Rêves et inconscient ...


... réflexions et questions

 
La fontaine mercurielle, dans cette gravure alchimique, représente l'inconscient, fontaine de vie, matrice de renaissance, source du renouvellement intérieur de la personnalité.
 

 

 

 

 

 

Une de mes patientes me faisait un jour part de sa fascination pour les rêves. Depuis le début de son analyse, ils étaient là et l'avaient guidée, tel un fil d'Ariane, ténu mais solide, dans un labyrinthe intérieur dont elle tentait péniblement de trouver la sortie. Elle me disait à quel point ses rêves l'avaient soutenue et éclairée sur un chemin souvent difficile.

Cette expérience, que le rêve peut guider et soutenir un processus de transformation intérieure, je la vis tous les jours, dans mon travail d'analyste, et pourtant elle ne cesse de m'étonner et de m'émerveiller.

C'est peut-être ce qui fait toute la richesse de l'approche jungienne du rêve : le rêve y est appréhendé comme un instrument au service d'un processus dynamique de réalisation de soi (Jung a appelé ce processus individuation). Il n'est pas seulement tourné vers le passé, mais contient les germes d'une métamorphose intérieure.

Michel Cazenave écrivait récemment (dans sa préface au livre " Sur l'interprétation des rêves " de Jung - voir bibliographie): " Le rêve, produit de l'inconscient le plus profond qui cherche à se dévoiler, ne se comprend qu'à travers l'effort de l'âme à être reconnue ".

Je voudrais ici vous livrer, à bâtons rompus, et pêle-mêle, quelques unes des questions qui se posent à moi, en tant que psychanalyste. Des paradoxes, des points de convergence ou de divergence des théories analytiques, des questions sur l'inconscient et sa nature.

 


 

Il est vrai que, si l'on prend la peine d'y réfléchir, le rêve est fascinant. Nous pouvons nous rendre compte qu'un rêve a un sens, mais seulement dans l'après-coup ; un sens capable de nous révéler sur notre vie des choses que nous ignorons, et un sens qui parfois peut changer le cours d'une vie. Or, ce sens ne nous apparaît pas pendant que nous sommes plongés dans le sommeil, en train de rêver. Quelle est donc cette instance, qui, en nous, est capable de produire le rêve, et de nous délivrer un message, presque à notre insu ? Quelle est l'origine de ce savoir, qui, au moment où il est élaboré puis mis en scène, ne se sait pas encore ?

C'est une question non résolue à l'heure actuelle, ni par la biologie du sommeil, ni par les théories psychanalytiques sur le rêve, de quelque école soient-elles. C'est une question qui m'interpelle, et qui est à l'origine de ma recherche.

 


 

Il faut pour cela retourner à la notion d'inconscient. L'inconscient, c'est tout d'abord un effet de surprise. C'est ainsi que Freud l'a découvert, en s'intéressant d'un peu plus près à nos petits " ratés " langagiers, les lapsus. Nous sommes à un enterrement, et au moment d'adresser nos condoléances, nous nous entendons dire : "Sincères félicitations" ! Ou l'homme politique, au lieu de dire "Je suis très heureux d'être parmi vous ce soir" commence son discours en disant : "Je suis très peureux d'être parmi vous ce soir ".

Cela fait rire, cela surprend. Mais, si l'on veut se donner la peine d'y réfléchir un peu, c'est quand même extraordinaire de se dire que "quelque chose en nous" a été capable de dévier notre parole, totalement à notre insu, pour nous faire dire tout autre chose que ce que nous voulions exprimer. De plus, le plus souvent, le lapsus traduit notre vrai désir, et exprime le fond de notre pensée.

A l'époque, Jung, qui était alors jeune médecin, avait conçu une expérience. Il avait réuni une liste de mots, en soi banals, et demandait au sujet qui se prêtait à l'expérience d'associer le premier mot qui lui venait à l'esprit en entendant le mot-inducteur donné. Par exemple : lit, repos. Il notait soigneusement le temps de latence entre le moment où le mot-clé était donné et le moment où le sujet répondait. Il enregistrait également certains paramètres émotionnels.

Quelle ne fut pas sa surprise de constater que pour certains mots-clés, le temps de latence doublait voire triplait par rapport aux autres mots. De plus, les paramètres émotionnels se modifiaient. Qui plus est, le sujet ne se rendait absolument pas compte qu'il avait pris deux à trois fois plus de temps pour répondre. En mettant ces mots-clés particuliers ensemble, Jung s'est rendu compte qu'ils correspondaient à des faits significatifs du passé du sujet.

Par cette expérience, appelée "des associations", Jung venait de démontrer de façon scientifique l'existence de l'inconscient et ses effets concrets, au même titre que les lapsus.

