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Phèdre
Fables de Phèdre
 trad. nouvelle par M. Ernest Panckoucke
 C. L. F. Panckoucke, 1834.

 LIVRE CINQ.

PROLOGUE.  LE POÈTE.

Si je place parfois dans mes écrits le nom d'Ésope, à qui du reste depuis longtemps j'ai rendu tous les hommages que je lui dois, sachez bien que je le fais pour donner plus de poids à cet ouvrage. Je ressemble à ces artistes de notre siècle, qui, pour être mieux payés de leurs travaux, inscrivent au bas d'une statue moderne le nom de Praxitèle, sur l'airain celui de Scopas, sur l'argent celui de Myron, et signent leurs tableaux Xeuxis (01) : tant il est vrai que l'envie à la dent déchirante épargne davantage des productions même fausses de l'antiquité, que les meilleures de notre temps. Ceci me porte à raconter une fable qui prouve ce que j'avance.

FABLE I.  DEMETRIUS ET MÉNANDRE

DEMETRIUS de Phalère (02) avait usurpé dans Athènes le souverain pouvoir, et le peuple, comme il le fait toujours, se précipitait à l'envi sur ses pas en applaudissant (03) son nouveau tyran. Les premiers de la ville, tout en gémissant au fond de leur coeur d'un si triste coup de la fortune, vinrent déposer un baiser servile sur la main qui les opprimait. On vit même les Athéniens les plus sages et les plus retirés, dans la crainte que leur absence ne pût leur nuire un jour, se traîner en rampant aux pieds de Demetrius.
DE ce nombre fut Ménandre (04), célèbre comique. Demetrius avait lu ses ouvrages, mais il ne connaissait point l'auteur dont il admirait tant le génie. Parfumé d'essence et laissant traîner sa tunique, notre poète s'avançait d'un pas lent et rempli de mollesse. Dès que Demetrius l'aperçut à l'extrémité de la foule : "Quel est cet efféminé, demanda-t-il , qui ose paraître ainsi devant moi? - C'est le poète Ménandre, répondirent les personnes qui l'entouraient." Changeant aussitôt .. .. . . . .
(Le reste manque.)

 

FABLE II.  LES VOYAGEURS ET LE VOLEUR .

......... ET son courage en eut bientôt fait justice (05).
Le Voleur tué, le timide compagnon accourt, tire son glaive, jette son manteau (06) par terre, puis s'écrie : « Laisse-le venir, il apprendra à qui il a affaire. » Celui qui s'était réellement battu lui répondit : « J'aurais bien voulu entendre tout-à-l'heure ces belles paroles ; elles m'auraient secondé et donné plus de force, car alors je pouvais les croire sincères; mais maintenant, rengaine ton épée et ta langue futile , tu pourras t'en servir pour en imposer à ceux qui ne te connaissent pas. Quant à moi, j'ai vu avec quelle rapidité tu fuyais, et je sais à quoi m'en tenir sir ton courage. »
CETTE fable s'adresse à celui qui fait le brave lorsqu'il n'y a rien à craindre, et qui s'enfuit au premier péril.

FABLE III.  LE CHAUVE ET LA MOUCHE.

UNE Mouche piqua la tête d'un Homme chauve : celui-ci, en cherchant à écraser l'insecte importun, se donna une forte tape. "Tu voulais, pour te venger d'une légère piqûre, me donner la mort, lui dit la Mouche en se moquant de lui; comment maintenant te puniras-tu du mal et de l'affront que tu t'es fait?" L'homme répondit :
« Je ne serai pas longtemps à faire la paix avec moi-même, parce que je sais que je n'avais pas l'intention de m'offenser. Mais quant à toi , vil et méchant animal, qui ne te plais qu'à sucer le sang humain, je voudrais te tuer, dussé-je me faire encore plus de mal. »
CET exemple nous apprend qu'il faut pardonner à celui qui commet une faute involontaire : mais quant à celui qui cherche à nuire avec connaissance de cause, je le juge digne de tout châtiment.

FABLE IV. L'HOMME ET L'ANE.

