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Anthologie grecque

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problèmes, énigmes, oracles épigrammes variées épigrammes chrétiennes épigrammes de Saint Grégoire anthologie de Planude
appendice
notices sur les poètes de l'anthologie

INTRODUCTION.

On peut appliquer à la poésie des Grecs ce que Montesquieu a dit de leur empire : "II finit comme le Rhin, qui n'est qu'un ruisseau quand il se perd dans l'Océan." Mais n'ajoutez pas, comme exemple : "La poésie des Grecs commence par l'Iliade et finit par l'Anthologie;" rien ne serait plus inexact. L'Anthologie commence avec Homère, et suit parallèlement la marche même et les progrès des lettres grecques, en subit les vicissitudes et s'arrête avec Maxime Planude, qu'on a qualifié le dernier des Grecs. 
Le mot d'Anthologie, composé de anthos, fleur, et de legein, cueillir, signifie en général un choix ou recueil de pièces de 
vers ou de prose dans une langue quelconque ; mais, plus particulièrement et par excellence, ce mot désigne l'Anthologie grecque. Nos choix de poésies fugitives la fameuse Guirlande de Julie, l'Anthologie latine éditée par Pierre Burmann, sont bien loin d'être des équivalents des deux Anthologies que nous ont léguées Constantin Céphalas et Maxime Planude. La collection des petits poèmes qui composent ces Anthologies offre la plus riche galerie de tableaux de tous les genres. La mythologie, l'histoire, les arts, les découvertes nouvelles en fournissent les sujets ; et presque toujours ils sont traités avec une grâce et une précision qui enchantent, avec cette brièveté élégante qui permet au poète d'avoir de l'esprit dans chacun de ses vers. Si, en Grèce . quelques écrivains ont poussé l'esprit jusqu'au génie, n'est-ce pas parce qu'ils ont su, dans les oeuvres où l'esprit devait avoir une grande part, rester brefs Comme la flèche, ils atteignent le but par le trajet le plus court.
Ces petites oeuvres portent le nom modeste d'épigrammes ; mais le sens de ce mot avait, chez les Grecs, plus d'étendue qu'il n'en a de nos jours ; et la perfection où ils portèrent cette partie de la littérature atteste bien qu'il avait été donné à ce peuple éminemment poétique d'être supérieur dans tous les genres, depuis l'épopée jusqu'à l'épigramme. D'abord l'épigramme ne fut qu'une simple inscription pour perpétuer la mémoire d'un fait ou d'une consécration. Elle décora a ensuite les images des héros; on la grava sur les tombeaux, sur les trophées; elle accompagna les présents de l'amitié les dons faits à une maîtresse. Par la voix d'Alcée, elle inspira aux hommes l'amour de la liberté, la haine des tyrans ; avec Simonide, elle célébra l'affranchissement de la Grèce ; Anacréon lui fit chanter l'amour et le vin ; Archiloque l'arma d'une pointe acérée et mortelle ; Platon et ses disciples, saint Grégoire même, lui prêtèrent leur divine éloquence.
Les éléments des deux Anthologies de Céphalas et de Planude qui, à proprement parler, n'en font qu'une, se trouvent dans des Anthologies plus anciennes. Méléagre, cent ans avant J. C. ; Philippe de Thessalonique, au deuxième siècle de l'ère chrétienne; Agathias, au sixième, avaient rassemblé des poésies fugitives d'époques antérieures ou contemporaines, et y avaient joint leurs propres oeuvres. Au dixième siècle, Céphalas s'empara de toutes ces Anthologies pour en coordonner une nouvelle ; et quatre cents ans après, un moine de Constantinople, Maxime Planude, refit le travail de Céphalas.
L'Anthologie de Planude a été publiée la première. Jean Lascaris, qui l'avait sauvée des ruines de Constantinople, la fit imprimer à Florence, en 1494, sous ce titre Anthologia epigrammatum graecorum cura Joannis Lascaris : à la fin du volume on lit impressum Florentiae per Laurentium Francisci de Alopa Venetum , III idus Augusti M CCCC. LXXXX iiij. Des exemplaires de cette édition ne portent pas de date, parce qu'on a retranché les derniers feuillets qui contenaient une épigramme de Jean Lascaris et une épître latine adressée à Pierre de Médicis, avec la souscription indiquant la date et le lieu de la publication (a).
Neuf ans après cette première édition, il en parut une autre qui est la première édition de l'Anthologie donnée par les Aldes. En voici le titre : Florilegium diversorum epigrammatum in septem libros, graece. Venetiis, in aedibus Aldi, 1503, in-8. Sa grande rareté et surtout les variantes qu'elle contient lui assignent le premier rang entre les trois éditions de l'Anthologie sorties des mêmes presses aldines.  
Le seizième siècle vit successivement paraître sept autres éditions de ce recueil incomparable, et toujours sous ce même titre de Florilegium qu'avaient forgé les Aldes (b).
L'édition de 1519, Florilegium... Graece Florentiae, per haeredes Philippi Juntae, faite sur la précédente, lui est inférieure en correction comme en beauté. C'est à cette édition que commence (c) l'étrange confusion qui défigure le texte du poème de Paul le Silentiaire sur les Thermes de Pythia, dans toutes les anciennes éditions de l'Anthologie. Notons, en passant, que c'est le savant évêque d'Avranches, Huet, qui a rétabli l'ordre des vers de ce poème, qu'il a, de plus, parfaitement commenté (d).
Les autres éditions de ce siècle sont la seconde des Aldes, Florilegium .... Venetiis, in aedibus Aldi, 1521; - la première édition publiée à Paris, Florilegium .... Parisiis, sub praelo ascensiano, 1531 ; - Florilegium.... .... cui nonnulla nuper inventa epigrammata adjecta sunt. Venetiis, apud Petrum et Joannem Nicolinos Sabienses, 1550; - la troisième des Aldes, Florilegium .... Venetiis, apud Aldi filios, 1550-1551, souvent préférée aux précédentes éditions aldines, comme la plus correcte et la plus ample ; - Epigrammatum Graecorum libri VII, graece, annotationibus Joannis Brodaei illustrati, cum indice, Basileae, 1549; - Florilegium .... cura Henrici Stephani. Excudebat Henricus Stephanus, 1566, petit in-fol., belle et bonne édition encore fort recherchée, et qui le sera toujours.
Le dix-septième siècle a été très-heureusement inauguré par une des meilleures éditions de l'Anthologie, où se trouvent réunis les notes et les commentaires du chanoine Brodeau et de Vincent Obsopoeus ; plus, un Appendix epigrammatum et le poème sur les Bains de Pythia, mais toujours dans le même état de désordre, qui le rend inintelligible. Cette excellente édition est due aux héritiers de l'imprimeur Wechel, de Francfort. En voici le titre : Epigrammatum Graecorum libri VII, graece, annotationibus Joannis Brodaei turonensis, nec non Vinc. Opsopoei, etc., illustrati. Accedunt annotationes Henrici Stephani. Francofurti, apud Andrex Wecheli heredes, anno MDC, in-fol.
Quatre ans après parut la première édition grecque-latine du Florilegium... interprete Eilhardo Lubino in biblipolio Commeliano, 1604, in-4. Cet Eilhard Lubin était professeur de littérature à l'académie de Rostock. C'était un homme très laborieux, qui contribua beaucoup à répandre le goût et à faciliter l'intelligence des anciens auteurs. Sa traduction publiée à Heidelberg par Commelin est assez rare et d'autant plus estimée.
Pendant plus d'un siècle et demi il ne parut aucune édition nouvelle de l'Anthologie; mais en 1616, date mémorable, Saumaise découvrit dans la bibliothèque palatine de Heidelberg le manuscrit de l'Anthologie de Constantin Cephalas. Jusqu'alors l'Anthologie seule de Maxime Planude avait été éditée, commentée, admirée. Un recueil beaucoup plus riche, renfermant une foule d'épigrammes, souvent plus anciennes, souvent plus belles, excita l'attention et les voeux du monde savant. Il en circula de nombreuses copies, il en parut comme des échantillons, par exemple dans les savantes notes du roman de Chariton, publié en 1750 par d'Orville. C'est sous le nom d'Anthologie inédite que se firent ces premières communications. Le docte Reiske en édita trois livres sous ce titre : Anthologiae graecae a Constantino Cephala conditae libri tres .... Lipsiae, 1754. Il s'écoula encore vingt ans avant que la curiosité érudite des hommes de lettres pût être satisfaite, et c'est Brunck qui' eut l'honneur de publier l'Anthologie nouvelle, depuis si longtemps attendue et désirée. Il la publia sous le titre de Analecta veterum poetarum graecorum, graece edidit Rich. Fr. Brunck, Argentorati, 1772, 3 vol. in-8, et sous une forme qui lui est propre, à savoir en mettant ensemble toutes les épigrammes des mêmes poètes, et en réunissant de même toutes les pièces sans nom d'auteur, adespota.
Cette publication a été un événement littéraire. Frédéric Jacobs en fit une étude spéciale, approfondie, et put en donner une nouvelle édition en 1794 , 5 vol. in-8, avec des tables très utiles, surtout avec un commentaire qui est un chef-d'oeuvre d'exégèse et qui remplit huit autres volumes. Cette édition de Jacobs porte le titre de Anthologia graeca, sive poetarum graecorum lusus, ex recensione Brunckii, Lipsiae, 1794, et le commentaire celui de Friderici Jacobs animadversiones in epigrammata Anthologiae graecae, 1798. 1814.
Pendant que ce savant philologue travaillait à ses animadversiones et les publiait, les triomphes des armées françaises en Italie nous avaient procuré, par le traité de Tolentino (e), les chefs-d'oeuvre des musées de Rome, les trésors de ses bibliothèques. Le manuscrit palatin de Heidelberg, devenu le Codex Vaticanus, se trouva parmi les dépouilles opimes, et ne fut pas le moins beau trophée de nos victoires. Le bruit de cette conquête littéraire se répandit en Allemagne, et fit venir à Paris des savants qui purent collationner les copies manuscrites et les textes édités. Armé de ces instruments nouveaux de la science et surtout d'une ancienne copie de Spaletti très bien faites (f), le laborieux philologue de Gotha, le savant commentateur des Analecta de Brunck se remit à l'oeuvre avec une nouvelle ardeur, pour donner une édition parfaitement conforme à l'original; il y joignit un volume de notes critiques où se trouvent encore d'ingénieuses conjectures et de nouvelles interprétations, et publia cette oeuvre monumentale, en 1813, sous le titre de Anthologia graeca ad fidem codicis olim palatini, nunc parisini, ex apographo gothano edita, 3 vol. in-8.
C'est jusqu'à présent l'édition par excellence de l'Anthologie, celle qui doit avoir la place d'honneur dans toutes les bibliothèques. Le savant à qui nous la devons avait compris qu'il y avait là les éléments d'un livre pour l'éducation de la jeunesse, et il en fit un delectus in usum scholarum, un choix à l'usage des classes. Ce livre fait partie de la Bibliotheca graeca de Jacobs et Rost, riche écrin des plus belles parures de l'antiquité, et il n'en est pas le joyau le moins précieux.
Pendant qu'à Leipsig Jacobs travaillait à son oeuvre, un savant en Hollande publiait enfin la traduction de Grotius (g). En voici le titre : Anthologia graeca, cum versione Hugonis Grotii ab Hieronymo de Bosch edita. Ultrajecti, 1795-1822. C'est un monument élevé à la gloire de Grotius par un savant compatriote, c'est un legs pieux que recueille avec reconnaissance le monde savant, c'est une double Anthologie grecque et latine, presque aussi charmante dans la langue de Virgile que dans la langue d'Homère.
Grotius n'a pu que reproduire l'Anthologie de Planude, celle de Céphalas n'étant pas encore retrouvée. Celle-ci fut de nouveau éditée en 1829 par Tauchnitz, célèbre imprimeur de Leipsig qui a bien mérité des lettres grecques et latines par sa collection à bon marché de tous les classiques de l'antiquité. Son édition de l'Anthologie est une des moins bonnes de sa collection ; elle fourmille de fautes de typographie ; mais elle circule beaucoup en Allemagne et en France ; elle a propagé la connaissance et le goût d'une oeuvre délicieuse. C'est un titre à l'indulgence.
Telle est l'histoire sommaire (h)d'un livre associé aux plus grands événements des lettres et de l'histoire, recueil presque unique dans les fastes littéraires, offrant au poète les plus gracieuses images, les pensées les plus ingénieuses dans leur forme primitive ; au philosophe des préceptes parés de toutes les grâces du style ; à l'historien des inscriptions monumentales ; au philosophe les formes les plus variées d'une langue pour ainsi dire éternelle ; à tous une savante et poétique révélation de l'antiquité dans sa force et sa grâce et jusque dans ses mauvaises moeurs.
On ne saurait considérer l'Anthologie du côté littéraire et poétique, sans se rappeler le chapitre du Cours de littérature de la Harpe qui emprunte aux traductions de Voltaire un si notable intérêt, et, grâce à ces traductions, donne une si juste idée du génie grec. Nous reproduisons ce chapitre à titre d'épisode et de digression. : 
(La Harpe, Cours de littérature, liv. I, chap. IX, de l' Epigramme.) Ce terme d'épigramme ne signifie par lui-même qu'inscription, et il garde chez les Grecs, dont nous l'avons emprunté, son acception étymologique. Les épigrammes recueillies par Agathias, Constantin, Planude, Hiéroclès (i) et autres, qui forment l'Anthologie grecque, ne sont guère que des inscriptions pour des offrandes religieuses, pour des tombeaux, des statues, des monuments ; elles sont la plupart d'une extrême simplicité, assez analogue à leur destination : c'est le plus souvent l'exposé d'un fait. Presque toutes n'ont rien de commun avec ce que nous nommons une épigramme. Voltaire, qui savait cueillir si habilement la fleur de chaque objet, a traduit les seules (j) qui remplissent l'idée que nous avons de cette espèce de poésie. Les voici : 

Sur une statue de Niobé (k).
Le fatal courroux des dieux 
Changea cette femme en pierre. 
Le sculpteur a fait bien mieux, 
Il a fait tout le contraire.

