Engels clairvoyant sur l'Afghanistan :

Friedrich Engels et l’Afghanistan.

Le journal Le Monde dans son édition du 30/9/2001 publie un texte rare de l’un des fondateurs du marxisme. L’intérêt du texte réside dans son étonnante actualité : " La position géographique de l'Afghanistan et le caractère particulier de son peuple confèrent au pays une importance politique qu'il ne faut pas sous-estimer dans les affaires d'Asie centrale. " écrivait avec clairvoyance Engels.

 

Engels sur l’Afghanistan.

AFGHANISTAN : grand pays d'Asie au nord-ouest de l'Inde. Il s'étend entre le Pakistan et les Indes, et de l'autre côté entre l'Hindu Kush et l'Océan Indien. Le pays incluait jadis les provinces persanes du Khorassan et du Kohistan, ainsi que Herat, le Bélouchistan, le Cachemire et le Sind et une grande partie du Punjab. Dans ses frontières actuelles, il ne comporte sans doute pas plus de 4 000 000 habitants. La géographie de l'Afghanistan est très irrégulière : hauts plateaux, montagnes élevées, vallées profondes et ravins. Comme tous les pays tropicaux et montagneux, on y trouve tous les climats. Dans l'Hindu Kush, la neige recouvre toute l'année les sommets élevés, tandis que dans les vallées, le thermomètre peut atteindre 55 °C. Il fait plus chaud à l'est qu'à l'ouest, mais le climat est dans l'ensemble moins chaud qu'en Inde ; si les variations de température entre l'été et l'hiver, ou le jour et la nuit, sont très importantes, le pays est sain.

Les fièvres, les catarrhes et les ophtalmies sont les principales maladies. De temps en temps, la variole fait des ravages. Le sol est d'une fertilité exubérante. Les dattiers prospèrent dans les oasis des déserts de sable, la canne à sucre et le coton dans les vallées chaudes ; les fruits et les légumes européens poussent en abondance sur les terrasses des collines jusqu'à 1 800 ou 2 100 mètres d'altitude. Les montagnes sont couvertes de forêts nobles, fréquentées par des ours, des loups et des renards ; on trouve le lion, le léopard et le tigre dans des régions convenant à leur mode de vie. Les animaux utiles à l'homme ne manquent pas. On trouve une belle race de moutons persans à grande queue. Les chevaux sont des pur-sang de bonne taille. Le chameau et l'âne sont utilisés comme bêtes de somme et on trouve beaucoup de chèvres, de chiens et de chats.

Outre l'Hindu Kush, qui est une continuation de l'Himalaya, il existe une chaîne montagneuse appelée Sulaiman, au sud-ouest ; entre l'Afghanistan et Balkh, se trouve une chaîne, le Paropamisos, mais très peu d'informations la concernant sont parvenues jusqu'en Europe. Les rivières sont peu nombreuses ; l'Hilmand et la Kaboul sont les plus importantes. Elles prennent leur source dans l'Hindu Kush ; la Kaboul coule vers l'est et se jette dans l'Indus près d'Attock, l'Hilmand coule vers l'ouest, traverse la région du Seistan et se jette dans le lac de Zurrah. L'Hilmand a la particularité d'inonder ses rives tous les ans, comme le Nil, fertilisant ainsi le sol qui, au-delà des limites de l'inondation, est un désert de sable.

Les principales villes d'Afghanistan sont Kaboul, la capitale, Ghazni, Peshawar et Kandahar. Kaboul est une belle ville à 34° 10 de latitude nord et 60° 43' de longitude est, sur la rivière du même nom. Les bâtiments, construits en bois, sont propres et spacieux, et la ville, entourée de beaux jardins, est très plaisante. Environnée de villages, elle est située au milieu d'une grande plaine encerclée par des collines peu élevées. Le tombeau de l'empereur Babur en est le principal monument.

Peshawar est une grande ville dont la population est estimée à 100 000 habitants. Ghazni, ville autrefois renommée et ancienne capitale du grand sultan Mahmoud, a perdu son rang et est devenue une ville pauvre.

Kandahar a été fondée en 1754, sur le site d'une ancienne cité. Elle a été la capitale durant quelques années, mais, en 1774, le siège du gouvernement a été déplacé à Kaboul. On pense qu'elle compte 100 000 habitants. Près de la ville se trouve le tombeau de Shah Ahmed, fondateur de la ville. C'est un asile sacré au point que même le roi ne peut en déloger un criminel qui a trouvé refuge dans ses murs.

