| retour à l'entrée du site | table des matières de Phèdre |
Phèdre
Fables de Phèdre
TRADUCTION: Pierre CONSTANT, Fables de Phèdre, ... Paris, Garnier, 1937
commentaires par M. Ernest Panckoucke
C. L. F. Panckoucke, 1834.
texte latin : THE LATIN LIBRARY
reproductions : Fables de Phèdre, affranchi d'Auguste . Tome premier /
traduites en français, avec le texte à côté, et ornées de gravures [par Le
Maistre de Sacy] ; [retouchées par C.-S. Camus] Paris : P. Didot l'aîné, 1806
LIVRE DEUX.
|
Prologus Exemplis continetur Aesopi genus;
|
![]() |
PROLOGUE. Le genre créé par Ésope consiste tout entier en exemples et ne vise par des apologues qu'à corriger les erreurs des hommes et à stimuler leur attention et leur activité. Quel que soit donc le badinage où se joue le narrateur, pourvu qu'il captive l'oreille et ne manque pas son but, c'est par le sujet lui-même qu'il se recommande et non par le nom de l'auteur. Quant à moi, je mettrai tout mon soin à suivre la tradition du vieil Ésope; mais s'il me prend fantaisie d'intercaler parmi ses apologues quelque invention personnelle pour plaire par la variété des récits, je voudrais, lecteur, te voir prendre cette audace en bonne part. Je promets en revanche de reconnaître ton indulgence par ma brièveté. Mais je me garderai de faire de cette brièveté un éloge trop verbeux. Considère donc pourquoi tu dois opposer un refus aux gens avides et pourquoi aux gens discrets tu dois même offrir ce qu'ils n'ont pas demandé. |
I. Quicumque fuerit ergo narrantis
jocus. Ce vers a été commenté de toutes les manières, parce que, dans le manuscrit, les lettres L, I on J, au commencement des mots, sont absolument pareilles.
Voici le vers tel qu'il est écrit dans le manuscrit Pithou :
Quicumque fuerit ergo narrandi jocus.
La leçon que nous avons adoptée est de Schwabe.
PASSAGE IMITE PAR LA FONTAINE.
Sed si libuerit aliquid interponere,
Dictorum sensus ut delectet varietas.
Si j'ajoute du mien à son invention ,
C'est pour peindre nos moeurs, et non pas par envie.
Je suis trop au dessus de cette ambition.
|
I. Iuvencus Leo et Praedator Super iuvencum stabat deiectum leo. Exemplum egregium prorsus et
laudabile;
|
![]() |
1. LE JEUNE TAUREAU, LE LION ET LE BRIGAND. Sur le corps d'un jeune taureau qu'il avait terrassé, un lion se tenait debout. Un brigand survint qui réclama une part. "Je te la donnerais, dit le lion, si tu n'avais coutume de la prendre toi-même," et il repoussa ainsi la demande du méchant. Le hasard conduisit au même endroit un voyageur inoffensif qui, à la vue de la bête sauvage, recula. Mais le lion lui dit doucement : "Tu n'as rien à craindre. Une part t'est due pour ta discrétion; prends-la hardiment". Puis, ayant partagé la proie, il se retira dans la forêt pour laisser approcher l'homme. Exemple tout à fait admirable et digne d'éloges. Mais en fait, seuls les gens avides s'enrichissent et les délicats restent pauvres. |
FABLE I. - LE JEUNE TAUREAU, LE LION
ET LE BRACONNIER.
I. Partem postulans. « Darius postulabat magis quam petebat. » ( QUINTE-CURCE.)
2. Feroque viso retulit retro pedem. On trouve dans Ovide, Fast. II, 342 :
Turbatum viso rettulit angue pedem.
3. Tunc, diviso tergore. - Tergus. C'est ici la partie pour le
tout : cette phrase rappelle les vers de Virgile ( En. I, 210) :
Illi se praedae accingunt dapibusque futuris;
Tergora diripiunt costis, et viscera nudant.
4. Verum est aviditas dives, et pauper pudor.
Semper eris pauper, si pauper es, Aemiliane :
Dantur opes nullis nunc nisi divitibus. (MARTIAL., lib. V, Epigr. 81.)
|
II. Anus Diligens Iuvenem, Item Puella A feminis utcumque spoliari viros, Aetatis mediae quendam mulier non
rudis
|
![]() |
2. L'HOMME ENTRE UNE VIEILLE AMIE ET UNE JEUNE. Les femmes, de toute façon, dépouillent
les hommes, qu'ils les aiment ou qu'ils en soient aimés. Bien des
exemples nous le montrent. |
FABLE II. - L'HOMME TOUT A COUP DEVENU CHAUVE.