UN Homme immola un verrat au divin Hercule c'était un voeu qu'il avait fait pour le recouvrement de sa santé : il fit donner à son Ane le reste de l'orge du porc. Mais l'Ane ne voulut pas y toucher, et dit : « J'accepterais volontiers cette orge, si l'on n'avait pas égorgé celui qui d'abord en a été nourri. »
EFFRAYÉ par les réflexions que fait naître cette fable, j'ai toujours évité la possession d'un bien qui aurait pu cacher quelque péril. Mais le lecteur me dira : Ceux qui ont pris des richesses les possèdent. - Comptons un peu le nombre des voleurs arrêtés et condamnés à mort, nous en trouverons un bien plus grand nombre que d'impunis.
LA témérité réussit à peu de monde; elle est funeste à bien des gens.

FABLE V.  LE BOUFFON ET LE PAYSAN.

LES hommes ordinairement se laissent entraîner par d'injustes préventions; et tandis qu'ils sont tout pleins de leurs faux jugements, l'évidence les force au repentir.
UN citoyen riche et distingué par sa naissance, voulant célébrer des jeux, proposa une récompense à quiconque présenterait un spectacle nouveau. Il invita tout le monde à concourir. Les comédiens ambulants accoururent pour se disputer la victoire. L'un d'eux, un Bouffon , connu par ses saillies spirituelles, se vanta de donner une scène d'un certain genre qui n'avait encore paru sur aucun théâtre. Cette nouvelle se répand aussitôt, et voilà toute la ville en mouvement. Les places, auparavant inoccupées, manquent maintenant à la foule. Notre acteur paraît sur la scène, seul, sans aucun appareil , sans personne pour l'aider dans son rôle. L'attente avait commandé le silence. Il baisse tout à coup la tête, la cache sous son manteau, et se met à si bien imiter, avec sa voix le cri du cochon de lait, que tout le inonde croyait qu'il en avait un sous sa robe. On lui ordonne de la secouer, il le fait, et on ne trouve rien. On l'accabla d'éloges, et ou le poursuivit d'applaudissements. Un Paysan qui était présent s'écria : « De par Hercule! il ne l'emportera pas sur moi. » Aussitôt il promit que le lendemain il reviendrait et ferait mieux. La foule fut encore plus considérable, les esprits étaient prévenus, et l'on vint plutôt pour se moquer que pour juger. Ils s'avancent tous deux sur le théâtre : le Bouffon commence à grogner le premier, et, de suite, partent de la salle des applaudissements et des cris : le Paysan feint de cacher un cochon de lait sous ses habits, ce qu'il faisait réellement (mais, comme on n'avait rien trouvé sur le Bouffon, on était sans défiance), et se met à pincer l'oreille du pauvre animal, auquel la douleur arrache des cris bien naturels. Les spectateurs soutinrent que le Bouffon avait bien mieux imité, et voulurent faire chasser le Paysan. Mais celui-ci, tirant de dessous sa robe le cochon de lait, leur prouva d'une manière irrécusable combien ils s'étaient sottement trompés : "Celui-ci, leur dit-il, vous apprendra quels juges vous êtes!"

FABLE VI.  LES DEUX CHAUVES.

UN Homme chauve, en passant dans un carrefour, trouva par hasard un peigne. Survint un autre homme dont la tête était de même dépourvue de cheveux. « Ah ça, dit-il, part à nous deux, n'importe (07). » L'autre lui montra sa trouvaille, et lui dit : "Les dieux voulaient nous favoriser; mais le destin envieux nous a fait, comme on dit, trouver un charbon (08) au lieu d'un trésor."
L'HOMME trompé dans son espérance a le droit de se plaindre.

FABLE VII.  LEPRINCE, JOUEUR DE FLUTE.

