Joséphine-Charlotte

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roi61.jpg (6243 octets)La princesse Joséphine Charlotte, Grande Duchesse du Luxembourg (1927 - 2005)

De tous les membres de la famille royale, la princesse Joséphine-Charlotte fut la plus active dans la défense de son père pendant la Question royale. Alors que le dénouement politique se faisait attendre, la fille aînée du Roi avait effectué une visite en Belgique du 11 au 16 avril 1949 qui s'était transformée déjà en une sorte de plébiscite royal par fille interposée. Agée alors de 21 ans, un charme indéniable et un visage rappelant immanquablement celui de sa mère, la reine Astrid, l'aînée des enfants royaux avait reçu un accueil digne de son rang en remontant d'Arlon jusqu'en Flandre. La ressemblance était si frappante que «Le Cri du Peuple» (pro-léopoldiste) avait publié, fin mai 1949, une série de photos avec une légende en forme de slogan: «Hier, ELLE nous a rendu le sourire de CELLE que nous avons perdue. Demain, ELLE nous rendra CELUI que nous attendons»... La reine Astrid fut donc «instrumentalisée» post mortem à la fois par les léopoldistes et par les adversaires du Roi qui l'opposèrent à la princesse Lilian. Joséphine-Charlotte avait fini par être très proche de sa belle-mère. Si la Flandre faisait partie du programme, c'est surtout au sud du pays que la princesse se déplaça, recueillant un réel succès de foule.

Sa grande piété filiale incita aussi Joséphine-Charlotte à participer à la consultation populaire mais son arrivée ne fut annoncée que l'avant-veille du scrutin. Le retour à Bruxelles de la princesse n'en donna pas moins lieu à une cohue indescriptible. Comme le rappelle Vincent Dujardin (UCL), grand spécialiste de la Régence, l'on dut faire appel aux pompiers pour de disperser la foule massée à l'aéroport. Mais les «hommes du feu», hués, durent renoncer à intervenir et ce ne fut qu'après une intervention du ministre de l'Intérieur, Albert De Vleeschauwer, que la princesse atteignit sa voiture. Le 12 mars 1950, Joséphine-Charlotte alla donc voter pour le retour de son père. Elle était si proche de Léopold III qu'elle se heurta à la reine Elisabeth, ou plutôt aux idées de sa grand-mère: lors d'un déjeuner, la princesse déplora qu' «elle n'ait pas caché ses sympathies communistes!» Mais l'enthousiasme de la princesse fut encore davantage refroidi lors de son retour à Prégny chez Léopold III et Lilian. Non seulement personne ne vint l'accueillir mais lors du dîner familial qui suivit il ne fut question que de... golf. Et pourtant, la jeune princesse resta très fidèle aux siens, consciente que sa jeunesse n'avait pas été ce conte de fées que l'on prête aux jeunes filles de la plus noble extraction.

Une mère pour ses frères

Joséphine-Charlotte était née à l'Hôtel Bellevue, l'actuel Musée de la Dynastie, juste à côté du Palais, le 11 octobre 1927. Vingt-et-un coups de canons tirés depuis la plaine des Manoeuvres apprirent aux Belges la naissance d'une fille chez le prince héritier Léopold et la princesse Astrid. Comme la loi salique était loin d'être abolie, Joséphine-Charlotte, Ingeborg, Elisabeth, Marie-José, Marguerite, Astrid serait condamnée à vivre dans l'ombre de ses frères. Son prénom lui vient de la fascination de sa mère, enceinte, pour l'impératrice Joséphine alors qu'elle lisait une biographie de la souveraine. Charlotte n'étant autre que le prénom de sa maraine et future belle-mère la grande duchesse Charlotte de Luxembourg. Le destin tragique de la famille royale avec les morts accidentelles de son grand-père, le roi Albert, puis de sa mère, la reine Astrid, firent que l'encore très jeune princesse s'occupa avec une attention maternelle de ses frères Baudouin et Albert avant d'être inscrite à la Vierge fidèle à Bruxelles après avoir reçu les bases élémentaires de l'école au palais de Bruxelles.