1. Mulier non rudis.
Sum rudis ad Veneris furtum; nullaque fidelem,
Di mihi sunt testes, lusimus arte virum. (OVID., Heroid., 17.)
2. Annos celans elegantia. PROPERCE, III, dernière élégie
A te celatis aetas gratis urgeat annis.
3. Quum, se putaret fingi cura mulierurn. - Cura. « Haec vox proprie de cultu capillorum usurpatur.
» Voilà ce que disent les commentateurs, et ils donnent pour exemple ce vers de Tibulle, I, VIII, 45
:
Tollere tunc cura est albos a stirpe capillos.
Ce mot cura est sans doute le « kour‹ »des Grecs, venant de keÛrv, couper, tondre.
ÉSOPE, fab. 162 , alias 165.
GABRIAS, fab. 24.
CAMERARIUS, page 100.
LA FONTAINE, liv. I, fab. 17.
PASSAGES IMITÉS PAR LA FONTAINE.
I. Aetatis mediae quemdam mulier non rudis
Tenebat, annos celans elegantia .
...... L'autre un peu bien mûre,
Mais qui réparait par son art
Ce qu'avait détruit la nature.
2. Calvus repente factus est : nam funditus
Canos puella, nigros anus evellerat.
La vieille, à tout moment, de sa part emportait
Un peu de poil noir qui restait,
Afin que son amant en fût plus à sa guise.
La jeune saccageait les poils blancs à son tour.
Toutes deux firent tant que notre tête grise
Demeura sans cheveux .....
Saint Vincent-Ferrier, prédicateur du quatorzième siècle, raconte cette historiette dans un de ses sermons. Il en tirait la singulière conclusion, qu'il ne faut pas prendre femme jeune et jolie, parce qu'elle épile les biens de sa maison, en voulant sans cesse des joyaux, des robes neuves ; et qu'il faut encore moins épouser une vieille, parce que c'est un enfer anticipé qui épile tous les plaisirs, les joies de ce monde, et n'apporte à son mari que tristesse et mauvaise humeur.
|
III. Aesopus ad Quendam de Successu Improborum Laceratus quidam morsu vehementis
canis, Successus improborum plures allicit.
|
![]() |
3. MOT D'ÉSOPE SUR LE SUCCÈS DES MÉCHANTS. Un homme mordu par un chien furieux
rougit de son sang un morceau de pain et l'envoya à la bête malfaisante. |
FABLE III. - L'HOMME ET LE CHIEN.
I. Laceratus quidarn morsu vehementis Canis. Rigaltius prétendait que vehemens était le synonyme de
rabiosus; mais cette épithète est déjà bien assez forte, et il n'est pas besoin de chercher une signification étrangère
...... post hoc vehemens lupus, et sibi et hosti
Iratus pariter, jejunis dentibus acer. (HORAT., lib. II, Epist. II, v. 28.)
ÉSOPE, fab. 25.
|
IV. Aquila Feles et Aper Aquila in sublimi quercu nidum
fecerat; Quantum homo bilinguis saepe
concinnet mali,
|
![]() |
4. L'AIGLE, LA LAIE ET LA CHATTE SAUVAGE. Une aigle avait fait son nid au
sommet d'un chêne; une chatte sauvage, ayant trouvé un creux au milieu
de l'arbre, y avait fait ses petits; une laie habituée à vivre dans les
forêts avait déposé sa portée près du pied. Mais cette intimité formée
par le hasard fut détruite par la mauvaise foi et la méchanceté funeste
de la chatte. Elle grimpe jusqu'au nid de l'aigle et lui dit : « On prépare
ta perte et peut-être, hélas ! aussi la mienne. Car, si tu vois chaque
jour cette laie perfide creuser le sol, c'est qu'elle veut abattre le chêne
pour pouvoir à terre se jeter facilement sur nos progénitures. Après
avoir semé la terreur et le trouble dans le coeur de l'aigle, elle
descend en rampant à la bauge de la laie couverte de soies. "Tes
petits, lui dit-elle, sont en grand danger. Car, aussitôt que tu sortiras
pour chercher pâture avec ton jeune troupeau, l'aigle, déjà prête à
l'attaque, t'enlèvera tes marcassins". Quand elle a répandu
l'effroi aussi dans ce lieu, la fourbe va se cacher dans son trou où elle
est en sûreté. Elle en sort la nuit pour aller çà et là d'un pas qui
ne touche presque pas le sol et, quand elle s'est bien nourrie et qu'elle
a bien nourri ses petits, elle affecte d'avoir peur et a l'oeil au guet
tout le jour. L'aigle, craignant la chute de l'arbre, ne le quitte pas. La
laie, pour se garder contre le rapt de ses petits, ne sort plus de chez
elle. Bref, aigle et laie moururent de faim avec leurs petits et
fournirent à la chatte et aux petits chats un repas abondant. |
FABLE IV. - L'AIGLE, LA CHATTE ET LA LAIE.
