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       La reine Astrid

Télévision Mercredi 18 octobre 1995 page 13

La RTBF évoque avec quelque retard le soixantième anniversaire de la mort de la reine Astrid. Portrait sans retouches d'une reine aimée

La reine Astrid vue par ses amies : un portrait humain aux archives de choix sur la plus populaire de nos souveraines.

Surprise de la programmation : alors qu'on a célébré le cinquantième anniversaire de sa mort tragique à Küssnacht, le 29 août dernier, c'est seulement ce mercredi, soit un mois et demi après, que la RTBF rend hommage à la troisième reine des Belges ! Les gens de Reyers sont donc de fameux carabiniers d'Offenbach d'autant plus que le documentaire « Elle n'a régné que deux étés » a été réalisé, il y a... dix ans lorsque plusieurs manifestations importantes avaient été mises sur pied au Palais royal et dans le pays. Il avait d'ailleurs été diffusé le 29 août 85 sur la première chaîne.

Trêve de critiques acerbes, force est de reconnaître que l'on verra, ce soir, un excellent document sur la mère du roi actuel qui ne verse ni dans le mélo (ce qui eût été plutôt facile dans ce cas-ci), ni dans l'hagiographie comme ce fut peut-être (trop) souvent le cas. Il faut dire qu'il est « griffé »: c'est Jacques Cogniaux qui en fut l'auteur. Le père spirituel de « Jours de guerre », hélas trop tôt disparu, avait, en effet, réalisé là, comme à son habitude, un travail digne des meilleurs historiens tout en proposant un produit télévisuel de qualité.

ANNA SPARRE, SON AMIE...

Cogniaux a voulu savoir pourquoi un demi-siècle après sa mort, le souvenir de la reine Astrid restait tellement ancré dans la mémoire collective mais aussi individuelle des Belges. Aussi, s'était-il déplacé à l'exposition d'hommage au palais de Bruxelles pour y interpeller les visiteurs. Il aurait très bien pu intégrer ces interviews à une abondante moisson d'archives mais il a eu la bonne idée de les confronter aux témoignages de deux proches de l'épouse de Léopold III, son amie d'enfance, la comtesse (suédoise) Anna Sparre et la comtesse (belge) Anne de Bousies qui fut une de ses proches collaboratrices.

Anna Sparre fut, sans conteste, celle qui connaissait le mieux la reine Astrid puisqu'elle était devenue son amie pendant leur enfance commune. Elle était donc particulièrement bien placée pour éclairer sa personnalité. Aujourd'hui disparue, elle a, heureusement, laissé un ouvrage de souvenirs dont la version française est sortie (aux éditions Luc Pire) au mois de juin dernier sous le titre « La Reine Astrid, mon amie à moi ».

C'est clairement le meilleur portrait, non retouché et surtout objectif, d'une jeune princesse suédoise qui, par le miracle de l'amour, se retrouva reine des Belges. Il faut dire que les filles de la princesse Ingeborg et du prince Carl, duc de Vestergôtland ont toutes fait de beaux mariages puisque l'aînée est devenue princesse danoise et la deuxième princesse de Norvège !

« MONSIEUR MYSTÈRE » VEUT M'ÉPOUSER...

Les premières rencontres entre Astrid et Leopold sont éclairées par le témoignage de la comtesse suédoise. Comme nous l'avons rappelé dans ces colonnes à l'occasion de la visite d'Etat d'Albert II et Paola en Suède, le prince Léopold se rendit d'abord incognito à Stockholm sous le nom de comte de Réthy mais pour Astrid et son entourage, c'était... « Monsieur Mystère ».

- Un jour racontait Anna Sparre, la princesse avait l'air particulièrement triste. Comme je lui demandais la raison de sa mélancolie, elle me répondit que monsieur Mystère l'avait demandée en mariage. Je lui répliquai qu'elle pouvait ne pas accepter cette offre mais elle répondit qu'elle l'aimait vraiment !

Très vite après son arrivée en Belgique, il apparut que la future reine n'était pas comme les autres de son rang, qu'elle était finalement très proche de ses concitoyens, faisant fi des excès du protocole et n'hésitant pas à se mêler à la foule avec ses enfants lorsque son princier époux était « de la revue »... Pas question de faire des révérences superfétatoires, comme le rappela d'ailleurs Anne de Bousies...

Cette proximité explique d'ailleurs aussi son souci pour les plus défavorisés de la société frappés doublement pendant la grande crise pour lesquels elle décida de mobiliser personnellement l'opinion publique.

Cette femme adorable et mère exemplaire, selon les propres termes de la comtesse Sparre, aurait, sans nul doute, fait changer la face de l'histoire du pays s'il n'y avait eu le drame de l'été 35. Il est en tout cas certain que la « question royale » ne se serait pas déroulée comme elle a eu lieu.

Bien sûr, cet aspect n'apparaît pas en tant que tel dans le documentaire de Jacques Cogniaux comme il l'a été dans un récent ouvrage du politologue français, d'origine belge, Pascal Dayez-Burgeon, mais entre les lignes, l'enjeu est bel et bien précisé...

CHRISTIAN LAPORTE

« Elle n'a régné que deux étés », RTBF 1, 20 h 10.