 


 

C'est cela, l'inconscient. Quelque chose qui agit à notre insu, de façon autonome. Quelque chose qui nous agit, et qui parfois nous retient dans des répétitions stériles dont nous ne savons comment sortir, pour peu que nous puissions déjà en prendre conscience (par exemple des échecs répétitifs, ou l'impossibilité de s'engager dans une relation sentimentale, etc). C'est la pulsion de mort, dont parlait Freud. Mais l'inconscient contient aussi des forces de changement, et recèle un dynamisme créateur, à l'oeuvre dans les rêves et les symboles vivants. C'est cet aspect que Jung a découvert, et avant lui tous les contes de fées, mythes et légendes.

Le passé est irrémédiablement révolu, on ne peut y revenir pour l'infléchir ou le changer. Il est quand même remarquable que la psychanalyse, dans la relation qui se noue entre patient et analyste, mais surtout grâce à l'intervention d'une force inconsciente, puisse offrir un recours possible, une possibilité de rejouer le passé, mais autrement, et ce faisant, de s'en libérer. Cette force vive qui se manifeste dans les rêves et qui vise à un élargissement de notre personnalité, Jung l'a nommée le Soi.

Etrange paradoxe que cet inconscient, siège de la pulsion de mort et de répétition, et en même temps lieu d'une vérité libératrice, et d'une sorte de pulsion de vie. Il y aurait bien des ponts à tisser entre la théorie freudienne (et lacanienne) de l'inconscient et la théorie jungienne. Si toutefois des querelles idiotes de clocher ne venaient pas empêcher toute confrontation sur le fond des théories.

 


 

Le rêve est-il image ou langage ? Bien sûr, une fois raconté, il devient langage. Mais l'expérience onirique est bien plus riche que ce que nous pouvons en traduire en mots. Dans un rêve, nous évoluons dans toutes les dimensions, tous nos sens sont en éveil..

Cette question (langage ou image) est à l'origine d'une divergence entre les écoles analytiques. Elle reste actuellement non tranchée.

Pour Freud, et surtout pour Lacan, l'aspect langagier est premier. Nous sommes des êtres de langage, et c'est ce qui fait notre spécificité humaine. Nous sommes parlés avant même notre conception. Et notre entrée dans le monde du langage (universel) se fait au prix d'une perte : celle de la singularité de notre désir. L'inconscient serait cette zone de nous-même qui résulterait de cette perte.

Le rêve travestit le désir, pour le rendre acceptable à la conscience. Il y a condensation et déplacement, ce qui veut dire qu'un terme du rêve peut renvoyer à un autre ou encore condenser plusieurs sens différents. Lacan dira métaphore et métonymie, pour montrer l'analogie avec la linguistique, car pour lui, l'inconscient est structuré comme un langage. Il faut donc décrypter le rêve, à la manière d'un rébus, mais rébus dont la clé est personnelle, c'est à dire dépend des associations du rêveur. Il n'existe donc pas de sens préétabli, ni de dictionnaire des songes !

Pour Jung, qui ne renie pas totalement l'apport freudien sur le rêve (Jung a toujours dit qu'une analyse est d'abord freudienne), le rêve dit aussi ce qu'il dit, sans travestissement. Il vient souvent compenser une attitude consciente trop unilatérale. Mais surtout, il est souvent l'instrument d'un processus de développement de la personnalité, et en ce sens messager de la nécessité d'une transformation intérieure. L'inconscient qui nous appelle à une vie plus ouverte, plus riche, moins étriquée. Le rêve est avant tout image, réalité psychique vécue, symbole vivant du sujet.

Le rêve ne serait-il pas précisément à la jonction entre l'objet et le langage, entre image et parole ? On peut d'ailleurs penser que le rêve donne accès à quelque chose situé "au-delà " du langage, quelque chose de la vérité intime de notre être, non encore capturée par les filets du langage.

 


 

Voilà quelques questions. Mais le plus important reste que nos rêves nous parlent et nous invitent au changement. Qu'ils sont fiables, car révélateurs de nous-mêmes.

Je voudrais terminer cette réflexion par cette phrase de Jung : " Mais il est encore une chose que je voudrais vous dire : ce qu'on appelle exploration de l'inconscient dévoile en fait et en vérité l'antique et intemporelle voie initiatique. (...). Ce n'est pas mon simple "credo", mais l'expérience la plus importante et la plus décisive de toute ma vie : cette porte, une porte latérale toute banale, ouvre sur un étroit sentier, d'abord anodin et facile à embrasser du regard, - étroit et à peine marqué parce que bien peu seulement l'ont suivi - mais qui mène au secret de la métamorphose et du renouveau. " (extrait d'une lettre parue dans "Correspondance , tome I, 1906-1940 ", Albin Michel, Paris 1993).

 


  

 

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