Sur l'aventure de Léandre et de Héro (l).
Léandre, conduit par l'Amour, 
En nageant disait aux orages 
«Laissez-moi gagner les rivages; 
Ne me noyez qu'à mon retour."

Sur la Vénus de Praxitèle (m).
Oui, je me montrai toute nue 
Au dieu Mars, au bel Adonis, 
A Vulcain même, et j'en rougis; 
Mais Praxitèle, où m'a-t-il vue?

Sur Hercule (n).
Un peu de miel, un peu de lait, 
Rendent Mercure favorable. 
Hercule est bien plus cher, il est bien moins traitable 
Sans deux agneaux par jour, il n'est pas satisfait.

On dit qu''à nos moutons ce dieu sera propice ; 
Qu'il soit béni. Mais, entre nous, 
C'est un peu trop en sacrifice :
Qu'importe qui les mange, ou d'Hercule ou des loups ?

La dernière est une des plus jolies qu'on ait faites : c'est Laïs sur le retour, consacrant son miroir dans le temple de Vénus, avec ces vers : 

(o) Je le donne à Vénus, puisqu'elle est toujours belle :
Il redouble trop mes ennuis.
Je ne saurais me voir en ce miroir fidèle,
Ni telle que j'étais, ni telle que je suis.

Martial, chez les Latins, a aiguisé l'épigramme beaucoup plus, que les Grecs. Il cherche toujours à la rendre piquante ; mais il s'en faut bien qu'il y réussisse toujours. Son plus grand défaut est d'en avoir fait beaucoup trop .... J'en ai traduit une qui peut servir de leçon à Paris comme a Rome, et qui ne corrigera pas plus l'un que l'autre : elle est adressée à un avocat.

On m'a volé : j'en demande raison 
A mon voisin, et je l'ai mis en cause 
Pour trois chevreaux, et non pour autre chose. 
Il ne s'agit de fer ni de poison : .
Et toi, tu viens, d'une voix emphatique, 
Parler ici de la guerre punique, 
Et d'Annibal. et de nos vieux héros, 
Des triumvirs, de leurs combats funestes. 
Eh ! laisse là ces grands mots, ces grands gestes :
Ami, de grâce, un mot de mes chevreaux (p).

Après cette citation de la Harpe qui nous a fourni l'occasion de faire connaître, suivant l'adage évangélique (q), l'arbre par ses fruits, le parterre par ses fleurs (r), nous revenons à l'histoire de l'Anthologie pour la résumer. 
Dans le seizième siècle, sept ou huit éditions grecques de l''anthologie suffisent à peine aux besoins des lettrés de la Renaissance. L'édition de Wechel qui a inauguré le dix septième siècle, et qui n'est pas renouvelée pendant près de deux cents ans, constate un ralentissement dans les études helléniques. A la fin du dix-huitième siècle l'édition de Brunck est le signal du réveil des Muses, et coup sur coup, sans interruption, quatre éditions viennent attester qu'on lit encore du grec, à ce point qu'il en faut une cinquième, et MM. Didot la préparent.
Le mouvement actuel imprimé aux études classiques est plus particulièrement manifeste en ce qui concerne l'Anthologie par des travaux de critique et d'exégèse que nous sommes heureux d'avoir à signaler. Les plus remarquables nous paraissent être : Commentatio critica de Anthologia graeca ; scripsit Alphonsus Hecker. Lugduni Batavorum. 1843 et 1852, 2 vol. in-8. C'est une oeuvre de goût et d'érudition. - Supplément à l'Anthologie grecque, Paris, 1853, par M. Piccolos, un de ces Grecs qui ont hérité de l'atticisme (de leurs ancêtres. - Méléagre, dans les Portraits contemporains et divers, 1846, par M. Sainte-Beuve, qui a donné, dans cette étude, sur le poète le plus anthologique de l'Anthologie les meilleurs modèles de traduction. - Choix d'épigrammes tirées de l'Anthologie grecque, traduites en vers français avec accompagnement de notes critiques, par M. Chopin, docteur ès lettres, Paris, 1854.
L'Anthologie ne cesse donc pas d'être lue, d'être étudiée. Notre traduction, qui la première est complète, viendra en aide aux amis des lettres grecques pour leur faciliter la lecture d'un recueil dont on ne sentira bien que dans l'original le mérite et le charme ; car, il ne faut pas l'oublier, l'Anthologie est un bouquet de fleurs. Puisse-t-on trouver dans notre traduction un peu de leurs couleur, un peu de leurs parfums !

ANTHOLOGIE GRECQUE.

DESCRIPTION DES STATUES DU GYMNASE PUBLIC LE ZEUXIPPE (1),

PAR LE POÈTE CHRISTODORE DE COPTOS.


(Édition de Jacobs, t. I, p. 37: de Tauchnitz, t. I, p. 26.)