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Page Une Mardi 29 août 1995 page 15

Une analyse originale sur un mythe toujours bien vivant, 60 ans après le drame de KüssnachtLa reine Astrid était la préférée des Belges

C'était la fin des vacances. Baudouin et Joséphine-Charlotte étaient déjà rentrés à Bruxelles pour y retrouver leur petit frère Albert. Le roi Léopold et la reine Astrid voulaient profiter de leurs dernières heures de vacances pour faire une excursion dans le massif du Rigi. Léopold avait pris lui-même le volant.

Sur la route bordant le lac des Quatre-Cantons, Astrid consulta la carte et, ne parvenant pas à la déchiffrer, la déplia pour son époux. Un moment d'inattention. Un moment de trop. La décapotable ne put éviter le muret en béton puis franchit le parapet. Deux des trois occupants de la Packard furent éjectés du bolide qui termina sa folle course dans les roseaux du lac. Le roi, légèrement touché, accourut vers Astrid, mais un témoin présent s'exclama : La dame est morte...

Ainsi se fracassait, le 29 août 1935, le rêve d'une jeune famille heureuse. La Belgique perdait sa quatrième reine, et le cours de l'histoire s'en trouva bouleversé, même si Astrid ne jouait aucun rôle constitutionnel...

Dès ses fiançailles avec le prince Léopold, en 1926, la princesse venue du Nord avait pris une grande place dans le coeur des Belges; sa disparition brutale en fit un mythe... En ces temps où l'on met volontiers à mal les mythes de notre histoire nationale, celui d'Astrid résiste toujours.

À l'instar de beaucoup de compatriotes bercés par la légende dorée transmise par ses parents, Pascal Dayez-Burgeon (naturalisé Français depuis lors) s'est posé la question. Cet agrégé d'histoire et diplômé de sciences politiques aurait pu écrire une énième biographie, au succès assuré, sans réellement apporter d'éléments neufs. L'historien et politologue a voulu aller plus loin. Résultat : une passionnante étude qui ne verse ni dans l'hagiographie ni dans la critique bête et méchante, mais sans la moindre concession. Sans doute, l'image radieuse, sans nulle ombre, en sort-elle écornée, mais la démythification nous la rend aussi plus humaine.

UN ANGE VENU DU CIEL

- C'est incroyable ce qu'on a pu écrire sur la reine Astrid. Aucun cliché n'a été épargné, jusque et y compris celui d'un ange qui serait descendu sur terre ! Au fil des recherches, je suis allé de surprise en surprise, notamment à propos de sa personnalité qui, contrairement à ce que l'on pouvait croire, n'était nullement trempée et très malléable. Mais on pourrait rétorquer que c'était aussi une jeune femme moderne qui pouvait s'adapter à toutes les situations. Il faut dire que ses origines à la fois françaises et germaniques comme Bernadotte en faisaient un modèle d'unité rêvé et de métissage culturel réussi pour les Belges. Au-delà de la mort, elle resta un symbole de référence.

De la jeunesse d'Astrid, on retiendra que certains ont sans doute exagéré la simplicité de son quotidien. Même si elle a vu le jour dans une famille réputée pour ses idées progressistes, elle n'en a pas moins reçu une éducation qui ne la mit guère en contact avec les autres classes sociales. Ce n'est qu'à l'adolescence qu'elle découvrit réellement le monde extérieur.

- Dans certains ouvrages, explique Pascal Dayez-Burgeon, Astrid est dépeinte comme une Cendrillon scandinave, prête aux pires besognes par abnégation et par goût d'aider les autres. Légende ! En fait, sans être ni snob ni imbue d'elle-même, Astrid restait une Bernadotte...

Paradoxalement, sa simplicité toute princière jointe à sa beauté la rapprocha à jamais de la population belge. Elle fut à la base d'une mythologie populaire qui fit d'autant plus rêver Margot que la « promise » venait de la lointaine Suède, terre de contes merveilleux.

Astrid accrut aussi son aura en se mêlant souvent à la foule. En pleine dépression économique, elle prit le chemin des corons. Mais l'Histoire a surtout retenu son appel du 17 février 1935 pour une aide urgente aux victimes de la crise. Il suscita un énorme courant de solidarité dans le pays, ce qui ne fut pas nécessairement du goût du gouvernement qui y voyait un désaveu de sa politique.

Astrid aurait, sans nul doute, continué dans cette voie si le destin n'en avait décidé autrement. Mais, même en n'étant plus de ce monde, la jeune reine continua à marquer la vie publique. Surtout lorsque les Belges apprirent que le roi avait épousé Lilian Baels. Aujourd'hui, encore, malgré que son « règne » fût le plus bref de l'histoire, son souvenir reste particulièrement vivace.

- Sans doute parce que la pauvre victime de Küssnacht est bel et bien devenue un mythe, celui d'une Belgique perdue, celui d'un espoir déçu, mais que le souvenir d'un gentil sourire, d'un petit geste amical de la main empêche d'oublier tout à fait.

CHRISTIAN LAPORTE

« La Reine Astrid, histoire d'un mythe », chez Critérion. On lira aussi le livre de la comtesse Anna Sparre, « La Reine Astrid, mon amie à moi », paru chez Luc Pire.

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