LORSQU'UN esprit plein de vanité, ébloui d'une faveur passagère, se laisse aller à sa folle présomption, son sot orgueil le rend le jouet de tout le monde.
LEPRINCE, joueur de flûte (09) de quelque renommée, accompagnait Bathylle (10) dans ses pantomimes. Un jour qu'on célébrait des jeux, je ne me rappelle pas bien l'époque, il fit, par inattention, dans un changement de décors, une chute grave, et se cassa le tibia gauche. Il aurait mieux aimé avoir cassé ses deux flûtes droites (11). On l'enleva, et on l'emporta chez lui, poussant de grands gémissements. Plusieurs mois se passèrent avant qu'il fût entièrement rétabli. Les spectateurs, comme il arrive toujours, commencèrent à regretter leur bon musicien, qui, par les sons de sa flûte, animait les danses du souple Bathylle.
UN Romain d'une naissance distinguée allait donner des jeux, et Leprince commençait alors à marcher. Il obtint à force de prières et d'argent que le musicien se montrât seulement le jour même du spectacle. Le moment venu, on ne parla dans le théâtre que du joueur de flûte: les uns soutenaient qu'il était mort ; d'autres, qu'il allait paraître tout-à-l'heure. On tire la toile, le tonnerre gronde, et les dieux parlent selon leur coutume (12).
Le choeur alors se finit à chanter un hymne inconnu au joueur de flûte, et dont le sens était : «Rome, réjouis-toi, le prince est sauvé! (13) » On se leva pour applaudir. Leprince aussitôt d'envoyer des baisers, croyant que ses amis et ses admirateurs le félicitaient. Les chevaliers voient sa sotte erreur, et ils demandent en riant de répéter l'hymne. Le choeur recommence; notre homme de se prosterner jusqu'à terre, et les chevaliers d'applaudir encore pour se moquer de lui. Le peuple pensait qu'il voulait une couronne. Mais dès que son histoire fut connue sur tous les gradins du théâtre, Leprince, qui s'enorgueillissait des honneurs rendus au divin Auguste, fit, malgré sa robe blanche, ses souliers blancs, et la bandelette blanche qui lui enveloppait la jambe, jeté à la porte par tous les spectateurs.

FABLE VIII.  LE TEMPS.

CE vieillard que vous voyez, le corps nu , la tête chauve par derrière, le front garni de cheveux; et qui passe, comme suspendu dans les airs, d'un vol léger sur le tranchant d'un rasoir, celui que, lorsqu'on le tient, il faut bien tenir; car, s'il échappe, Jupiter lui-même: ne pourrait le ressaisir : c'est l'emblème du Temps fugitif.
LES anciens nous ont ainsi représenté le Temps, pour qu'une lenteur funeste ne vienne pas entraver nos projets.

FABLE IX.  LE TAUREAU ET LE VEAU.

UN Taureau, gêné par ses cornes, se débattait à la porte étroite d'une étable où il ne pouvait entrer qu'avec peine. Un Veau voulut lui montrer comment on devait s'y prendre. « Tais-toi, lui dit le Taureau, je savais cela avant que tu fusses né. »
CELUI qui veut eu remontrer à son maître peut prendre pour lui ce que je viens de dire.

FABLE X.  LE CHASSEUR ET LE CHIEN.

UN Chien, qui avait été plein de vigueur, et dont son maître avait toujours été très content à la chasse contre les bêtes fauves, commençait à s'affaiblir sous le poids des années. Un jour, en faisant tête à un sanglier furieux, il lui sauta à l'oreille ; mais, avec ses dents gâtées par l'âge, il ne put retenir l'animal. Le Chasseur mécontent gronda son chien. Son vieux serviteur lui répondit : « Ce n'est point pion courage , mais ce sont mes forces qui ne peuvent plus vous servir. Vous vantiez autrefois ma vigueur, et vous me reprochez déjà ma faiblesse. »
Tu vois bien, Philetus, pourquoi j'ai écrit cette fable.

 

 

 

(01) Si marmori adscripserunt Praxitelen, Scopam aeri, Myronem argento, tabulae Zeuxidem, etc. C'est la leçon de Bentley, que tous les traducteurs ont adoptée. Ces vers étaient très altérés dans le manuscrit Pithou ; nous allons les rapporter ici :
Si marmori adscripserunt Praxitelen suo,
Detrita Myronem argento. Fabalae exaudiant
Adeo fugatae. Plus vetustis favet ...

Voici la leçon de Schwabe :
Si marmori adscripserunt Praxitelen suo
Trito Myronem argento : fabula exaudiant
Adeo fugatae. Plus vetustis nam favet ...

 

(02FABLE 1. - DEMETRIUS ET MÉNANDRE.