I. Quid multa? inedia sunt consumti curn suis
Il semble que la faim aurait dû forcer ces animaux à sortir de leur retraite; c'est un défaut de vraisemblance dont La Fontaine a eu soin d'avertir ses lecteurs.
LA FONTAINE, liv. III, fab. 6.
PASSAGES IMITÉS PAR LA FONTAINE.
I. Aquila in sublimi quercu nidum fecerat.
L'aigle avait ses petits au haut d'un arbre creux.
2. Feles, cavernam nacta, in media pepererat
Sus nemoricultrix fetum ad imam posuerat.
La laie au pied, la chatte entre les deux.
3. Tum fortuitum Feles contubernium
Fraude et scelesta sic evertit malitia.
La chatte détruisit par sa fourbe l'accord.
4. Ad nidum scandit volucris : Pernicies, ait,
Tibi paratur, forsan et miserae mihi.
Elle grimpa chez l'aigle, et lui dit : Notre mort
(Au moins de nos enfans, car c'est tout un aux mères)
Ne tardera possible guères.
5. Nam fodere terram quod vides quotidie
Aprum insidiosum.
Voyez-vous à nos pieds fouïr incessamment
Cette maudite laie .. . . . ?
6. . . . . .Quercum. vult evertere.
C'est pour déraciner le chêne assurément.
7. Ut nostram in plano facile progeniem opprimat.
Et de nos nourrissons attirer la ruine
L'arbre tombant, ils seront dévorés.
8. Terrore effuso et perturbatis sensibus ,
Derepit ad cubile setosae Suis :
Au partir de ce lieu, qu'elle remplit de crainte,
La perfide descend tout droit
A l'endroit
Où la laie était en gésine.
9. . . . .Simul exieris pastum cum tenero grege,
Aquila est parata rapere porcellos tibi.
L'aigle, si sous sortez, fondra sur vos petits.
10. Hunc quoque timore postquam complevit locum,
Dolosa tuto condidit sese cavo.
Dans cette autre famille ayant semé l'effroi,
La chatte en son trou se retire,
10. Ruinam metuens Aquila ramis desidet;
Aper rapinam vitans non prodit foras.
L'aigle n'ose sortir, ni pourvoir aux besoins
De ses petits; la laie encore moins.
A demeurer chez soi l'un et l'autre s'obstine,
Pour secourir les siens dedans l'occasion
L'oiseau royal , en cas de mine;
La laie, en cas d'irruption.
12.. . . . . . Incedia sunt consumpti cum suis.
La faim détruisit tout.
13. Felique et catulis largam praebuerunt dapem,
Grand renfort pour messieurs les chats.
|
V. Tib. Caesar ad Atriensem Est ardalionum quaedam Romae natio, Caesar Tiberius cum petens Neapolim
|
![]() |
5. TIBÈRE ET L'ESCLAVE DE L'ATRIUM. Il est à Rome une race d'Ardélions
s'agitant et courant de tous côtés, affairés sans affaires,
s'essoufflant sans motif, ne faisant rien en faisant beaucoup, aussi
ennemis de leur repos qu'insupportables aux autres. C'est elle que, si je
pouvais, je voudrais corriger par le récit de cette anecdote vraie : il
vaut la peine d'y prêter l'oreille. |
FABLE V. - TIBÈRE A UN ESCLAVE DU PALAIS.
1. Caesar ad Atriensem. - Atriensem de atrium ; c'était une grande salle située à l'entrée de la maison. Là étaient les images des ancêtres : là se tenaient les chéris qui venaient le matin faire la cour à leurs patrons. - Les esclaves appelés
atrienses étaient plus considérés que les autres; ils avaient soin des appartemens, et les effets les plus précieux étaient confiés à leur garde. (BEUZELIN. )
2. Est ardelionum quaedam Romae natio. - Ardelionum de ardere, comme l'on dit en français
"faire l'empressé."