Le déclenchement de la Seconde Guerre amena la jeune princesse sur les routes de l'exil avec ses frères alors que Léopold III décida de rester aux côtés des Belges. En Espagne, la jeune princesse accomplit un premier acte plus politique en accueillant, même pas âgée de treize ans, le ministre des Colonies, Albert De Vleeschauwer, qui avait déjà eu des contacts avec Londres. Ce dernier lui remit un rapport, qu'elle donna à son père. Début juin 1944, après le débarquement en Normandie, la princesse connut les affres de la déportation en Allemagne. La complicité avec la princesse Lilian fut totale: alors que celle-ci s'efforçait de détruire une version du fameux testament politique du Roi, elle chargea sa belle-fille d'aller enterrer une partie du texte dans un champ de blé. Après la fin de la guerre, la princesse Joséphine-Charlotte suivit ses parents en Suisse. Elle poursuivit sa formation à l'Ecole supérieure de la rue Voltaire à Genève avant de suivre les cours du célèbre psychologue de l'enfance Jean Piaget.Retour aux mois agités de la fin de la Question royale: c'est en se rendant àà Bruxelles qu'elle fit, lors d'une étape à Fischbach chez sa marraine, la grande-duchesse Charlotte, la connaissance de son futur époux. Ce dernier, tout auréolé de son engagement dans la Seconde Guerre, aux côtés des Irish Guards, avec lesquels il libéra Bruxelles, dut être impressionné par la jolie princesse, qui le lui rendit bien. Cupidon n'avait pourtant pas encore tiré sa flèche que d'aucuns s'inquiétèrent des perspectives d'un mariage entre les cours de Bruxelles et de Luxembourg. Mais le 7 novembre 1952, la grande-duchesse Charlotte et le prince Félix annoncèrent les fiançailles de leur fils avec la princesse belge. Léopold III confirma... mais d'aucuns redoutaient encore une proximité entre le royaume et le grand-duché, le premier ayant eu jadis la (vilaine) tentation d'annexer le second. Des craintes peu justifiées puisqu'il y eut entre-temps une Union économique belgo-luxembourgeoise solide et surtout un Benelux qui agrandit encore le cercle de famille à l'autre branche des Nassau. Il n'empêche: pour l'ambassadeur du Luxembourg en poste à Bruxelles, il y avait un réel danger de voir le Luxembourg atteint par une reprise de la Question royale. Il s'en était encore ouvert après... le mariage, célébré le 9 avril 1953, dans une lettre à son ministre des Affaires étrangères, Joseph Bech. Pour Lambert Schaus, cité par Vincent Dujardin dans sa biographie sur Harmel, il y avait un réel danger d'accueillir Léopold III et Lilian à Luxembourg. Il en conçut une panique exagérée puisqu'il redoutait même que le nouveau couple grand-ducal apparaisse sur des photos en même temps que le quatrième Roi des Belges qui avait cédé le relais à son fils Baudouin!

Invasion belge à Luxembourg

En réalité, les craintes non fondées de Schaus avaient aussi trait à l'europhilie réelle de Jean de Luxembourg alors que le Palais de Bruxelles adoptait alors un certain euroscepticisme, qui ne dura évidemment pas. C'était aussi oublier qu'en se mariant, la princesse Joséphine-Charlotte avait pris une réelle indépendance à l'égard de son père et de sa belle-mère.

Mais à l'heure du mariage célébré par le bourgmestre Hamilius de Luxembourg puis par le nonce apostolique, Mgr Cento, l'heure était vraiment aux réjouissances. Près de 400 journalistes et reporters avaient envahi la capitale luxembourgeoise pour couvrir l'événement. Pour la famille royale belge, c'était, enfin, un moment de vrai bonheur familial qui pouvait s'exprimer après les deuils de 1934 et 1935, le remariage du roi Léopold III n'ayant pu, et pour cause, s'extérioriser de la même manière. Une certitude: les Belges appréciaient l'union car plus de soixante mille de nos compatriotes avaient traversé la frontière pour voir de près le nouveau bonheur princier.

Très symboliquement, la famille royale belge s'était rendue en train à Luxembourg à la grande joie d'autres badauds tout le long du parcours tout heureux de capter un très éventuel sourire, bien hypothétique en raison de la vitesse du convoi! Alors que le couple régnant occupait comme il se doit le château de Colmar-Berg, Jean de Luxembourg et Joséphine-Charlotte s'établirent après leur mariage au château de Betzdorf, dans une gentilhommière de 25 hectares sise au sud-est de la capitale. C'est là qu'allaient naître les cinq enfants du couple: la princesse Marie-Astrid, le 17 février 1954; le prince Henri, le 16 avril 1955; le prince Jean et la princesse Margaretha, le 15 mai 1957, et, enfin, le prince Guillaume, le 1er mai 1963.

Entre-temps, le Grand-Duc héritier avait été nommé Lieutenant-représentant, sorte de fonction intermédiaire vers la plus haute marche du trône grand-ducal. Le 12 novembre 1964, le prince Jean de Luxembourg succédait officiellement à sa mère alors que la nouvelle Grande-Duchesse s'impliqua très vite dans ses nouvelles fonctions tout en s'occupant encore de très près de l'éducation de ses enfants.

Les ennuis de santé ne l'épargnèrent toutefois pas: au début des années septante, elle dut subir deux importantes opérations de la colonne vertébrale.