Demetrius, qui dictus est Phalereus. Demetrius de Phalère fut ainsi nommé, parce qu'il était né à Phalère, port de l'Attique, aujourd'hui Tripyrghi, les Trois-Tours. Par son éloquence et ses vertus, il acquit tant de pouvoir sur les Athéniens, qu'ils le nommèrent archonte (309 av. J.-C.)

(03Féliciter ! succlamant. C'était l'acclamation d'usage chez les Romains. (SUÉT., Claud, VII; Domit.XIII, et FLORUS, liv. III, c. 3.)

(04)   In queis Menander, nobilis comoediis. Ménandre, né à Athènes, l'an 342 av. J.-C. Ce comique, honoré parmi les Grecs du titre de prince de la nouvelle comédie, est préféré à Aristophane. On ne trouve pas en lui, comme dans ce dernier, un genre de satire dure et grossière, qui déchire sans ménagement la réputation des honnêtes gens; mais il assaisonnait ses comédies de plaisanterie douce, fine et délicate, sans s'écarter jamais des lois de la plus austère bienséance. De cent huit comédies que ce poète avait composées, et qu'on dit avoir été toutes traduites par Térence, il ne nous reste que très peu de fragmens. (Dict. historique.)
Hic est Menander scriptor
rappelle ce vers de Martial :
Sed toto legor orbe frequens, et dicitur, Hic est..
(Lib. V, Epig. 13.)

FABLE II. - LES VOYAGEURS ET LE VOLEUR.

(05Et vindicavit sese forti dextra. Il y a encore ici une lacune dans le manuscrit. Schwabe, d'après Perotti, a proposé ces deux vers pour le commencement de cette fable :
Duo quum incidissent in latronem milites,
Unus profugit, alter autem restitit.

(06...Dein, rejecta paenula. Paenula était une espèce de manteau ou de surtout assez semblable au manteau appelé lacerna, mais très-court et très-étroit ; il se mettait ordinairement sur la tunique avec un capuchon : on s'en servait dans les voyages et à l'armée. (ADAM.)

FABLE III. - LE CHAUVE ET LA MOUCHE.
ROMULUS, liv. II, fab. 13.

FABLE IV. - L'HOMME ET L'ANE.
Dans le fond des idées on pourrait trouver quelque analogie avec la fable de La Fontaine (liv. VIII, fable 12 ).

FABLE V. - LE BOUFFON ET LE PAYSAN.
PLUTARQUE, Symposiac., V. I, p.674.

(07FABLE VI. - LES DEUX CHAUVES.

Eia, inquit, in commune, quodcunque est lucri. Cette expression est restée dans la langue des collèges. Si un écolier trouve quelque objet, il s'écrie aussitôt : Part à moi seul, et la propriété lui est alors acquise sans contestation, à moins qu'un de ses camarades, plus vif que lui, n'ait dit, au moment où il se baissait, Part à nous deux.
Il faut donc se souvenir du précepte de Sénèque :
Quoties aliquid inveni, non exspecto, donec dicat : In commune: ipse mihi. (Epist. CXX. )

(08Carbonem, ut aiunt, pro thesauro invenimus. C'était, dit Scheffer, un proverbe né d'une opinion superstitieuse du peuple, qui croyait que, pour déterrer un trésor, il fallait observer certaines cérémonies, et que si l'on manquait à quelqu'une, les charbons remplaçaient l'argent. (BEUZELIN.)

(09) FABLE VII. - LEPRINCE , JOUEUR DE FLUTE.

 Princeps tibicen notior paullo fuit... Toute cette fable roule sur un jeu de mots, sur ce qu'on appelle un calembours : heureusement il était très facile de le rendre en français, sans quoi tout ce récit eût été presque incompréhensible.
Blanchini pense que ce joueur de flûte était de la maison d'Auguste.

(10) Operam Bathyllo ..... Bathylle, fameux pantomime, natif d'Alexandrie, vint à Rome, pendant le règne d'Auguste, et fut affranchi de Mécènes (Athen., liv. I). Pylade et lui créèrent un nouveau genre de danse, qu'ils portèrent au plus haut degré de perfection : il n'était question que des spectacles de Pylade et Bathylle. On appelait pantomime, chez les Romains, les acteurs qui, par des mouvements, des signes , des gestes, et sans s'aider de discours, exprimaient des passions, des caractères et des événements.
Observons cependant qu'avant ces deux pantomimes il en existait d'autres, dès le temps de la république; mais alors on ne les employait que dans les pièces de théâtre, soit tragiques, soit comiques ou satiriques, Un acteur dansait ou déclamait, et un autre gesticulait. Ce furent Pylade et Bathylle qui introduisirent la danse des pantomimes, qui n'avait jamais paru seule. Voilà seulement ce qu'a voulu dire Zosime, liv. I, p. 7, édit. de 1612. (DUSSAULX, traduction de Juvénal.) - Voyez JUVÉNAL, Sat. I , v. 63 , et PERSE, Sat. V, v. 123.

