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Textes de Cicéron

oratio pro lege manilia : traduction française oratio pro lege manilia : juxtalinéaire  pro Archia : traduction française pro Archia : juxtalinéaire
pro Marcello : traduction française oratio pro Marcello: juxtalinéaire  in petitione consulatus : traduction française de signis : traduction
Cicéron : Catilinaires I, II, III, IV de finibus - introduction - livre 1 - livre 2    

Ce discours a été expliqué littéralement annoté et revu pour la traduction française par M. Materne.

Imprimerie de Ch. Lahure (ancienne maison Crapelet) 
rue de Vaugirard, 9, près de l'Odéon.

LES 
AUTEURS LATINS

EXPLIQUÉS D’APRÈS UNE MÉTHODE NOUVELLE

PAR DEUX TRADUCTIONS FRANÇAISES

L’UNE LITTÉRALE ET JUXTALINÉAIRE PRÉSENTANT LE MOT À MOT FRANÇAIS 
EN REGARD DES MOTS LATINS CORRESPONDANTS 
L’AUTRE CORRECTE ET PRÉCÉDÉE DU TEXTE LATIN

avec des sommaires et des notes

PAR UNE SOCIÉTÉ DE PROFESSEURS

ET DE LATINISTES

CICÉRON

DISCOURS POUR MARCELLUS

PARIS

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

RUE PIERRE-SARRAZIN, N° 14

(Près de l'École de Médecine)

1866

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AVIS

RELATIF A LA TRADUCTION JUXTALINEAIRE

On a réuni par des traits, dans la traduction juxtalinéaire, les mots français qui traduisent un seul mot latin.
On a imprimé en italiques les mots qu'il était nécessaire d'ajouter pour rendre intelligible la phrase française, et qui n'avaient pas leur équivalent dans le latin.
Enfin, les mots placés entre parenthèses, dans le français, doivent être considérés comme une seconde explication, plus intelligible que la version littérale.

ARGUMENT ANALYTIQUE.

Marcus Claudius Marcellus, un des descendants de ce Marcellus, qui le premier vainquit Annibal et qui se rendit maître de Syracuse, était également distingué par sa naissance, par ses dignités, par ses talents et par son courage. Il aimait la patrie avec toute la passion du républicain le plus jaloux de ses droits et de sa liberté. Pendant son consulat, en 702, il s'était déclaré hautement contre César, dont il avait combattu les prétentions avec beaucoup de force.
Après la journée de Pharsale, il ne voulut rien devoir à l'homme qu'il avait condamné comme rebelle, et qu'il regardait comme un usurpateur. Il se retira à Mitylène, dans l'île de Lesbos, où il avait résolu de passer le reste de ses jours, et de se consoler avec les lettres et la philosophie. Les instances réitérées de son frère, les lettres pressantes de Cicéron ébranlèrent enfin sa constance, et il voulut bien consentir à ce qu'on fît des démarches pour obtenir son rappel à Rome. 
Cicéron, dans une lettre à Sulpicius, proconsul en Grèce en 707, nous apprend lui-même de quelle manière la chose se passa. Sur quelques mots concertés dans lesquels Pison, beau-père de César, avait mêlé le nom de Marcellus, le frère de cet illustre exilé se jeta aux pieds du dictateur. Tous les sécateurs se levèrent, et, joignant leurs prières aux siennes, conjurèrent César de rendre au sénat un de ses membres les plus illustres.
Celui-ci se plaignit d'abord de l'humeur sombre de Marcellus, de l'aigreur et de l'animosité qu'il avait montrées contre lui ; mais, lorsqu'on ne s'attendait plus qu'à un refus, il ajouta que, quelque sujet qu'il eût de se plaindre personnellement de lui, il ne pouvait rien refuser à l'intercession du sénat.
Cicéron était l'ami intime de Marcellus : il fut transporté de joie; ce jour lui parut, comme il le dit lui-même, le premier beau jour de la république, depuis les malheurs de la guerre civile; et dans l'enthousiasme de la reconnaissance il adressa au dictateur
e discours , qui , pour l'élégance et l'harmonie du style, la richesse des figures et la délicatesse des compliments, est supérieur à tout ce qui nous reste de l'antiquité dans ce genre d'éloquence. César dut être d'autant plus agréablement flatté que, depuis son retour à Rome, Cicéron semblait s'être condamné à un éternel silence.
Cette harangue se divise en deux parties. Dans la première, l'orateur donne les plus magnifiques éloges à la valeur et aux vertus guerrières de César; mais c'est pour élever bientôt sa clémence audessus de ses victoires et de ses conquêtes. Cette comparaison de la gloire de vaincre avec celle de pardonner est très brillante. On l'a toujours citée comme un modèle de l'amplification oratoire. 
Dans la seconde partie, Cicéron rassure César contre les craintes et les soupçons qu'il a conçus : il l'exhorte à ne pas négliger le soin de sa vie; mais il lui montre l'usage qu'il en doit faire. Rome attend de lui qu'il relève la république : ses victoires lui en ont donné les moyens; l'intérêt même de sa propre gloire lui en fait un devoir, et l'orateur lui garantit pour cette noble entreprise le concours et l'appui de tous les bons citoyens.
Ce discours fut prononcé l'an de Rome 707, sous le consulat de M. Émilius Lépidus, et le troisième consulat, ou plutôt la troisième dictature de César. Cicéron avait alors soixante et un ans.

I. La clémence de César décide Cicéron à rompre le silence auquel il s'était condamné.

II. César était sans rival comme guerrier et comme conquérant ; mais l'acte par lequel il vient de se signaler surpasse encore sa gloire militaire.

III. Quelle que soit la grandeur des exploits guerriers, il est un triomphe plus beau encore que les succès militaires, c'est celui qu'on remporte sur soi-même.

IV. A César seul appartient le titre d'invincible, puisqu'il a triomphé de la victoire elle-même.

V. En rappelant Marcellus après tant d'autres citoyens, César montre qu'il regarde la guerre civile plutôt comme un malheur que comme un crime.

VI. César a été aussi clément après sa victoire que ses ennemis eussent été cruels, s'ils avaient triomphé. Qu'il jouisse donc de sa gloire et de ses bienfaits.

VII. Cicéron s'efforce de détruire les soupçons exprimés par César.

VIII. Devoirs de César. Il doit cicatriser les plaies de la patrie; seul il en a le pouvoir. Qu'il ne dise donc pas qu'il a assez vécu.

IX. Une dernière tâche reste à César, c'est de relever la république,et de réparer par de sagas lois les malheurs de la guerre
civile. 

X. La guerre civile est terminée. Tous les bons citoyens conjurent César de vivre et de continuer son oeuvre.  L'orateur proteste du dévouement du sénat.

XI. Cicéron finit, comme il a commencé, par l'expression de son éternelle reconnaissance. Le rappel de Marcellus met le comble aux bienfaits de César envers Cicéron.

 

 

4 - 5

M. T. CICERONIS                          CICÉRON.
ORATIO                                        DISCOURS
PRO M. MARCELLO.                       POUR MARCELLUS

I. Diuturni silentii, Patres Conscripti, quo eram his temporibus usus non timore aliquo, sed partim dolore, partim verecundia, finem hodiernus dies attulit; idemque initium, quae vellem quaeque sentirem, meo pristino more dicendi. Tantam enim mansuetudinem, tam inusitatam inauditamque clementiam, tantum in summa potestate rerum omnium modum, tam denique incredibilem sapientiam ac paene divinam, tacitus nullo modo praeterire possum.
M. enim Marcello vobis, Patres Conscripti , reique publicae reddito, non solum illius, sed meam etiam vocem et auctori-
I. Patres Conscripti, 
dies hodiernus 
attulit finem 
diuturni silentii 
quo usus eram 
his temporibus, 
non aliquo timore, 
sed partim dolore, 
partim verecundia; 
idemque 
initium dicendi, 
meo more pristino, 
quae vellem 
quaeque sentirem. 
Possum enim nullo modo
praeterire tacitus 
tantam mansuetudinem,
clementiam tam inusitatam
inauditamque, 
tantum modum 
omnium rerum 
in summa potestate, 
denique sapientiam 
tam incredibilem 
ac paene divinam.
Marco enim Marcello 
reddito vobis, 
Patres Conscripti, 
reique publicae, 
puto 
vocem et auctoritatem 
non solum illius, 
sed etiam meam
I. Pères Conscrits, 
le jour d'-aujourd'hui 
a apporté la fin 
du long silence 
dont j'avais usé 
en ces temps-ci, 
non par quelque crainte, 
mais en-partie par douleur, 
en-partie par bienséance; 
et le mème jour a apporté 
le commencement de dire, 
selon mon habitude ancienne, 
les choses que je voulais 
et celles que je sentais. 
Car je rie puis en aucune façon 
passer silencieux (sous silence) 
une si grande douceur, 
une clémence si inusitée 
et si inouïe, 
une si-grande modération 
de (en) toutes choses 
dans le plus grand pouvoir, 
enfin une sagesse 
si incroyable 
et presque divine.
En effet, Marcus Marcellus 
étant rendu à vous, 
Pères Conscrits, 
et à la république, 
je pense 
la voix et l'autorité, 
non-seulement de lui, 
mais aussi la mienne
I. Enfin, Pères Conscrits, ce jour a mis un terme au long silence que la douleur, que le sentiment des convenances, et non la crainte, m'avaient imposé pendant ces dernières années. Je vais reprendre mon ancienne habitude d'exprimer mes voeux, mes sentiments. Une bonté si rare, une clémence si extraordinaire, cette modération admirable dans un pouvoir sans bornes, en un mot, cette sagesse incroyable et presque divine, ne me permettent pas d'étouffer la voix de la reconnaissance.
Oui, Pères Conscrits, lorsque Marcellus est accordé à vos prières et aux voeux de la république, il me semble que ma voix aussi et

6 - 7

tatem et vobis et reipublicae conservatam ac restitutam puto. Dolebam enim, Patres Conscripti, et vehementer angebar, quum viderem virum talem, qui in eadem causa, in qua ego, fuisset, non in eadem esse fortuna; nec mihi persuadere poteram, nec fas esse ducebam, versari me in nostro veteri curriculo, illo aemulo atque imitatore studiorum ac laborum meorum quasi quodam socio a me et comite distracto. Ergo et mihi meae pristinae vite? consuetudinem, C. Caesar, interclusam aperuisti, et his omnibus ad bene de omni republica sperandum quasi signum aliquod sustulisti.
Intellectum est enim mihi quidem in multis, et maxime in me ipso, sed paulo ante omnibus, quum M. Marcellum senatui populoque Romano concessisti, commemoratis praesertim offensionibus, te auctoritatem hujus ordinis dignitatemque rei
conservatam ac restitutam 
et vobis et reipublicae.
Dolebam enim , 
Patres Conscripti, 
et angebar vehementer, 
quum viderem 
talem virum, 
quum fuisset 
in eadem causa, 
in qua ego, 
non esse in eadem fortuna 
nec poteram 
mihi persuadere, 
nec ducebam esse fas 
me versari 
in nostro veteri curriculo, 
illo aemulo 
atque imitatore 
meorum studiorum 
ac laborum 
distracto a me 
quasi quodam socio 
et comite. 
Ergo, C. Caesar, 
et aperuisti mihi 
consuetudinem 
interclusam 
meae pristinae vitae, 
et sustulisti 
quasi aliquod signum 
omnibus his 
ad bene sperandum 
de omni republica.
Intellectum est enim 
mihi quidem 
in multis, 
et maxime in me ipso, 
sed paulo ante 
omnibus, 
quum concessisti 
M. Marcellum senatui 
populoque Romano, 
praesertim offensionibus
commemoratis, 
te anteferre 
auctoritatem hujus ordinis
dignitatemque reipublicae
avoir été conservée et rendue 
et à vous et à la république. 
Car je souffrais, 
Pères Conscrits, 
et j'étais peiné vivement, 
lorsque je voyais 
un tel homme, 
après qu'il avait été 
dans la même cause, 
dans laquelle moi je fus
n'être pas dans la même fortune 
et je ne pouvais pas 
me persuader, 
et je ne pensais pas être permis 
moi m'exercer 
dans notre ancienne carrière, 
cet émule 
et cet imitateur 
de mes études 
et de mes travaux 
étant séparé de moi 
comme un certain associé 
et compagnon. 
Donc, C. César, 
et tu as ouvert à moi 
l'habitude 
interrompue 
de mon ancienne vie, 
et tu as levé (donné) 
comme quelque signal 
à tous ceux-ci (à tous las sénateurs) 
pour bien espérer 
de toute la république.
Car il a été compris 
par moi certes 
à propos de beaucoup de gens
et surtout à propos de moi-méme, 
mais un peu auparavant (tout à l'heure) 
il a été compris par tous, 
lorsque tu as accordé 
M. Marcellus au sénat 
et au peuple romain, 
surtout tes mécontentements 
ayant été rappelés par toi
toi préférer 
l'autorité de cet ordre (du sénat) 
et la dignité de la république

mes conseils sont rendus et conservés pour jamais à la patrie. Je gémissais; je voyais avec une douleur extrême quelle était la différence de nos destinées, après que nous avions l'un et l'autre suivi la même cause. Je ne pouvais me résoudre à rentrer seul dans une carrière qui nous avait été commune, et je pensais que c'eût été manquer à tous les devoirs que d'y reparaître sans un ami, l'émule, l'imitateur, le compagnon fidèle de mes travaux et de mes études. Ainsi donc, César, vous avez à la fois rouvert pour moi cette carrière fermée depuis longtemps, et donné aux sénateurs un gage certain de la prospérité publique, et comme le signal de l'espérance.
Ce que vous avez fait pour beaucoup d'autres, et spécialement pour moi-même, ce que vous venez de faire pour tous, en accordant Marcellus au sénat et au peuple romain, surtout après avoir rappelé le sujet de vos mécontentements, est la preuve la plus évidente que le voeu de cet ordre auguste et la dignité de la répu-

