Comprendre Jacques LACAN

  

Jacques Lacan, psychiatre français (1901-1981), fut l'un des plus célèbres psychanalystes du XXème siècle. Il constitua une véritable figure de proue du "retour à Freud", Freud qu'il estime trahi par l'orientation prise par la psychanalyse américaine influencée à cette époque par la psychologie de l'ego.

Jacques Lacan, c'est aussi l'homme, très controversé, parce que tour à tour provocateur et iconoclaste.

Jacques Lacan, c'est un style (lui-même écrivait: "Le style, c'est l'homme"), un style qui dérange, un style qu'il veut conforme à la langue de l'inconscient. Ce que d'aucuns railleront en le jugeant incompréhensible.

Pour tenter de comprendre Jacques Lacan, il faut savoir son intérêt pour la linguistique et l'étude du langage. Ce qui caractérise l'être humain, c'est bien en effet le fait qu'il parle. L'être humain est un "parlêtre". Or, ce langage, ce monde symbolique, comment se constitue-t-il, quelles sont les lois qui le régissent ?

Selon Lacan, l'inconscient humain est structuré comme un langage, un langage qui a ses lois, sa syntaxe et ses caractéristiques intrinsèques. En bon psychanalyste freudien, Lacan connaît bien l'importance des formations de l'inconscient que sont les lapsus et les jeux de mots. Dans la formation des rêves, il connaît la condensation et le déplacement.  Il y repère des mécanismes de langage. Il compare à titre d'exemple la condensation dans un rêve à la métonymie(par exemple, on dit boire un verre lorsqu'en fait on en boit le contenu : voilà une métonymie qui substitue un terme à un autre sur base d'un lien de proximité), et le déplacement à la métaphore (par exemple la bouche d'un fleuve, le coeur d'une forêt, sont des métaphores), c'est-à-dire deux opérations langagières. Il distingue le signifiant et le signifié, au même titre que le contenu manifeste du rêve est différent du matériel latent.

Pour Lacan, le Sujet se constitue par son accès au monde symbolique. Mais dans le même temps qu'il entre dans le langage, il s'y aliène, il y perd quelque chose de fondamental de sa Vérité. Lacan nomme cette opération la "Spaltung" ou Fente du Sujet, représenté comme barré.

En effet, dans le langage, le Sujet ne peut être que représenté, dans un discours qui lui préexiste (la langue maternelle ou le discours de l'Autre) et qui d'ailleurs l'a déjà parlé avant même sa conception (les fées qui se penchent sur son berceau, pour lui jeter de bons ou de mauvais sorts, dans les légendes). Pour vivre, le petit homme a besoin d'être reconnu, d'être parlé, et en même temps, il risque de confondre les représentations de lui-même que les autres (d'abord sa famille) lui renvoient -son image-avec son être propre.

Le Sujet, à se nommer dans son propre discours et à être nommé par la parole de l'autre, se perd dans sa réalité ou sa vérité. La vérité sur lui-même, que le langage échoue à lui donner, il la cherchera dans des images d'autrui auxquelles il va s'identifier.

C'est ce que Lacan appelle le "stade du miroir". Un petit enfant de 6 à 8 mois qui se regarde dans un miroir prend tout à coup conscience de l'unité de son corps et jubile, se met à rire. Il s'y reconnaît comme entier et s'identifie à son reflet spéculaire.

Depuis ce stade du Miroir, pour Lacan, "le moi est absolument impossible à distinguer des captations imaginaires qui le constituent de pied en cap: pour un autre et par un autre". On le voit, pour lui, le moi n'a pas à être renforcé par la cure analytique(critique de l'ego-psychology) mais bien déconstruit en décollant une après l'autre les identifications aliénantes dont il est, un peu à la manière d'un artichaut, constitué, afin que la Vérité du Sujet puisse advenir (Lacan traduit ainsi la célèbre phrase de Freud : "Où Çà était, Je dois advenir"); C'est-à-dire que la guérison consiste à sortir de l'imaginaire aliénant (là où nous sommes capturés dans les filets du désir de l'autre) pour accéder à notre désir propre.

Serge Leclaire, disciple de Lacan mais aussi grand penseur autonome de la psychanalyse moderne, nous donne une image parlante de ce processus, dans son livre "On tue un enfant" : selon lui, la tâche la plus difficile à accomplir pour chacun de nous est de perpétrer le meurtre de l'enfant merveilleux du désir de l'autre. Ce meutre de l'immortel enfant de nos rêves est toujours à refaire,car il est nécessaire pour que notre désir puisse advenir.

