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roi37.gif (6123 octets) Philippe, comte de Flandre

Supplément économique Eco-Soir Vendredi 19 juillet 1996 page 6/7

FORTUNES DE BELGIQUE COMTE DE FLANDRE, ET BELGE SOMPTUEUX. Ils étaient les plus gros contribuables... au XIXe siècle (III)

Philippe de Saxe-Cobourg Gotha, comte de Flandre. De tous les Belges, le père du roi Albert Ier fut incontestablement le plus somptueux. Son petit-fils, le prince Charles (frère de Léopold III), le fut aussi, avant de dilapider d'une manière insensée son énorme fortune dans les années 60 - 110 millions de l'époque dont 26,5 millions pour des bijoux ou 30 millions pour un yacht... Le prince Charles mourut pauvre, ruiné par son homme de confiance, Olivier Allard (voir l'" Éco-Soir " de la semaine prochaine), alors que son grand-père, Philippe de Belgique, avait laissé à son père un héritage rondelet (lire en page 7).

Chaque matin, il distribuait des coups de chapeau en remontant à cheval l'avenue Louise pour aller faire sa promenade au bois. Le comte de Flandre était le type parfait du grand seigneur d'autrefois. Il ne joua pas un grand rôle dans l'histoire du pays, si ce n'est qu'il donna naissance au roi Albert Ier. Sénateur de droit, il ne siégea jamais à la Chambre haute. Frappé d'un surdité précoce, il refusa le trône de Grèce en 1863, de même qu'il déclina, en 1866, l'offre d'épouser Isabelle de Bragance, fille et héritière de l'empereur Pedro du Brésil. La même année, il rejette le titre de prince régnant des principautés roumaines. Il préféra mener une vie très bourgeoise dans l'intimité de son palais bruxellois au milieu de " ses gens " (une septantaine de personnes), de ses objets d'art, de ses superbes chevaux et surtout de ses précieux livres.

Délicat et esthète, il fréquente avec un plaisir sans cesse renouvelé les antiquaires de Venise et de Paris. Excellent cavalier - il possédait de superbes écuries -, il était aussi un grand chasseur... On le classait parmi les trois meilleurs tireurs de la Belgique, mais il lui fallait des chasses giboyeuses permettant de tirer beaucoup; il n'aimait pas attendre longtemps à l'affût le passage de quelque grosse pièce.

Il possédait une cave magnifique, dont de nombreuses bouteilles provenaient de son vignoble hongrois, ainsi qu'une collection d'estampes anglaises qui, à elle seule, valait une fortune. Mais quand on parle de " Flandre ", comment ne pas évoquer son extraordinaire bibliothèque : 30.000 volumes reliés, placés sur des rayons totalisant près de 1,2 km de long ! Depuis le départ des Arenberg (célèbre famille qui résidait dans ce qui est devenu le palais d'Egmont et quitta le pays suite à la première guerre), elle était considérée comme la plus belle bibliothèque privée de Belgique, voire d'Europe !

Philippe de Saxe-Cobourg était avant tout un grand propriétaire terrien. Outre une résidence en Suisse, (aux bord du lac des Quatre-Cantons), il était devenu propriétaire dans la Campine d'un " bien noir " (sécularisé à la Révolution française) : l'ancienne abbaye de Postel, dont les dépendances avaient une étendue de plus de 4.452 hectares d'un seul tenant (communes de Rethy, Mol, Gheel, Deschele). En Ardenne, il possédait la forêt de Muno qui se rattache au magnifique domaine des Amerois, acquis en 1869.

A Bruxelles, il résidait dans le " palais de Flandre ", à l'angle de la place Royale et de la rue de la Régence. Un palais qui accueillit par la suite (en 1921) la Banque de Bruxelles et qui est actuellement le siège de la Cour des comptes.