La position géographique de l'Afghanistan et le caractère particulier de son peuple confèrent au pays une importance politique qu'il ne faut pas sous-estimer dans les affaires d'Asie centrale. C'est une monarchie, mais l'autorité du roi sur ses sujets fougueux et turbulents est personnelle et très incertaine. Le royaume est divisé en provinces ; chacune est dirigée par un représentant du souverain qui perçoit les revenus et les remet à la capitale.

Les Afghans sont un peuple courageux, résistant et indépendant. Ils se consacrent essentiellement à l'élevage et à l'agriculture et évitent le commerce qu'ils abandonnent avec mépris aux Hindous et à d'autres habitants des villes. Pour eux, la guerre est exaltante et les soulage de leurs occupations monotones et industrieuses.

Les Afghans sont divisés en clans sur lesquels les chefs exercent une sorte de suprématie féodale. Leur haine indomptable des règles et leur amour de l'indépendance individuelle sont les seuls obstacles à ce que leur pays devienne une nation puissante. Néanmoins, cette absence de règles et ce caractère imprévisible en font des voisins dangereux ; ils risquent de se laisser porter par leurs sautes d'humeur ou d'être excités par des intrigants qui soulèvent astucieusement leurs passions. Les deux principales tribus, les Dooranees et les Ghilgies, se querellent sans cesse.

Le contingent militaire est principalement fourni par les Dooranees ; le reste de l'armée est recruté dans les autres clans ou parmi des aventuriers qui s'engagent dans l'espoir d'une paie ou d'un butin. Dans les villes, la justice est rendue par des cadis, mais les Afghans ont rarement recours à la loi. Leurs khans ont le droit de châtier ; ils ont même le droit de vie et de mort. La vengeance par le sang est un devoir familial ; néanmoins, en dehors de toute provocation, ils sont considérés comme un peuple libéral et généreux. Les devoirs de l'hospitalité sont sacrés au point qu'un ennemi mortel qui mange le pain et le sel, même s'il y parvient par un stratagème, est à l'abri de la vengeance et peut même réclamer la protection de son hôte contre tout autre danger. Ils sont de religion musulmane et appartiennent à la secte sunnite, mais ils ne sont pas sectaires et les alliances entre chiites et sunnites sont courantes.

L'Afghanistan a été successivement soumis à la domination moghole et persane. Avant l'arrivée des Anglais sur les rivages de l'Inde, les invasions étrangères qui ont balayé les plaines de l'Hindoustan provenaient toujours d'Afghanistan. Le sultan Mahmud le Grand, Gengis Khan, Tamerlan et Nadir Shah ont tous emprunté cette voie. En 1747, après la mort de Nadir, Shah Ahmed, qui avait appris l'art de la guerre sous les ordres de cet aventurier militaire, décida de se débarrasser du joug de la Perse. Sous son règne, l'Afghanistan parvint au sommet de sa grandeur et de sa prospérité pour l'époque moderne. (...)

En 1809, Napoléon envoya le général Gardane en Perse, dans l'espoir d'amener le Shah (Fath Ali) à envahir l'Inde ; le gouvernement indien envoya un représentant (Mountstuart Elphinstone) à la cour de Shah Soojah pour constituer une opposition à la Perse. A cette époque, le pouvoir et la renommée de Ranjit Singh croissaient. Ce chef sikh, par son génie, réussit à rendre son pays indépendant des Afghans et fonda un royaume au Punjab ; il gagna le titre de maharajah (grand rajah) et le respect du gouvernement anglo-indien.

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Mahmud, l'usurpateur, ne devait toutefois pas profiter longtemps de son triomphe. Futteh Khan, son vizir, qui avait oscillé entre Mahmud et Shah Soojah selon ce que lui dictaient son ambition et son intérêt passager, fut capturé par Kamran, le fils du roi ; on lui creva les yeux puis on l'exécuta cruellement.