"Non, Je n'est pas ça. Il ne naît et renaît que d'une désintrication toujours à reprendre du corps et des mots; d'une traversée perpétuellement à recommencer de la grille des signifiants."

Il est important de bien saisir qu'il s'agit d'une opération structurale: quelque chose du Sujet ne peut entrer dans la chaîne signifiante et est, de ce fait-même, irrémédiablement perdu. C'est l'objet, que Lacan nommera" petit a", ou la catégorie du Réel (par opposition au Symbolique et à l'Imaginaire). Serge Leclaire parle du corps à cet endroit. Comme le dit Anika Lemaire, le mot engendre le meurtre de la chose (le livre d'Anika Lemaire, auquel je me réfère pour la conception de cette page, est certainement un ouvrage de premier choix et de grande qualité pour le néophyte souhaitant s'orienter dans la pensée lacanienne : il s'agit de "Jacques Lacan", collection Psychologie et Sciences Humaines, Pierre Mardaga, éditeur, Bruxelles)

En même temps, le mot permet de rendre présent l'objet absent. C'est là précisément la fonction du fantasme (ce que Freud avait articulé autour du jeu de la bobine, for/da, où l'enfant, en déroulant le fil d'une bobine l'écarte puis la fait revenir, jouant ainsi l'absence/présence de la mère).

Mais l'objet reste irrémédiablement perdu, laissé pour compte, reste de l'opération signifiante. Il n'empêche que notre vie durant, nous cherchons à le retrouver, dans une impossible rencontre, rendez-vous toujours manqué. C'est pourquoi Lacan, dans sa formule du fantasme, accole deux sigles mathématiques antithétiques (< et > dans S<>a). Pour lui, la visée de la cure est la traversée du fantasme, c'est-à-dire la reconnaissance de cette perte (ou castration) incontournable, irrémédiable.

Pour Serge Leclaire, cette opération de perte du monde de l'objet constitue le refoulement originaire par lequel le sujet se réalise, parce qu'un accès au désir devient possible (recherche d'un paradis perdu, terre natale ou d'exil, sein nourricier...) en même temps que "Je" s'aliène en "moi". Le Sujet, dit-il, devient le garant d'une lutte constante entre la puissance colonisatrice des mots et la révolte des "laissés pour compte".

C'est à ce stade que Serge Leclaire articule la pulsion de mort, comme "une force qui maintient distincte et fondatrice la référence au Phallus", c'est-à-dire qui maintient distincts le Réel (ou monde de l'objet perdu, du corps aussi) et celui des représentations inconscientes (langagières). C'est donc la pulsion de mort qui organise le refoulement originaire, condition nécessaire à la constitution d'un Sujet désirant.

On le voit, Lacan reprend la théorie freudienne pour la mener plus loin. En l'articulant à la linguistique, il lui confère une nouvelle envergure. Il lui donne un second souffle. Il repense à la lumière du langage différents concepts freudiens : le transfert (le "sujet-supposé-savoir"), le complexe d'Oedipe (le nom (et le non) du Père, le Père étant le représentant du monde symbolique qui nomme l'enfant et définit la Loi), et ces concepts s'éclairent d'un jour nouveau.

Il serait naturellement trop long , dans un site comme celui-ci destiné au grand public, de dresser un inventaire de la cartographie lacanienne. Je voulais juste pointer du doigt certaines lignes-force.

Pour moi, Lacan est un grand penseur ainsi qu'un grand psychanalyste. La psychanalyse après lui n'est plus la même qu'avant. Sa rigueur théorique a mené à de grandes avancées. Les critiques formulées à son égard (appât du gain, séances variables, souvent (trop) courtes, etc) me paraissent viser l'homme et non l'oeuvre.

Il existe selon moi de nombreux points de jonction entre sa pensée et celle de Jung. Même si Lacan en parle fort peu. Il aurait dit de Jung : "Il a dit toute la vérité, c'est même son tort, il n'a dit que cela".

Le concept de persona chez Jung mériterait d'être mis en relation avec la structure du moi chez Lacan. De même, l'articulation lacanienne de la pulsion de mort pourrait rejoindre sur certains points la théorie du Soi jungien. L'inconscient collectif de Jung est aussi un inconscient "structural" (la structure des archétypes ou organisateurs inconscients).

Se trouvera-t-il des analystes suffisamment ouverts pour effectuer ce travail aux confins des deux théories ?

 


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