3. Natio, une foule, un grand nombre. Tacite dit, en se plaignant du nombre prodigieux des esclaves,
familiarem numerum et nationes.
4. Est ardelionum. quidam Romae natio,
Trepide concursans, occupata in otio,
Gratis anhelans, mulla agendo nihil agens,
Sibi molesta at aliis odiosissima.
Célimène, dans le Misanthrope, dit en parlant d'un importun, d'une espèce. d'Ardelion
:
C'est de la tête aux pieds un homme tout mystère,
Qui vous jette en passant un coupa d'oeil égaré,
Et sans aucune affaire est toujours affairé.
Tout ce qu'il vous débite en grimaces abonde;
A force de façons il assomme le monde;
Sans cesse il a tout bas pour rompre l'entretien
Un secret à vous dire, et ce secret n'est rien.
De la moindre vétille il fait une merveille,
Et jusques au bonjour, il dit tout à l'oreille. (MOLIERE, le Misanthrope, act. II , sc.. 5.
Nous retrouvons aussi dans La Fontaine une imitation de ces vers de Phèdre :
Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
S'introduisent dans les affaires :
Ils font partout les nécessaires;
Et, partout importuns, devraient être chassés (Liv. VII , fab. 9.)
Voyez SENEQUE, de Tranquill. an., cap. XII,
5. Caesar Tiberius quum petens Neapolim
In Misenensem villam venisset suam,
Quae monte summo posita Luculli manu,
Prospectat Siculum, et despicit Tuscum mare.
Voici le portrait que Velleius Paterculus fait de Lucullus :
Lucullus, summus alioqui vir, profusae hujus aedificiis
convictibusque et apparatibus luxuriae primus auctor fuit; quem ob injectas
moles mari et receptum suffossis montibus in terras mare, haud infacere Magnus Pompeius Xerxem togatum
vocare assueverat. ( Lib. II, cap. 33)
"Lucullus, grand homme d'ailleurs, donna le premier exemple de ce luxe, de cette profusion, qui règnent aujourd'hui dans les festins, les meubles, les édifices. Il resserra la mer par des digues, et, pour la recevoir clans les terres, il perça des montagnes. Aussi Pompée l'appelait-il agréablement le Xerxès romain. » ( Traduction (le M. DESPRÈS.)
Ces mots prospectat et despicit ont été commentés de toutes les manières : on a fait des dissertations très-longues pour mettre à la place de
prospicit, despicit; ce qui, du reste, ne change rien au sens de la phrase. En effet, il faudrait avant tout savoir ce que les anciens entendaient par
Mare Tuscum, et s'ils donnaient ce nom à la mer qui baigne les côtes de Naples. Peut-être Phèdre a-t-il voulu dire que l'on aperçoit dans le lointain la mer de Sicile, et
que l'on aperçoit aussi dans le lointain, d'un autre côté, la mer de Toscane. Dans tous les cas, en admettant que la mer de Toscane vienne baigner le pied
du cap de Misène , pourquoi changer prospicit en despicit, qui, employé dans ce sens, serait
de mauvaise latinité, plutôt que de conserver prospicit, qui signifie aussi regarder de haut en bas ?
N'avons-nous pas des exemples de prospicere, employé pour signifier regarder de haut en bas?
Homine feros atque silvestres mireris ausos a scopulis suis saltem maria
prospicere. (FLORUS, lib. III, cap. 8.)
Devexaque prospicit arva. (OVID., Met lib. VIII, v. 330.)
|
VI. Aquila et Cornix Contra potentes nemo est munitus
satis; Aquila in sublime sustulit
testudinem:
|
![]() |
6. L'AIGLE, LA CORNEILLE ET LA TORTUE. Contre les puissants, personne n'est
assez bien protégé. Mais qu'à eux vienne s'ajouter un conseiller
malfaisant, il n'est rien qui, sous les attaques de la force et de la méchanceté
réunies, ne s'écroule. |
FABLE VI. - L'AIGLES LA CORNEILLE ET LA TORTUE.
1. Large divisit dapem. Peut-étre faudrait-il largam divisit dapem. Dans la fable 4e du même livre, nous voyons
largam praebuerunt dapem.