Le comte de Flandre s'y installa en 1867 suite à son mariage avec la cousine du roi de Prusse, Marie Hohenzollern. Elle était née en Souabe (S.-O. de l'Allemagne) dans le " plus bluffant des châteaux " (" dixit " Céline). Un château, chef-d'oeuvre du romantisme bavarois, où les guides d'aujourd'hui parlent beaucoup moins d'elle que du maréchal Pétain, hôte de ces lieux en l'hiver 1944-1945.

Marie de Hohenzollern-Sigmaringen était aussi riche que pieuse. Léopold II, son beau-frère l'avait d'ailleurs rebaptisée " Notre-Dame de Flandre ". Il faut dire qu'entre Leopold II et les " Flandre " les relations étaient conventionnelles sinon glaciales.

Marie de Hohenzollern donna au comte de Flandre trois enfants : Henriette (1870 - 1948), Joséphine (1872 - 1958) et Albert (1875 - 1934). Joséphine épousa son cousin Charles de Hohenzollern. Elle ne fut guère heureuse, devint veuve et entra au couvent. Quant à Henriette, elle fit en 1896 un mariage français, avec le duc Emmanuel de Vendôme, fils du duc et de la duchesse d'Alençon. Cette dernière (qui était la soeur de Sissi impératrice) périt volontairement (" sic " !) en 1897 dans l'incendie du Bazar de la charité. La fille du comte de Flandre menait quant à elle grand train à Paris (Neuilly). Elle disposait également de Belmont House à Londres, d'un château à Mentelberg (Tyrol) et d'une villa à Cannes. Sa fille Geneviève d'Orléans épousa pour sa part le fils du marquis de Chaponay apparenté aux célèbres magnats de l'acier : Schneider.

La fortune du comte de Flandre était énorme, nous a expliqué le grand spécialiste de la monarchie, le professeur Jean Stengers. Et cela, même si, à la fin de sa vie, elle fut sérieusement écornée par quelques opérations malheureuses outre-mer.

Il faut dire qu'il avait fait un bel héritage. Selon les différentes sources, on estime qu'à sa mort, son père, le roi Léopold Ier, laissa une fortune évaluée entre 60 et 80 millions. Léopold Ier avait notamment bénéficié de la dot somptueuse de son épouse. Et, de fait, son beau-père, le roi des Français Louis-Philippe, a versé un million en espèces (200 millions d'aujourd'hui), un trousseau et des bijoux estimés à 300.000 francs-or et un mobilier de style Empire qui décore aujourd'hui encore des salons du palais de Bruxelles.

La fortune de Léopold Ier était tant immobilière (4.300 ha !) que mobilière. Il avait de gros intérêts dans les actions de la Société générale, de la Banque nationale et de Cockerill. Tout cela fut acquis dans d'excellentes conditions qui amenèrent des plus-values considérables.

Dans le partage qui fut opéré à la mort de Léopold Ier, le comte de Flandre fut avantagé. Il reçut une plus grande partie du portefeuille du roi et obtint le domaine de Campine en compensation de l'abandon de ses droits au partage des domaines d'Ardennes et de Ciergnon.

On estime que le comte de Flandre devait posséder à la fin de sa vie une trentaine de millions environ (soit 6 milliards d'aujourd'hui). Il était également actionnaire de Cockerill. Entre 1878 et 1880, il y aurait placé 5 millions. Sans compter qu'il a certainement investi dans d'autres entreprises. Il faut dire qu'il bénéficiait d'une dotation de l'Etat de 150.000 F qui fut portée à 200.000 F lors de son mariage (40 millions d'aujourd'hui).

Ironie de l'histoire, ce Belge opulent, " ennemi des dépenses inutiles " (" sic " !), fit quelques problèmes lorsque son fils Albert émit le désir de ne plus résider au palais de Flandre avec son épouse (la future reine Elisabeth). Finalement les choses s'arrangèrent à l'intervention de Léopold II qui se déclara prêt à intervenir, via un généreux subside annuel, afin que le jeune couple puisse disposer d'un " petit chez-soi ". Et c'est ainsi qu'on retint pour les jeunes mariés le somptueux hôtel d'Assche, rue de la Science, dans l'aristocratique et nouveau Quartier Léopold. Un hôtel somptueux qui accueille aujourd'hui le Conseil d'Etat.