8- 9

publicae tuis vel doloribus vel suspicionibus anteferre. Ille quidem. fructum omnis vitae ante actae hodierno die maximum cepit, quum summo consensu senatus, tum praeterea judicio tuo gravissimo et maximo : ex quo profecto intelligis quanta in dato beneficio sit laus, quum in accepto tanta sit gloria. Est vero fortunatus ille, cujus ex salute non minor paene ad omnes, quam ad illum ventura sit, laetitia pervenerit. Quod ei quidem merito atque optimo jure contigit. Quis enim est illo aut nobilitate, aut probitate, aut optimarum artium studio, aut innocentia, aut ullo genere laudis praestantior?
II. Nullius tantum est flumen ingenii, nulla dicendi aut scribendi tanta vis, tanta copia, quae, non dicam exornare, sed enarrare, C. Caesar, res tuas gestas possit.Tamen affirmo, et hoc pace dicam tua, nullam in his esse laudem ampliorem quam eam, quam hodierno die oonsecutus es.
vel tuis doloribus
vel suspicionibus. 
Ille quidem cepit 
die hodierno 
maximum fructum 
omnis aetatis 
actae ante, 
quum summo consensu
senatus, 
tum praeterea tuo judicio
gravissimo et maximo : 
ex quo profecto 
intelligis quanta sit laus 
in beneficio dato, 
quum tanta sit gloria 
in accepto. 
Ille vero est fortunatus, 
ex salute cuius 
laetitia paene non minor 
quam ventura sit ad illum
pervenerit ad omnes. 
Quod quidem 
contigit ei merito 
atque optimo jure. 
Quis enim 
est praestantior illo 
aut nobilitate, 
aut probitate, 
aut studio 
artium optimarum, 
aut innocentia, 
aut ullo genere laudis?
II. Est tantum flumen 
nullius ingenii 
nulla vis tanta 
dicendi aut scribendi, 
tanta copia, 
quae possit, C. Caesar, 
non dicam exornare, 
sed enarrare tuas res gestas.
Tamen affirmo, 
et dicam hoc tua pace, 
nullam laudem
esse in his 
ampliorem quam eam 
quam consecutus es 
die hodierno.

soit à tes ressentiments
soit à tes soupçons.
Lui (Marcellus) certes a reçu (recueilli)
dans le jour d'-aujourd'hui
le plus grand fruit
de toute sa vie
passée précédemment,
d'une-part par la très-grande unanimité
du sénat,
d'autre-part en outre par ton jugement
très-grave et très-important:
d'après quoi sans-doute 
tu comprends combien-grand est l'honneur
en un bienfait donné,
lorsque si-grande est la gloire
en un bienfait reçu.
Mais celui-là est heureux,
du salut duquel
une joie presque non moindre
qu'elle ne doit venir à lui-même
sera venue à tous.
Ce qui certes
est arrivé à lui avec raison
et à très-bon droit.
Qui en effet
est supérieur à lui
ou par la noblesse,
ou par la probité,
ou par le goût
des pratiques les meilleures (les plus nobles)
ou par l'intégrité,
ou par aucun genre de mérite?
II. Il n'y a si-grand fleuve (torrent) 
d'aucun génie, 
il n'y a aucune force si-grande 
de parler ou d'écrire, 
ni si-grande abondance, 
qui, puisse, C. César, 
je ne dirai pas orner, 
mais raconter tes exploits. 
Cependant j'affirme, 
et je dirai ceci avec ta permission, 
aucune gloire 
n'être dans ces exploits 
plus grande quo celle 
que tu as acquise 
dans le jour d'-aujourd'hui.

blique l'emportent, auprès de vous, sur vos ressentiments et vos soupçons. Le suffrage unanime du sénat en faveur de ce grand citoyen, et la justice éclatante que vous lui rendez , lui ont fait recueillir en ce jour tout le fruit de sa vie passée. Vous sentez, César, à quel point un bienfait honore celui qui donne, quand il y a tant de gloire à recevoir. Mais en même temps, combien Marcellus est heureux que cette faveur ne cause pas moins de joie à ses concitoyens qu'il n'en ressentira lui-même ! Ces hommages de l'affection publique lui sont bien dus. Quel homme, en effet, est supérieur à lui par la naissance, par la probité, le goût des arts, l'innocence des moeurs, enfin par quelque genre de mérite que ce puisse être?
II. Toute la fécondité du plus beau génie, tous les efforts de l'éloquence et de l'histoire s'épuiseraient en vain, je ne dirai point pour orner, mais pour raconter vos actions guerrières. Nulle d'elles cependant, j'ose le dire devant vous-même, César, ne vous procura jamais une gloire plus éclatante que celle que vous venez d'acquérir aujourd'hui.

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Soleo sape ante oculos ponere, idque libenter crebris usurpare sermonibus, omnes nostrorum imperatorum, omnes exterarum gentium potentissimorumque populorum, omnes clarissimorum regum res gestas cum tuis nec contentionum magnitudine, nec numero proeliorum, nec varietate regionum, nec celeritate conficiendi, nec dissimilitudine bellorum posse conferri ; nec vero disjunctissimas terras citius cujusquam passibus potuisse peragrari, quam tuis, non dicam cursibus, sed victoriis lustratae sunt.
Quae quidem ego nisi tam magna esse fatear, ut ea vix cujusquam mens aut cogitatio capere possit, amens sim : sed tamen sunt alia majora. Nam bellicas laudes solent quidam extenuare verbis, easque detrahere ducibus, communicare cum multis, ne proprios sint imperatorum. Et certe in armis mili-
Soleo saepe
ponere ante oculos,
usurpareque id libenter
crebris sermonibus,
omnes res gestas
nostrorum imperatorum,
omnes
gentium exterarum
populorumque potentissimorum,
omnes 
regum clarissimorum
posse conferri
cum tuis
nec magnitudine
contentionum,
nec numero proeliorum,
nec varietate regionum
nec celeritate conficiendi,
nec dissimilitudine
bellorum ;
nec vero
terras disjunctissimas
potuisse peragrari
passibus cujusquam
citius
quam lustratae sunt,
non dicam tuis cursibus,
sed victoriis.
Quae quidem 
nisi ego fatear 
esse ita magna, 
ut mens 
aut cogitatio cujusquam 
possit vix ea capere, 
sim amens 
sed tamen alia 
sunt majora. 
Nam quidam solent 
extenuare verbis 
laudes bellicas, 
easque detrahere ducibus,
communicare 
cum multis, 
ne sint 
propriae imperatorum. 
Et certe in armis 
virtus militum,
J'ai-coutume souvent 
de mettre devant mes yeux, 
et de rappeler cela volontiers 
dans de fréquents entretiens, 
toutes les actions accomplies 
de nos généraux, 
toutes celles 
des nations étrangères 
et des peuples les plus puissants, 
toutes celles 
des rois les plus illustres 
ne pouvoir être comparés 
avec les tiennes 
ni par la grandeur 
des intérêts-opposés, 
ni par le nombre des combats, 
ni par la variété des contrées, 
ni par la promptitude d'exécuter (de l'exécution),
ni parla différence 
des guerres;
et certes
les terres les plus distantes
n'avoir pu être traversées
par les pas de personne
plus vite
qu'elles n'ont été parcourues,
je ne dirai pas par tes courses,
mais par tes victoires.
Lesquelles choses certes
ni moi je n'avouais
être si grandes,
que l'esprit
ou la pensée de quelqu'un
peut à peine les concevoir,
je serais insensé
mais cependant d'autres choses
sont plus grandes.
Car certains ont coutume
d'atténuer par leurs paroles
les louanges guerrières,
et de les ôter aux chefs,
et de les faire-partager,
avec beaucoup d'hommes,
de sorte qu'elles ne soient pas
propres aux généraux.
Et assurément dans les armes
la valeur des soldate,

Une vérité qui souvent occupe ma pensée, et que, dans les épanchements de l'amitié, je me plais à répéter chaque jour, c'est que tous les hauts faits de nos généraux, des nations étrangères, des peuples les plus puissants, des monarques les plus célèbres, ne peuvent être comparés aux vôtres, soit que l'on considère la grandeur des intérêts, le nombre des combats, la variété des pays, la célérité de l'exécution, ou la diversité des guerres ; c'est enfin que nul voyageur n'a jamais traversé avec plus de vitesse les régions séparées par les plus longs intervalles, que vous ne les avez parcourues à la tête de vos légions victorieuses.
Que de tels exploits aient le droit d'étonner l'imagination la plus hardie, la folie seule pourrait le méconnaître : toutefois il est des choses encore plus grandes. En effet, les succès militaires ont des détracteurs ; quelques hommes contestent aux généraux une portion de cette gloire : ils en font la part des soldats, afin qu'elle ne demeure pas entière aux chefs qui les commandent. Et soyons vrais,

12 - 13

tum virtus, locorum opportunitas, auxilia sociorum, classes, commeatus, multum juvant. Maximam vero partem quasi suo jure fortuna sibi vindicat; et, quidquid est prospere gestum, id paene omne ducit suum.
At vero hujus gloriae, C. Caesar, quam es paulo ante adeptus, socium habes neminem : totum hoc, quantumcumque est, quod certe maximum est, totum est, inquam, tuum. Nihil sibi ex ista laude centurio, nihil praefectus, nihil cohors, nihil turma decerpit; quinetiam illa ipsa rerunt humanarum domina, Fortuna, in istius se societatem gloriae non offert; tibi concedit, tuam esse totam et propriam fatetur. Nunquam enim temeritas cum sapientia commiscetur, nec ad consilium casus admittitur.
III: Domuisti gentes immanitate barbaras, multitudine innumerabiles, locis infinitas, omni copiarum genere abundantes:
opportunitas locorum 
auxilia sociorum, 
classes, commeatus, 
juvant multum :
fortuna vero 
vindicat sibi 
quasi jure suo 
maximam partem, 
et, quidquid gestum est
prospere, 
ducit suum 
paene omne id.
At vero, C. Caesar, 
habes neminem socium 
hujus gloriae 
quam adeptus es 
paulo ante : 
hoc, quantumcumque est, 
quod certe est maximum, 
est totum, 
totum, inquam, tuum. 
Ex ista laude 
centurio decerpit sibi nihil,
praefectus nihil, 
cohors nihil, 
turma nihil; 
quinetiam, Fortuna, 
illa domina ipsa 
rerum humanarum, 
non se offert in societatem
istius gloriae ; 
concedit tibi, 
fatetur 
esse tuam et propriam 
totam. 
Nanquam enim temeritas
commiscetur 
cum sapientia, 
nec casus admittitur 
ad consilium.
III. Domuisti gentes 
barbaras immanitate,
innumerabiles 
multitudine, 
infinitas locis, 
abundantes 
omni genere copiarum


l'opportunité des lieux, 
les secours des alliés, 
les flottes, les approvisionnements, 
aident beaucoup :
de plus la fortune 
revendique pour soi 
comme d'un droit sien 
la plus grande part au succès
et, tout ce qui a été fait 
heureusement, 
elle estime sien 
presque tout cela.
Mais certes, C. César,
tu n'as personne pour associé
de cette gloire
que tu as acquise,
un peu auparavat (tout à l'heure)
cela (cet honneur), quelque grand qu'il soit,
qui certes est très-grand, 
est tout-entier,
tout-entier, dis-je, tien.
De cette gloire
aucun centurion ne détache pour soi rien,
aucun préfet, rien ,
aucune cohorte, rien,
aucun escadron, rien;
bien plus, la Fortune,
cette maîtresse elle-même
des choses humaines,
ne s'offre pas en partage
de cette gloire;
elle cède à toi ,
elle confesse cette gloire
être tienne et propre à toi
tout-entière.
Jamais en effet la témérité
ne s'allie
avec la sagesse,
et jamais le hasard n'est admis
auprès de la prudence.
III. Tu as dompté des nations 
barbares par la férocité, 
innombrables 
par la multitude, 
infinies par les lieux, 
abondantes 
en toute sorte de ressources



la valeur des troupes, l'avantage des positions, les secours des alliés, les flottes, les convois, contribuent beaucoup à la victoire. La fortune surtout en réclame la plus grande partie; et il n'est presque pas de succès qu'elle ne revendique comme son ouvrage.
Mais, César, la gloire qui vous est acquise en ce jour, nul autre ne la partage avec vous. Quelque grande qu'elle soit, et elle ne peut l'être davantage, elle est à vous, oui , tout entière à vous seul. Centurion, préfet, soldat, nul n'a droit de détacher un seul laurier d'une si belle couronne. La Fortune elle-même, cette maîtresse des choses humaines, n'ose rien y prétendre; elle vous la cède; elle confesse qu'elle vous est propre, qu'elle n'appartient qu'à vous. Jamais, en effet, la témérité ne s'allie avec la sagesse, et le hasard n'est pas admis aux conseils de la prudence.
III. Vous avez dompté des nations barbares, innombrables, répandues dans de vastes contrées, inépuisables en ressources ; mais