La puissante famille du vizir assassiné jura de venger sa mort. On replaça la marionnette Shah Soojah sur le devant de la scène et on chassa Mahmud. Shah Soojah ayant offensé, il fut bientôt déposé et un autre frère fut couronné à sa place. Mahmud s'enfuit à Herat, qu'il possédait toujours, et en 1829, à sa mort, son fils Kamran lui succéda au gouvernement de cette région. La famille Bairukshee, parvenue au pouvoir, se partagea le territoire, mais, selon l'usage du pays, elle se disputait sans cesse et ne retrouvait l'union qu'en présence d'un ennemi commun. L'un des frères, Mohammed Khan, tenait la ville de Peshawar pour laquelle il payait tribut à Ranjit Singh ; un autre tenait Ghazni, un troisième Kandahar, tandis que Dost Mohammed, le plus puissant de la famille, régnait sur Kaboul.

En 1835, le capitaine Alexander Burnes fut envoyé comme ambassadeur auprès de ce prince ; à cette époque, la Russie et l'Angleterre intriguaient l'une contre l'autre en Perse et en Asie centrale. Il proposa une alliance que le Dost ne fut que trop content d'accepter, mais le gouvernement anglo-indien exigeait tout de lui et n'offrait absolument rien en échange. Pendant ce temps, en 1838, les Persans, avec l'aide et les conseils de la Russie, assiégèrent Herat, clé de l'Afghanistan et de l'Inde ; un Persan et un agent russe arrivèrent à Kaboul et le Dost, par suite du refus continuel de tout véritable engagement de la part des Anglais, fut finalement contraint de recevoir les avances d'autres parties.

Burnes partit, et Lord Auckland, alors gouverneur général des Indes, influencé par son secrétaire W. McNaghten, décida de punir Dost Mohammed pour ce qu'il l'avait lui-même obligé à faire. Il prit la résolution de le détrôner et d'installer à sa place Shah Soojah, devenu pensionné du gouvernement indien. Un traité fut conclu avec Shah Soojah et avec les sikhs. Le Shah commença à rassembler une armée, payée et commandée par les Anglais ; une troupe anglo-indienne fut concentrée sur le Sutlej. McNaghten, secondé par Burnes, devait accompagner l'expédition en Afghanistan en qualité d'envoyé. Pendant ce temps, les Persans avaient levé le siège de Herat et la seule raison valable pour une intervention en Afghanistan avait disparu ; pourtant, en décembre 1838, l'armée marcha sur la province de Sind, contrainte à la soumission et au paiement d'une contribution au bénéfice des sikhs et de Shah Soojah.

Le 20 février 1839, l'armée britannique franchit l'Indus. Elle était constituée d'environ 12 000 hommes accompagnés de plus de 40 000 civils, sans compter les nouvelles troupes levées par le Shah. Le col de Bolan fut franchi en mars. Le manque de provisions et de fourrage commença à se faire sentir ; les chameaux tombaient par centaines et une grande partie des bagages fut perdue. Le 7 avril, l'armée arriva au col de Khojak, le franchit sans résistance et, le 25 avril, elle pénétra à Kandahar, que les princes afghans, frères de Dost Mohammed, avaient abandonnée. Après un repos de deux mois, Sir John Keane, le commandant, avança avec le principal corps d'armée vers le nord, laissant une brigade à Kandahar sous les ordres de Nott. Ghazni, la place forte imprenable d'Afghanistan, fut conquise le 22 juillet ; un déserteur avait informé l'armée que la porte de Kaboul était la seule à ne pas avoir été murée. Elle fut donc renversée et la place fut prise d'assaut. Après ce désastre, l'armée rassemblée par Dost Mohammed se dispersa immédiatement et Kaboul ouvrit aussi ses portes le 6 août. Shah Soojah fut installé sur le trône en bonne et due forme, mais la véritable direction du gouvernement resta aux mains de McNaghten, qui payait également toutes les dépenses de Shah Soojah sur le trésor indien.

La conquête de l'Afghanistan semblait accomplie et une part considérable des troupes fut renvoyée. Mais les Afghans n'étaient en rien satisfaits d'être gouvernés par les kafir feringhee (les infidèles européens) et tout au long des années 1840 et 1841, les insurrections se succédèrent dans toutes les régions du pays. Les troupes anglo-indiennes devaient sans arrêt être en mouvement. McNaghten déclara pourtant que c'était la situation normale de la société afghane et écrivit en Angleterre que tout se passait bien et que l'autorité de Shah Soojah prenait racine. Les avertissements des officiers militaires et des autres agents politiques restèrent sans effet. Dost Mohammed s'était rendu aux Anglais en octobre 1840 et avait été envoyé en Inde ; toutes les insurrections de l'été 1841 furent réprimées avec succès.