ÉRIC MEUWISSEN

Les Amerois : des Flandre aux Solvay

Un château de Belle au bois dormant aux toits hérissés d'une forêt de six clochetons et de pignons, de cheminées et de lucarnes. Mais aussi un château riche de... 365 fenêtres ! De la pure provocation sous un régime fiscal qui taxe les " portes et fenêtres ". Qu'à cela ne tienne...

Nous sommes dans la propriété " de campagne " du comte de Flandre (575 ha), à 10 kilomètres de Bouillon et 15 de Florenville. Une propriété qu'il a rachetée pour un million (200 millions aujourd'hui) en 1869 au marquis van der Noot d'Assche - également membre du " club des seize ".

De la grille d'entrée au château, le visiteur parcourt une drève majestueuse de plus de 1.000 mètres. Partout dans le domaine, une armée de manoeuvres et de jardiniers s'affairent. Ils balaient les 20 kilomètres de chemins, aménagent les parterres et les bordures au moyen de plantes et de fleurs prélevées sur les milliers d'espèces cultivées dans les sept grandes serres des Amerois.

Un domaine où " Flandre " ne tarda pas à remplacer, en 1877, le pavillon de chasse par un vaste château de style fantaisiste, aux façades surchargées et dominé par une tour puissante. L'ornementation y était très soignée : belles boiseries et surtout un superbe escalier d'honneur en chêne sculpté. On y accédait par un grand hall orné d'une haute cheminée flamande en marbre. Les murs du vestibule étaient lambrissés de chêne sculpté et garnis de trophées de chasse. La salle à manger s'ornait d'un plafond à caissons, de tapisseries, de cuir de Cordoue. Dans les jardins, des cèdres du Liban, des " Sequoia gigantea ", sans parler d'une charmille longue de 158 mètres.

Chaque année, un train spécial y amenait en été la famille du comte de Flandre. Et cela jusqu'à la mort de la comtesse, en 1912. Pendant la guerre, le domaine fut épargné par les Allemands. Mais, par la suite et pour sortir d'indivision, les trois enfants de " Flandre " décidèrent de s'en séparer.

Le domaine sera vendu en 1924 pour 7 millions (mobilier compris) à un marchand de bois de Liège, Robert Colette, de sinistre mémoire... car il ne fut soucieux que d'en retirer le maximum de profit. Et c'est ainsi que le dépeçage tant redouté commença. Des 500 ha de bois, il ne resta plus bientôt que ce que la loi dite de " cadenas " empêchait d'abattre. Heureusement, le parc échappa au carnage.

Les objets d'art, les antiquités, les plus belles pièces du mobilier prirent le chemin de la brocante. Mais, bientôt, un nouvel acquéreur allait redonner une âme au domaine. Son nom : Alice Solvay (1874 - 1931), la nièce d'Ernest, père fondateur de la célèbre dynastie ! Les Solvay rendirent au domaine son lustre d'antan. Mieux, ils l'agrandir. Du temps de Pierre Solvay (1901 - 1989), le domaine faisait ainsi 742 ha. Pour l'heure, l'aîné de Pierre Solvay ainsi que les descendants d'Alice Solvay (les familles de Wangen et Aubertin) règnent toujours sur les Amerois. Et le domaine reste un rendez-vous de chasse fort apprécié des amis de la famille.

Mais, dans la mémoire collective des habitants des villages voisins, la famille royale est bien présente. Il y a quelques années, une rumeur circulait ainsi à Dohan : Albert, prince de Liège s'apprêtait à racheter le château de son arrière-grand-père. La mort du roi Baudouin et son accession au trône auraient mis un terme à ce projet.