14 - 15

sed tamen ea vicisti, quae et naturam et conditionem, ut vinci possent, habebant. Nulla est enim tanta vis, quae non ferro ac viribus debilitari frangique possit. Animum vincere, iracundiam cohibere, victoriam temperare, adversarium nobilitate, ingenio, virtute praestantem, non modo extollere jacentem, sed etiam amplificare ejus pristinam dignitatem : haec qui faciat, non ego eum cum summis viris comparo, sed simillimum deo judico.
Itaque, C. Caesar, bellicae tuae laudes celebrabuntur illae quidam non solum nostris, sed paene omnium gentium litteris atque linguis; neque ulla unquam aetas de tuis laudibus conticescet : sed tamen ejusmodi res nescio quomodo, etiam quam leguntur, obstrepi clamore militum videntur et tubarurn sono. At vero, quum aliquid clementer, mansuete, juste, moderate, sapienter factum, in iracundia praesertim, quae est inimica consilio, et in victoria, quae natura insolens et superba est, aut
sed tamen vicisti 
ea, quae habebant 
et naturam et conditionem, 
ut possent vinci. 
Nulla enim vis est tanta, 
quae non possit debilitari
frangique 
ferro ac viribus. 
Vincere animum, 
cohibere iracundiam,
temperare victoriam, 
non modo 
extollere jacentem
adversariurn 
praestantem nobilitate, 
ingenio, virtute, 
sed etiam amplificare 
pristinam dignitatem ejus :
qui faciat haec, 
ego non comparo eum 
cum summis viris, 
sed judico simillimum deo.
Itaque, C. César, 
tuae laudes bellicae 
illae quidam celebrabuntur 
non solum nostris litteris 
atque linguis, 
sed paene omnium gentium;
neque unquam 
ulla aetas conticescet 
de tuis laudibus 
sed tamen res ejusmodi, 
nescio quomodo, 
etiam quum leguntur, 
videntur obstrepi 
clamore militum 
et sono tubarum. 
At vero, 
quum aut audimus 
aut legimus 
aliquid factum 
clementer, mansuete, 
juste, moderate, sapienter,
praesertim in iracundia, 
quae est inimica consilio, 
et in victoria, 
quae est natura


mais pourtant tu as vaincu 
des choses qui avaient 
et une nature et une condition, 
pour qu'elles pussent être vaincues. 
Car aucune force n'est si-grande, 
qui ne puisse être affaiblie 
et être brisés 
par le fer et par les forces humaines. 
Vaincre son coeur, 
réprimer sa colère, 
modérer sa victoire, 
non-seulement 
relever gisant 
un adversaire 
distingué par sa noblesse, 
par son génie, par sa vertu, 
mais encore augmenter 
l'ancienne dignité de lui :
celui qui peut faire ces actes
moi je ne compare pu lui 
avec les plus grands hommes, 
mais je le juge très-semblable à un dieu.
Aussi , C. César,
tes louanges guerrières
celles-là certes seront célébrées
non-seulement par nos écrits
et par nos langues (entretiens),
mais par ceux de presque toutes les nations;
et jamais
aucun âge ne se taira
sur tes louanges
mais pourtant des faits de cette sorte,
je ne sais comment,
même lorsqu'ils sont lus,
semblent être troublés (couverts)
par le cri des soldats
et par le son des trompettes.
Mais vraiment,
lorsque ou noua entendons
ou nous lisons
quelque chose avoir été fait
avec clémence, avec-douceur,
avec-justice, avec-modération, avec sagesse,
surtout dans la colère, 
qui est ennemie de la raison,
et dans le victoire,
qui est de sa nature
enfin, ces nations que vous avez vaincues, ni la nature ni leur destinée ne les avaient faites invincibles. Il n'est point de force qui ne, puisse être ébranlée et brisée par le fer et les efforts. Mais se vaincre soi-même, réprimer sa colère, modérer la victoire, tendre une main secourable à un adversaire distingué par la noblesse, par le talent, par la vertu, le relever, le placer même dans un plus haut rang, c'est faire plus qu'un héros, c'est s'égaler à la divinité.
Sans doute, César, vos actions guerrières seront célébrées non seulement dans nos fastes, mais dans les annales de presque toutes les nations : elles deviendront l'éternel entretien des générations futures. Cependant, lorsque nous lisons le récit des batailles et des victoires, il semble que nous soyons encore troublés par le cri des soldats et par le son des trompettes. Si, au contraire, nous lisons ou si nous entendons raconter une action de clémence, de douceur, de justice, de modération, de sagesse, surtout quand elle a été faite dans la colère, toujours ennemie de la raison, ou dans la vic-

16 - 17

audimus aut legimus, quo studio incendimur, non modo in gestis rebus, sed etiam in fictis, ut eos saepe, quos nunquam vidimus, diligamus ! Te vero, quem praesentem intuemur, cujus mentem sensusque eos cernimus, ut, quidquid belli fortuna reliquum reipublicae fecerit, id esse salvum velis, quibus laudibus efferemus? quibus studiis prosequemur? qua benevolentia complectemur? Parietes, medius fidius, ut mihi videtur, hujus curiae, tibi gratias agere gestiunt, quod brevi tempore futura sit illa auctoritas in his majorum suorum et suis sedibus.
IV. Equidem quum C. Marcelli, viri optimi, et commemorabili pietate praediti, lacrimas modo vobiscum viderem, omnium Marcellorum meum pectus memoria offudit. Quibus tu etiam mortuis, M. Marcello conservato, dignitatem suam reddidisti, nobilissimamque familiam, jam ad paucos redactam, pagine ab interitu vindicasti.
Hunc tu igitur diem tuis maximis et innumerabilibus gratu-
insolens et superba, 
quo studio incendimur, 
non modo in rebus gestis, 
sed etiam fictis, 
ut saepe diligamus 
eos quos nunquam vidimus! 
Te vero, quem intuemur
praesentem, 
cujus cernimus mentem
sensusque eos, 
ut, quidquid fortuna belli 
fecerit reliquum 
reipublicae, 
velis id esse salvum, 
quibus laudibus efferemus?
quibus studiis prosequequemur?
qua benevolentia  
complectemur? 
Parietes hujus curiae, 
medius Fidius, 
ut videtur mihi, 
gestiunt agere gratias tibi, 
quod tempore brevi 
illa auctoritas 
futura sit in his sedibus 
suorum majorum et suis.
IV. Equidem 
quum modo vobiscum 
viderem lacrimas 
C. Marcelli, viri optimi, 
et praediti 
pietate commemorabili, 
memoria 
omnium Marcellorum 
offudit meum pectus 
quibus etiam mortuis, 
M. Marcello conservato, 
tu reddidisti 
suam dignitatem, 
vindicastique 
paene ab interitu 
familiam nobilissimam, 
jam redactam ad paucos.
Tu igitur 
antepones jure hunc diem
gratulationibus tuis 
maximis


insolente et superbe,
de quel zèle sommes-nous enflammés,
non-seulement pour des faits réels,
mais encore pour des faits imaginés ,
au point que souvent nous chérissons
ceux que jamais nous n'avons vus!
Mais toi, que nous voyons
présent,
dont nous distinguons l'âme
et les sentiments tels,
que, tout ce que la fortune de la guerre
a fait de reste (a laissé)
à la république,
tu veux cela être sauf,
de quelles louanges t'exalterons-nous ?
de quels transports-de-zèle t'accompagnerons-nous
de quel attachement 
t'entourerons-nous ?
Les murs de cette curie,
que le dieu Fidius me soit en aide (certes)
comme il semble à moi,
brûlent de rendre grâces à toi,
de ce que dans un temps court
cette autorité (un homme de cette autorité)
va être (s'asseoir) sur ces sièges
ceux de ses ancêtres et les siens.
IV. Certes 
lorsque naguère avec vous 
je voyais les larmes 
de C. Marcellus, homme très-bon, 
et doué 
d'une tendresse mémorable, 
le souvenir 
de tous les Marcellus 
a envahi mon coeur 
auxquels même morts, 
M. Marcellus étant conservé, 
toi tu as rendu 
leur dignité, 
et tu as arraché 
presque à l'extinction 
une famille très-noble, 
déjà réduite à peu de membres.
Toi donc 
tu préféreras à bon droit ce jour-ci 
aux actions-de-grâces tiennes (décrétées en 
qui furent très-grandes                   [ton honneur)


toire, naturellement insolente et cruelle, par quelle douce impulsion nous sentons-nous portés, même dans les récits fabuleux, à chérir des personnes que nous n'avons jamais vues ! Mais vous, que nos regards contemplent, vous, dont nous voyons que les pensées et les désirs n'ont d'autre but que de conserver à la patrie ce que le malheur de la guerre ne lui a pas ravi, quelles acclamations vous prouveront notre reconnaissance? quels seront les transports de notre zèle? quel sera l'enthousiasme de notre amour? Ah ! César ! il me semble que, tressaillant eux-mêmes de joie, ces murs veulent prendre la parole, et vous rendre grâces de ce que bientôt ils verront ce vertueux citoyen remonter sur ces sièges que lui-même et ses ancêtres ont si dignement occupés.
IV. Pour moi, lorsque j'ai vu couler ici les larmes de C. Marcellus, ce parfait modèle de la tendresse fraternelle, le souvenir de tous ces grands hommes a pénétré mon âme. En conservant M. Marcellus, vous leur avez rendu, même après le trépas , tout l'éclat de leur antique splendeur ; vous avez sauvé de la mort cette illustre famille, qui déjà ne vit plus que dans un petit nombre de rejetons.
C'est donc à juste titre que vous mettrez cette seule journée au

18- 19

lationibus jure antepones. Haec enim res unius est propria C. Caesaris; ceterae duce te gestae, magnae illae quidem, sed tamen multo magnoque comitatu. Hujus autem rei tu idem et dux es et comes : quia quidem tanta est, ut tropaeis monumentisque tuis allatura finem sit agitas (nihil est enim opere aut manu factum, quod aliquando non conficiat et consumat vetustas), at haec tua justitia et lenitas animi florescet quotidie magis, ita ut, quantum operibus tuis diuturnitas detrahet, tantum afferat laudibus.
Et ceteros quidam omnes victores bellorum civilium jam ante aequitate et misericordia viceras : hodierno vero die te ipsum vicisti. Vereor ut hoc, quod dicam, perinde intelligi auditu possit atque ipse cogitans sentio : ipsam victoriam vicisse videris, quum ea, quia illa erat adepta, victis remisisti. Nam,
et innumerabilibus. 
Haec enim res est propria 
C. Caesaris unius ; 
ceterae 
gestae te duce, 
illae quidem magnae, 
sed tamen 
comitatu 
multo magnoque. 
Hujus autem rei 
tu idem 
es et dux et comes 
quae quidem est tanta, 
ut aetas 
allatura sit finem 
tuis tropaeis
monumentisque 
(est enim nihil 
factum opere aut manu, 
quod aliquando vetustas 
non conficiat et consumat), 
at haec justitia 
et lenitas animi tua 
florescet quotidie magis, 
ita ut afferat laudibus 
tantum quantum 
diuturnitas 
detrahet tuis operibus. 
Et quidem 
jam ante viceras 
aequitate et misericordia
omnes ceteros victores
bellorum civilium :
die vero hodierno 
vicisti te ipsum. 
Vereor ut hoc 
quod dicam 
possit intelligi 
auditu 
perinde atque ego ipse 
sentio cogitans  :
videris vicisse 
victoriam ipsam, 
quum remisisti victis 
ea, quae illa erat adepta. 
Nam quum omnes 
victi
et sans-nombre. 
Car cette action est propre 
à C. César seul; 
toutes-les-autres 
faites toi étant chef (sous ta conduite), 
celles-là certes sont grandes, 
mais cependant 
elles ont été faites avec un entourage 
nombreux et grand. 
Mais de cette action 
toi le même (à la fois) 
tu es et le chef et le compagnon: 
laquelle certes est si-grande, 
que l'âge (le temps) 
apportera (mettra) fin 
à tes trophées 
et à tes monuments (
car il n'est rien 
fait par le travail ou par la main, 
qu'à-la-fin la longue-durée 
ne détruise et ne consume), 
mais cette justice 
et cetlte douceur d'âme tienne 
fleurira chaque-jour davantage, 
tellement qu'elle apporte à tes louanges 
autant que 
la longueur-de-temps 
ôtera à tes ouvrages.
Et certes 
déjà auparavant tu avais vaincu 
en équité et en clémence 
tous les autres vainqueurs 
des guerres civiles :
mais dans le jour d'-aujourd'hui 
tu as vaincu toi-même. 
Je crains que ceci même 
que je vais-dire 
ne puisse pas être compris 
à être entendu (par mes auditeurs) 
aussi-bien que moi-même 
je le sens en pensant (dans ma pensée): 
tu sembles avoir vaincu 
la victoire même, 
lorsque tu as remis aux vaincus 
les avantages qu'elle avait obtenus. 
Car lorsque tous 
vaincus
dessus de vos innombrables triomphes. Ce que vous venez de faire est l'ouvrage de vous seul. Nul doute que les victoires remportées sous vos ordres ne soient éclatantes; mais de nombreux guerriers ont secondé votre courage. Ici vous êtes à la fois et la tête qui commande, et le bras qui exécute. La durée de vos trophées et de vos monuments ne peut être éternelle; ouvrages des hommes, ils sont mortels comme eux ; mais cette justice et cette bonté, dont vous donnez un si rare exemple, brilleront chaque jour d'un nouvel éclat, et ce que les années feront perdre à vos monuments, elles l'ajouteront à votre gloire.
Déjà vous avez surpassé en modération et en clémence tous ceux qui furent vainqueurs dans des guerres civiles : aujourd'hui vous vous êtes surpassé vous-même. Je crains de ne pouvoir exprimer ma pensée telle que je la conçois : vous me semblez avoir vaincu la victoire même , en remettant aux vaincus les droits qu'elle avait acquis sur eux. Par les lois de la victoire, nous eussions tous péri