Déiphobe, le premier, sur un piédestal orné de bas-reliefs, est debout, plein de vaillance et d'audace, le casque en tête, tel qu'il était lorsqu'il rencontra le fameux Ménélas aux portes de son palais en ruine. On dirait qu'il marche en avant, car, suivant l'ordonnance, i1 est dans une position oblique, et son dos est courbé de fureur. Une âpre colère contracte ses traits ; il roule des yeux farouches comme un guerrier en garde contre l'attaque d'ennemis. De la main gauche il présente un large bouclier; de la droite il tient haut son glaive, et sa main furieuse le plongerait dans le flanc de son adversaire, si la nature permettait à une statue d'airain d'obéir à sa rage.
L'Athénien Eschine brille de tous les attributs de l'esprit et de l'éloquence. Ses joues hérissées de barbe sont contractées comme s'il luttait dans les mêlées de l'Agora ; car il a grand souci de bien parler. Près de lui est Aristote, le prince des philosophes, debout, les bras croisés. Même l'airain muet signale l'activité de sa pensée, et il ressemble à un homme en méditation. Ses joues, un peu gonflées, révèlent le doute de son esprit, tandis que ses yeux vifs indiquent la foule d'idées qui l'obsède.
On remarque aussi l'orateur populaire, la trompette de Péanée, le père d'une harmonieuse éloquence, celui qui fit briller dans Athènes le flambeau de la douce Persuasion. On entrevoit son ardente activité, on devine qu'il agite de nombreux projets, que les idées se pressent dans sa tête, comme lorsqu'il soulevait la Grèce contre la belliqueuse Macédoine. Peut-être éclaterait la manifestation de sa colère, et sa voix exprimerait sa pensée généreuse, si l'art du statuaire ne lui avait fermé la bouche avec un sceau d'airain.
Celui qui porte le nom de l'Euripe (2) est là debout. Il me paraît s'entretenir, mais tout bas et par la pensée, avec les Muses, lui, le chaste amant de la sagesse ; on le voit tel qu'il était agitant le thyrse sur la scène athénienne.
Le devin Paléphate brille couronné du laurier fatidique et semble ouvrir la bouche pour rendre un oracle.
Ne dirait-on pas qu'Hésiode d'Ascra cause avec les Muses des montagnes et s'efforce d'inspirer à l'airain l'enthousiasme poétique pour produire un beau poème ? Non loin de lui se tient un autre devin, Polyide, paré du laurier d'Apollon. II voudrait prononcer quelque oracle, mais l'airain enchaîne sa langue dans une muette étreinte. Tu n'as pas cessé non plus d'aimer la poésie et le chant, Simonide. La lyre t'est toujours chère, mais tes mains refusent d'en pincer les cordes. Pourquoi le sculpteur, ô Simonide, n'a-t-il pas mêlé à l'airain une douce mélodie ? Car, même muet, l'airain, par respect pour ton génie eût répondu aux accords de la lyre.
Anaximène est là, philosophe de génie ; il médite, et les idées s'agitent et se pressent dans sa divine intelligence.
Le fils de Thestor, Calchas, se tient debout, devin aux regards pénétrants, et comme en présence de l'avenir ; il semble tenir cachés les décrets du ciel, soit par pitié pour l'armée grecque, soit par crainte du courroux du roi de la riche Mycènes.
Voici le destructeur d'une grande cité, le rejeton des Éacides. Pyrrhus, fils d'Achille, qui voudrait manier l'épée et le bouclier que l'artiste ne lui a pas donnés : il l'a représenté sans armes ; mais lui, ne dirait-on pas qu'il regarde un point élevé, comme s'il avait les yeux fixés sur la haute citadelle de Troie?
Amymone aux doigts de rose est assise; elle a rassemblé derrière sa tête les boucles non relevées de sa chevelure ; son front est libre et dégagé. Élevant les yeux, elle épie l'arrivée de son époux aux noirs cheveux, le dieu des mers. Près d'elle se montre le dieu à la noire chevelure, à la large poitrine, nu, et les cheveux sans lien et flottants ; il lui présente un dauphin tout ruisselant qu'il porte dans sa main, gage d'hyménée pour la jeune fille qu'il aime.
Abeille de Piérie, Sapho, la mélodieuse Lesbienne, est assise à part et seule ; elle semble composer le bel hymne qu'inspirant à son âme émue les Muses silencieuses.
Apollon est debout près du trépied prophétique. Ses cheveux, sans lien, sont rassemblés sur ses épaules. Il est nu, parce qu'à tous ceux qui l'interrogent il expose sans voile les arrêts du sort, ou parce qu'il brille également pour tous. Le soleil, en effet, c'est le dieu Phoebus, qui rayonne au loin et partout d'un éclat vif et pur.
Prés de là brille Vénus. Sur le sombre airain se répandent, comme une rosée, la grâce et la beauté. Le sein est nu, mais les plis d'une tunique voilent le haut des cuisses, et dans une résille d'or est contenue la chevelure ondoyante.
Que j'admire le fils de Clinias ! Il rayonne d'une beauté qui, mêlée à l'airain, jaillit en traits lumineux. Tel il était lorsque, dans Athènes, la cité de l'éloquence, il communiquait à l'assemblée du peuple de Cécrops ses habiles résolutions.
Près de lui est debout le prêtre Chrysès, élevant le sceptre d'Apollon dans sa main droite, et sur sa tête portant les bandelettes sacrées. Sa taille haute et majestueuse révèle une race héroïque. Il me semble qu'il supplie Agamemnon. Sa barbe est épaisse, et dans sa chevelure flottante serpentent la vigne et le raisin.
Non loin brille Jules César, qui autrefois couronna le Capitole d'innombrables trophées. Sur son épaule il porte la redoutable égide ; dans sa main droite il se plaît à brandir la foudre, comme un autre Jupiter que l'Ausonie adore.
Platon a l'attitude et l'air d'un dieu, lui qui jadis montra aux Athéniens les voies secrètes des célestes vertus.
J'ai vu là une autre belle Vénus, nue et rayonnante ; sur sa poitrine, de son cou à ses hanches, s'enroulait le ceste divin.
De l'aimable Hermaphrodite, ni tout à fait homme, ni tout à fait femme, s'élève la statue mixte ; c'est bien le fils de la belle Vénus et de Mercure. Son sein se gonfle et s'arrondit comme celui d'une jeune fille, et il porte les insignes d'une virilité féconde, unissant ainsi les beautés de l'un et de l'autre sexe.
La jeune Érinne, la vierge aux doux accents, est assise, non pour lancer la navette dans une trame bien ourdie, mais pour distiller en silence le miel d'une poétique abeille (3).
N'oublions pas l'harmonieux Terpandre, dont la statue semble animée et parlante. On dirait que dans son génie ému s'élabore un hymne pieux, comme autrefois lorsque, sur les bords de l'impétueux Eurotas, il calmait aux sons de sa lyre inspirée les agitations sauvages et belliqueuses des habitants d'Amyclée.
Je t'admire, ô Périclès, parce qu'à mes yeux l'airain muet montre le caractère et les traits de l'orateur qui gouverna le peuple de Cécrops et dirigea la guerre du Péloponnèse.
Pythagore, le sage de Samos est là, debout. Quel rayonnement ! On dirait qu'il est dans l'Olympe. La nature du bronze est vaincue : il réfléchit, il calcule ; avec ses yeux seuls il mesure, il embrasse l'immensité des cieux.
J'ai reconnu l'harmonieux Stésichore qu'autrefois vit naître la terre de Sicile, auquel Apollon enseigna la poésie et le chant, alors qu'il était encore dans le sein de sa mère. Aussi il venait de naître, ses yeux s'ouvraient à peine au jour, qu'un rossignol vint on ne sait d'où se poser sur sa bouche, et modula ses chants les plus mélodieux.
Gloire d'Abdère, ô Démocrite, salut ! car tu as exposé les lois de la nature féconde, tu as subtilement pénétré les secrets des sciences ; mais tu n'as pas cessé de rire des prétentions trompeuses de l'humanité, parce que tu savais bien que le temps au front chauve survit à tout, détruit tout.
Là on voit Hercule au visage sans barbe, portant dans sa main qui tua le lion les pommes d'or, riche présent de la Libye. Près de lui se tient la vierge Augé, prêtresse de Minerve, avec son manteau qui tombe de ses épaules, avec les cheveux épars et sans bandeau ; elle tend des mains suppliantes et semble invoquer la fille aux yeux pers du maître des dieux, dans son temple arcadien, aux pieds des escarpements de Tégée.
Sois-nous propice, Ènée, belliqueux rejeton de Troie, sois-nous propice, sage conseiller des Troyens. Dans tes yeux se reflète un rayon d'honneur et de grâce qui t'annonce comme fils de la déesse de la beauté.
Je vois et j'admire Créuse aux vêtements de deuil, bien digne (4) épouse d'Énée. Sur son visage elle a ramené son voile, et tout son corps est enveloppé d'un long manteau qui traîne. Que sa douleur est profonde ! Ses larmes qui coulent sur l'airain
annoncent que Troie a succombé sous le fer des ennemis, et que sa patrie est la proie des Argiens.
Hélénus n'est pas encore calmé : on s'aperçoit qu'il est irrité contre son père et violemment agité. Dans sa main droite il tient une coupe d'où s'épanche la libation ; on dirait qu'il prédit la victoire aux Argiens, et qu'il demande aux dieux la ruine de sa patrie.
Andromaque, la fille d'Éétion, est là, debout, sur ses pieds qui empruntent à la rose ses couleurs. Elle ne gémit point, ne pleure point. C'est que, je n'en saurais douter, Hector n'est pas encore tombé sur le champ de bataille, les Grecs avides ne se sont pas encore emparés des richesses de Troie.
On voit le brave Ménélas, tout joyeux de sa récente victoire ; il palpite, il brûle d'amour en voyant la charmante fille de Tyndare rayonnante aussi d'amour et de joie.
Qu'elle est ravissante cette image d'Hélène ! L'airain même accuse sa grâce et ses charmes. Cette belle statue exhale tous les feux de l'amour, comme si l'oeuvre était vivante.
Une foule d'idées se pressent dans la tête du divin Ulysse. En fait de stratagèmes, fut-il jamais au dépourvu ? Sa statue manifeste bien la prudence, l'habileté qui le distinguent. Dans son coeur la joie déborde ; car Troie est détruite par ses conseils et ses ruses.
Et vous, mère d'Hector, Hécube infortunée, dites-nous quel dieu vous a contrainte à verser tant de larmes jusque dans cette muette image. L'airain même n'a pas mis un terme à vos douleurs, il n'a pas même, par pitié, apaisé vos angoisses et vos sanglots : vous êtes encore tout en larmes. Mais il semble que ce n'est plus le trépas du malheureux Hector, que ce n'est plus le deuil de la pauvre Andromaque qui causent votre désespoir : c'est la ruine de Troie. Le voile qui couvre son visage témoigne en effet de ses peines, et aussi le manteau qui traîne sur ses pieds. De ses joues des larmes s'épanchent à flots, mais l'artiste les a séchées pour montrer l'ardente fièvre de ses incurables douleurs.
J'ai reconnu la prêtresse Cassandre. Jusque dans son silence elle reproche à son père ses rigueurs toute remplie d'un prophétique délire et comme si elle prédisait les dernières catastrophes de sa patrie.  
C'est un autre Pyrrhus (5)  le vainqueur de Troie. Sur sa tète il n'a pas de casque à crinière ; sa main ne brandit pas d'épée. Il est nu et sans barbe, la main étendue en signe de victoire et donnant un ordre, tandis que d'un oeil oblique il regarde Polyxène tout en larmes.
Dites-nous, Polyxène,vierge infortunée, quelle cause vous arrache, en secret, les larmes dont ce bronze insensible est inondé ? Pourquoi ramenez-vous votre voile sur votre visage, dans l'attitude de la pudeur ? C'est que vous craignez que celui qui a détruit votre ville, le Phthiote Pyrrhus, ne vous garde comme esclave. Votre beauté ne vous a pas protégée, elle n'a pas frappé le coeur de Néoptolème, cette beauté qui captiva le père de votre meurtrier et le conduisit sans résistance aux filets de la mort. Mais, j'en atteste vos traits que reproduit ce bronze, si Pyrrhus vous avait vue telle que vous êtes ici il vous aurait prise pour la compagne de sa couche, oubliant les ordres de l'ombre paternelle.
Que j'admire Ajax, le fils du vaillant roi de la Locride, Oïlée, le rempart du pays ! La jeunesse dans sa première fleur s'épanouit sur ses joues sans barbe. Il est nu, et l'on voit à découvert toute sa vigueur. Palpitant d'audace, il respire le souffle d'Ényo, la déesse des combats.
OEnone brûle de colère, brûle de jalousie ; une amère passion lui ronge le coeur. Elle recarde à la dérobée Pâris d'un oeil furieux, et sans mot dire elle le menace de sa vengeance en repoussant d'une main indignée son infidèle époux.
Le berger (Pâris) ressemble à un amant confus et coupable.,sa vue égarée se porte ailleurs. Il craint sans doute les yeux de la nymphe fille de Cébrène, OEnone, qu'il a tant fait pleurer.
Darès a garni ses mains de rudes gantelets. Sa colère est le prélude du combat. Une belliqueuse ardeur étincelle dans ses yeux vifs comme l'éclair. Entelle, de son côté, lance sur Darès des regards furieux ; il roule en frémissant de rage, autour de son bras, un ceste redoutable. Son attitude est menaçante : il est altéré de sang.
Voici un athlète vigoureux, savant dans l'art du pugilat. Est-ce Philon le colosse ou Philammon, ou bien Milon, l'honneur de la Sicile ? Apollon le sait. Pour moi, j'ignore le nom glorieux de cet homme, et ne puis le célébrer. Mais quel qu'il soit, on sent sa force et son courage. Sa barbe est épaisse, sa chevelure est hérissée ; ses traits inspirent la peur. Sur ses membres ramassés, les muscles sont gonflés et tendus. De ses bras croisés les larges coudes font saillie comme deux rocs. A des épaules vigoureuses se relie un cou épais, avec des attaches flexibles et nerveuses.
Regarde, c'est Charidéme, orateur et général, qui vit le peuple athénien obéir à ses conseils et marcher sous ses ordres.
Vois aussi et admire Mélampe; il a l'aspect sacré d'un prophète. Ne dirait-on pas que ses lèvres muettes vont prononcer quelque oracle divin ?
Panthoüs était le conseiller des Troyens : il n'a pas cessé de donner ses graves avis pour le salut de Troie.
Le vieux Thymétès avait un génie inventif et fécond ; il est plongé dans l'abîme du silence et de la méditation, il ourdit encore pour les Troyens quelque stratagème.
Lampon a l'air abattu, désespéré, parce que, dans la lutte suprême, son esprit n'a pu enfanter aucun moyen de salut au profit d'Ilion qui succombe.
Clytius est dans la stupeur, ne sachant que devenir. Il tient ses mains croisées en signe d'une profonde douleur.
Salut, flambeau d'éloquence, Isocrate ! Tu pares, tu illumines l'airain. On dirait que tu médites quelque sage discours et que tu vas prendre la parole, quoique l'artiste t'ait fait muet.
Amphiaraüs gémit, le front ceint du laurier fatidique. Un chagrin profond l'accable ; il voit, il prédit que Thèbes sera fatale aux guerriers d'Argos, et qu'ils ne reverront pas leur patrie.
Debout se montre Aglaüs l'interprète des oracles, Aglaüs qu'on regarde comme le père du devin sacré Polyide ; il a le front paré d'un laurier au beau feuillage.
Je vois le dieu qui lance au loin ses traits, le dieu de la lyre et des vers, dont la chevelure longue et flottante se pare de célestes fleurs et se divise en anneaux naturellement bouclés sur l'une et l'autre épaule. Il semble qu'on entende sa voix prophétique, et que par ses oracles il dissipe les maux des mortels.
Le vaillant fils de Télamon, Ajax, est nu. Il n'a pas encore sa première barbe. Les traits de son père font sa parure et sa beauté. Une bandelette étreint sa chevelure ; il ne la couvre pas encore d'un casque, il ne brandit pas d'épée, il ne porte pas le bouclier à sept peaux, mais il laisse déjà voir la fière assurance de son père Télamon.
Debout, Sarpédon, le roi des Lyciens, inspire l'effroi par son air belliqueux. Sur sa joue d'un ton brun se dessinent les premières pousses de la barbe. Sa tète est couverte d'un casque ; mais il a le corps nu, et dans ses veines on reconnaît le sang de Jupiter. De ses yeux s'échappent des éclairs qui rappellent le dieu de la foudre.
Pour la troisième fois se montrent Apollon et son trépied prophétique. Qu'il est beau à voir, ce dieu, avec sa longue chevelure qui descend en boucles fusées sur ses deux épaules ! Ses formes divines communiquent à l'airain leur grâce et leur majesté. Son oeil est tendu vers l'avenir, comme s'il allait sur son trépied le révéler par des oracles.
J'admire aussi une troisième statue de la belle Vénus. Sa poitrine est couverte d'un voile. Le ceste a enveloppé ses seins, et la grâce, la volupté s'épanouissent dans le ceste.
De quel éclat brille le jeune Achille, guerrier imberbe ! Il est sans casque, mais on dirait que sa main droite brandit une épée, que sa main gauche porte un bouclier, tant il y a d'art dans sa pose ! Tout son air respire la menace et la guerre ; son oeil étincelle; on y voit rayonner la flamme innée des belliqueux Eacides.
Voici Mercure au caducée d'or. De sa main droite il serre les liens de sa chaussure ailée, brûlant de s'élancer dans les airs ; il s'appuie sur son genou droit, et sa main gauche se porte en avant. Il dirige vers le ciel ses yeux, comme s'il attendait quelque ordre du maître des dieux son père.
Apulée, au regard méditatif, célèbre les silencieux mystères de la Muse latine, lui que la Sirène italienne a rempli d'une ineffable sagesse comme son initié.
C'est ensuite la soeur d'Apollon, la déesse qui court les bois et les montagnes, Diane. Elle n'a pas d'arc lançant au loin les traits, point de carquois sur l'épaule. Une tunique frangée descend jusqu'à ses genoux, et sa chevelure que ne retient aucun réseau flotte au gré des vents.
Homère nous apparaît dans un bronze vivant, animé plein d'idées et de génie, auquel rien ne manque qu'une voix divine : l'enthousiasme et la poésie s'y révèlent. Un dieu, sans doute, a forgé cette statue, en même temps qu'il créa le modèle, car je ne puis croire qu'un ouvrier a fondu ce chef-d'oeuvre assis près de ses fourneaux. Mais c'est Minerve elle-même qui de ses savantes mains l'a forgé, connaissant bien le corps qu'elle habitait. Oui, installée dans Homère avec Apollon, elle parlait par sa voix, par ses vers. Ainsi, celui que j'honore à l'égal d'un père, ce mortel semblable aux dieux, le divin Homère se trouve ici. Il a l'aspect d'un vieillard ; mais sa vieillesse est douce, nullement morose ; elle distille le charme, la grâce, avec un mélange de gravité et de sympathie : sa beauté imprime le respect. Sur son cou, que les ans ont incliné, une chevelure blanchissante flotte en grappes et se répand autour de ses oreilles ; de son menton descend une barbe abondante, soyeuse et mobile, non pointue, mais large, ornement de sa poitrine nue et de son noble visage. II a le front découvert et sans cheveux, et sur son front siège la sagesse, institutrice du jeune âge. L'artiste a donné adroitement du relief à ses sourcils, car ses yeux sont privés de lumière. Mais qu'on ne croie pas qu'il ressemble à un aveugle : dans ses yeux vides rayonne la râce ; et je m'imagine que l'art a tout disposé ainsi pour rendre plus manifeste l'inextinguible flamme de sagesse qui brûle dans son coeur. Ses joues sont légèrement creuses ; les ans les ont contractées ; mais dans leurs rides s'est logée la Pudeur que les Grâces accompagnent. Une abeille de Piérie 
voltige sur ses lèvres et y distille son miel. Ses deux mains, placées l'une au-dessus de l'autre, s'appuient sur un bâton, comme de son vivant. Il incline à droite l'oreille : sans doute qu'il entend Apollon ou quelqu'une des Muses voisines. Il a l'air, en effet, préoccupé, réfléchi ; çà et là se porte sa pensée, échappée du sanctuaire de son âme émue, tissant la trame de l'oeuvre guerrière de la Sirène épique.
Phérécyde de Syros brille aussi de tout l'éclat de la sagesse; il tient le sceptre de la philosophie et contemple le ciel, la tête haute, d'un regard assuré.
Il est là aussi le philosophe Héraclite, homme divin, gloire de l'antique Éphèse, qui, seul, pleurait autrefois sur les destinées de l'infortunée race des mortels.
Que d'élégance et de distinction dans les traits de Cratinus, qui, autrefois, lançait contre les démagogues athéniens des iambes comme des flèches meurtrières ! La joyeuse comédie lui doit son développement et ses progrès.
Voici Ménandre qui, dans la belle Athènes, brille comme l'astre de la comédie nouvelle ! C'est lui, en effet, qui a imaginé les intrigues amoureuses de jeunes filles, qui a mis ses iambes, fils de son génie, au service des Grâces, et avec eux a ravi la jeune Muse comique qu'il a dotée lui-même, en mêlant à l'amour la douce fleur de la poésie.
De quel éclat rayonne Amphitryon ! Au laurier virginal qui couronne sa tête on le prendrait pour un habile devin ; mais il n'était pas un devin. Ce laurier qui pare son front est le signe de la victoire que remporta sur les Taphiens le belliqueux époux de la belle et féconde Alcmène.
Thucydide roule mille pensées dans sa tête ; il réfléchit, et semble arranger ses éloquentes périodes et tisser la trame de son histoire. Sa main droite est levée, comme autrefois lorsqu'il récitait la sanglante guerre de Sparte et d'Athènes qui moissonna la jeunesse de la Grèce [et priva l'année de son printemps (6)].
Je reconnais le divin chantre d'Halicarnasse, le savant Hérodote qui consacra aux neuf Muses l'histoire des anciens âges, dont l'un et l'autre continent furent le théâtre et dont les siècles dans leur cours furent les témoins. Avec quelle éloquence il a paré son style des fleurs de la langue ionienne !
Le cygne héliconien de l'antique Thèbes prend son essor. C'est Pindare à la douce et forte voix, le poète que le dieu de l'arc d'argent, Apollon, éleva sur les coteaux de l'Hélicon béotien et auquel il enseigna les lois de l'harmonie. Il venait de naître, que sur ses lèvres des abeilles se posèrent et distillèrent leur miel, témoignage de ses poétiques destinées.
Cet airain radieux, c'est Xénophon, le citoyen de la guerrière Athènes, qui célébra les exploits du descendant d'Achéménide, Cyrus, qui imita le style harmonieux de la Muse de Pluton, en adoucissant les fruits de la grave histoire avec le miel des laborieuses abeilles (7).
N'est-ce pas le devin nommé Alcméon ? non, ce n'est pas ce devin. Sur sa tête le laurier n'enroule pas ses corymbes. Je crois que c'est Alcman, qui autrefois mania la lyre avec art, et sur ses cordes sonores broda des mélodies doriennes.
C'est Pompée, le chef des infatigables légions ausoniennes, l'héroïque vainqueur de l'Isaurie. Sous ses pieds il foule des cimeterres isauriens, pour montrer qu'il a subjugué, asservi le Taurus, qu'il l'a enchaîné dans les liens de la victoire. L'éclat de sa gloire se reflète sur tous, et jusque sur l'illustre race de l'empereur Anastase qui descend de ce héros. Notre glorieux empereur a bien prouvé cette origine en ravageant par le fer et le feu les campagnes de l'Isaurie. 
Ici se montre un autre Homère. Je ne crois pas que ce soit le prince de l'épopée, le divin fils du Mélès ; c'est plutôt celui que l'illustre Myro de Byzance mit au monde sur les rivages de la Thrace, Myro à qui les Muses elles-mémos apprirent, toute petite encore, la poésie héroïque. Celui-ci exerça l'art savant de la tragédie (8), et fut l'ornement et la gloire de Byzance, sa patrie.
Virgile, ici, exhale les plus doux parfums de la poésie, cygne harmonieux cher aux Romains : les échos du Tibre l'ont proclamé l'Homère de l'Ausonie.