E. Mn

Les " gens de maison " du comte de Flandre

En temps normal, les écuries du comte occupaient une trentaine de personnes, les cuisines une dizaine et la maison une quarantaine. Quand la famille se rendait aux Amerois (Bouillon), le personnel comprenait un maître d'hôtel, un chef de cuisine, un sommelier, un pâtissier et son aide, quatre filles de cuisine, deux huissiers, quatre valets de pied, un argentier, quatre valets de chambre, trois frotteurs, deux hommes de peine, deux chauffeurs, un chef d'écurie, un piqueur, des cochers et des palfreniers.

À tout ce petit monde, il faut encore ajouter les " gens " recrutés sur place : cinq laveuses, cinq repasseuses, des lingères et les serviteurs dont les circonstances inspiraient l'emploi. Les domestiques d'intérieur chaussaient des souliers à boucles et des bas de soie noires.

Les repas comportaient quatre tables servies dans des salles différentes. La première, celle des princes et des dames d'honneur; la deuxième, celle du personnel supérieur : maître d'hôtel, institutrices, huissiers, femme de chambre; la troisième, celle des valets de pied et des filles de quartier; la quatrième : celle des cuisiniers.

De plus, les gens d'écuries avaient leurs propres cuisines. Et toutes les tables recevaient à volonté le boire et le manger.

Le transport comprenait huit chevaux d'attelage; les dix poneys hongrois de la comtesse de Flandre, six chevaux de selles et un âne pour la promenade des enfants.

Du côté des voitures (hippomobiles pour la plupart), on recensait trois ducs, deux landeaux, une calèche, une clarence, un phaéton, un break, deux victorias, un omnibus et enfin un fourgon qui journellement amenait les provisions de bouche de Florenville.

Ainsi allait la vie aux Amerois. On comprend mieux pourquoi le comte de Flandre était le belge le plus taxé sur ses signes extérieurs de richesse.

E.Mn

Qu'est devenue la fortune de " Flandre " ?

Que reste-il aujourd'hui de la fortune du père d'Albert Ier ? Difficile à dire. Même si l'on sait que la fortune de sa femme (Marie de Hohenzollern) sombra pour une grande partie dans la débacle financière du reich allemand. Et que le comte de Flandre écorna sa fortune dans des opérations outremer.

On sait aussi qu'Albert malmena quelque peu sa part d'héritage en refusant une augmentation de sa liste civile. On raconte que le roi Albert, lors de la faillite de Kreuger, le roi des allumettes suédoises, en 1930, aurait perdu beaucoup d'argent. Par ailleurs, personne n'ignore que la fortune du petit-fils (Charles) fut anéantie par son homme de confiance, Olivier Allard. Quant à la fortune de l'arrière-petit-fils du comte, feu le roi Baudouin, elle ne devait égaler en rien celle de la reine d'Angletere (estimée à 400 milliards) ou de la reine Beatrix des Pays-Bas (150 milliards)...

Et à l'inverse de ces derniers, la famille royale de Belgique ne possède pas de collections de tableaux, d'écuries de pur-sang ou de grands domaines agricoles. Le roi Baudouin, en tant que Roi citoyen, n'était propriétaire que du domaine d'Opgrimbie dans le Limbourg (170 ha dont 11 ha ont été cédés à l'évêché de Hasselt) et d'une villa à Motril, en Espagne.

Sur ce que devait être son portefeuille de valeurs mobilières, son épargne, ses placements, ses investissements privés, nous n'avons évidemment que peu d'indices. On sait que lors du raid de De Benedetti sur la Générale de Belgique, certains ont affirmé dans la presse que la Couronne demeurait l'un des plus gros actionnaires de la première holding du royaume. Bruits évidemment impossible à vérifier... Mais une chose est sûre, le roi Baudouin appartenait aux 200 personnalités les plus riches du royaume.

Bâtie par Léopold II, grâce à l'exploitation des richesses du Congo, cette fortune ne s'était jamais vraiment remise du krach financier des années 30, même si Léopold III, après son abdication, s'était reconverti en homme d'affaires international et a ainsi reconstruit une partie des avoirs royaux. À sa mort, sa fortune a été évidemment soumises aux règles ordinaires de la succession. Il en fut de même à la mort du roi Baudouin.

E. Mn

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