La Croix-Rouge comme son frère

Malgré ces soucis, la Grande-Duchesse s'impliqua pleinement dans la vie associative: après avoir été présidente de diverses sociétés engagées dans le travail sanitaire et humanitaire, elle devint à l'instar de son frère, le prince Albert, chez nous à Bruxelles, la présidente d'honneur de la Croix-Rouge grand-ducale. Il y a quinze ans, elle accepta encore de présider le Mouvement Guide du Luxembourg mais elle avait aussi des préoccupations plus spirituelles, présidant ainsi la Société Pierre Teilhard de Chardin. On lira par ailleurs que cette femme passionnée par les belles choses avait aussi un goût pour l'art le plus moderne, s'efforçant de le faire partager par ses proches. Parallèlement, la grande-duchesse Joséphine-Charlotte partageait l'amour de la reine Paola pour l'aménagement de parcs et jardins, n'hésitant pas, comme cette dernière, à montrer sa main verte. Mais si à la fin de sa vie, elle n'eut plus guère l'occasion de se livrer à ses sports favoris, le ski, les sports nautiques et la chasse et la pêche, les plus anciens ont aussi retenu une attirance certaine pour l'alpinisme, suivant en cela son grand-père le roi Albert, qu'elle ne connut malheureusement que pendant quelques années. Ces dernières années, elle était surtout proche de ses enfants. Avec parfois quelques tensions: il y a deux ans, la princesse Maria-Teresa avait confié que les rapports n'étaient pas au beau fixe avec sa belle-mère. Et de préciser que celle-ci n'aurait pas apprécié le mariage de son fils avec une roturière. Une explication plutôt surprenante car lors du mariage d'Henri et Maria-Teresa, il se racontait dans les salons huppés luxembourgeois que ce fut Joséphine-Charlotte qui la défendit le mieux devant sa propre belle-mère... Reste que la crise fit long feu, au grand dam de la presse «pipole» tout heureuse de cette querelle inédite dans un Grand-Duché peu porté sur de tels conflits...

«Une grande dame»

Chacun, au Luxembourg, savait la grande-duchesse Joséphine-Charlotte malade et l'issue tragique inéluctable. Reste que, hier matin, le choc a été profond dès l'annonce du décès de celle qui, venue de Belgique, avait su se faire adopter et aimer presque comme une mère par chaque Luxembourgeois, parce que la soeur du roi Albert II a marqué l'histoire de son pays. Par une action constante au profit des plus démunis et par sa très grande culture et sa passion pour les arts. Le Premier ministre, Jean-Claude Juncker, a d'ailleurs parlé, dans l'hommage qu'il a très rapidement rendu à la souveraine, de la perte d'une «grande dame». Un avis unanimement partagé par les citoyens, hier matin.

Un peu partout dans le pays, les registres de condoléances ont immédiatement fleuri, dans les maisons communales, les écoles, les paroisses, les grandes entreprises parfois. La plupart des médias préparaient dès hier matin des éditions spéciales. En radio, RTL Luxembourg a très rapidement diffusé une programmation spéciale. Mais pas, comme souvent, en ne passant que de la musique classique. La «programmation douce», sur cette radio luxembourgophone, a même fait une large place à la chanson française, Brel, Ferrat, Nougaro, Duteil ou Cabrel, entre autres.

«Beaucoup de respect»

A Pétange, commune frontalière, la population a, comme partout, rapidement réagi. Les édifices publics n'étaient pas les seuls à arborer un drapeau en berne. Ça et là, des maisons particulières avaient mis les couleurs nationales. «C'était un peu notre reine mère», commente une quinquagénaire, ornant d'un voile noir la hampe du drapeau sorti au balcon. «Ici au Luxembourg, nous avons beaucoup de respect pour la famille grand-ducale. Joséphine-Charlotte, même d'origine belge, était vraiment devenue un symbole pour notre petit pays, dont elle aimait et défendait la culture. Elle était presque plus populaire que son époux, le grand-duc Jean. Peut-être parce qu'elle semblait très proche des gens, notamment en tant que présidente de la Croix-Rouge luxembourgeoise». Non loin de Luxembourg-ville, le sujet était spontanément abordé par les clients, lors de brèves conversations au comptoir d'une station service. «Certains se demandaient déjà s'ils auraient un jour de congé!», s'offusque le gérant.

Une commerçante, dans le centre, résume assez bien le sentiment de la rue au sein de la population luxembourgeoise. «Je ne suis pas particulièrement royaliste ou abonnée des revues people. Mais la Grande-Duchesse était un personnage. Elle est entrée dans l'histoire, dans notre histoire. Moi, je suis d'accord avec ce qu'en a dit notre Premier ministre à la radio. C'était une grande dame. Elle mérite un coup de chapeau, le respect et la dignité.» Fait remarquable, cet avis n'est pas celui d'une seule tranche d'âge. Les plus jeunes et les lycéens, qui ont bien évidemment vu leurs programmes de cours modifiés, le partagent pleinement. Parce qu'il y avait, entre la Grande-Duchesse et toute la population, une véritable complicité.

 

© La Libre Belgique 2005

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