(11 Et sinistram fregit tibiam, Duas quum dextras maluisset perdere. Il y a encore ici un jeu de mots qu'il n'était guère possible de rendre en français; à moins de se servir d'une expression trop familière, c'est-à-dire d'employer le mot flûte pour désigner la jambe.
Dans les comédies romaines, les joueurs de flûte se servaient toujours de deux flûtes à la fois. La flûte droite n'avait que peu de trous et rendait un son grave; la flûte gauche en avait davantage et rendait des sons clairs et aigus : quelquefois, on jouait avec deux flûtes à son égal. Dans la scène tragique, on se servait ordinairement de deux flûtes droites, c'est-à-dire deux flûtes à sons graves, et, dans la scène comique, de deux flûtes gauches, tibiis paribus sinistris, que l'on appelait tyriennes ou sarranes.

(12 Aulao misso, devolutis tonitrubus, Di sunt locuti more translatitio. Nous pensons qu'il serait à propos de donner ici quelques notions sur le théâtre des Romains.
Les premiers théâtres étaient construits en bois et se démontaient aussitôt que les jeux étaient finis. Mais le luxe et le goût des spectacles croissant de plus en plus, on en bâtit en pierres et on les enrichit de statues et des marbres les plus précieux. Pompée fut le premier à en élever un de cette sorte; il imita celui de Mitylène, mais il le fit plus grand et capable de contenir quarante mille spectateurs : il n'en reste que de faibles vestiges.
Le plan de ces salles de spectacle était circulaire : d'un côté et carré de l'autre, de sorte que d'une part c'étaient deux demi-cercles de différents diamètres, décrits d'un même centre, entre lesquels étaient les spectateurs, et de l'autre était un carré long, de toute l'étendue des demi-cercles, et moins large de moitié : c'était la scène, le lieu où jouaient les acteurs, et dans l'intervalle était l'orchestre.
L'enceinte des théâtres était composée de deux ou trois rangs de portiques, élevés les uns sur les antres. On montait aux différents étages par des escaliers appelés vomitoria. Les théâtres n'étaient couverts que sur la scène. Quelquefois, on étendait au dessus des gradins des toiles pour garantir les spectateurs de la pluie ou de l'ardeur des rayons du soleil.
Ce que nous appelons maintenant la scène était divisé en cinq parties : scena, proscenium, postscenium, pulpitum et orchestra.

Scena.
C'était la partie d'où les acteurs sortaient : elle s'étendait d'un bout du théâtre à l'autre; c'était ce que nous appelons les décorations. Il y avait trois sortes de scènes ou de décorations.
La première, la scène tragique, magnifiquement ornée de statues et de colonnes.
La deuxième, la scène comique, représentant des maisons de particuliers.
La troisième, la scène satirique, où l'on découvrait des forêts, des campagnes : ces décorations étaient faites avec des tapisseries. Vitruve nous apprend que ces décorations changeaient à l'aide de machines, de planches et de tapisseries que l'on retirait. De là vient que dans les auteurs ces sortes de spectacles sont quelquefois appelées aulae.

Proscenium.
On appelait ainsi le lieu élevé sur lequel jouaient les acteurs.
Postscenium. C'était le fond du théâtre, derrière les décorations : les acteurs se retiraient là pour s'habiller.
Pulpitum
. Il paraîtrait bien, et surtout d'après le vers de Phèdre,
...... .... Homo meus se in pulpito
Totum prosternit .. . .... ... .... ..

qu'il s'agit ici d'une espèce d'élévation ou d'estrade pratiquée sur le théâtre, et sur laquelle se plaçaient les musiciens qui, comme Leprince, accompagnaient de leurs instruments les pantomimes.