LES INSCRIPTIONS DE CYZIQUE.

(Édition de Jacobs, t. I, p. 57; de Tauchnitz. t. I, p. 42.)

A Cyzique, dans le temple d'Apollonis, la mère d'Attale et d'Eumène, les colonnes étaient ornées de bas-reliefs (9), sur lesquels les traits les plus touchants de l'histoire et de la mythologie, relatifs à l'amour filial, étaient retracés dans l'ordre suivant.
Le premier bas-relief représente Bacchus, ramenant des bords de l'Achéron et conduisant au ciel Sémélé, sa mère, précédé de Mercure, et ayant pour cortège les Satyres et les Silènes, armés de flambeaux.
I. Le dieu du Thyrse, pour réparer (10) l'attentat impie de Penthée, ramène des bords de l'Achéron sa mère, fille de Cadmus et d'Harmonie. que la foudre de Jupiter avait consumée au milieu des douleurs de l'enfantement.

Le deuxième bas-relief représente Télèphe reconnu par sa mère.

II. Fils chéri d'Hercule, j'avais quitté la montueuse Arcadie pour courir sur les traces d'Augé, ma mère ; je la retrouve enfin dans le pays où règne Teuthras, et me dispose à la ramener dons sa patrie.

Sur le troisième bas-relief on voit Amyntor voulant brûler les yeux de Phénix, son fils, et Alcimède cherchant à retenir et à calmer son mari.
III. Alciméde arrache son fils des mains d'Amyntor, son mari et tâche en même temps de calmer la colère de Phénix, aigri contre son père, parce que, négligeant une épouse chaste, il recherchait les embrassements d'une vile esclave ; et le père, a son tour, prêtant l'oreille à des propos injurieux, était irrité contre son fils, et approchait de ses yeux une lampe meurtrière.

Le quatrième bas-relief représente Polymède et Clytius, enfants de Phinée, égorgeant Phrygia que leur père avait épousé, après avoir répudié Cléopâtre, leur mère.
IV. Clytius et Polymède immolent Phrygia, pour venger leur mère. Cléopâtre applaudit, en voyant la nouvelle femme de Phinée subir le châtiment qu'elle mérite.

Le cinquième bas-relief représente Cresphonte tuant Polyphonte, le meurtrier da son père, et Mérope armée d'un bâton, venant en aide à son fils.
V. Polyphonte, tu fis périr jadis le père de Cresphonte, pour souiller le lit de sa jeune épouse ; mais un fils vient enfin venger par ta mort celle de son père. Il t'immole par amour pour Mérope sa mère, et tandis qu'il enfonce dans ton dos sa lance, elle lui vient en aide et sur tes tempes elle appuie un bâton noueux.

Le sixième bas-relief représente Python tué par Apollon et Diane, parce que, s'étant montré tout à coup, il avait empêcha Latone d'aller à Delphes faire taire l'oracle.
VI. Latone, remplie d'horreur, évite en se détournant le serpent Python, caché dans les sillons. Ce reptile enfant de la terre, comptait sur les dépouilles de la prudente déesse ; mais Apollon, qui guettait le monstre, le perça de ses flèches. Il n'occupera donc plus à Delphes (11) le trépied prophétique; mais il poussera [en expirant] des sifflements lamentables.

Sur le septième bas-relief, du côté du septentrion, on voyait Amphion et Zéthus attacher Dircé à un taureau, parce qu' excitée par Nyctée, père d'Antiope, leur mère, et enflammée de jalousie contre Lycus, son mari, qui en était devenu amoureux, elle s'était vengée outre mesure de celle-ci.
VII. Amphion et Zéthus, double proie arrachée à Dircé, immolez cette femme qui a fait périr Antiope. Sa colère jalouse tenait naguère votre mère dans les fers ; maintenant, suppliante, elle cherche à vous fléchir par ses gémissements. Soyez inexorables, attachez aux cornes de ce taureau un double lien, afin qu'il traîne son corps à travers ces fourrés épais (12).

Le huitième bas-relief représente la nécyomancie d'Ulysse. Il évoque sa mère Anticlée et l'interroge sur les affaires de sa maison.
VIII. Mère du sage Ulysse, Anticlée, tu n'as pas reçu, vivante encore, ton fils dans Ithaque. Mais il te trouve sur les bords de l'Achéron, et c'est avec effroi qu'il contemple sa tendre mère.

Sur le neuvième bas-relief étaient gravés Pélias et Nélée, fils de Neptune, délivrant de ses liens leur mère Tyro que son père Salmonée avait enchaînée à cause du rapt de Neptune. Sa belle-mère Sidéro l'accablait de mauvais traitements.
IX. Leur mère Tyro, que Salmonée son père avait chargée de durs liens, [ils la délivrent]. Ici mangue un distique. Salmonée n'en fera plus une esclave, en voyant assis prés d'elle Nélée et Pélias.

Sur le côté du couchant, dans le dixième bas-relief on voit Eunoüs et Thoas, fils d'Hypsipyle, reconnus par leur mère et lui montrant le cep d'or, qui était pour eux le signe de leur race ; ils la délivrent des sévices qu' Eurydice (l'épouse de Lycurgue) exerçait sur elle, à cause de la mort d'Archémore leur enfant.
X. Montre, Thoas, le cep de Bacchus ; car tu sauveras [ainsi] de la mort la suppliante (13) Hypsipyle. Elle a à supporter la colère d'Eurydice, depuis qu'un serpent, fils de la terre, lui a tué Archémore qui était encore à la mamelle (14). Viens aussi, toi, Eunoüs, ayant quitté les champs (15) de la nymphe Asopis, viens pour ramener ta mère dans la divine Lemnos.  

Dans le onzième bas-relief, le roi de l'île de Sériphe, Polydecte est changé en pierre par Persée au moyen de la tête le la Gorgone. Pour épouser sa mère, il avait envoyé Persée à la recherche de la tête de Méduse, et c'est lui qui, suivant les vues de la Justice, reçut la mort qu'il avait tramée contre un autre.
XI. As-tu bien osé, toi aussi, Polydecte, souiller la couche de Danaé ? Ce n'est pas sans déshonorer Jupiter que tu as contracté un tel hymen. Pour te punir, Persée ici découvre la tête de la Gorgone, il te change en pierre, et sa mère est vengée

Dans le douzième bas-relief, Ixion tue Phorbas et Polymède à cause du meurtre accompli sur sa mère Mégare. Elle n'avait voulu épouser ni l'un ni l'autre des deux prétendants, et ceux-ci indignés l'avaient tuée.
XII. Cet Ixion a renversé sur la poussière Phorbas et Polymèle, vengeant ainsi la mort de sa mère.

Le treizième bas-relief représente Hercule conduisant sa mère Alcmène aux Champs-Élysées, la mariant à Rhadamanthe, lui-même étant sans doute rangé parmi les dieux.
XIII. L'intrépide Alcide a remis entre les bras de Rhadamanthe sa mère Alcmène, destinée à l'auguste lit du juge des enfers.

Dans le quatorzième bas-relief Tityus est tué à coups de flèches par Apollon et Diane, pour avoir osé faire violence à Latone, leur mère.
XIV. Téméraire, ivre d'orgueil et de luxure, comment as-tu osé attenter à la couche de la compagne de Jupiter ? Le dieu, comme tu le méritais, t'a laissé dans une mare de sang, en pâture aux bêtes sauvages et aux oiseaux de proie.

Dans le quinzième bas-relief on voit Bellérophon sauvé par son fils Glaucus, lorsque jeté à terre par Pégase dans les champs Aléens, il allait être tué par Mégapenthès, le fils de Proetus.
XV. Fils de Proetus, Bellérophon n'eût pas échappé à ta main meurtrière, s'il eût été sans son fils Glaucus qui lui sauva la vie. Le roi Iobatès n'échappera pas à son funeste sort (16) et ainsi s'est déroulé pour Bellérophon (17) le fil des Parques. Et toi, en accourant près de ton père, tu as repoussé loin de lui la mort, et tu t es montré le témoin de ses glorieuses épreuves (18) [et son vengeur].

Le seizième bas-relief représente Éole et Boeotus, fils de Neptune, délivrant Ménalippe, leur mère, des fers dont son père l'avait chargée, pour la punir de leur avoir donné le jour. 
XVI. Éole et Boeotus, en venant au secours de votre mère, vous avez accompli un acte éclatant d'amour filial ; aussi êtes-vous glorifiés, pour votre courage, l'un dans l'Éolie et l'autre dans la Béotie.

Dans le dix-septième bas-relief on voyait Anapis et Amphinome qui, dans l'éruption du volcan de Sicile, à travers les laves, ne sauvaient que leur père et leur mère, les portant sur leurs épaules et laissant là tout le reste.
XVII. Du feu et de la terre ....

Le dix-huitième bas-relief représente Cléobis et Biton. L'attelage de boeufs qui devait conduire leur mère au temple de Junon, à Argos, tardant trop à venir, d'eux-mêmes ils se mirent sous le joug, et leur mère pour offrir le sacrifice. Celle-ci que cette action avait remplie de joie demanda, dit-on, à la déesse d'accorder à ses fils le plus grand bien que puissent obtenir les hommes ; et la nuit même qui suivit sa prière, ils moururent.
XVIII. Elle n'est point feinte, cette histoire des fils de Cydippe et de leur touchante piété ; la vérité en est l'ornement. La tâche de ces jeunes hommes fut joyeuse et opportune, et ils l'entreprirent par piété filiale. Salut donc, jeunes gens illustres par votre piété jusque chez les morts (19), et puisse votre mémoire survivre à tous les âges !

Dans le dix-neuvième bas-relief, Rémus et Romulus délivrent leur mère Rhéa Silvia des sévices d'Amulius. Mars, qui l'avait enlevée, eut d'elle ces enfants; ils furent exposés, et une louve les allaita. Devenus hommes, ils brisèrent les chaînes de leur mère, fondèrent Rome, et rétablirent sur son trône Numitor.
XIX. Tu mis au monde en secret ces deux enfants, Rémus et Romulus, fruit de ton union avec Mars. Une louve, dans une grotte, les éleva comme une nourrice, et ce sont eux qui t'ont arrachée à de cruels traitements.

LES PRÉFACES DES ANTHOLOGIES.

(Édition de Jacobs, t. I, p. 69 ; de Tauchnitz, t. I, p. 49).

COURONNE DE MÉLÉAGRE (20).- Muse chérie, à qui portes-tu ces vers, ces fleurs de toute espèce, et quel est celui qui a tressé cette couronne de poésie ? Méléagre l'a composée, cette couronne, et c'est pour son illustre ami Dioclès qu'en souvenir d'affection il a préparé cette offrande. Il a entrelacé beaucoup de lis d'Anyté, beaucoup de lis de Myro, et de Sappho quelques fleurs seulement, mais des roses, le narcisse des choeurs de Mélanippide qui s'épanouit en hymnes, et le jeune pampre de la vigne de Simonide. Au milieu il a mis l'iris parfumé de Nossis dont les tablettes ont été enduites de cire par l'Amour, et avec cette fleur la marjolaine du suave Rhianus et le safran virginal de la douce Érinne, l'éloquente hyacinthe du lyrique Alcée, le laurier au sombre feuillage de Samius, les festons fleuris du lierre de Léonidas et un rameau du pin piquant de Mnasalque. II y a mêlé de flexibles jets du platane de Pamphile, avec d'onduleuses branches du noyer de Pancrate, de larges feuilles du peuplier blanc de Tymnès, de la menthe verte de Nicias et le jonc marin d'Euphémus qui croit dans le sable, la violette foncée de Damagète, de douces baies du myrte de Callimaque, toujours pleines d'un miel épais, la lychnide d'Euphorion et l'amome cher aux Muses du poète qui a le même nom que les Dioscures (21). A ces fleurs il a joint le raisin enivrant d'Hégésippe et le lentisque embaumé de Persès. Il y a joint encore les doux fruits du pommier de Diotime et les premières fleurs du grenadier de Ménécrate, des rameaux de myrrhe de Nicénète, le térébinthe de Phaënne et la succulente poire de Simmias, l'ache des prés délicieux de Parthénis avec quelques-unes de ses fleurs bien choisies, de jaunes épis glanés dans les chaumes de Bacchylide, reste de l'abondante moisson des Muses qui en composent leur miel, Anacréon aussi ses vers doux comme le nectar, ses élégies fécondes comme la camomille, la feuille d'acanthe aux feuilles contournées et aux piquants redoutables d'Archiloque, petite récolte faite dans un immense jardin, de jeunes pousses de l'olivier d'Alexandre, des bleuets pourprés de Polyclète, et la fleur des poètes, l'amaracus de Polystrate, et le jeune ligustre à corolle rouge d'Antipater. Il y mêla encore des épis de nard syrien du poète qui est qualifié de don d'Hermès(22), Posidippe, Hédyle et Sicélide, fleurs des champs qui s'ouvrent au souffle des vents amoureux, et de plus le chrysanthème du divin Platon, plein de sève, de force et d'éclat, sans oublier les bourgeons des plus hautes tiges du palmier d'Aratus qui touche les cieux, et le lotus à longs filaments de Chérémon avec la phlox de Phédime unie à l'oeil de boeuf d'Antagoras, le frais serpolet de Théodoride dont les amphores se couronnent, et les barbeaux de Phanias, beaucoup d'autres fleurs encore nouvellement cueillies, et de ma propre muse aussi quelques giroflées hâtives. Telle est l'offrande que j'apporte au meilleur de mes amis (23), dont les initiés en poésie jouiront également, douce et éloquente couronne des Muses.