En octobre, McNaghten, nommé gouverneur de Bombay, avait l'intention de partir pour l'Inde avec une autre corps d'armée. Mais la tempête éclata. L'occupation de l'Afghanistan coûtait 1,25 million de livres par an au trésor indien : il fallait payer 16 000 soldats, les anglo-indiens et ceux de Shah Soojah, en Afghanistan ; 3 000 autres se trouvaient dans le Sind et le col de Bolan. Les fastes royaux de Shah Soojah, les salaires de ses fonctionnaires, et toutes les dépenses de sa cour et de son gouvernement étaient payés par le trésor indien. Enfin, les chefs afghans étaient subventionnés, ou plutôt soudoyés, par la même source, afin de les empêcher de nuire.

McNaghten fut informé de l'impossibilité de continuer à dépenser de l'argent à ce rythme. Il tenta de restreindre les dépenses, mais la seule façon d'y parvenir était de réduire les allocations des chefs. Le jour même où il tenta de le faire, les chefs fomentèrent une conspiration dans le but d'exterminer les Anglais ; McNaghten en personne servit à provoquer la concentration des forces insurrectionnelles qui, jusqu'ici, avaient lutté séparément contre les envahisseurs, sans unité ni concertation. Il ne fait pas de doute, non plus, que, à ce moment-là, la haine de la domination britannique sur les Afghans avait atteint son apogée.

A Kaboul, les Anglais étaient commandés par le général Elphinstone, un vieil homme goutteux, indécis et complètement désemparé, qui donnait sans arrêt des ordres contradictoires. Les troupes occupaient une sorte de camp fortifié, si étendu que la garnison suffisait à peine à garder les remparts, encore moins à détacher des hommes pour agir sur le terrain. Les ouvrages étaient si imparfaits qu'on pouvait franchir à cheval le fossé et le parapet. Comme si cela ne suffisait pas, le camp était dominé, presque à portée de mousquet, par les hauteurs voisines ; pour couronner l'absurdité de ces aménagements, toutes les provisions et le matériel médical se trouvaient dans deux forts distincts à quelque distance du camp, dont ils étaient de plus séparés par des jardins entourés de murs et par un autre petit fort que les Anglais n'occupaient pas. La citadelle de Bala Hissar à Kaboul aurait offert des quartiers d'hiver solides et splendides à toute l'armée mais, pour faire plaisir à Shah Soojah, elle n'était pas occupée.

Le 2 novembre 1841, l'insurrection éclata. La maison d'Alexander Burnes, en ville, fut attaquée et il fut assassiné. Le général anglais ne fit rien et l'impunité renforça l'insurrection. Elphinstone, complètement désemparé, à la merci de toute sorte de conseils contradictoires, parvint très vite à la confusion que Napoléon a décrite en trois mots : ordre, contrordre, désordre (Bonaparte). Le Bala Hissar n'était toujours pas occupé. Quelques compagnies furent envoyées contre les milliers d'insurgés et furent naturellement battues, ce qui enhardit plus encore les Afghans.

Le 3 novembre, les forts proches du camp furent occupés. Le 9, le fort de l'intendance (défendu par seulement 80 hommes) fut pris par les Afghans, et les Anglais n'eurent plus rien à manger. Le 5, Elphinstone parlait déjà d'acheter le droit de sortir du pays. En fait, au milieu du mois de novembre, son indécision et son incapacité avaient tellement démoralisé les troupes que ni les Européens ni les cipayes n'étaient en état de rencontrer les Afghans sur le champ de bataille. Les négociations débutèrent. Durant celles-ci, McNaghten fut assassiné lors d'une conférence avec les chefs afghans. La neige commença à recouvrir le sol, les provisions se firent rares. Finalement, le 1er janvier, la capitulation fut conclue. Tout l'argent, 190 000 £, devait être remis aux Afghans et des effets signés pour 140 000 £ supplémentaires. Toute l'artillerie et les munitions, à l'exception de six canons de six et trois pièces d'artillerie mobiles devaient rester sur place. Tout l'Afghanistan devait être évacué. En contrepartie, les chefs promettaient un sauf-conduit, des provisions et des bêtes de somme.