20 - 21

quum ipsius victoriae conditione jure omnes victi occidissemus, clementiae tuae judicio conservati sumus. Recte igitur unus invictus es, a quo etiam ipsius victoriae conditio visque devicta est.
V. Atque hoc C. Caesaris judicium, Patres Conscripti, quam late pateat, attendite : omnes enim, qui ad illa arma fato sumus nescio quo reipublicae misero funestoque compulsi, etsi aliqua culpa tenemur erroris humani, a scelere certe liberati sumus. Nam quum M. Marcellum, deprecantibus vobis, reipublicae conservavit, memet mihi, et item reipublicae, nullo deprecante, reliquos amplissimos viros et sibi ipsis et patriae reddidit; quorum et frequentiam et dignitatem hoc ipso in consessu videtis : non ille hostes induxit in curiam, sed judicavit a plerisque ignoratione potius et falso atque inani metu, quam cupiditate aut crudelitate, bellum esse susceptum.
cecidissemus jure 
conditione victoriae ipsius,
conservati sumus 
judicio tuae clementiae. 
Unus igitur 
es recte invictus, 
a quo conditio 
visque etiam 
victoriae ipsius 
devicta est.
V. Atque attendite, 
Patres Conscripti, 
quam late pateat 
hoc judicium C. Caesaris :
omnes enim, 
qui fato nescio quo 
misero funestoque 
reipublicae 
compulsi sumus 
ad illa arma, 
etsi tenemur 
aliqua culpa 
erroris humani, 
certe liberati sumus scelere.
Nam quum, 
vobis deprecantibus,
conservavit reipublicae 
M. Marcellum, 
nullo deprecante, 
reddidit memet mihi, 
et item reipublicae, 
reliquos viros 
amplissimos 
et sibi ipsis et patriae ; 
quorum videtis 
et frequentiam 
et dignitatem 
in hoc consessu ipso :
ille non induxit 
hostes in curiam, 
sed judicavit 
bellum susceptum esse 
a plerisque 
potius ignoratione 
et metu falso atque inani, 
quam cupiditate 
aut crudelitate.

nous eussions péri à bon droit 
par la condition de la victoire même, 
nous avons été conservés 
par le jugement de ta clémence. 
Seul donc 
tu es justement invincible, 
toi par qui la condition 
et la force aussi 
de la victoire même 
a été vaincue.
V. Et considérez, 
Pères Conscrits, 
combien loin s'étend 
ce jugement de C. César :
en effet nous tous, 
qui par un destin je ne sais lequel 
misérable et funeste 
de la république 
avons été poussés 
à ces armes-là (à cette guerre), 
bien que nous soyons tenus (entachés) 
par quelque faute 
de l'erreur humaine, 
au moins nous avons été absous de crime. 
Car lorsque, 
vous le priant, 
il a conservé à la république 
M. Marcellus, 
lorsque, nul ne le priant, 
il a rendu moi-même à moi, 
et aussi à la république, 
lorsqu'il a rendu les autres hommes 
les plus honorables 
et à eux-mêmes et à la patrie ; 
desquels vous voyez 
et l'affluence
et la dignité.
dans cette assemblée même
ce grand homme n'a pas introduit
des ennemis dans la curie,
mais il a jugé
la guerre avoir été entreprise
par la plupart
plutôt par ignorance
et par une crainte fausse et vaine,
que par intérêt
ou par cruauté.
justement; l'arrêt de votre clémence nous a tous conservés. Ainsi donc, à vous seul appartient le titre d'invincible, puisque vous avez triomphé des droits et de la force de la victoire.
V. Et remarquez, Pères Conscrits, quelles sont les heureuses conséquences de ce jugement de César. Ceux de nous qu'un destin malheureux et funeste entraîna dans cette guerre, ont, sans contredit, à se reprocher une de ces erreurs qui sont inséparables de l'humanité; mais du moins notre innocence est solennellement reconnue. En effet, lorsque César, touché de vos prières, a conservé Marcellus à la république ; lorsque sa bonté, prévenant toutes les sollicitations, m'a rendu à moi-même et à ma patrie, ainsi que tant d'autres citoyens illustres que vous voyez autour de vous, il n'a point placé dans le sénat les ennemis du nom romain ; il a jugé que la plupart avaient pris les armes par l'effet d'une erreur ou d'une crainte vaine et chimérique, plutôt que par aucun motif d'ambition ou de haine.

22 - 23

Quo quidem in bello semper de pace agendum putavi, semperque dolui non modo pacem, sed orationem etiam civium pacem flagitantium repudiari. Neque enim ego illa, nec ulla unquam secutus sum arma civilia, semperque mea consilia pacis et togae socia, non belli atque armorum fuerunt. Hominem sum secutus privato officio, non publico; tantumque. apud me grati animi fîdelis memoria valuit, ut nulla non modo cupiditate, sed ne spe quidem, prudens et sciens, tanquam ad interitum ruerem voluntarium.
Quod quidem meum consilium minime obscurum fuit. Nam et in hoc ordine, integra re, multa de pace dixi, et in ipso bello eadem etiam cum capitis mei periculo sensi. Ex quo jam nemo erit tam injustus, rerum existimator, qui dubitet quae Caesaris voluntas de bello fuerit, quum pacis auctores conservandos statim censuerit, ceteris fuerit iratior. Atque id minus mirum fortasse tum, quum esset incertus exitus et an-
Quo quidem in bello
semper putavi
agendum de pace,
semperque dolui
non modo pacem,
sed orationem etiam
civium flagitantium pacem,
repudiari.
Neque enim ego secutus sum
illa arma civilia
nec unquam ulla,
semperque mea consilia
fuerunt socia pacis et togae,
non belli atque armorum.
Secutus sum hominem
officio privato,
non publico;
memoriaque fidelis
animi grati
valuit tantum apud me,
ut non modo
nulla cupiditate,
sed ne spe quidem,
prudens et sciens,
ruerem 
tanquam ad interitum voluntarium.
Quod quidem consilium 
meum 
fuit minime obscurum. 
Nam et in hoc ordine, 
re integra, 
dixi multa de pace, 
et in bello ipso 
sensi etiam eadem 
cum periculo mei capitis. 
Ex quo jam nemo 
erit existimator rerum 
tam injustus, 
qui dubitet, quae fuerit 
voluntas Caesaris de bello, 
quum censuerit statim 
auctores pacis 
conservandos, 
fuerit iratior ceteris. 
Atque id minus mirum
fortasse tum, 
quum exitus esset incertus,

Et certes dans cette guerre 
toujours j'ai pensé 
falloir (qu'il fallait) s'occuper de le paix, 
et toujours j'ai gémi 
non seulement la paix, 
mais le langage même 
des citoyens qui demandaient la paix, 
être rejetés. 
Et en effet moi je n'ai pas suivi 
ces armes civiles, 
ni jamais aucunes autres
et toujours mes conseils 
ont été auxiliaires de la paix et de la toge, 
non de la guerre et des armes. 
J'ai suivi un homme 
par un devoir privé, 
non public; 
et la mémoire fidèle 
d'une âme reconnaissante 
a eu-du-pouvoir tellement auprès de moi, 
que non-seulement 
sans aucune passion, 
mais même sans espoir, 
de-sang-froid et le sachant, 
je courais 
comme à une mort volontaire.
Et certes ce dessein 
mien 
a été très-peu obscur. 
Car et dans cette compagnie, 
l'affaire étant entière (avant les hostilités)
j'ai dit beaucoup de paroles sur la paix, 
et dans la guerre même 
j'ai pensé encore les mêmes choses 
avec péril de (pour) ma tête. 
Par quoi dès-lors personne 
ne sera appréciateur des faits 
si injuste, 
qui doute quelle a été 
la volonté de César sur (à l'égard de) la guerre,
puisqu'il a été-d'-avis aussitôt  
les conseillers de la paix 
devoir être conservés, 
et qu'il a été plus irrité contre les autres. 
Et cela était moins étonnant 
peut-être alors, 
lorsque l'issue était incertaine,
Pour moi, dans le cours de nos dissensions, j'ai toujours pensé qu'il fallait s'occuper de la paix, et j'ai vu avec douleur qu'on la rejetât, qu'on refusât même d'écouter ceux qui la réclamaient avec instance. Mon bras ne s'est armé, ni dans cette guerre civile, ni dans aucune autre ; et mes conseils , toujours amis de la paix et de la concorde, n'inspirèrent jamais la haine et les combats. J'ai suivi dans Pompée un ami, et non pas un chef : tel était sur mon coeur le pouvoir de la reconnaissance, que, sans intérêt et même sans espoir, je courais volontairement au précipice.
Je n'ai point dissimulé ma pensée : car, dans ce lieu même, avant qu'on eût pris les armes, j'ai parlé fortement pour la paix ; et durant la guerre, au péril de mes jours, j'ai constamment tenu le même langage. On ne pourrait donc, sans injustice, douter de l'opinion de César sur la guerre, après qu'on l'a vu s'empresser de sauver les amis de la paix, et se montrer plus sévère envers les autres. Sa conduite pouvait sembler moins étonnante, lorsque l'événement était douteux et le succès incertain ; mais, après la vic

24 - 25

ceps fortuna belli : qui vero victor pacis auctores diligit, is profecto declarat se maluisse non dimicare quam vincere.
VI. Atque hujus quidem rei M. Marcello sum testis. Nostri enim sensus, ut in pace semper, sic tum etiam in bello congruebant. Quoties ego eum et quanto cum dolore vidi, quum insolentiam certorum hominum, tum etiam ipsius victoria ferocitatem extimescentem ! Quo gratior tua liberalitas, C. Caesar, nobis, qui illa vidimus, debet esse. Non enim jam causae sunt inter se, sed victoriae comparandae.
Vidimus tuam victoriam proeliorum exitu terminatam; gladium vagina vacuum in urbe non vidimus. Quos amisimus cives, eos Martis vis perculit, non ira victoriae; ut dubitare debeat nemo quin multos, si fieri posset, C. Caesar ab inferis excitaret, quoniam ex eadem acie conservat quos potest. Alterius vero partis, nihil amplius dicam quam, id quod omnes verebamur, nimis
et fortuna belli anceps : 
qui vero victor 
diligit auctores pacis, 
is profecto declarat 
se maluisse non dimicare,
quam vincere.
VI. Atque quidem 
sum testis hujus rei 
M. Marcello. 
Nostri enim sensus, 
ut semper in pace, 
sic tum etiam 
congruebant in bello. 
Quoties 
et cum dolore quanto 
ego vidi eum 
extimescentem 
quum insolentiam 
certorum hominum, 
tum etiam ferocitatem
victoriae ipsius ! 
Quo, C. Caesar, 
tua liberalitas 
debet esse gratior nobis 
qui vidimus illa. 
Non enim jam causae, 
sed victoriae, 
comparandae sunt inter se.
Vidimus 
tuam victoriam terminatam
exitu proeliorum; 
non vidimus in urbe 
gladium vacuum vagina. 
Cives quos amisimus, 
vis Martis perculit eos, 
non ira victoriae ; 
ut nemo debeat dubitare,
quin, si posset fieri 
C. Caesar 
excitaret ab inferis 
multos, 
quoniam conservat 
ex eadem acie 
quos potest. 
Victoriam vero 
alterius partis, 
dicam nihil amplius,
et la fortune de la guerre douteuse
mais celui qui vainqueur
chérit les conseillers de la paix,
celui-là assurément déclare
lui avoir (qu'il aurait) mieux-aimé ne point combattre
que de vaincre.
VI. Et certes 
je suis témoin de cette chose 
pour M. Marcellus. 
Car nos sentiments, 
comme toujours dans la paix 
ainsi alors aussi 
s'accordaient dans la guerre. 
Combien de fois 
et avec une douleur combien-grande 
je vis lui 
redoutant 
d'une-part l'orgueil 
de certains hommes 
d'autre-part aussi la cruauté 
de la victoire même! 
Par quoi, C. César, 
ta générosité 
doit être plus agréable à nous 
qui avons vu ces excès
Car ce ne sont plus les causes, 
mais les victoires, 
qui sont à-comparer entre elles.
Nous avons vu 
ta victoire terminée 
par la fin des combats ; 
nous n'avons pas vu dans la ville 
une épée vide (tirée) du fourreau. 
Les citoyens que nous avons perdus 
la violence de Mars frappa eux, 
non la colère de la victoire; 
de sorte que personne ne doit douter, 
que si cela pouvait se faire, 
C. César 
ne fit-sortir des enfers 
beaucoup de citoyens
puisqu'il conserve (sauve) 
de cette même armée 
ceux qu'il peut. 
Quant à la victoire 
de l'autre parti, 
je ne dirai rien de plus,

toire, marquer un si vif intérêt à ceux qui voulaient la paix, c'est faire assez connaître qu'on aurait mieux aimé ne pas combattre que de vaincre. 
VI. J'affirme que tels étaient aussi les principes de Marcellus. Dans la guerre et dans la paix, nous fûmes toujours unis de sentiments. Combien de fois l'ai-je vu frémir de l'insolence de certains hommes, et redouter les fureurs de la victoire elle-même! Témoins de leurs menaces, César, nous en devons mieux sentir le prix de votre générosité; car ce ne sont plus les causes, ce sont les victoires qu'il faut comparer ensemble.
La vôtre ne s'est pas étendue au delà du combat ; Rome n'a pas vu un seul glaive hors du fourreau. Les citoyens que nous avons perdus, c'est le fer des combattants, et non la colère du vainqueur, qui les a frappés ; et nul doute que César, s'il était possible, n'en rappelât un grand nombre à la vie, puisqu'il conserve de cette même armée tous ceux qu'il peut sauver. Quant à l'autre parti, je ne dirai que ce que nous craignions tous : la vengeance