Cette fable rappelle celle de La Fontaine, où le poète Eschyle, menacé de la chute d'une maison, quitta la ville, et
Mit son lit en plein champ, loin des toits, sous les cieux.
Un aigle qui portait en l'air une tortue,
Passa par là, vit l'homme, et sur sa tête nue
Qui parut un morceau de rocher à ses yeux,
Étant de cheveux dépourvue,
Laissa tomber sa proie afin de la casser. (LA FONTAINE, liv. VIII, fab. 16.)
ROMULUS, liv. I, fab. 13.
MARIE DE FRANCE, fab. 13,
|
VII. Muli Duo et Latrones Muli gravati sarcinis ibant duo: Hoc argumento tuta est hominum
tenuitas,
|
![]() |
7. LES DEUX MULETS. Deux mulets lourdement chargés
cheminaient ensemble: l'un portait des paniers pleins de l'argent du fisc,
l'autre des sacs gonflés d'orge. Le premier, riche de son fardeau, marche
la tête haute, se redresse et agite à son cou sa sonnette au son clair.
Son compagnon le suit d'une allure tranquille et paisible. Tout à coup
des brigands sortent d'une embuscade, s'élancent et, en massacrant
l'escorte, blessent de leurs armes le mulet du fisc; ils pillent l'argent
et dédaignent l'orge sans valeur. Le mulet dépouillé déplorait ses
malheurs. « Pour moi, dit l'autre, je me réjouis d'avoir été méprisé
: car je n'ai rien perdu et n'ai point de blessure. » |
FABLE VII. - LES DEUX MULETS ET LES VOLEURS.
1. Fiscos cum pecunia. - Fiscos veut proprement dire des paniers. De ce mot sont dérivés les diminutifs
fiscina, petit panier, cabas, et fiscella, panier de jonc, muselière que l'on met à la bouche des chevaux. -
Fiscus se prend aussi pour le trésor du prince.
2. Comes quieto sequitur et placido gradu. Plusieurs traducteurs ont ainsi rendu cette phrase : Son compagnon le suivait à petits pas et à petit bruit; c'est un véritable contre-sens. Le mulet marchait sans affectation, tranquillement; et il est impossible de marcher sans affectation,
à petit pas, à petit bruit. Cette expression peut convenir à suspenso
pede, liv. II fab. 4, et non à celle-ci.
FAERNE, fab. 85.
LA FONTAINE . liv. 1, fab. 4.
PASSAGES IMITÉS PAR LA FONTAINE.
1. Muli gravati sarcinis ibant duo.
Unus ferebat fiscos cum pecunia;
Alter tumentes multo saccos hordeo.
Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé,
L'autre portant l'argent de la gabelle.
2. Ille, onere dives, celsa cervice eminet,
Clarumque collo jactat tintinnabulum.
Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d'un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette.
3. Subito Latrones ex insidiis advolant.
Sur le mulet du fisc une troupe se jette.
4. Spoliatus igitur casus quum fleret suos.
Le mulet, en se défendant,
Se sent percé de coups; il gémit, il soupire.
|
VIII. Cervus ad Boves Cervus nemorosis excitatus
latibulis,
|
![]() |
8. LE CERF ET LES BOEUFS. Un cerf lancé hors des retraites de
la forêt fuyait la mort dont les chasseurs le menaçaient; aveuglé par
la peur, il gagna la ferme la plus proche et, une étable à boeufs se
trouvant là fort à propos, il s'y cacha. Pendant qu'il s'y dissimulait,
un boeuf lui dit : « Quelle idée as-tu eue, malheureux ! de courir de
toi-même au devant de la mort et de confier ta vie à la demeure des
hommes? » Mais lui, d'un ton suppliant : « Vous du moins, dit-il, épargnez-moi. |
FABLE VIII. - LE CERF ET LES BOEUFS.
I. Excitatus. C'est le mot propre, le terme de chasse. Dans Sénèque le Tragique, Phèdre dit, en parlant d'Hippolyte :
Juvat excitatas consequi cursu feras. (Act. I, v.
21.)
2. Quidquarn voluisti tibi, infelix. On trouve dans Virgile, Eclog. II :
Eheu ! quid volui misero mihi ? . .... .
3. Transit etiam villicus. - Villicus, c'est le fermier, l'homme qui a soin de la métairie;
dominus, c'est le, maître, le propriétaire.
ROMULUS, liv. III, fab. 19.