COURONNE DE PHILIPPE. - J'ai cueilli pour toi, cher Camille, des bouquets héliconiens, des fleurs nouvellement écloses des illustres bocages de Piérie ; j'ai moissonné les parterres de la poésie moderne, et j'ai tressé une nouvelle couronne semblable à celle de Méléagre. Tu connais le mérite des anciens poètes ; connais aussi celui des poètes plus récents d'après ces petites pièces de vers, fleurs modestes et charmantes : Antipater y figurera l'épi des guérets ; la grappe de lierre y sera représentée par Crinagoras ; Antiphile rappellera la fleur et l'éclat du raisin ; Tullius y brillera comme le lotus, Philodème comme la marjolaine, Parménion comme le myrte ; Antiphane sera la rose ; Automédon le lierre, Zonas le lis, Bianor le chêne, Antigone l'olivier et Diodore la violette. Pour Événus, ajoutez le laurier. Quant aux autres poètes, représente-les à ton gré par les fleurs les plus nouvelles et les plus fraîches.

PRÉFACE D'AGATHIAS. - Les colonnes, les statues, les inscriptions, sont des causes de grande satisfaction pour ceux qui les obtiennent, mais seulement tant qu'ils vivent; car ces vains honneurs n'accompagnent pas leurs âmes chez les morts. Mais la vertu, la sagesse nous suivent même au tombeau (24) ; elles y restent avec nous, attirant tous les souvenirs. Ainsi ni Homère, ni Platon, ne doivent leur renommée à des peintures, à des statues ; ils ne la doivent qu'à la sagesse (25). Heureux ceux dont la mémoire réside dans de bons et savants livres, et non dans de frivoles images. 

ÉPIGRAMMES ÉROTIQUES.

(Édition de Jacobs, t. I, p. 83 ; de Tauchnitz, t. I, p. 58.)

I. ANONYME. - Pour allumer dans les jeunes coeurs une ardeur de poésie, je ferai de l'Amour le sujet de mes vers et commencerai par lui, car il met sa flamme aux vers qu'on lui adresse.

2. ANONYME. - Cette Sthénélaïs pour laquelle brûlent les cités, qui se met à si haut prix, qui soutire les trésors de ceux qui la désirent, un songe pendant une nuit entière l'a mise à mes côtés, nue et se prodiguant pour rien jusqu'à l'aurore. Je n'implorerai plus à genoux la cruelle, je ne pleurerai plus sur mon sort, ayant un sommeil qui procure sans frais tant de bonheur.

3. ANTIPATER DE THESSALONIQUE. - L'aube est venue, Chrysilla ; depuis longtemps le coq matinal annonce l'arrivée de la jalouse Aurore. Sois maudit, ô de tous les oiseaux le plus odieux, toi qui me renvoies du logis pour les leçons qu'attend une foule 
d'écoliers. Tithon, tu es bien vieux ; autrement chasserais-tu ainsi de ta couche l'Aurore ta compagne ?

4. PHILODÈME. - Philénis, après avoir abreuvé d'huile la lampe, muette spectatrice de nos ébats, sors ; car l'amour n'aime pas un témoin vivant ; et ferme bien la porté, Philénis. Toi, Xantho, baise-moi, ô charmante maîtresse, et apprends ce qui te reste à savoir des mystères de Cypris.  

5. STATYLLIUS FLACCUS. - Je suis la lampe, témoin fidèle des nocturnes amours, que Flaccus a donnée à l'infidèle Napé. Près de son lit je me consume, en voyant les infamies de toute nature de sa parjure amante. Flattas, des soucis cuisants te tourmentent ; ils te privent du sommeil, et tous les deux nous brûlons, moi d'un côté, toi de l'autre.

6. CALLIMAQUE. - Callignote jura qu'Ionis lui serait toujours plus chère qu'aucun autre ami, qu'aucune autre amante ; il le jura, mais qu'on a eu raison de dire que les serments d'amour n'entrent pas dans les oreilles des dieux (26) ! Car maintenant un beau jeune homme brûle Callignote de tous ses feux, et de la malheureuse jeune fille il n'est pas plus question que des Mégariens.

7. ASCLÉPIADE. - O lampe, devant toi Héraclée a juré trois fois qu'elle viendrait, et elle ne vient pas. O lampe, si tu es une divinité, punis la trompeuse : lorsqu'elle prendra ses ébats, me tenant dans ses bras avec amour éteins-toi refuse-lui ta lumière.

8. MÉLÉAGRE. - Nuit sacrée, et toi, Lampe, nous n'en avons pas pris d'autres à témoin dans nos serments, mais à vous seules nous jurâmes l'un et l'autre, lui de m'aimer toujours, moi de ne le quitter jamais. Nous l'avons juré, et vous avez reçu la double promesse ; et maintenant il dit, lui, que nos serments ont été écrits (27) sur l'onde, et toi Lampe, tu le vois dans les bras des autres.

9. RUFIN. - Moi Rufin, à ma délicieuse Espis joie et bonheur ! Mais peut-aile en avoir sans moi ? Non, par tes yeux que j'atteste, il m'est impossible de rester plus longtemps loin de toi : la solitude de ma couche m'est insupportable. Toujours en pleurs, je vais sans trouver de soulagement dans la cité de Crésus, dans le temple de la grande Diane. C'en est fait, demain je retourne au pays, et je volerai vers toi, pour te redire encore mille fois adieu, adieu.

10. ALCÉE. - Maudit soit l'amour ! Car pourquoi ne lancet-il pas ses traits contre les bêtes sauvages, plutôt que d'épuiser sur mon coeur son carquois ? Est-il surprenant que le flambeau d'un dieu me brûle et me consume ? Et qu'y a-t-il de glorieux dans sa victoire sur un pauvre mortel (28) ?

11. ANONYME. - Si tu sauves, ô Cypris, ceux qui sont en péril sur mer, sauve-moi aussi, déesse propice, du naufrage sur cette terre, sauve-moi : je vais périr.

12. RUFIN. - Baignons-nous, couronnons-nous de fleurs, Prodicé ; pour boire, prenons des coupes plus grandes. Bien courte est la vie : jouissons-en. La vieillesse viendra bientôt entraver nos plaisirs ; et la mort, c'est la fin de tout (29) !

13. PHILODÈME. - Charito est près d'atteindre soixante ans ; et de longs cheveux noirs parent encore sa tête, sur sa poitrine s'arrondissent deux seins de marbre qui se passent encore d'une ceinture pour les soutenir, sa peau sans ride exhale encore l'ambroisie, la séduction, mille sortes de grâces et d'attraits. Allons, vous tous qui ne fuyez pas les amours provocants, venez ici sans songer au nombre des années.

14. RUFIN. - Les baisers d'Europe sont pleins de douceur, quand ils approchent des lèvres, quand ils effleurent la bouche ; mais elle ne les donne pas seulement du bout des lèvres, elle appuie sur la bouche ; et alors c'est l'âme qu'elle aspire jusqu'au bout des ongles.

15. LE MÊME. - Qu'est devenu Praxitèle ? Où est mainteriant Polyclète, dont la main donnait autrefois le souffle et la vie au marbre même ? Qui reproduira la chevelure parfumée de Mélite, ses yeux de flamme, l'éclat de son cou ? Où sont les statuaires ? où sont les sculpteurs ? Il faudrait pour une telle beauté avoir un temple comme pour une statue des dieux.

16. MARCUS ARGENTARIUS. - Lune aux cornes d'or, et vous, astres étincelants que l'Océan reçoit dans son sein, vous le voyez, la belle Aristé m'abandonne, elle est partie ; depuis six jours je ne puis trouver l'enchanteresse. Allons, mettons-nous a sa piste. Je vais sur ses traces lancer la meute de Cypris, des limiers en métal, de bons écus.

17. GÉTULICUS. - O toi qui veilles suries rivages battus par les flots, je t'apporte des gâteaux secs et de modestes offrandes. Demain je traverserai les vastes ondes de la mer Ionienne, pressé d'arriver au port (30) de ma chère Idothée. Oh! brille d'un éclat propice sur mes amours et sur mon navire, reine auguste des amants et des navigateurs (31).

18. RUFIN. - Bien mieux que les grandes dames, nous recherchons leurs suivantes, nous qui ne trouvons pas de charme aux splendides intrigues. Celles-là ont une peau parfumée, un regard altier, une escorte qui n'est pas sans péril ; celles-ci ont une peau aussi douce, une grâce avenante, une couche accessible ; les dons de la fortune ne leur inspirent pas d'orgueil (32). J'imite Pyrrhus, le fils d'Achille, qui préféra l'esclave Andromaque à la fière Hermione.

19. LE MÊME. - J'étais naguère passionné pour les garçons. je suis maintenant passionné pour les femmes ; maintenant le crotale me tient lieu de disque. Au lieu de la peau sans fard, sans artifice des garçons, ce qui me plaît c'est le gypse, le fard, la céruse, une fraîcheur, un éclat d'emprunt. [De quoi s'étonner désormais ?] Les Dauphins vont jucher dans les bois d'Érymanthe ; les flots écumants de la mer vont servir de gîte aux cerfs rapides.

20. ONESTE. - Je n'ai nulle envie d'épouser ni une jeune fille, ni une vieille femme. L'une m'inspire de la pitié, et l'autre du respect. Je ne veux ni d'une grappe de verjus, ni d'une grappe de raisin sec : la beauté qui est à point se trouve bien mieux faite pour la couche de Vénus.

21. RUFIN. - Ne te disais-je pas, Prodicé : "Nous vieillissons ?"  Ne t'ai-je pas avertie que bientôt viendrait ce qui met en fuite les amours ? Maintenant sont venus les rides, les cheveux blancs ; la bouche a perdu ses grâces ; les attraits sont en ruine. Qui s'approche encore de la fière Prodicé pour la flatter, pour la supplier ? personne. Nous passons maintenant devant toi comme devant un tombeau.

22. LE MÊME. - L'amour qui fait de doux présents t'a gratifiée de mes services et de ma liberté, Boôpis ; il m'a mis 
sous un joug que je porte bien volontiers, taureau (33) soumis, obéissant, dévoué. L'indépendance me serait amère, et j'es-
père bien garder ma chaîne jusqu'à l'extrême vieillesse. Ah ! que jamais le mauvais oeil n'exerce sa funeste influence sur
mes espérances et mes voeux.

23. CALLIMAQUE. - Puisses-tu dormir, Conopion, comme tu me fais dormir sous ce portique glacé ! Puisses-tu n'avoir
pas d'autre lit, cruelle, que celui où tu laisses ton amant ! Quoi ! pas le moindre sentiment de pitié ! Les voisins sont émus de
compassion ; mais toi, pas même en songe (34). Ah ! bientôt les cheveux blancs te rappelleront toutes ces rigueurs et me vengeront.

24. PRILODÈME. - Mon âme m'avertit de fuir l'amour d'Héliodora, sachant bien ce qu'il en coûte de pleurs et de tourments. Tel est son langage ; mais je n'ai pas la force de fuir cet amour, car elle-même, l'effrontée, en me parlant ainsi, aime Héliodora.

25. LE MÊME. - Toutes les fois que, soit de jour soit de nuit, j'ose voler dans les bras de Cydille, je sais bien que je cours sur les bords d'un abîme, je sais bien que je risque un coup de dé dont la vie est l'enjeu. Mais que m'importe et qu'y puis-je ? L'amour est téméraire, et partout où il se précipite, il n'a pas le moindre sentiment de peur. 

26. ANONYME. - Soit que je te voie, ô ma reine, avec des cheveux noirs, soit qu'une couronne de blonds cheveux te pare, ta grâce est la même et brille du môme éclat. Je suis sûr que tes cheveux, fussent-ils blancs, serviraient encore d'asile aux
Amours.  

27. RUFIN. - Mélissa, qu'est devenue cette beauté brillante, admirée, ce grand air qu'on vantait ? Où sont tes fières allures,
ton maintien superbe, ces anneaux d'or qui paraient tes pieds ? Maintenant ta tête est chauve ; plus de cheveux ; à tes pieds
des savates. Voilà donc comme finissent les fastueuses courtisanes !

28. LE MÊME. - Tu me dis bonjour, maintenant que tes joues ne sont plus lisses comme le marbre et deviennent piquantes ; tu folâtres avec moi, maintenant que tu as coupé ces cheveux qui se déroulaient sur tes fières épaules. Orgueilleux, n'approche plus de moi ; que je ne te trouve plus sur mes pas : car au lieu de la rose je n'accepte pas une ronce.