26 - 27

iracundam futuram fuisse victoriam. Quidam enim non modo armatis, sed interdum etiam otiosis minabantur ; nec, quid quisque sensisset, sed ubi fuisset, cogitandum esse dicebant ut mihi quidem videantur dii immortales, etiamsi poenas a populo Romano ob aliquod delictum expetiverunt, qui civile. bellum tantum et tam luctuosum excitaverunt, vel placati jam, vol satiati aliquando, omnem spem salutis ad clementiam victoris et sapientiam contulisse.
Quare gaude tuo isto tam excellenti bono, et fruere quum fortuna et gloria, tum etiam natura et moribus tuis : ex quo quidem maximus est fructus jucunditasque sapienti. Cetera quum tua recordabere, etsi persaepe virtuti, tamen plerumque felicitati tuae congratulabere : de nobis, quos in republica tecum simul salvos esse voluisti, quoties cogitabis, toties de
quam, id quod omnes
verebamur, 
fuisse futuram 
nimis iracundam. 
Quidam enim 
minabantur 
non modo armatis, 
sed interdum etiam 
otiosis ; 
et dicebant cogitandum esse
non quid quisque sensisset,
sed ubi fuisset 
ut dii immortales, 
etiamsi expetiverunt poenas 
a populo Romano, 
ob aliquod delictum, 
qui excitaverunt 
bellum civile 
tantum et tam luctuosum,
videantur mihi quidem, 
vel jam placati, 
vel satiati aliquando,
contulisse 
omnem spem salutis 
ad clementiam 
et sapientiam victoris.
Quare gaude 
isto bono tuo
tam excellenti, 
et fruere 
quum fortuna et gloria, 
tum etiam natura 
et tuis moribus 
ex quo quidem est 
maximus fructus
jucunditasque sapienti. 
Quum recordabere 
cetera tua, 
etsi persaepe 
virtuti, 
tamen plerumque 
gratulabere tuae felicitati :
quoties cogitabis 
de nobis, quos voluisti 
esse salvos simul tecum 
in republica, 
toties cogitabis

sinon que, ce que tous 
nous craignions, 
elle avoir dû être (elle aurait été) 
trop vindicative. 
Certains en effet 
menaçaient 
non-seulement ceux gui étaient armés, 
mais quelquefois aussi 
ceux qui restaient tranquilles; 
et ils disaient falloir (qu'il fallait) considérer
non ce que chacun avait pensé, 
mais où il avait été
de sorte que les dieux immortels ,
bien qu'ils aient tiré châtiment
du peuple romain
pour quelque crime ,
eux qui ont suscité
une guerre civile
si-grande et si déplorable,
semblent à moi du moins,
ou déjà apaisés,
ou satisfaits enfin,
avoir reporté
tout espoir de salut
vers la clémence
et vers la sagesse du vainqueur.
Aussi réjouis-toi
de cet avantage tien
si rare,
et jouis
d'une-part de ta fortune et de ta gloire.
d'autre-part encore de ton caractère
et de tes moeurs
d'où certes est (d'où se tire)
le plus grand fruit
et le plus grand plaisir pour le sage.
Lorsque tu te rappelleras
tous-les-autres actes de-toi.
bien que très souvent
tu doives te féliciter de ton courage,
cependant la plupart-du-temps
tu te féliciteras de ton bonheur
autant-de-fois-que tu penseras
à nous, que tu as voulu
être sains-et-saufs ensemble avec toi
dans la république,
autant-de-fois tu penseras
aurait ensanglanté la victoire. On menaçait et ceux qui s'étaient armés, et ceux même qui étaient restés neutres ; on disait qu'il fallait examiner, non ce que chacun avait pensé, mais en quels lieux il s'était trouvé. D'où je crois pouvoir conclure que, si les dieux ont voulu punir le peuple romain en suscitant une guerre civile si funeste et si désastreuse, ces dieux sont apaisés, ou qu'ils sont enfin rassasiés de nos malheurs, puisqu'ils ont remis le soin de notre salut à la sagesse et à la clémence du vainqueur.
Applaudissez-vous donc, César, d'un si précieux avantage; jouissez de votre bonheur, de votre gloire, et surtout de la bonté de votre caractère: il n'est pas pour le sage de récompense plus douce, ni de jouissance plus délicieuse. Quand vous vous rappellerez vos actions guerrières, vous aurez à vous féliciter souvent de votre valeur, mais plus souvent encore de votre heureuse fortune : toutes les fois que vous penserez à tant de citoyens qu'il vous a plu de conserver avec vous dans la république, ce souvenir vous retracera sans cesse vos

28 - 29

maximis tuis beneficiis, toties de incredibili liberalitate, toties de singulari sapientia tua cogitabis : quae non modo summa bona, sed nimirum audebo vel sola dicere. Tantus est enim splendor in laude vera, tanta in magnitudine animi et consilii dignitas, ut haec a virtute donata, cetera a fortuna commodata esse videantur.
Noli igitur in conservandis bonis viris defatigari, non cupiditate praesertim aut pravitate aliqua lapsis, sed opinione officii, stulta fortasse, certe non improba, et specie quadam reipublicae. Non enim tua ulla culpa est, si te aliqui timuerunt : contraque summa laus, quod plerique minime timendum fuisse senserunt.
VII. Nunc vero venio ad gravissimam querelam et atrocissimam suspicionem tuam, quae non tibi ipsi magis quam quum omnibus civibus, tum maxime nobis qui a te conservati sumus, providenda est : quam etsi spero esse falsam, nunquam tamen verbis extenuabo. Tua enim cautio nostra cautio est
de tuis maximis beneficiis,
toties 
de incredibili liberalitate, 
toties 
de tua singulari sapientia :
quae bona audebo dicere 
non modo summa, 
sed nimirum vel sola. 
Est enim 
in vera lande 
tantus splendor, 
in magnitudine animi 
et consilii 
tanta dignitas, 
ut haec videantur 
donata esse a virtute, 
cetera commodata esse 
a fortuna.
Noli igitur defatigari 
in conservandis viris bonis,
praesertim lapsis 
non aliqua cupiditate 
aut pravitate, 
sed opinione officii, 
stulta fortasse, 
certe non improba, 
et quadam specie 
reipublicae. 
Non enim est ulla culpa tua, 
si aliqui te timuerunt : 
contraque summa laus, 
quod plerique senserunt
timendum fuisse minime.
VII. Nunc vero venio.
ad tuam querelam
gravissimam
et suspicionem
atrocissimam,
quae non providenda est
tibi ipsi magis, 
quam quum omnibus civibus,
tum maxime nobis
quam etsi spero
esse falsam,
nunquam tamen
extenuabo verbis.
Cautio enim

à tes plus grands bienfaits
autant-de-fois tu penseras
à ton incroyable générosité
autant-de-fois tu penseras
à ton incomparable sagesse
lesquels biens j'oserai dire
non-seulement les plus grands,
mais certes même les seuls.
Il y a en effet
dans la véritable gloire
un si-grand éclat,
dans la grandeur de l'âme
et de la sagesse
une-si grande dignité,
que ces biens semblent
avoir été donnés par la vertu
et tous-les-autres avoir été prêtés
par la fortune.
Ne veuille donc pas te lasser 
de conserver des hommes de-bien, 
surtout qui ont failli 
non par quelque animosité 
ou par quelque perversité, 
mais par une idée de devoir, 
sotte peut-être, 
du moins non perverse, 
et par une certaine apparence 
de bien-public. 
Car ce n'est aucune faute tienne 
si quelques-uns t'ont craint 
et au-contraire c'est ton plus grand éloge 
de ce que la plupart ont senti 
toi devoir être craint très-peu.
VII. Mais maintenant je viens 
à ta plainte 
très-grave 
et à ton soupçon 
très-terrible, 
lequel n'est pas à-redouter 
pour toi-même plus 
que soit pour tous les citoyens, 
soit surtout pour nous 
lequel soupçon bien que j'espère 
lui être faux, 
jamais cependant 
je ne l'affaiblirai par mes paroles. 
Car la vigilance

inappréciables bienfaits, votre générosité incroyable, votre sagesse supérieure : ce sont là les plus grands biens, j'ose dire les seuls biens de l'homme. Tel est, en effet, l'éclat de la vraie gloire, telle est la majesté de la grandeur d'âme et de la noblesse des sentiments, qu'elles seules paraissent être un don de la vertu; le reste n'est qu'un prêt de la fortune.
Ainsi ne vous lassez pas de conserver des hommes vertueux, persuadé qu'ils ont failli, non pas entraînés par l'ambition ou par quelque autre passion coupable, mais séduits par une apparence de bien public, par une idée de devoir, mal entendue sans doute, mais qui du moins n'avait rien de criminel. Si quelques-uns ont conçu des craintes, la faute ne peut vous en être imputée : mais que le plus grand nombre, au contraire, ait pensé n'avoir rien à craindre de vous, c'est là votre plus grande gloire.
VIL Je passe maintenant à ces plaintes amères, à ces horribles soupçons qui doivent exciter vos sollicitudes et celles de tous les citoyens, de nous surtout qui vous devons la vie. Je les crois peu fondés, mais je me garderai de les affaiblir; car, en veillant à vos jours,

30 - 31

ut, si in alterutro peccandum sit, malim videri nimis timidus quam parum prudens. Sed quisnam est iste tam demens? De tuisne? tametsi qui magis sunt tui quam quibus tu salutem insperantibus reddidisti? An ex eo numero, qui una tecum fuerunt? Non est credibilis tantus in ullo furor, ut, quo duce omnia summa sit adeptus, hujus vitam non anteponat suas. An, si tui nihil cogitant sceleris, cavendum est ne quid inimici ? Qui? omnes enim qui fuerunt, aut sua pertinacia vitam amiserunt, aut tua misericordia retinuerunt : ut aut nulli supersint de inimicis, aut qui superfuerunt sint amicissimi. Sed tamen, quum in animis hominum tantae latebrae sint et tanti recessus, augeamus sane suspicionem tuam; simul enim augebimus et diligentiam. Nam quia est omnium tam ignarus
tua 
est cautio 
nostra :
ut, si peccandum sit, 
in alterutro, 
malim videri nimis timidus
quam parum prudens. 
Sed quisnam est iste 
tam demens? 
De tuisne ? 
tametsi qui 
sunt magis tui, 
quam quibus insperantibus 
tu reddidisti salutem ? 
An ex eo numero 
qui fuerunt una tecum ? 
Furor tantus, 
ut non anteponat suae 
vitam hujus, 
quo duce 
adeptus sit omnia summa, 
non est credibilis in ullo. 
Si tui 
cogitant nihil sceleris, 
an cavendum est 
ne inimici quid ? 
Qui ? 
omnes enim qui fuerunt, 
aut amiserunt vitam 
sua pertinacia, 
aut retinuerunt 
tua misericordia 
ut aut nulli de inimicis
supersint, 
aut qui superfuerunt 
sint amicissimi.
Sed tamen, 
quum tantae latebrae 
et tanti recessus 
sint in animis hominum,
augeamus sane 
tuam suspicionem ; 
simul enim 
augebimus diligentiam. 
Nam quia est tam ignarus
omnium rerum, 
tam rudis

tienne (pour ta personne) 
est la vigilance 
nôtre (pour nos personnes ): 
de sorte que, s'il fallait pécher 
par l'un-ou-l'autre excès
j'aimerais-mieux paraître trop timide 
que trop-peu prudent. 
Mais quel est donc cet homme 
si insensé? 
Est-ce quelqu'un des tiens? 
cependant quels hommes 
sont plus tiens, 
que ceux auxquels ne-l'-espérant-pas 
tu as rendu le salut? 
Est-ce quelqu'un de ce nombre ( de ceux) 
qui ont été ensemble avec toi? 
Une fureur si-grande, 
qu'il ne préfère pas à sa propre vie 
la vie de celui, 
lequel étant chef (sous la conduite de qui) 
il a obtenu tous les plus grands avantages, 
n'est pas croyable en qui-que-ce-soit. 
Si les tiens 
ne méditent rien de (aucun) crime, 
est-ce qu'il faut craindre 
que tes ennemis trament quelque chose? 
Lesquels? 
car tous ceux qui l'ont été, 
ou ont perdu la vie 
par leur opiniâtreté. 
ou l'ont gardée 
par ta clémence 
de sorte que ou aucuns de tes ennemie 
ne survivent, 
ou ceux qui ont survécu 
sont tes plus dévoués-amis.
Mais cependant, 
puisque de si-grandes cachettes 
et de si-grands replis 
sont dans les coeurs des hommes, 
augmentons donc 
ton soupçon; 
car en-même-temps 
nous augmenterons ta vigilance. 
Car qui est tellement ignorant 
de toutes choses, 
tellement neuf

vous assurerez les nôtres, et, s'il faut pécher par quelque excès, j'aime mieux être trop timide que de n'être pas assez prudent. Toutefois quel furieux voudrait... ? Un des vôtres? Eh! quels hommes ont mieux mérité ce nom, que ceux à qui vous avez rendu la vie qu'ils n'osaient espérer? Serait-ce quelqu'un de ceux qui ont suivi vos drapeaux? Un tel excès de démence n'est pas croyable. Pourraient-ils balancer à se sacrifier eux-mêmes pour un chef dont les bienfaits ont comblé tous leurs voeux? Mais ne faut-il pas du moins vous prémunir contre vos ennemis? Eh! quels sont-ils? Tous ceux qui le furent ont perdu la vie par leur opiniâtreté, ou l'ont conservée par votre clémence. Vos ennemis ne sont plus, ou, si quelques-uns ont survécu, ils sont devenus vos amis les plus fidèles.
Cependant, comme il y a dans le coeur humain tant de replis secrets et de détours cachés, redoublons vos soupçons; par là nous redoublerons votre vigilance. Mais est-il un homme assez étranger