CAMERARIUS, Page 82.
LA FONTAINE, liv. IV, fab. 21.
PASSAGES IMITÉS PAR LA FONTAINE.
1. . . . . . Opportuno se bubuli condidit.
Hic Bos latenti : Quidquam voluisti tibi,
Infelix, ultro qui ad necem cucurreris,
Hominumque tecto spiritum commiseris?
Un cerf s'étant sauvé dans une établi à boeufs ;
Fut d'abord averti par eux
Qu'il cherchât un meilleur asile.
2. Frondem bubulcus affert. . . . .
Sur le soir on apporte herbe fraîche et fourrage.
3. Eunt subinde et redeunt omnes rustici;
Nemo animadvertit : transit etiam villicus,
Nec ille quidquam sentit . . . . .
L'on va, l'on vient, les valets font cent tours
L'intendant même, et pas un d'aventure,
N'aperçut ni corps, ni ramure,
Ni cerf enfin .. ... ..
4. Tum gaudens ferus
Bubus quietis agere coepit gratias.
L'habitant des forêt.
Rend déjà grâce aux boeufs, . . ..
5. Respondit unus . . . . .
L'un des boeufs ruminant lui dit : . . . .
6. Sed ille, qui oculos centum habet, si venerit,
Magno in periculo vita vertetur tua.
Mais quoi! l'homme aux cent yeux n'a pas fait sa revue
Je crains fort pour toi sa venue.
7. Haec inter ipse dominus a caena redit.
Là dessus le maître entre et vient faire sa ronde.
8. Accedit ad praesepe : Cur frondis parum est?
Qu'est-ce ci? dit-il à son monde,
Je trouve bien peu d'herbe en tous ces rateliers.
9. Stramenta desunt? ....
Cette litière est vieille . . . ..
10. . . .Tollere haec aranea
Quantum est laboris? . .. ..
Que coûte-t-il d'ôter toutes ces araignées?
11. ...Dum scrutatur singula,
Cervi quoque alta conspicatur cornua.
En regardant à tout il voit une autre tête
Que celles qu'il voyait d'ordinaire en ce lieu
Le cerf est reconnu . .. . .
12. Quem convocata jubet occidi familia.
...Chacun prend un épieu;
Chacun donne un coup à la bête.
13. Praedamque tollit .....
On l'emporte, on la sale, on en fait maint repas,
Dont maint voisin s'éjouit d'être.
14 ...Haec significat fabula,
Dominum videre plurimum in rebus suis.
Il n'est, pour voir, que l'oeil du maître.
|
IX. Auctor Aesopi ingenio statuam posuere
Attici,
|
![]() |
9. LA STATUE D'ÉSOPE. Pour honorer le talent d'Ésope, les
Athéniens lui élevèrent une statue. Ils placèrent un esclave sur un piédestal
impérissable pour qu'on sût que la route des honneurs est ouverte à
tous et que la gloire s'accorde non pas à la naissance, mais au mérite. |
ÉPILOGUE.
1. Aesopi ingenio. Dans l'édition de Burmann on trouve Aesopo ingentem
statuam, qui est la leçon du manuscrit. Mais celle de Schwabe, adoptée par la plupart des traducteurs, me semble bien préférable.
2. Servumque collocarunt aeterna in basi. - Et chez eux un esclave fut placé sur une base d'éternelle durée, c'est ainsi que, jusqu'à présent, on a compris cette phrase. - Il me semble que c'est un faux sens, et que l'on n'a pas fait attention au quatrième vers. - Ils gravèrent son nom et sa CONDITION d'esclave pour montrer, etc.
Cette statue avait, dit-on, été faite par Lysippe.
3. Cunctis viam. Plusieurs éditions portent cuncti viam.
4. Nec generi tribui, sed virtuti, gloriam. L'amour-propre de notre auteur commence à se faire vivement sentir. Nous allons voir, dans le livre suivant, ce malheureux défaut se développer d'une manière intolérable. Phèdre y parle sans cesse de lui, de ses talens, de l'injustice du peuple; il demande secours contre les méchants qui l'entourent, et cependant il n'a point le courage de nommer ces méchants et de dire le mal qu'ils lui ont fait.
5. Obtrectare curam. - Curam, son ouvrage, qui lui a coûté tant de soins et de travaux.
Nous trouvons dans Tacite, Annales, II : Quorum in manus cura nostra
venerit.
On ne sait à qui est adressé cet Épilogue.