29. CILLACTOR. - Un baiser est une douce chose ; qui dit le contraire ? Mais en demande-t-on le prix, le baiser devient plus amer que l'ellébore (35).

30. ANTIPATER. - Elle est toujours belle et juste l'expression d'Homère ; mais il n'a jamais mieux dit que lorsqu'il a appelé 
Vénus Chrysê la déesse d'or. En effet si tu apportes de l'or, ami, il n'y a plus de portier pour arrêter tes pas, plus de chien pour aboyer après toi ; mais si tu viens les mains vides, c'est alors Cerbère qui te barrera le passage. O les insatiables de richesses(36), combien à vous seules vous faites de mal aux pauvres gens !

31. LE MÊME. - Il y a eu l'âge d'or, l'âge d'argent, puis l'âge de fer ; la Vénus d'aujourd'hui appartient à ces trois âges ; elle honore celui qui lui apporte de l'or, elle ne repousse pas celui qui lui offre de l'argent ; elle accueille même celui qui n'a que de la monnaie de fer. Notre Vénus est une Nestor, la déesse de trois âges. J'estime que chez Danaé Jupiter n'est pas descendu en pluie d'or, mais qu'il est entré en apportant cent pièces d'or.

32. MARCUS ARGENTARIUS. - Mélissa (Abeille), tu fais tout ce que fait l'abeille ; je le sais, et dans mon coeur j'en porte la preuve. Tu distilles le miel sur nos lèvres par tes doux baisers : mais en tendant la main tu nous piques d'un aiguillon bien cruel.

33. PARMÉNION. - Souverain maître de l'Olympe, tu t'es introduit chez Danaé en pluie d'or, afin que la jeune fille se laissât prendre comme à un don, afin qu'elle n'eût pas peur comme en présence de Jupiter.

34. LE MÊME. - Jupiter pour de l'or (37) a eu Danaé ; et moi aussi je t'ai pour de l'or ; car je ne puis te donner plus que Jupiter.

35. RUFIN. - J'ai jugé les fesses de trois beautés. D'elles-mêmes m'ayant pris pour arbitre, elles me montrèrent à nu leur corps éblouissant. L'une avait les fesses d'une peau blanche et douce, et l'on y remarquait de petites fossettes, comme sur les joues d'une personne qui rit. L'autre, étendant les jambes, laissa voir une chair aussi blanche que la neige et des couleurs plus vermeilles que des roses. De la troisième la cuisse ressemblait à une mer tranquille, la peau délicate n'offrant que de légères ondulations. Si le berger Pâris eût vu ces fesses, il n'aurait plus voulu voir celles des déesses.

36. LE MÊME. - Grand débat entre Rhodope, Mélite et Rhodoclée : il s'agissait de savoir laquelle des trois a les plus belles cuisses, et c'est moi qu'elles prirent pour juge, debout et nues comme les fameuses déesses, sauf qu'il leur manquait le nectar. Les cuisses de Rhodope avaient l'éclat inappréciable d'une rose dont le zéphyr entrouvre le calice ; celles de Rhodoclée ressemblaient à du cristal avec des contours souples et polis comme une statue qui vient d'être inaugurée dans un temple. Mais je me suis rappelé tout ce qu'avait souffert Pâris par suite de son jugement , et j'ai immédiatement couronné les trois immortelles.

37. LE MÊME. - N'ouvre pas tes bras â la femme trop maigre, ni à la femme trop grasse ; préfère celle qui tient le milieu entre l'une et l'autre. A celle-ci il manque le suc et le jus de la chair ; celle-là en a à l'excès. N'accepte ni le moins ni le plus. 

38. NICARQUE. - Une belle grande femme me plaît, Simyle, même si elle touche à l'âge mûr, même si elle est vieille. Jeune, elle m'étreindra dans ses bras ; mais fût-elle âgée, vieille et ridée, elle servira encore à quelque chose (38).

39. LE MÊME. - Ne faut-il pas mourir (39) ? Que m'importe si c'est en boitant comme un goutteux ou en courant comme un athlète que j'arrive chez Pluton ! N'y aura-t-il pas assez de gens pour m'y porter ? Ainsi donc laissez-moi boiter : je ne renoncerai jamais sua joyeux festins (40).

40. LE MÊME. - (41) N'écoute pas ta mère, Philumène ; et si je pars, si je mets une fois le pied hors de la ville, ne tiens nul compte du blâme de la famille, moque-toi des parents, des amis, et avise à faire de meilleures affaires que moi. Mets tout en oeuvre nourris-toi bien, et écris-moi dans quelle villa, sur quel rivage tu mènes joyeuse vie. Essaye d'y faire une bonne pêche (42). Pense à payer le loyer, et s'il te reste quelque chose, achète-moi un manteau. Si à ce jeu tu deviens grosse, accouche (43), oui, accouche ; ne t'inquiète pas, le petit trouvera son père, quand il sera grand.

41. RUFIN. - Qui t'a mise ainsi à la porte toute nue?  qui t'a frappée ? qui a pu avoir un coeur si dur ? qui a pu être aveugle à ce point ? Sans doute qu'étant venu à l'improviste, il a trouvé un amant caché (44). O mon enfant, toutes les femmes font de même. Mais à l'avenir lorsqu'il sera chez toi et que l'autre sera dehors, ferme ta porte au verrou, pour qu'il ne t'arrive plus le même accident.

42. LE MÊME. - Je hais l'ingénue, je hais la prude : celleci est trop lente à céder, l'autre cède trop vite.

43. LE MÊME. - Il te met à la porte, parce qu'il a trouvé chez toi un amant, comme s'il était pur de tout adultère, comme s'il était disciple de Pythagore. Et tu pleures, mon enfant, tu te déchires le visage, tu te morfonds à la porte de ce furieux ! Essuie tes joues, ne pleure plus, petite : nous en trouverons un autre qui saura fermer les yeux et qui ne te battra pas.

44. LE MÊME. - Felouque et Gabarre, les deux courtisanes, sont toujours au mouillage dans la rade de Samos. Jeunes gens, jeunes gens, fuyez tous ces galères de Vénus. Celui qui s'y embarque est englouti dans les flots.

45. CILLACTOR. - La jeune fille doit ses meilleures recettes, non à l'art, mais à la nature.

46. PHILODÈME. - Bonjour. - Bonjour aussi. - Comment t'appelles-tu?  - Et toi ? Tu sauras plus tard mon nom. - Tu es bien pressée. - Et toi, ne l'es-tu pas ? - Est-ce que tu as quelqu'un ? - J'ai toujours celui qui m'aime. - Veux-tu aujourd'hui souper avec moi ? - Si tu veux. - Bien. Combien te faudra-t-il ? - Ne me donne rien d'avance.- C'est étrange. - Mais après la nuit tu me donneras ce que tu voudras. Tu es une équitable fille. Où demeures-tu ? Je t'enverrai chercher. - Apprends-le. D'un signe elle lui montre sa maison. - Quand viendras-tu ? - Si tu veux, de bonne heure.- Tout de suite. - Va devant.

47. RUFIN. - J'ai bien souvent désiré t'avoir la nuit près de moi, Thalie, pour assouvir l'ardeur de mon amour ; et maintenant que tu as étendu à mes côtés tes membres nus et charmants, frappé d'inertie je cède à la fatigue et au sommeil. O mon pauvre coeur, qu'as-tu ? réveille-toi, ne te laisse pas abattre : tu trouveras cette suprême félicité que tu souhaites (45).

48. LE MÊME. - Tes yeux ont l'éclat de l'or ; ton teint a la transparence du cristal ; ta bouche est plus charmante qu'un calice de rose ; ton cou est d'albâtre, tes seins sont de marbre. Thétis n'a pas d'aussi jolis pieds d'argent. Que si dans ta chevelure perce quelque blanche épine, je ne me trouble pas pour si peu de chose.

49. GALLUS. - Loquitur meretrix : sufficiet una tribus (46).

50. ANONYME. - La pauvreté et l'amour sont deux maux dont je souffre ; l'un, je le supporte encore ; mais je ne puis endurer le feu de l'amour.

51. ANONYME. - (L'amant discret). J'aimai, je demandai. j'obtins, je suis aimé. - Son nom ? sa famille ? par quels moyens ? - Vénus seule le sait [et le saura].

52. DIOSCORIDE. - Sur Arsinoé, la maîtresse de Sosipater. - Nous avions fait à l'amour le même serment. Ce serment garantissait à Sosipater la constante tendresse d'Arsinoé ; et voilà qu'Arsinoé est parjure, que ses promesses sont oubliées ; mais lui, il reste fidèle à ses engagements. Que la puissance des dieux tarde donc à se manifester ! O hyménée, puisses-tu entendre à la porte d'Arsinoé des sanglots qui lui reprochent sa trahison !

53. LE MÊME. - La séduisante Aristonoé m'a blessé au coeur, cher Adonis, en se frappant le sein devant ta chapelle funéraire. Si elle veut bien aussi m'accorder cette grâce de pleurer sur mon tombeau, point de retard, prends-moi pour t'accompagner aux sombres bords (47).

54. LE MÊME. - Quibus modis in uxorem gravidam utendum sit.

55. LE MÊME. - Cum Doride cubans, corporisque ejus rosarum compos, deus sibi esse videbatur.

56. LE MÊME. - J'aime à la folie ses lèvres roses au doux parler, vestibule d'une bouche divine, enivrante, ses yeux qui brillent sous de gracieux sourcils, filets où s'est pris mon coeur, ses seins plus blancs que le lait, bien appareilles, charmants ; d'une belle venue, plus frais qu'aucune corolle de fleurs. Mais que fais-je ? je montre une proie à des vautours. Les roseaux de Midas attestent le danger de trop parler.

57. MÉLÉAGRE. - Amour, si tu brùles trop souvent une âme (48) qui voltige vers ton flambeau, elle s'enfuira ; elle aussi, méchant, elle a des ailes.

58. ARCHIAS. - Petit amour, tu me cribles à outrance. Sur mon coeur épuise donc ton carquois, sans y laisser un seul trait, afin que seul je périsse sous tes coups, et que, si tu veux blesser quelque autre coeur, tu n'aies plus de flèche.

59. LE MÊME. - Fuis l'Amour. Peine inutile ! Comment à pied échapper à un dieu qui pour te poursuivre a des ailes ?

60. RUFIN. - Une jeune fille aux pieds d'argent se baigne, arrosant son beau sein plus blanc que le lait. Ses fesses arrondies frémissent d'un mouvement aussi souple que l'onde même. Sa main étendue couvre les charmes que révèle une saillie légère, non tout à fait, mais autant qu'elle peut en cacher.

61. LE MÊME. - Kontax, palus, pieu, lusus quoque in palaestris. Hic de alio ludo agitur.

62. RUFIN. - Les années n'ont pas encore effacé tes attraits ; il te reste bien des traces de ta première jeunesse. Tes grâces n'ont pas vieilli ; les roses de ton sein ont gardé leur fraîcheur, leur parfum. Ah ! combien ont brùlé de coeurs tes yeux naguère animés d'un feu divin I...

63. MARCUS ARGENTARIUS. - Antigona, tu étais primitive ment de Sicile; mais tu es devenue Étolienne, et de rnürn
côté, me voici Mède (49). 

64. ASCLÉPIADE. - 0 Jupiter, que la neige et la grêle ravagent la terre, répands les ténèbres, lance ta foudre, secoue les nuées les plus sombres. Si je péris sous tes coups, je m'arrêterai ; autrement si tu me laisses vivre, même en bouleversant davantage encore la nature, je continuerai mes fredaines ; car le dieu qui te maîtrise aussi m'entraîne, ô Jupiter, ce dieu auquel tu cédais lorsqu'en pluie d'or tu pénétrais dans une tour d'airain (50).

65. ANONYME. - Jupiter, sous la forme d'un aigle, descendit auprès du beau Ganymède ; cygne, il vola vers la blonde mère d'Hélène. Auprès de l'une et de l'autre, qu'il goûta de voluptés incomparables ! De ces voluptés, ceux-ci préfèrent la première, ceux-là la seconde. Quant à moi, toutes les deux sont de mon goût.

66. RUFIN. - Ayant vu Prodicé seule, je profitai de l'occasion pour me jeter en suppliant à ses genoux : "Sauve, lui dis-je, un homme bien près de mourir, conserve-moi le peu de vie qui me reste." Et elle, en m'entendant, se prit à pleurer ; puis elle essuya ses yeux, et de ses jolies mains elle me mit à la porte.

67. CAPITON. - La beauté sans la grâce plaît, mais ne captive pas ; elle est à peu près comme un appât sans hameçon.

68. LUCILLIUS OU POLÉMON. - Amour, ou bien supprime tout à fait le aimer, ou bien ajoute le être aimé, afin d'ôter le désir ou de le satisfaire (51).

69. RUFIN. - Minerve et la fière Junon, ayant vu Méonis, s'écrièrent l'une et l'autre en soupirant : "Ne nous désbabillons pas davantage. Un seul jugement de berger suffit : il n'est pas beau d'être vaincu deux fois sur une question de beauté."

70. LE MÊME. Tu as la beauté de Cypris, les lèvres de la Persuasion, la taille et la fraîcheur des Heures du printemps, la voix de Calliope, l'esprit et la retenue de Thémis et les mains de Minerve. Avec toi les grâces sont au nombre de quatre, [chère] Philé (52).

71. LE MÊME. - Ayant épousé la fille de Protomaque et de Nicomaque, Zénon, tu as du micmac dans ton ménage. Va chercher Lysimaque ton ami, le franc vaurien. Il aura pitié de toi, et il t'affranchira d'Andromaque, la fille de Protomaque (53).

72. LE MÊME. - Oui, voilà la vie, ce n'est pas autre chose, c'est le plaisir, arrière les chagrins ! L'existence de l'homme dure si peu ! Tout de suite donc du vin, des danses des couronnes de fleurs, des femmes ! Amusons-nous aujourd'hui, car qui peut compter sur demain ?