32 -33

rerum, tam rudis in republica, tam nihil unquam nec de sua nec de communi salute cogitans, qui non intelligat tua salute contineri suam, et ex unius tua vitam pendere omnium? Equidem de te dies noctesque, ut debeo, cogitans, casus duntaxat humanos, et incertos eventus valetudinis, et naturae communis fragilitatem extimesco; doleoque, quum respublica immortalis esse debeat, eam in unius mortalis anima consistere. Si vero ad humanos casus, incertosque eventus valetudinis, sceleris etiam accedat insidiarumque consensio, quem deum, si cupiat, opitulari posse reipublicae credamus?
VIII. Omnia sunt excitanda tibi, C. Caesar, uni, quae jacere sentis, belli ipsius impetu, quod necesse fuit, perculsa atque prostrata : constituenda judicia, revocanda fides, comprimenda? libidines, propaganda soboles; omnia, quae dilapsa jam defluxerunt, severis legibus vincienda sunt. Non fuit re-

in republica, 
tam cogitans nihil unquam 
nec de sua salute, 
nec de communi, 
qui non intelligat 
suam contineri tua salute, 
et vitam omnium 
pendere ex tua unius? 
Equidem 
cogitans de te, ut debeo,
noctes diesque, 
extimesco duntaxat 
casus humanos, 
et eventus incertos 
valetudinis, 
et fragilitatem 
naturae communis; 
doleoque, quum respublica
debeat esse immortalis, 
eam consistere 
in anima unius mortalis. 
Si vero ad casus humanos
eventusque incertos 
valetudinis 
accedat etiam 
consensio sceleris
insidiarumque, 
quem deum credamus, 
si cupiat, 
posse 
opitulari reipublicae?
VIII. Tibi uni, C. Caesar,
omnia excitanda sunt, 
quae sentis jacere, 
perculsa atque prostrata
impetu belli ipsius, 
quod fuit necesse 
judicia constituenda, 
fides revocanda, 
libidines comprimendae,
soboles propaganda; 
omnia, quae dilapsa 
jam fluxerunt, 
vincienda sunt 
legibus severis. 
Non recusandum fuit 
in tanto bello civili,
dans les affaires-publiques, 
tellement ne songeant à rien jamais 
ni sur son salut, 
ni sur le salut commun, 
qui ne comprenne 
son salut être contenu dans ton salut, 
et la vie de tous 
dépendre de la tienne à toi seul? 
Moi certes 
pensant à toi, comme je le dois, 
les nuits et les jours, 
je redoute pour toi uniquement 
les accidents humains, 
et les éventualités incertaines 
de la santé, 
et la fragilité 
de la nature commune à tous
et je gémis, lorsque la république 
doit être immortelle, 
elle tenir (reposer) 
sur le souffle (la vie) d'un-seul mortel. 
Mais si aux accidents humains 
et aux éventualités incertaines 
de la santé 
se joignait encore 
une ligue de crime 
et d'embûches (de complots), 
quel dieu croirions-nous, 
si même il le désirait, 
pouvoir 
secourir la république?
VIII. Par toi seul, C. César, 
toutes ces choses doivent être relevées, 
que tu vois être-à-terre, 
abattues et renversées 
par le choc de la guerre même, 
ce qui a été nécessaire 
jugements (tribunaux) à-rétablir, 
crédit à-rappeler 
désordres-des-moeurs à-réprimer, 
population à-propager; 
toutes les choses qui dispersées 
déjà se sont-évanouies 
sont à-resserrer 
par des lois sévères. 
Il n'a pas été possible-d'empêcher 
dans une si-grande guerre civile.

aux affaires, et qui réfléchisse assez peu sur son propre intérêt et sur celui de la patrie, pour ne pas comprendre que son existence est attachée à la vôtre , et que de la vie de César dépend la vie de tous les citoyens ? Moi qui me fais un devoir de m'occuper de vous et le jour et la nuit , je ne redoute pour vous que les accidents de l'humanité, les dangers des maladies et la fragilité de notre nature ; et je frémis quand je songe que de l'existence d'un seul mortel dépend le destin d'un empire fondé pour l'éternité. Si aux accidents humains et aux dangers des maladies venaient se joindre encore les crimes et les complots, quel dieu, quand il le voudrait, pourrait secourir la république?
VIII. César, c'est à vous seul qu'il appartient de relever toutes les ruines de la guerre, de rétablir les tribunaux, de rappeler la confiance, de réprimer la licence, de favoriser la population , enfin de réunir et lier ensemble par la vigueur des lois tout ce quo nous voyons
dissous et dispersé. Dans une guerre civile aussi acharnée, dans une

34- 35

cusandum in tanto civili bello, tantoque animorum ardore et armorum, quin quassata respublica, quicumque belli eventus fuisset, multa perderet et ornamenta dignitatis et praesidia stabilitatis suae; multaque uterque dux faceret armatus, quae idem togatus fieri prohibuisset. Quae quidem nunc tibi omnia belli vulnera curanda sunt, quibus praeter te mederi nemo potest.
Itaque illam tuam praeclarissimam et sapientissimam vocem invitus audivi : Satis te diu vel naturae vixisse vel gloriae. Satis, si ita vis, naturae fortasse; addo etiam, si placet, gloriae : at, quod maximum est, patriae certe parum. Quare omitte, quaeso, istam doctorum hominum in contemnenda morte prudentiam; noli nostro periculo sapiens esse. Saepe enim venit ad aures meas, te idem istud nimis crebro dicere, satis te tibi vixisse. Credo ; sed tum id audirem, si tibi soli viveres, aut si tibi etiam soli
tantoque ardore 
animorum et armorum, 
quin respublica quassata, 
quicumque fuisset 
eventus belli 
perderet multa 
et ornementa dignitatis 
et praesidia suae stabilitatis; 
et uterque dux 
faceret armatus 
multa quae idem 
togatus 
prohibuisset fieri. 
Quae quidam vulnera belli 
omnia nunc 
curanda sunt tibi, 
quibus nemo praeter te 
potest mederi. 
Itaque 
audivi invitas 
illam vocem tuam 
praeclarissimam 
et sapientissimam : 
Te vixisse satis diu 
vel naturae, vel gloriae. 
Satis, si vis ita, 
naturae fortasse ; 
addo etiam, si placet, 
gloriae ; 
at, quod est maximum, 
patriae certe 
parum. 
Quare omitte, quaeso, 
istam prudentiam 
hominum doctorum 
in contemnenda morte :
noli esse sapiens 
nostro periculo. 
Saee enim venit 
ad meas aures 
te dicere nimis crebro 
istud idem 
te vixisse satis tibi. 
Credo: 
sed audirem id tum, 
si viveres tibi soli; 
aut etiam

et dans une si-grande fureur 
des âmes et des armes, 
que la république ébranlée, 
quel qu'eût été 
l'événement de la guerre, 
ne perdit beaucoup 
et d'ornements de sa dignité 
et d'appuis de sa stabilité; 
et que l'un-et-l'autre chef 
ne fît armé 
beaucoup de choses que ce même chef
portant-la-toge 
eût empêché être faites. 
Et certes ces plaies de la guerre 
toutes maintenant 
doivent être soignées par toi, 
auxquelles nul excepté toi 
ne peut remédier.
Aussi
 ai-je entendu malgré-moi 
cette parole de-toi 
très-noble 
et très-sage :
Toi avoir vécu assez longtemps
ou pour la nature, ou pour la gloire. 
Tu as vécu assez, si tu le veux ainsi, 
pour la nature peut-être; 
j'ajoute même, si cela te plaît, 
pour la gloire: 
mais ce qui est le plus important, 
pour la patrie du moins 
tu as vécu
trop-peu.
C'est pourquoi laisse-de-côté, je t'en prie
cette sagesse 
des hommes savants (des philosophes) 
à mépriser la mort :
ne veux pas être sage 
à notre péril (à nos dépens). 
Car souvent il vient 
à mes oreilles 
toi dire trop fréquemment 
cette même parole 
toi avoir vécu assez pour toi. 
Je le crois 
mais j'entendrais cette parole alors, 
si tu vivais pour toi seul, 
ou encore



telle agitation des esprits, quel que dût être le succès, il était inévitable que la république ébranlée ne vit s'écrouler plusieurs des soutiens de sa gloire et de sa puissance, et que les deux chefs ne fissent, étant armés, ce qu'ils auraient empêché de faire dans un état de calme et de paix. Il faut aujourd'hui cicatriser les plaies de la guerre, et nul autre que vous ne peut les guérir.
Aussi vous ai-je entendu avec peine prononcer ces mots pleins de grandeur et de philosophie : "J'ai assez vécu, soit pour la nature, soit pour la gloire. "Oui, peut-être assez pour la nature; assez même, si vous le voulez, pour la gloire : mais la patrie, qui est avant tout, vous avez certes trop peu vécu pour elle. Laissez donc aux philosophes ce stoïque mépris de la mort; n'aspirez pas à une sagesse qui nous serait funeste. Vous répétez trop souvent que vous avez assez vécu pour vous. Moi-même j'applaudirais à cette parole, si vous

36 - 37

natus esses: nunc, quum omnium salutem civium cunctamque rempublicam res tuae gestae complexae sint, tantum abes a perfectione maximorum operum, ut fundamenta quae cogitas nondum jeceris. Hic tu modum vitae tuae non salute reipublicae, sed aequitate animi definies? Quid, si istud ne gloriae quidem tuae satis est? Cujus te esse avidissimum, quamvis sis sapiens, non negabis.
Parumne igitur, inquies, magnam gloriam relinquemus? Imovero aliis, quamvis multis, satis; tibi uni parum. Quidquid enim est, quamvis amplum sit, id certe parum est, tum quum est aliquid amplius. Quod si rerum tuarum immortalium, C. Caesar, hic exitus futurus fuit, ut, devictis adversariis, rempublicam in eo statu relinqueres, in quo nunc est, vide, quaeso, ne tua divina virtus admirationis plus sit habitura quam gloriae: siquidem gloria est illustris ac pervagata multorum et magno-
si natus esses tibi soli :
nunc, 
quum tuae res gestae 
complexae sint 
salutem omnium civium 
cunctamque rempublicam, 
abes tantum
a perfectione 
maximorum operum, 
ut nondum jeceris
fundamenta quae cogitas. 
Hic 
tu definies 
modum tuae vitae 
non salute reipublicae
sed aequitate animi? 
Quid, si istud 
ne est quidem satis
tuae gloriae?
cujus non negabis 
te esse avidissimum,
quamvis sis sapiens.
Relinquemusne igitur, 
inquies,
gloriam parum magnam ?
Imo satis aliis, 
quamvis multis; 
tibi uni parum.
Id enim, quidquid est, 
quamvis sit amplum, 
est certe parum,
tum quum est aliquid 
amplius. 
Quod si C. Caesar, exitus 
tuarum rerum immortalium
futurus fuit hic, 
ut, adversariis devictis, 
relinqueres rempublicam
in eo statu,
in quo est nunc, 
vide, quaeso, 
ne tua divina virtus 
habitura sit
plus admirationis 
quam gloriae :
siquidem gloria 
est fama illustris