Orchestra
. L'orchestre parmi nous ne ressemble en rien à celui des anciens. Chez les Romains, c'était la place des sénateurs et des vestales. Le proscenium était élevé d'environ cinq pieds ; il y avait quelque intervalle entre l'orchestre et le proscenium, et un petit mur, haut d'un pied et demi, les séparait. Ce mur était orné de petites colonnes de marbre, de trois pieds; c'est ce que les Latins appelaient podium. L'empereur mit ensuite son trône dans le podium. Les vestales, les tribuns et l'édile, qui faisaient les frais du spectacle, furent aussi placés dans l'orchestre; c'est ce qui a fait dire à Juvénal : orchestram et populum, pour distinguer les patriciens d'avec la populace.
Aulaeo misso
. La toile était une espèce de tapisserie attachée par le bas. Chez les Romains, lorsque les pièces commençaient, on la baissait, c'est-à-dire on laissait tomber la toile sous le théâtre, et lorsque la pièce était finie, on la relevait de bas en haut, tollebatur.
Devolutis tonitrubus
. On appelait les tonnerres artificiels claudia tonitrua, parce que Claudius Pulcher imagina de faire rouler des pierres arrondies sur un plancher en talus, pour imiter le fracas du tonnerre.

(13 Laetare, incolumis Roma, salve principe. Cet hymne avait sans doute été composé pour Auguste, à son retour d'Espagne : il était tombé dangereusement malade à l'époque de son expédition contre les Cantabres. (HORACE, liv. III, Od. XIV.)
Suétone (Caligula, ch. VI), en parlant de l'effet que produisit à Rome la mort de Germanicus, dit :
Romae quidem, quum ad primam famam valetudinis attonita et maesta civitas sequentes nuncios opperiretur, et repente jam vesperi incertis auctoribus convaluisse tandem percrebruisset , passim cum luminibus et victimis in Capitolium concursum est, ac paene revulsae templi fores, ne quid gestientes vota reddere morarentur. Expergefactus e somno Tiberius est gratulantium vocibus, atque undique concinentium, SALVA ROMA, SALVA PATRIA, SALVUS EST GERMANICUS! Sed ut demum, fato functum, palam factum est, non solatiis ullis, non edictis inhiberi luctus publicus potuit, duravitque etiam per festos decembris mensis dies.
"A Rome, la population toute entière, frappée de stupeur et de consternation par la première nouvelle de sa maladie, attendait avec anxiété de nouveaux messages. Tout à coup, vers le soir, le bruit se répandit, on ne sait comment, que Germanicus était rétabli. On accourut au Capitole avec des flambeaux allumés, et des victimes : les portes du temple furent presque renversées daas l'impatience où l'on était d'offrir des actions de grâces. Tibère fut réveillé par les cris de ceux qui se félicitaient, et de tous côtés l'on chantait : ROME EST SAUVÉE ! LA PATRIE EST SAUVÉE, GERMANICUS EST SAUVÉ !!! Mais lorsqu'on sut enfin qu'il avait cessé d'exister, le deuil public ne put être contenu par aucune consolation, par aucun édit; il dura même à travers les fêtes de décembre." (Traduction de M. DE GOLBERY.

FABLE VIII. - LE TEMPS.

Voyez AUSONE, Epigr. XII, in Simulacrum Occasionis et Poenitentiae.

FABLE IX. - LE TAUREAU ET LE VEAU.

 Cette fable rappelle ce mot d’Apulée : Odi pueros praecoci sapientia.

FABLE X. - LE CHASSEUR ET LE CHIEN.

On ne peut ici se méprendre sur l'intention du poète ; et lorsqu'on nous dit que l'on a retrouvé la suite de l'ouvrage de notre fabuliste, c'est ne point comprendre ce que Phèdre dit à son ami Philetus. Il était dans un âge avancé, lorsqu'il écrivit ce dernier livre: toutes les fables qu'il renferme sont de lui, de son invention, et quelque ami se sera peut-être expliqué avec trop de franchise sur cette dernière production; car il est impossible d'appeler des fables les deux narrations qui y figurent, et quant au reste, les sujets sont loin de ressembler à ceux qu'il prenait dans Ésope.

FIN.