73. LE MÊME. - Dieux, je ne savais pas que Cythérée fût au bain, qu'elle eût dénoué sa belle chevelure. Pitié, ô déesse, pitié ! ne punis pas mes yeux qui ont vu tes charmes divins.  Ah! maintenant je reconnais mon erreur : c'est Rhodoclée, ce n'est pas Cypris. Mais alors d'où vient tant de beauté ? Sans doute qu'en te déshabillant tu as mis à nu la déesse.

74. LE MÊME. - Je t'envoie, Rhodoclée, cette couronne qu'avec de belles fleurs j'ai moi-même tressée de mes mains : il y a un lis, un bouton de rose, une anémone humide, un tiède narcisse, et la violette à l'éclat sombre. Ainsi couronnée, cesse d'être trop fière ! tu fleuris et tu finis, et toi et la couronne.

75. LE MÊME. - O Vénus, j'avais pour voisine la vierge Amymome qui me brûlait de tous les feux d'amour. Elle-même m'agaçait ; et un jour que l'occasion fut propice, j'osai. Elle rougit.  Bref, elle comprit mes tourments. J'achevai non sans peine. Maintenant j'entends parler de grossesse. Que ferai-je ? faut-il fuir ? faut-il rester ?

76. LE MÊME. - Autrefois j'avais la peau douce, le sein ferme, le pied mignon ; ma taille était élancée, mon sourcil bien arqué, ma chevelure ondoyante. Le temps, l'âge ont tout changé. Je n'ai plus rien des trésors de ma jeunesse : mes cheveux sont d'emprunt, mon visage est tout ridé et plus laid que celui d'un vieux singe.

77. LE MÊME. - Si eadem erat mulierum gratia post venereos amplexus atque ante illos, nulla esset viro satietas, semperque conjugem amaret; (sed non ita se res habet,) quippe omnes mulieres post concubitum ingratae videntur (54).

78. PLATON (55). - Mon âme, quand je donnais un baiser à Agathon, était sur mes lèvres ; elle y venait, la malheureuse, comme pour s'envoler.

79. LE MÊME. - Je te jette cette pomme ; si tu es disposée à m'aimer, reçois-la, et en retour, donne-moi ta virginité. Que si tu es contraire à mes voeux, reçois-la encore, et vois comme son éclat et sa fraîcheur sont peu durables.

80. LE MÊME. - Je suis une pomme ; quelqu'un qui t'aime, m'a jetée. Allons, cède à ses voeux, Xanthippe. Et toi et moi nous nous fanerons bientôt.

81. DENYS. - 0 toi qui vends des roses, tu es fraîche et jolie comme tes bouquets. Mais que vends-tu ? Vends-tu tes attraits ou des roses, ou bien des roses et tes attraits ?

82. ANONYME. - 0 ravissante baigneuse, est-ce un bain de feu que tu me prépares ? Je ne suis pas encore déshabillé, et déjà je sens les ardeurs de la flamme.

83. ANONYME. - Plût au ciel que je fusse le vent ! En marchant sous les rayons du soleil tu mettrais à nu ta poitrine, et tu recevrais mon souffle dans ton sein.

84. ANONYME. - Plût au ciel que je fusse une rose d'un pourpre tendre ! Tu me cueillerais de ta belle main, et tu me placerais sur ton sein plus blanc que la neige.

85. ASCLÉPIADE. - Tu gardes ta virginité ; et à quoi bon ? Car ce n'est pas quand tu seras chez Pluton, que tu trouveras un amant, jeune fille. C'est chez les vivants qu'on jouit des douceurs de Cypris. Aux bords de l'Achéron, ma belle, nous ne serons plus que des os et de la cendre (56).

86. CLAUDIEN. - Ne te fâche pas, cher Apollon ; mais toi aussi, toi qui lances au loin des traits rapides, tu as été atteint par les inévitables flèches de l'Amour ....

87. RUFIN. - Mélissias prétend ne pas aimer, et tout son corps témoigne qu'elle est criblée des flèches de l'Amour : sa démarche est chancelante ; elle respire à peine ; ses yeux sont caves et éteints. Allons, Amours, au nom de Cythérée votre mère, brûlez l'indocile jeune fille jusqu'à ce qu'elle en convienne et dise : "Je brûle !" 

88. LE MÊME. - Amour, si tu ne peux allumer une flamme suffisante pour deux coeurs, ou bien éteins celle qui n'en brûle qu'un, ou bien fais-la passer dans l'autre coeur.

89. MARCUS ARGENTARIUS. - Ce n'est pas aimer, que de vouloir posséder celle qui a reçu en, partage la beauté, c'est avoir des yeux intelligents ; mais qu'à la vue d'un laid visage, enivré comme par un philtre on s'éprenne, on s'enflamme, on perde la tête, voilà de l'amour, je reconnais ses feux. [Autrement c'est tout simple.] Le beau charme également tous ceux qui savent le reconnaître.

90. ANONYME. -  (57) Je t'envoie ce doux parfum, honorant le parfum (58) par un parfum, comme on offre du vin au dieu du vin.

91. ANONYME. - Je t'envoie un doux parfum, rendant service au parfum bien plus qu'à toi-même ; car tu peux, toi, parfumer même le parfum.

92. RUFIN. - Rhodope est fière parce qu'elle est jeune et belle. Si je lui dis bonjour, à peine me salue-t-elle d'un regard dédaigneux. S'il m'arrive de suspendre à sa porte des couronnes, elle les foule aux pieds avec orgueil, avec colère. 0 rides, ô vieillesse sans pitié, venez vite, hâtez-vous ; vous du moins vous fléchirez cette altière Rhodope.

93. LE MÊME. - Je me suis armé contre l'Amour d'une cuirasse, la raison. Il ne me vaincra pas si nous combattons seul à seul : mortel, je lutterai contre un immortel. Mais si Bacchus vient à son aide, que puis-je seul contre deux (59)?

94. LE MÊME. - Mélite, tu as les yeux de Junon, les doigts de Minerve, le sein de Cypris, les pieds de Thétis. Heureux qui te voit ! plus heureux qui t'entend ! Celui qui te donne un baiser est un demi-dieu, il est un dieu celui à qui tu le rends.

95. ANONYME. - Il y a quatre Grâces, deus Vénus et dix Muses ; car Dercylis est à la fois une Muse, une Grâce, une Vénus.

96. MÉLÉAGRE. - Timarion, ton baiser a de la glu, tes yeux ont de la flamme. Celui que tu regardes, tu le brûles ; celui que tu touches, tu le prends.

97. RUFIN. - Amour, si tu lances tes traits à la fois sur deux coeurs, tu es un dieu ; mais si tu n'en atteins qu'un seul, non tu n'es pas un dieu.

98. ARCHIAS. - Tends ton arc, Cypris, mais vise un autre but : je n'ai pas un endroit que tu n'aies criblé de tes traits.

99. ANONYME. - Hic verba artis musicae ad obscoena translata sunt. Castiore modo lusit de cytharistria Paulus Silentiarius, Anthol. Planud. 278 : Krouei d'amphoterois kai phrena kai kitharên.

100. ANONYME. - Si quelqu'un me blâme d'errer à l'aventure, esclave de l'amour, ayant aux yeux comme de la glu pour prendre les belles, qu'il sache bien que Jupiter, que Pluton, que Neptune sont aussi les esclaves du puissant Cupidon. Or si les dieux en sont réduits là, et si les hommes doivent suivre l'exemple des dieux, en quoi suis-je coupable de faire ce qu'ils font ?

101. ANONYME. - Bonjour, la jeune fille. - Bonjour. Quelle est cette femme qui s'avance? - Que vous importe ? J'ai mes raisons pour le demander. - C'est ma maîtresse. Peut-on espérer ? - Que demandez-vous ? - Une nuit. - Apportez-vous quelque chose ? - Un peu d'argent. - Il y a de l'espoir. - Voilà ce que j'apporte (ouvrant la main et montrant l'argent). - Ce n'est pas possible.

102. MARCUS ARGENTARIUS. - Tu verras Dosiclée , elle est bien maigre, c'est une beauté peu charnue, mais que ses moeurs sont honnêtes et pures ! Entre elle et moi il n'y aura pas grand' chose ; mais quand je la tiendrai dans mes bras, je sentirai son coeur de plus près.

103. RUFIN. - Jusqu'à quand, Prodicé, me désolerai-je ? Jusqu'à quand te supplierai-je à genoux, cruelle qui ne veux rien entendre ? Mais voici que quelques cheveux blancs me sautent aux yeux; bientôt tu vas te donner à moi, comme Hécube à Priam.

104. MARCUS ARGENTARIUS. - Lysidice, sans te défendre davantage, ôte cette tunique, et en t'approchant n'en rassemble pas à dessein les plis sur tes cuisses. Une étoffe aussi mince te protège mal, et je te vois toute nue sans te voir assez cependant. Si cela te semble gracieux, moi aussi, à ton exemple, je vais me courir d'un lin pudique.

105. LE MÊME. - Alterum quemdam mundum apud Menophilam, meretricem impurissimi oris, cernere licet. Agedum, astrologi, ad eam accedite, ejusque coelum contemplamini quod canem et geminos, astra notissima, intra se continet (60).

106. DIOTIME. - Vieille et chère nourrice, pourquoi hurler quand je m'approche et redoubler ainsi mes peines (61)? Tu conduis une belle jeune fille, et moi en marchant derrière elle, je suis mon chemin et me borne à contempler ses doux attraits. D'où vient, méchante, que tu te montres si jalouse de mes yeux ? Nous regardons bien les statues des immortels.

107. PHILODÈME. - "Ma belle, je sais aimer qui m'aime, mais aussi je sais mordre qui me mord. Ne me chagrine pas, moi qui t'aime éperdument, et garde-toi de provoquer le ressentiment des Muses." Voilà ce que je ne cessais de dire, mais tu étais aussi sourde à mes paroles que la mer d'Ionie. Aussi maintenant puisses-tu, à ton tour, pleurer et te lamenter ! Quant à moi, je suis heureux dans les bras de Naias.

108. CRINAGORAS. - Comment t'appellerai-je d'abord ? Infortunée ! Comment t'appellerai-je ensuite ? Infortunée ! C'est le
mot propre dans toutes les peines. Tu n'es plus, ô femme charmante, qui par la beauté des traits, par les qualités du coeur, avais atteint la perfection. On te nommait Proté (première), et avec raison; car rien n'égala tes grâces inimitables.

109. ANTIPATER. - Pour une drachme tu peux avoir Europe l'Athénienne, sans craindre de rival, sans encourir de refus. Tu trouveras de plus un bon lit, et s'il fait froid, du feu. Certes ce n'était pas la peine, Jupiter, de te faire taureau.

110. MARCUS ARGENTARIUS.- Esclave, verse dix cyathes en l'honneur de Lysidice, et pour la charmante Euphranté verses-en un seul. Tu diras que c'est Lysidice que j'aime le mieux.  Eh bien ! non, par Bacchus, dont je bois dans cette coupe le jus divin. Euphranté à elle seule en vaut dix ; la lune seule ne surpasse-t-elle pas en éclat les innombrables étoiles des cieux ?

111. ANTIPHILE.- Je l'ai dit, il y a longtemps, lorsque Térina était encore toute petite : elle incendiera tous les coeurs, quand elle sera grande. On se moquait du prophète. La voici arrivée, l'époque que j'annonçais. Moi tout d'abord j'avais pressenti les feux. Que faire ? la regarder ; c'est un brasier. Si j'y renonce, que de regrets ! Si je demande, c'est une vierge. Je suis perdu.

112. PHILODÈME. - J'ai aimé; mais qui n'a pas aimé ? J'ai couru les fêtes ; qui n'a pas recherché les parties de plaisir ? J'ai perdu la raison, mais sous quelle influence ? N'est-ce pas celle d'une déesse ? Assez, assez : à des cheveux noirs succèdent des cheveux blancs qui m'annoncent l'âge de la sagesse. Dans la saison des jeux, nous avons folâtré ; mais cette saison est passée, nous aurons des idées et des goûts meilleurs.

113. MARCUS ARGENTARIUS. - Riche ; tu étais amoureux, Sosicrate ; mais te voilà pauvre, et tu n'aimes plus : la faim est le remède de l'amour. Celle qui naguère t'appelait son parfum, son charmant Adonis, Ménophile te demande ton nom : "Qui es-tu ? quelle est ta famille ? de quel pays viens-tu ?" Enfin, tu comprends le proverbe : Qui n'a rien n'a point d'amis.

114. MÉCIUS.- La méchante Philistium, celle qui ne reçut jamais son amant sans se faire payer, paraît maintenant plus traitable que par le passé. Ce n'est pas une grande merveille ; je ne crois pas qu'elle ait changé pour cela de nature : n'arrive-t-il pas que l'impitoyable aspic devient plus doux? mais pour cela sa morsure n'en est pas moins mortelle.

115. PHILODÈME.- J'ai aimé Démo de Paphos, rien d'étonnant ; en second lieu, Démo la Samienne, passe encore ; puis, Démo d'Ionie, n'est-ce pas plaisant ? enfin Démo d'Argos. Sans doute les Parques elles-mêmes m'ont imposé le nom de Philodème (62), et voilà pourquoi j'aime toujours une Démo.

116. MARCUS ARGENTARIUS.- Commendat quidem poeta muliebrem amorem pro puerili, sed ita ut flagitiosum puerilis amoris remedium indicet (63).

117. MÉCIUS. - Le beau Cornélius m'éblouit et me brûle ; je crains sa lumière, je crains ses feux (64).

118. MARCUS ARGENTARIUS. - Isias, bien que ta douce haleine exhale en dormant (65)tous les parfums de l'Arabie, réveille toi et de mes mains amies reçois cette couronne. Les fleurs en sont fraîches écloses, mais vers l'aurore tu les verras fanées : c'est l'emblème de notre vie.

119. CRINAGORAS. - Crinagoras, tu as beau te retourner à droite, te retourner à gauche sur ta couche solitaire, tu n'y trouveras pas le sommeil, mais la fatigue, à moins que la charmante Gémella ne vienne se mettre au lit près de toi.

120. PHILODÈME. - Au milieu de la nuit, trompant le sommeil de mon mari, je suis venue, et me voilà malgré le brouillard et la pluie. Après cela, restons-nous sans rien dire, sans rien faire, dormons-nous ? il n'est pas permis aux amants de dormir (66).

121. LE MÊME. - Philémon est petite et brune, mais ses cheveux frisent comme du persil et sa peau est plus douce que du duvet ; parle-t-elle, sa parole a le charme du ceste de Vénus ; elle donne tout et ne demande rien. O belle Cypris, j'aimerai Philémon, telle qu'elle est, jusqu'à ce que j'en trouve une autre plus parfaite.

122. DIODORE. - Jeune homme, ne considère pas de tes deux yeux l'illustre Mégistoclès, quelque supérieur qu'il te paraisse en beauté, et bien qu'à son éclat il semble sortir du bain des Grâces ; car l'enfant n'est ni facile, ni sans malice ; mais tout le monde le courtise, et les Amours lui ont fait la leçon. Malheureux, crains d'attiser la flamme. 

123. PHILODÈME. - Astre des nuits dont le beau croissant protège les veillées, brille, ô lune, brille ! Que tes rayons pénètrent à travers nos fenêtres, éclaire la belle Callistium. Une immortelle ne saurait être jalouse des ébats d'un couple amoureux, et je sais, ô Lune, que tu proclames le bonheur de mon amante et le mien ; car Endymion a brûlé aussi ton coeur.

124. LE MÊME. - L'été est encore pour toi paré de boutons de rose, et la vigne, étalant ses grâces virginales ne noircit pas encore. Mais déjà les jeunes Amours aiguisent leurs flèches rapides, Lysidice, et la fumée s'échappe d'un brasier caché. Fuyons, malheureux amants, avant que la flèche ne soit posée sur l'arc. Bientôt, je le prédis, va éclater un incendie terrible.

125. BASSUS. - Je ne descendrai jamais en pluie d'or. Qu'un autre devienne taureau ou se change en cygne mélodieux. Ces plaisanteries peuvent plaire à Jupiter : qu'il en use. Pour moi je donne à Corinne deux oboles, et je ne m'envole pas.

126. PHILODÈME. - Moechus apud matronas multum impendit pecuniae, gravissimaque pericula subit (67).

127. MARCUS ARGENTARIUS. - J'aimais beaucoup la jeune Alcippe, et un jour elle voulut bien me recevoir dans sa chambrette. Nos poitrines palpitaient de crainte. Nous tremblions que quelqu'un ne survînt, qu'on ne vit indiscrètement nos ébats amoureux. Les chuchotements de la belle n'échappèrent pas à sa mère ; mais quand elle nous vit, soudain elle s'écria ....(68) "

128. LE MÊME. - Dans mes bras j'ai pressé Antigone, poitrine contre poitrine, sein contre sein, lèvres contre lèvres ; je tais le reste, m'en rapportant au témoignage de la lampe qui nous éclairait.

129. AUTOMÉDON. - Asiaticae saltatricis (69) modos ad nequitias versos lubricasque artes describit et miratur.

130. MÉCIUS. - Comme tu es triste, Philénis ! pourquoi tes cheveux sont-ils ainsi en désordre ? pourquoi tes yeux sont-ils baignés de larmes ? Est-ce que tu as vu ton amant en serrer une autre dans ses bras ? Dis-le moi. Je connais un remède à de tels chagrins. Tu pleures. Non, dis-tu. En vain tu cherches à le nier : les yeux sont plus croyables que la langue.

131. PHILODÈME. - Par le chant, par son babil, par un regard enchanteur, par sa voix, par le feu qui vient de s'allumer, Xanthippe va t'embraser, ô mon coeur. A quelle occasion, quand et comment, je ne sais ; tu le sauras, malheureux, quand tu seras en flamme.

132. LE MÊME. - 0 pied, ô jambe, ô charmes pour lesquels je me meurs, et c'est justice, ô épaules, sein, cou délié, ô mains, ô petits yeux qui font mon délire, ô mouvements divins, petits cris, baisers délicieux ! et que m'importe à moi qu'elle soit une Opique (70), même un peu brune (71) et qu'elle ne chante pas les vers de Sapho ! Persée fut bien amoureux de l'Éthiopienne Androméde.

133. MÉCTUS. - J'ai juré par toi, ô Vénus, que je passerais deux nuits de repos loin d'Hédylium ; mais comme je le suppose, tu as ri de mon serment, connaissant ma faiblesse. Non, je ne supporterai pas la seconde nuit, et je livre aux vents mon serment téméraire. J'aime mieux être parjure pour elle, que de mourir, ô déesse, pieusement victime de la foi jurée.

134. POSIDIPPE. - Amphore de Cécrops, verse ta rosée bachique, verse : je porte la santé des convives. Silence, cygne de l'école, Zénon ! Muse de Cléanthe, silence ! Nous ne nous soucions que de l'Amour, dieu cruel et charmant.

135. ANONYME. - Amphore aux flancs arrondis, à une seule anse, au long col, dont la bouche étroite murmure de doux sons, joyeuse servante de Bacchus, de Cythérée et des Muses, doux trésor des buveurs, riante amphore, pourquoi, si je suis vide, es-tu pleine ; et si je suis plein, es-tu vide ? Tu méconnais les lois de l'amitié.

136. MÉLÉAGRE. - Verse et dis : "Encore, encore, encore, à la santé d'Héliodora !" dis-le, mêlant ce doux nom au pur nectar. Et, en souvenir d'elle attache-moi cette couronne d'hier tout humide de parfums. Regarde, la rose amoureuse est en larmes, parce qu'elle la voit ailleurs, parce qu'elle ne la voit plus dans mes bras (72).

137. LE MÊME. - Verse : "A la santé d'Héliodora, la Persuasion et la Grâce !" Verse encore : "A la santé de la même, la charmante Cythérée !" Oui, pour moi elle seule est à l'état de déesse, elle dont je bois le doux nom mêlé au vin le plus pur.

138. DIOSCORIDE. - Athénien m'a chanté le cheval de Troie. Qu'il m'a été fatal ! Ilion était tout en feu, et moi je brûlai comme elle, sans qu'il ait été besoin des dix années de luttes et d'efforts des Grecs. Car dans un seul et même jour, Ilion et moi nous avons succombé.

139. MÉLÉAGRE. - Par le dieu Pan d'Arcadie, que ta lyre a de mélodie, Zénophile, que de mélodie a ta voix ! Où fuir ? De toutes parts les Amours m'assiègent ; ils ne me laissent pas respirer un seul instant. C'est ta taille qui me jette en extase, c'est ensuite ta voix, c'est ta grâce, c'est .... que dirai-je ? c'est toute ta personne : le feu me dévore.

140. LE MÊME. - Douces sont les Muses avec la lyre et leurs mélodies, douce est la persuasion avec sa parole sensée, douce est la beauté dont l'Amour est le guide (73). Zénophile, à toi l'empire des coeurs ; les Grâces te l'ont donné en te gratifiant de leur triple don, le chant, la persuasion, la beauté.

141. MÉLÉAGRE. - Oui, j'en atteste l'Amour, j'aime mieux entendre de mes oreilles la voix d'Héliodora que la lyre du fils de Latone.

142. ANONYME. - La rose est-elle la couronne de Denys, ou lui-même n'est-il pas la rose de la couronne ? Je le crois : la couronne a moins d'éclat que lui.

143. MÉLÉAGRE. - La couronne posée sur la tête d'Héliodora est éclipsée par l'éclat de sa beauté, couronne des couronnes (74).

144. LE MÊME. - Déjà laviolette blanche fleurit, le narcisse flenrit au bord des eaux, les lis fleurissent sur les montagnes ; mais la plus aimable de toutes,la fleur la plus fraîche éclose entre les fleurs, Zénophile s'épanouit comme une rose et en exhale le parfum. Prairies, pourquoi étalez-vous avec tant d'éclat vos riantes parures ? C'est en pure perte : l'enfant est plus belle que toutes vos couronnes (75). 

145. ASCLÉPIADE. - O couronnes, restez là suspendues à cette porte, sans secouer précipitamment vos feuilles, ces feuilles que j'ai trempées de mes pleurs. Combien en versent les yeux des amants ! Mais, sitôt que vous verrez entrouvrir la porte, épanchez sur sa tête votre amère rosée, afin que sa blonde chevelure s'abreuve mieux de mes larmes.

146. CALLIMAQUE. - Il y a quatre Grâces. Une nouvelle vient d'être par les dieux ajoutée aux trois autres, et elle est encore tout humide des parfums célestes. C'est Bérénice (76), charmante et entre toutes admirée, sans laquelle les Grâces mêmes ne seraient pas les Grâces.

147. MÉLÉAGRE. - Je tresserai la giroflée blanche, je tresserai le tendre narcisse avec les myrtes, je tresserai les lis riants, je tresserai le doux safran, et encore l'hyacinthe pourpré, et aussi je tresserai les roses chères à l'amour, afin que, sur les tempes embaumées d'Heliodora la couronne émaille de ses fleurs les belles boucles de sa chevelure (77).

148. LE MÊME. - J'affirme qu'un jour, dans la conversation, la charmante causeuse Héliodora surpassera les Grâces elles-mêmes en grâce. 

149. LE MÊME (78). - Qui m'a représenté Zénophile, l'étaire au doux parler ? Qui m'a amené ainsi une des trois Grâces ? Véritablement l'artiste a accompli là une oeuvre bien gracieuse, en me donnant la Grâce elle-méme, don plein de grâce (79) !

150. ASCLÉPIADE. - La célèbre Nico m'avait promis de venir cette nuit, elle l'avait même juré par l'auguste Cérès. Mais elle ne vient pas ; déjà la première veille s'est écoulée. Ah ! a-t-elle voulu être parjure ? Esclaves, éteignez la lampe.

151. MÉLÉAGRE. - Cousins au vol bruyant, qui sans pudeur vous abreuvez du sang des humains, monstres ailés des nuits, laissez, je vous en supplie, dormir un peu Zénophile, et nourrissez-vous de ma chair. Mais c'est en vain que je parle. Ces bêtes, que rien ne touche, se plaisent sur sa peau délicate qui les attire. Ah ! je vous le redis une fois encore , détestable engeance, cessez de montrer tant d'audace, ou vous connaîtrez la puissance de mes mains jalouses.

152. MÉLÉAGRE. - Vole pour moi, moucheron, léger messager, et effleurant l'oreille de Zénophile, murmure-lui ces mots :"Tout éveillé il t'attend, et toi, oublieuse de ceux qui t'aiment, tu dors !" - Va, vole ; ô l'ami des Muses, envole-toi ! mais parle-lui bien bas, de peur qu'éveillant celui qui dort à côté, tu ne déchaînes sur moi ses jalouses colères. Que si tu m'amènes la belle enfant, je te coifferai d'une peau de lion, ô moucheron sans pareil, et je te donnerai à porter dans ta main la massue d'Hercule (80).

153. ASCLÉPIADE. - Le doux visage de Nicarète cher aux Amours, qui se montre si souvent à la fenêtre élevée, les yeux bleus de Cléophon qui se tient sur le seuil le pâlit et le consume, ces yeux, chère Vénus, qui lancent de délicieux éclairs.

154. MÉLÉAGRE. - J'en atteste Cypris qui vogue sur l'azur des mers, Tryphéra est Tryphéra (délicate, charmante) aussi par la beauté (81).

155. LE MÊME. - Dans mon coeur l'Amour lui-même a peint Héliodora au doux parler, Héliodora mon âme et ma vie.

156. LE MÊME. - La tendre Asclépias, avec des yeux où se reflètent l'azur et le calme d'un ciel serein, persuade à tous de s'embarquer sur la mer des amours.

157. LE MÊME. - Ongle acéré d'Héliodora, tu as crû sous les auspices da l'amour ; car la moindre de tes égratignures pénètre jusqu'au coeur (82).

158. ASCLÉPIADE. - Je folâtrais un jour avec la facile Hermione. Elle avait, comme Vénus, une ceinture brodée en fleurs et avec des caractères d'or. On y lisait en toutes lettres : "Aime-moi, et ne t'afflige pas si quelque autre me possède (83)."

159. SIMONIDE. - Boïdion, la joueuse de flûte, et Pythias, naguère encore courtisanes, t'ont consacré, ô Cypris, leurs ceintures et leurs portraits. Marins et marchands, vos bourses savent ce qu'ont coûté ces portraits et ces ceintures.

160. MÉLÉAGRE (84). - Belle Démo, un autre te possède et jouit de tes faveurs ; moi, je souffre et je gémis. Si les charmes du sabbat t'entraînent, dois-je m'en étonner? Dans tes froides (85) cérémonies se trouve aussi le brûlant amour.

461. HÉDYLUS ou ASCLÉPIADE. - Euphro, Thaïs, Boïdion, dignes filles du Thrace Diomède, galères à vingt rangs de rames qui attirent à leurs bords les riches armateurs, ont jeté à la côte leurs amants, Agis, Cléophon, Antagoras, plus misérables, plus nus que des naufragés. Ah ! fuyez à toutes voiles les corsaires de Vénus : ils sont plus funestes que les Sirènes.

162. ASCLÉPIADE. - La jolie Philénium m'a blessé ; si la blessure n'est pas visible, la douleur néanmoins a pénétré jusqu'au bout des ongles. C'en est fait, Amours ; je suis perdu, je suis mort ; car j'ai mis imprudemment le pied sur une vipère, et elle m'a fait une piqûre mortelle.

163. MