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textes sur Catilina

Pour mieux connaître Catilina

LA CONJURATION DE CATILINA PAR GASTON BOISSIER 1905.

CHAPITRE I :  LES PRÉLIMINAIRES DE LA CONJURATION 

CHAPITRE II :  LE CONSULAT DE CICÉRON 

 CHAPITRE III :  LA CONJURATION 

 

CHAPITRE IV :  LES CATILINAIRES 

CHAPITREV :  LES NONES DE DÉCEMBRE 

 

Les sources grecques

PLUTARQUE : Vie de Cicéron

PLUTARQUE: Vie de Crassus
Vie de César

APPIEN : Guerres civiles 
DION CASSIUS : livre XXXVII

Les sources latines

Cicéron : Catilinaires I, II, III, IV
Cicéron : in petitione senatus ou commentariolum petitionis

Salluste, Conjuration de Catilina

 

 

Plutarque, vie de Crassus

XVII. Dans cette fameuse conjuration de Catilina, qui pensa ruiner la république romaine, Crassus fut soupçonné d'y avoir eu part, et l'un des complices le nomma dans sa déposition ; mais personne n'y ajouta loi. Cependant Cicéron, dans un de ses discours, charge ouvertement Crassus et César de cette complicité ; mais ce discours ne fut publié qu'après la mort de l'un et de l'autre. Cicéron, dans l'oraison qu'il fit sur son consulat, dit encore que Crassus, étant venu la nuit le trouver, lui remit une lettre où il était fort question de Catilina, et lui prouva la vérité de la conjuration sur laquelle il faisait informer. Ce qu'il y a de certain, c'est que, depuis, Crassus eut pour Cicéron une haine mortelle ; mais son fils empêcha qu'il ne chercha les moyens de lui nuire. Ce jeune homme, qui aimait singulièrement les lettres et se livrait à l'étude avec ardeur, avait un attachement si vif pour Cicéron, que lorsqu'on lui fit son procès il prit comme lui un habit de deuil, et persuada à tous les autres jeunes gens de faire de même. Il parvint dans la suite à le réconcilier avec son père.

Vie de César

VIII. Ce fut alors que Pison et Catulus blâmèrent fort Cicéron d'avoir épargné César, qui avait donné prise sur lui dans la conjuration de Catilina. Celui-ci avait formé le complot non seulement de changer la forme du gouvernement, mais encore d'anéantir la république, et de détruire l'empire romain. Dénoncé sur des indices assez légers, il sortit de Rome avant que ses projets eussent été découverts ; mais il laissa Lentulus et Céthégus pour le remplacer dans la conduite de la conjuration. Il est douteux si César encouragea secrètement ces hommes audacieux, et leur donna même quelque secours ; ce qu'il y a de certain, c'est que ces deux conjurés ayant été convaincus par les preuves les plus évidentes, et Cicéron, alors consul, ayant demandé l'avis de chaque sénateur sur la punition des coupables, tous opinèrent à la mort, jusqu'à César, qui, s'étant levé, fit un discours préparé avec le plus grand soin ; il soutint qu'il n'était conforme ni à la justice, ni aux coutumes des Romains, à moins d'une extrême nécessité, de faire mourir des hommes distingués par leur naissance et par leur dignité, sans leur avoir fait leur procès dans les formes ; qu'il lui paraissait plus juste de les renfermer étroitement dans telles villes de l'Italie que Cicéron voudrait choisir, jusqu'à après la défaite de Catilina ; qu'alors le sénat pourrait, pendant la paix, délibérer à loisir sur ce qu'il conviendrait de faire de ces accusés. Cet avis, qui parut plus humain, et qu'il avait appuyé de toute la force de son éloquence, fit une telle impression qu'il fut adopté par tous les sénateurs qui parlèrent après lui ; plusieurs même de ceux qui avaient déjà opiné revinrent à son sentiment : mais lorsque Caton et Catulus furent en tour de dire leur avis, ils s'élevèrent avec force contre l'opinion de César ; Caton surtout ayant insisté sans ménagement sur les soupçons qu'on avait contre lui, les ayant même fortifiés par de nouvelles preuves, les conjurés furent envoyés au supplice ; et lorsque César sortit du sénat, plusieurs des jeunes Romains qui servaient alors de gardes à Cicéron coururent sur lui l'épée nue à la main ; mais Curion le couvrit de sa toge, et lui donna le moyen de s'échapper. Cicéron lui-même, sur qui ces jeunes gens jetèrent les yeux, les arrêta, soit qu'il craignît le peuple, soit qu'il crût ce meurtre tout à fait injuste et contraire aux lois. Si ces particularités sont vraies, je ne sais pourquoi Cicéron n'en a rien dit dans l'histoire de son consulat ; mais dans la suite il fut blâmé de n'avoir pas saisi une occasion si favorable de se défaire de César, et d'avoir trop redouté l'affection singulière du peuple pour ce jeune Romain.

IX. On eut, peu de jours après, une nouvelle preuve de cette faveur populaire. César étant entré au sénat pour se justifier des soupçons qu'on avait conçus contre lui, y essuya les plus violents reproches. Comme l'assemblée se prolongeait au delà du terme ordinaire, le peuple accourut en foule, environna le sénat, en jetant de grands cris, et demanda d'un ton impérieux qu'on laissât sortir César. Caton, qui craignait quelque entreprise de la part des indigents de Rome, de ces boute-feux de la multitude, qui avaient mis en César toutes leurs espérances, conseilla au sénat de faire tous les mois, à cette classe du peuple, une distribution de blé, qui n'ajouterait aux dépenses ordinaires de l'année que cinq millions cinq cent mille sesterces. Cette sage politique fit évanouir pour le moment la crainte du sénat ; elle affaiblit et dissipa même en grande partie l'influence de César, dans un temps où l'autorité de la préture allait le rendre bien plus redoutable. Cependant il ne s'éleva point de trouble ; au contraire, il éprouva lui-même une aventure domestique qui lui fut très désagréable.