierre, 29 ans, Belge (un de mes oncles qui laissait 3 orphelins toujours en vie actuellement) ...

Trois rescapés, hospitalisés à la clinique Louise à Morlanwelz : MALFAIT Georges, marié, de Trazegnies - ROELANDST Julien, 17 ans, de Chapelle - lez - Herlaimont, décédé à l' hôpital - STURBOIS Yvon, 14 ans, de Trazegnies.

De beaucoup de ces mineurs (avec lesquels mon propre père a travaillé pendant quelques années au fond également avant de quitter la vie de mineur), Yvon STRUBOIS, était le plus jeune et l'unique rescapé encore en vie... Il vient donc de nous quitter pour toujours...
Cela ranime en moi quelques souvenirs d' un passé tragique et définitivement clos... C' est avec tristesse que j' apprends ce décès ...

Une rectification:

Sent: Monday, November 29, 2010 3:43 PM

Monsieur,
J'ai lu l'information wikipédia que vous avez publié via Internet.Dans la liste des personnes décédées à Trazignies en 1950 vous citez Kretskowsky Pietro.En fait il doit s'agir de mon oncle maternel Kweatkowski Pietr, et il était bielorusse et non ukrainien.A la demande de notre famille il est enteré séparément (pas au fond).Ma mère m'a encore montré une ou deux tombes également séparées.
Meilleures salutations
Alexandre Popowski

 

11 MAI 1950 : la tragique catastrophe minière de Mariemont - Bascoup !

RoRo
05/12/2007

 

 

Cette page a été mise à jour le 11/07/12.               
                                     

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