si tu étais né pour toi seul :
maintenant (mais), 
quand tes actions accomplies (tes exploits)
ont embrassé (remis dans tes mains) 
le salut de tous les citoyens 
et toute la république, 
tu es-éloigné tellement 
de l'achèvement 
de tes plus grands ouvrages, 
que tu n'as pas encore jeté 
les fondements que tu médites. 
Alors (Puisqu'il en est ainsi) 
toi borneras-tu (veux-tu borner) 
la mesure de ta vie
non par le salut de la république, 
mais par la modération de ton âme?
Que dire, si cela 
n'est même pas assez 
pour ta gloire? 
de laquelle tu ne nieras pas 
toi être très-avide, 
bien que tu sois sage. 
Laisserons-nous donc, 
diras-tu, 
une gloire trop-peu grande? 
Oui elle serait assez grande pour d'autres,
même nombreux; 
pour toi seul elle l'est trop-peu. 
Car cette gloire quelle qu'elle soit,
quoiqu'elle soit considérable, 
est certainement trop-peu-de-chose, 
alors qu'il y a quelque chose 
de plus considérable. 
Que si, C. César, la fin
 de tes actes immortels 
a dû être telle, 
que, tes adversaires vaincus, 
tu laissasses la république 
dans cet état, 
dans lequel elle est maintenant,
prends-garde, je t'en prie, 
que ta divine vertu 
ne doive avoir (obtenir) 
plus d'admiration 
que de gloire :
puisque la gloire 
est la renommée illustre


viviez, si vous étiez né pour vous seul. Aujourd'hui vos exploits ont remis en vos mains le salut de tous les citoyens et la république entière; et loin d'avoir achevé le grand édifice du bonheur public, vous n'en avez pas encore assuré les fondements. Et c'est en ce moment que vous mesurerez la durée de vos jours, non sur le besoin de l'État, mais sur la modération de votre âme l Que dis-je? avez-vous même assez vécu pour la gloire ? tout philosophe que vous êtes, vous ne nierez pas que vous ne l'aimiez avec passion.
Eh bien! direz-vous, laisserai-je peu de gloire après moi? Beaucoup, César, et même assez pour plusieurs autres ensemble, mais trop peu pour vous seul. Quelque grande que soit la carrière qu'on a parcourue, c'est peu de chose, s'il reste encore un plus long espace à parcourir. Si, vous bornant à triompher de vos adversaires, vous laissez la république dans l'état où elle est ; si telle doit être l'unique fin de tant d'actions immortelles, prenez garde que votre héroïque valeur n'ait plutôt excité l'admiration que mérité la gloire; car enfin la gloire est une renommée éclatante et sans bornes, ac-

38 - 39

rum, vel in suos cives, vel in patriam, vel in omne genus hominum, fama meritorum. 
IX. Haec igitur tibi reliqua pars est; hic restat actus; in hoc elaborandum est, ut rempublicam constituas, eaque tu imprimis cum summa tranquillitate et otio perfruare : tum te, si voles, quum et patriae quod debes solveris, et naturam ipsam expleveris satietate vivendi, satis diu vixisse dicito.  Quid est enim omnino hoc ipsum diu, in quo est aliquid extremum? quod quum venit, omnis voluptas praeterita pro nihilo est, quia postea nulla futura est. Quanquam iste tuus animus nunquam his angustiis, quas natura nobis ad vivendum dedit, contentus fuit, semperque immortalitatis amore flagravit. Nec vero haec tua vita dicenda est, quae corpore et spiritu continetur. Illa, inquam, illa vita est tua, quae vigebit
memoria saeculorum omnium, quanti posteritas alet, quam ipsa

et pervagata 
meritorum multorum 
et magnorum 
vel in suos cives, 
vel in patriam, 
vel in omne genus 
hominum.
IX. Haec pars igitur
est reliqua tibi ; 
hic actus restat;
elaborandum est in hoc
ut constituas rempublicam
tuque imprimis perfruare
ea composita
cum summa tranquillitate
et otio
quum et solveris patriae
quod debes,
et expleveris naturam ipsam
satietate vivendi,
dicito tum, si voles ,
te vixisse satis diu.
Quid enim est omnino
hoc diu ipsum,
in quo est
aliquid extremum?
quod quum venit,
omnis voluptas praeterita
est pro nihilo,
quia postea nulla futura est
Quanquam iste animus tuus
nunquam fuit contentus
his angustiis
quas natura dedit nobis
ad vivendum,
semperque flagravit
amore immortalitati;
Nec vero haec vita
dicenda est tua,
quae continetur
corpore et spiritu.
Illa vita, illa, inquam
est tua, quae vigebit
memoria
omnium saeculorum,
quam posteritas alet,
quam aeternitas ipsa

et répandue
de services nombreux
et grands
ou envers ses concitoyens
ou envers la patrie,
ou envers toute la race
des hommes.
IX. Cette part donc
est restant à toi;
cet acte te reste à jouer,
il te faut travailler à ceci,
que tu constitues la république,
et que toi surtout jouisses-pleinement
d'elle réglée
avec la plus grande tranquillité
et avec le plus grand repos
lorsque et tu auras payé à la patrie
ce que tu lui dois,
et tu auras satisfait la nature même
par la satiété de vivre,
dis alors, si tu veux,
toi avoir vécu assez longtemps.
Car qu'est-ce en-tout-cas
que ce longtemps même
dans lequel est
quelque chose de final (une fin) ?
laquelle fin lorsqu'elle vient,
 tout plaisir passé
est tenu pour rien,
parce que désormais aucun autre ne sera,
Du reste cette âme tienne
jamais ne fut contente
de ces bornes-étroites
que la nature a données à nous
pour vivre,
et toujours elle brûle
de l'amour de l'immortalité.
Et vraiment cette vie-ci
ne doit pas être dite tienne,
qui est renfermée (consiste)
dans un corps et dans un souffle.
Cette vie-là, celle-là, dis-je,
est tienne qui sera-florissante
dans la mémoire
de tous les siècles,
que la postérité entretiendra 
que l'éternité même

quise par de grands et de nombreux services rendus aux siens, à sa patrie, à l'humanité entière.
IX. Ce qui vous reste à faire, c'est de donner à la république une constitution durable, et de jouir vous-même du calme et du repos que vous lui aurez assurés: voilà ce qui doit couronner vos travaux, et quel doit être le terme de vos efforts. Alors, quitte envers la patrie et rassasié d'années, dites, si vous voulez, que vous avez assez longtemps vécu. Assez longtemps! pouvons-nous parler ainsi d'une durée si courte, et dont le terme anéantit tous les plaisirs passés, puisqu'ils sont alors finis sans retour ? Mais quoi ! votre grande âme se resserra-t-elle jamais dans ces bornes étroites que la nature a marquées à la vie de l'homme? Non, elle brûla toujours du désir de l'immortalité. Pour César, la vie n'est pas cet instant fugitif pendant lequel l'âme est unie au corps ; la vie, pour César, est cette existence qui se perpétuera par le souvenir de tous les siècles, qui se prolongera dans les âges les plus reculés, et qui

40 - 41

aeternitas semper tuebitur. Huic tu inservias, huic te ostentes oportet : quae quidem, quae miretur, jampridem multa habet; nunc etiam, quae laudet, exspectat.
Obstupescent posteri certe imperia, provincias, Rhenum, Oceanum, Nilum, pugnas innumerabiles, incredibiles victorias, monumenta, munera, triumphos audientes et legentes tuos. Sed, nisi haec urbs stabilita tuis consiliis et institutis erit, vagabitur modo nomen tuum longe atque late, sedem quidem stabilem et domicilium certum non habebit. Erit inter eos etiam, qui nascentur, sicut inter nos fuit, magna dissensio, quum alii laudibus ad caelum res tuas gestas efferent alii fortasse aliquid requirent, idque vel maximum, nisi belli civilis incendium salute patriae restinxeris; ut illud fati fuisse videatur, hoc consilii.
Servi igitur iis etiam judicibus, qui multis post saeculis de
tuebitur semper.
Huic oportet 
tu inservias, 
huic te ostentes
quae quidem habet 
jampridem 
multa quae miretur; 
nunc etiam exspectat
quae laudet.
Certe postera
obstupescent 
audientes et legentes
imperia, provinciae,
Rhenum,
Oceanum, Nilum,
pugnas innumerabiles,
incredibiles victorias, 
monumenta, munera,
tuos triumphos. 
Sed, nisi haec urbs 
stabilita erit 
tuis consiliis et institutis,
tuum nomen 
vagabitur modo
longe atque late, 
non habebit quidem 
sedem stabilem 
et domicilium certum.
Magna dissensio erit 
inter eos etiam 
qui nascentur, 
sicut fuit inter nos,
quum alii efferent laudibus 
ad caelum
tuas res gestas, 
alii fortasse
requirent aliquid, 
idque vel maximum 
nisi restinxeris
incendium belli civilis 
salute patriae ; 
ut illud videatur 
fuisse fati , 
hoc consilii.
Servi igitur 
iis judicibus etiam, 
qui multis saeculis post


garantira toujours. 
C'est à cette vie qu'il faut 
que toi tu t'attaches, 
c'est à cette vie qu'il faut que tu te montres: et certes elle a 
déjà-depuis-longtemps 
bien des actes qu'elle puisse admirer;
maintenant encore elle attend 
des actes qu'elle puisse louer.
Sans doute nos descendants resteront-stupéfaits 
en entendant citer et en lisant
tes commandements, tes provinces,
le Rhin
l'Océan, le Nil ,
tes combats innombrables,
tes incroyables victoires
tes monuments, tes fêtes,
tes triomphes.
Mais, si cette ville
n'a pas été affermie
par tes mesures et tes règlements,
ton nom
errera seulement
au loin et au large,
il n'aura pas certes
une demeure stable
et un domicile assuré.
Un grand dissentiment sera
entre ceux aussi
qui naîtront,
comme il a été entre nous,
alors que les uns élèveront par des louanges
jusqu'au ciel 
tes actions accomplies,
et que d'autres peut-être
regretteront quelque chose
et cette chose même très-grande,
si tu n'as pas éteint
l'incendie de la guerre civile
par le salut de la patrie ;
de sorte que cela (cette guerre) semble
avoir été l'oeuvre du destin,
et ceci (ce salut) l'oeuvre de ta sagesse.
Aie-donc-égard
à ces juges aussi,
qui bien des siècles après


n'aura d'autres limites que l'éternité même. C'est pour cet avenir qu'il faut travailler ; c'est à lui qu'il faut montrer votre gloire. Dès longtemps vous avez assez fait pour qu'il admire ; il attend aujourd'hui que vous le forciez à louer vos bienfaits.
Certes, vos commandements, vos provinces, le Rhin, l'Océan, le Nil, domptés par vos armes, vos combats sans nombre, vos incroyables victoires, la magnificence do vos monuments, de vos fêtes et de vos triomphes, étonneront la postérité. Mais, si Rome n'est pas affermie par la sagesse de vos lois et de vos institutions, votre nom errant, pour ainsi dire, dans toutes les parties du monde, n'aura jamais une demeure fixe, un domicile assuré. Ceux qui vivront après nous seront partagés comme nous l'avons été : les uns élèveront vos exploits jusqu'aux cieux; les autres regretteront de n'y pas voir la chose la plus essentielle peut-être, si, en sauvant la patrie, vous n'éteignez l'incendie de la guerre civile ; et ils diront que le reste a pu être l'ouvrage du destin, tandis que cette gloire n'aurait appartenu qu'à vous.
Travaillez donc pour ces juges qui, dans la suite des âges,

42 - 43

te judicabunt, et quidem haud scio an incorruptius quam nos : nam et sine amore, et sine cupiditate, et rursus sine odio, et sine invidia judicabunt. Id autem etiamsi tunc ad te, ut quidam falso putant, non pertinebit, nunc certe pertinet, esse te talem, ut tuas laudes obscuratura nulla unquam sit oblivio.
X. Diversae voluntates civium fuerunt, distractaeque sentetiae. Non enim consiliis solum et studiis, sed armis etiam et castris dissidebamus. Erat autem obscuritas quaedam, erat certamen inter clarissimos duces : multi dubitabant quid optimum esset; multi, quid sibi expediret; multi, quid deceret; nonnulli etiam, quid liceret. Perfuncta respublica est hoc misero fatalique bello : vicit is, qui non fortuna inflammaret odium suum, sed bonitate leniret, nec qui omnes, quibus iratus esset, eosdem etiam exsilio aut morte dignos judicaret.
judicabunt de te, 
et quidam haud scio 
an incorruptius 
quam nos :
nam judicabunt 
et sine amore, 
et sine cupiditate, 
et rursus sine odio 
et sine invidia. 
Etiamsi autem id 
non pertinebit ad te tunc, 
ut quidam putant falso, 
nunc certe pertinet, 
te esse talem, 
ut nulla oblivio unquam 
obscuratura sit tuas laudes. 
X. Voluntates civium 
fuerunt diversae, 
sententiaeque distractae. 
Dissidebamus enim 
non solum consiliis 
et studiis, 
sed etiam armis et castris. 
Quaedam autem obscuritas 
erat, 
certamen erat 
inter duces clarissimos :
multi dubitabant 
quid esset optimum; 
multi, 
quid sibi expediret; 
multi, 
quid deceret ; 
nonnulli etiam, 
quid liceret. 
Respublica 
perfuncta est hoc bello 
misero fatalique :
is vicit, 
qui non inflammaret 
suum odium fortuna, 
sed leniret bonitate, 
nec qui judicaret dignos 
etiam exsilio 
aut morte 
omnes eosdem 
quibus esset iratus.

porteront-un-jugement sur toi, 
et même je ne sais pas 
s'ils ne jugeront pas plus équitablement
que nous: 
car ils jugeront 
et sans amour, 
et sans intérêt, 
et d'autre-part sans haine 
et sans envie. 
Or même si ce jugement 
ne doit pas intéresser toi alors, 
comme certains le pensent faussement,
maintenant du moins ceci t'intéresse, 
toi être (que tu sois) tel, 
qu'aucun oubli jamais 
ne doive obscurcir tes louanges.
X. Les volontés des citoyens 
ont été diverses, 
et leurs opinions divisées. 
En effet nous étions-désunis 
non-seulement de desseins 
et d'affections, 
mais encore d'armes et de camps.
D'ailleurs une certaine obscurité 
existait, 
une rivalité existait 
entre deux chefs très-illustres :
plusieurs doutaient 
quoi (quel parti) était le meilleur; 
plusieurs doutaient 
quoi (quel parti) leur était-utile; 
plusieurs doutaient 
quoi (quel parti) convenait; 
quelques-uns aussi doutaient 
quoi était-permis. 
La république 
est sortie de cette guerre 
malheureuse et fatale :
celui-là a vaincu, 
qui ne devait pas enflammer 
sa haine par la fortune, 
mais qui devait l'adoucir par sa bonté ; 
et qui ne devait pas juger dignes 
aussi de l'exil 
ou de la mort 
tous ces mêmes citoyens 
contre lesquels il était irrité.




prononceront sur vous avec plus d'équité que nous ne le pouvons faire, parce que l'amour et la faveur, la haine et la jalousie n'influeront nullement sur leurs suffrages. Dussiez-vous même alors, ainsi que le prétendent certains sophistes, être insensible à tout ce qu'on dira de vous, au moins il vous importe aujourd'hui de mériter une gloire que le temps n'obscurcira jamais.
X. Les citoyens ont été divisés de volontés et de sentiments ; et ce n'a pas été seulement une lutte d'opinions et de passions opposées. On s'est armé; on s'est rangé sous des étendards ennemis. Un voile épais cachait la vérité; des chefs illustres se combattaient; et, dans ce désordre extrême, justice, intérêt, devoir, droits même, tout était obscur et incertain. La république est délivrée de cette horrible guerre : la victoire est demeurée à celui dont la colère, loin d'être enflammée par le succès, devait être fléchie par la clémence, et qui n'a pas jugé dignes de l'exil ou de la mort ceux qui

44 - 45

Arma ab aliis posita, ab aliis erepta sunt. Ingratus est injustusque civis, qui, armorum periculo liberatus, animum tamen retinet armatum : ut etiam ille sit melior, qui in acie cecidit, qui in causa animam profudit. Quae enim pertinacia quibusdam, eadem aliis constantia videri potest.
Sed jam omnis fracta dissensio est armis, et exstincta aequitate victoria : restat ut omnes unum velint, qui modo habent aliquid non solum sapientiae, sed etiam sanitatis. Nisi te, C. Caesar; salvo, et in ista sententia, qua quum antea, tum hodie vel maxime usus es ; manente, salvi esse non possumus. Quare omnes te, qui haec salva esse volumus, et hortamur et obsecramus ut vitae, ut saluti tuae consulas : omnesque tibi (ut pro aliis etiam loquar quod de me ipso sentio), quoniam subesse aliquid putas quod cavendum sit, non modo excubias et custodias, sed etiam laterum nostrorum oppositus et corporum pollicemur.

Arma posita sunt ab aliis, 
erepta ab aliis. 
Est ingratus injustusque 
civis qui, liberatus 
periculo armorum, 
retinet tamen 
animum armatum: 
ut etiam ille sit melior, 
qui cecidit in acie, 
qui profudit animam 
in causa. 
Quae enim pertinacia 
quibusdam, 
eadem potest videri 
constantia aliis.
Sed jam omnis dissensio 
fracta est armis, 
et exstincta 
aequitate victoris  :
restat 
ut omnes velint unum, 
qui modo habent aliquid 
non solum sapientiae, 
sed etiam sanitatis. 
Non possumus esse salvi, 
nisi te, C. Caesar, salvo, 
et manente in ista sententia, 
qua usus es quum antea, 
tum hodie vel maxime. 
Quare omnes, 
qui volumus haec esse salva, 
et te hortamur, 
et obsecramus, 
ut consulas tuae vitae, 
ut saluti :
omnesque 
(ut loquar etiam pro aliis 
quod ipse sentio de me), 
quoniam putas 
aliquid subesse, 
quod cavendum sit, 
pollicemur tibi 
non modo excubias 
et custodias, 
sed etiam oppositus 
nostrorum laterum 
et corporum.

Les armes ont été déposées par les uns,
arrachées aux autres. 
Il est ingrat et injuste 
le citoyen qui, délivré 
du péril des armes, 
garde cependant 
un coeur armé 
au point que même celui-là est meilleur,
qui est tombé dans la bataille, 
qui a prodigué sa vie 
dans son parti (en défendant son parti).
Car ce qui est opiniâtreté 
dans quelques-uns, 
ce même sentiment peut paraître
constance dans les autres.
Mais déjà toute dissension 
a été brisée par les armes, 
et éteinte 
par l'équité du vainqueur :
il reste 
que tous veuillent une-seule chose
ceux qui seulement ont quelque-peu
non-seulement de sagesse, 
mais encore de bon-sens. 
Nous ne pouvons être sauvés, 
sinon toi, C. César, étant sauvé, 
et persistant dans ce sentiment 
dont tu as usé et auparavant, 
et aujourd'hui même surtout. 
C'est pourquoi nous tous, 
qui voulons ces biens être conservés, 
et nous t'exhortons, 
et nous te conjurons, 
que tu veilles à ta vie, 
que tu veilles à ton salut 
et tous 
(pour que j'exprime aussi pour d'autres 
ce que moi-même je pense de moi),
puisque tu crois 
quelque chose (danger) être-caché, 
lequel doit être paré, 
nous promettons à toi 
non-seulement des veilles 
et des gardes, 
mais encore les remparts 
de nos flancs 
et de nos corps.

l'avaient irrité. Les uns ont déposé les armes, les autres ont été désarmés par la force. Garder un coeur armé lorsqu'on n'a plus rien à craindre des armes, c'est joindre l'injustice à l'ingratitude. Celui qui a péri sur le champ de bataille en se sacrifiant pour sa cause est bien plus digne d'excuse ; car ce que les uns nomment opiniâtreté, d'autres l'appellent constance.
Enfin, les armes ont étouffé les dissensions, et la modération du vainqueur les a toutes anéanties. Il est désormais nécessaire que tous les hommes raisonnables n'aient qu'une seule volonté. César, point de salut pour nous si vous ne vivez, et si vous ne persistez dans les sentiments dont vous avez donné tant de fois, et surtout aujourd'hui, des preuves si éclatantes. Tous ceux qui veulent le salut de l'Etat vous pressent donc et vous conjurent de prendre soin de vos jours; et, puisque vous croyez avoir quelque péril à craindre, nous vous offrons tous, car c'est au nom de tous que je prends cet engagement, nous vous offrons de veiller autour de votre personne , de vous faire un rempart de nos corps, et de nous jeter au-devant des coups qu'on voudrait vous porter.

46 - 47

XI. Sed, unde est orsa, in eodem terminetur oratio. Maximas tibi omnes gratias agimus, C. Caesar; majores etiam habemus. Nam omnes idem sentiunt, quod ex omnium precibus et lacrimis sentire potuisti. Sed, quia non est stantibus omnibus necesse dicere, a me certe dici volunt : cui necesse est quodam modo, quod volunt, et quod fieri decet, et quod, M. Marcello a te huic ordini populoque Romano et reipublicae reddito, praecipue id a me fieri debere intelligo. Nam laetari omnes, non ut de unius solum, sed ut de communi omnium salute, sentio. Quod autem summae benevolentiae est, quae mea erga illum omnibus semper nota fuit, ut vix C. Marcello, optimo et amantissimo fratri, praeter eum quidem cederem nemini, quum id sollicitudine, cura, labore tandiu praestiterim, quan-

XI. Sed oratio 
terminetur in eodem, 
unde est orsa. 
Omnes, C. Caesar, 
agimus tibi 
maximas gratias, 
habemus etiam majores. 
Nam omnes 
sentiunt idem, 
quod potuisti sentire 
ex precibus 
et lacrimis omnium. 
Sed, quia non est necesse 
omnibus stantibus dicere, 
volunt certe 
dici a me: 
cui quodam modo 
est necesse, 
quod volunt, 
et quod decet fieri, 
et quod, M. Marcello 
reddito a te 
huic ordini 
populoque Romano 
et reipublicae, 
intelligo id 
debere fieri praecipue a me. 
Nam sentio omnes laetari, 
non solum 
ut de salute unius, 
sed ut de communi 
omnium. 
Quum autem praestiterim 
sollicitudine, 
cura, labore, 
tandiu 
quandiu dubitatum est 
de salute illius, 
id quod est 
summae benevolentiae, 
quae fuit semper nota 
mea erga illum, 
ut cederem vix 
C. Marcello, 
fratri optimo 
et amantissimo, 
nemini quidem, 
praeter eum,


XI. Mais que mon discours 
se termine dans le même sens
par-où il a commencé. 
Tous, C. César, 
nous rendons à toi 
de très-grandes actions-de-grâces, 
nous t'en gardons encore de plus grandes.
Car tous 
sentent de même, 
ce que tu as pu remarquer 
par les prières 
et les larmes de tous. 
Mais, comme il n'est pas nécessaire 
à tous se-tenant-debout de parler, 
ils veulent du moins 
être dit par moi (que je parle): 
moi à qui en quelque sorte 
cela est nécessaire, 
parce qu'ils le veulent, 
et parce qu'il convient être fait ainsi
et parce que, M. Marcellus 
ayant été rendu par toi 
à cet ordre 
et au peuple romain 
et à la république, 
je comprends cela 
devoir être fait principalement par moi. 
Car je vois tous se réjouir,
non-seulement
comme pour le salut d'un seul,
mais comme pour le salut commun
de tous.
Or puisque j'ai témoigné
par ma sollicitude,
mes soins, mon travail,
aussi longtemps
qu'il a été douté
du salut de lui (de Marcellus),
ce qui est le propre
de la plus grande amitié,
laquelle fut toujours connue de tous
comme étant mienne à l'égard de lui,
au point que je le cédais à peine
à C. Marcellus,
ce frère très-bon
et très-affectionné,
mais à personne assurément,
excepté lui,

XI. Mais je reviens au premier objet de ce discours. César, nous vous présentons les hommages de la plus vive reconnaissance ; les paroles me manquent pour exprimer combien nos coeurs sont pénétrés. Tous les sénateurs ont les mêmes sentiments que moi, et vous avez pu en juger par leurs prières et par leurs larmes. Mais comme il n'est pas nécessaire que tous prennent la parole, ils veulent que je sois leur interprète auprès de vous. Leur volonté m'en fait une loi ; et lorsque Marcellus est rendu au sénat, au peuple romain et à la république, je sens que c'est à moi surtout de remplir ce devoir. En effet, les autres voient dans cette faveur un bienfait qui s'étend sur tous les citoyens ; mais l'amitié qu'on m'a toujours connue pour lui , et qui le cède à peine à celle de C. Marcellus, le plus tendre et le plus sensible des frères, me rend ce bienfait plus précieux encore. Après que je l'ai prouvée par les inquiétudes, les

48 - 49

diu est de illius salute dubitatum, certe hoc tempore, magnis curis, molestiis, doloribus liberatus, praestare debeo. Itaque, C. Caesar, sic tibi gratias ego, ut omnibus me rebus a te non conservato solum, sed etiam ornato, tamen ad tua in me unum innumerabilia merita, quod fieri jam posse non arbitrabar, maximus hoc tao facto cumulus accesserit.

certe hoc tempore, 
debeo praestare, 
liberatus magnis curis, 
molestiis, doloribus. 
Itaque, C. Caesar, 
ego gratias tibi sic ut, 
me non solum conservato
a te 
omnibus rebus, 
sed etiam ornato, 
tamen hoc facto tuo 
maximus cumulus 
accesserit ad tua merita 
innumerabilia in me unum, 
quod non jam arbitrabar 
posse fieri.

certes en ce moment,
je dois le lui témoigner encore,
délivré que je suis de grands soucis,
de grands chagrins, de grandes douleurs
Aussi, C. César, 
je rends grâces à toi ainsi (à ce point devue) que
moi non-seulement ayant été conservé
par toi
à tous mes biens (dignités) ,
mais encore honoré de nouvelles distinctions,
cependant par cette action tienne
le plus grand comble
se sera ajouté à tes bienfaits
innombrables envers moi seul,
chose que je ne pensais plus
pouvoir se faire.
soucis et les chagrins dont mon coeur était affligé tant qu'on a pu douter du sort de Marcellus, il est juste qu'elle éclate aujourd'hui que je suis délivré de ces agitations et de ces alarmes. Ainsi donc, César, recevez les notions de grâces de celui qui, maintenu dans ses anciennes dignités, et revêtu de nouveaux honneurs par votre clémence, à l'instant même où il ne croyait pas que l'on pût rien ajouter à de si nombreuses faveurs répandues sur un seul homme, vous voit, par cette action généreuse, mettre le comble à tant de bienfaits.