Le 5 janvier, les Anglais quittèrent le pays, 4 500 soldats et 12 000 civils les accompagnant. Une journée de marche suffit à dissiper les derniers vestiges d'ordre et à mélanger les soldats et les civils en une confusion épouvantable rendant toute résistance impossible. Le froid, la neige et le manque de nourriture eurent le même effet que lors de la retraite de Moscou de Napoléon, en 1812. Mais à la place des Cosaques se tenant à une distance respectable, les tireurs d'élite afghans furieux, armés de mousquets à longue portée, occupaient toutes les hauteurs et harcelaient les Anglais. Les chefs qui avaient signé la capitulation ne pouvaient ni ne voulaient retenir les tribus des montagnes. Le col de Koord-Kaboul fut le tombeau de presque toute l'armée et les quelques survivants, moins de 200 Européens, tombèrent à l'entrée du col de Jugduluk. Un seul homme, le docteur Brydon, réussit à atteindre Jalalabad et raconta l'histoire. Beaucoup d'officiers avaient cependant été faits prisonniers par les Afghans ; Jalalabad était tenue par la brigade de Sale. Sa capitulation fut réclamée, mais il refusa d'évacuer la ville, de même que Nott à Kandahar. Ghazni était tombée ; plus un seul homme dans la place ne savait se servir de l'artillerie et les cipayes avaient succombé au climat.

Pendant ce temps, près de la frontière, les autorités britanniques, dès qu'elles avaient appris le désastre de Kaboul, avaient concentré à Peshawar les troupes destinées à la relève des régiments d'Afghanistan. Mais les moyens de transport faisaient défaut et un grand nombre de cipayes tombaient malades. En février, le général Pollock prit le commandement et, à la fin de mars 1842, il reçut des renforts. Il força le col de Khyber et avança pour se porter au secours de Sale à Jalalabad. Quelques jours plus tôt, Sale avait complètement vaincu l'armée afghane qui le cernait. Lord Ellenborough, gouverneur général des Indes, ordonna aux troupes de se replier, mais Nott et Pollock trouvèrent une bonne excuse en prétextant le manque de moyens de transport. Finalement, début juillet, l'opinion publique en Inde contraignit Lord Ellenborough à faire quelque chose pour restaurer l'honneur de la nation et le prestige de l'armée britannique ; en conséquence, il autorisa l'avance sur Kaboul à partir de Kandahar et de Jalalabad.

Mi-août, Pollock et Nott étaient parvenus à un accord concernant leurs mouvements et, le 20 août, Pollock fit route vers Kaboul, atteignit Gundamuck, battit une troupe afghane le 23, enleva le col de Jugduluk le 8 septembre, vainquit les forces rassemblées de l'ennemi le 13 à Tezeen et dressa le camp le 15 sous les murs de Kaboul. Pendant ce temps, Nott évacua Kandahar le 7 août et marcha avec toutes ses troupes vers Ghazni. Après quelques combats peu importants, il vainquit une grosse armée d'Afghans le 30 août, s'empara de Ghazni, abandonnée par l'ennemi le 6 septembre, détruisit les ouvrages et la ville, battit de nouveau les Afghans dans la place forte d'Alydan et, le 17 septembre, arriva près de Kaboul où Pollock entra immédiatement en communication avec lui. Shah Soojah avait été assassiné longtemps avant par certains chefs et, depuis lors, il n'y avait plus de gouvernement réel en Afghanistan ; Futteh Jung, son fils, n'était roi que de nom. Pollock envoya un détachement de cavalerie après les prisonniers de Kaboul, mais ceux-ci avaient réussi à soudoyer leurs gardes et ils l'affrontèrent sur la route.

En représailles, le bazar de Kaboul fut détruit et, à cette occasion, les soldats pillèrent une partie de la ville et massacrèrent un grand nombre d'habitants. Le 12 octobre, les Anglais quittèrent Kaboul et rentrèrent en Inde en passant par Jalalabad et Peshawar. Futteh Jung, désespérant de sa fonction, les suivit. Dost Mohammed, libéré de captivité, reprit son royaume. Ainsi s'acheva la tentative des Anglais pour installer un prince de leur fabrication en Afghanistan.

Traduit de l'anglais par Florence Lévy-Paoloni.

Friedrich Engels
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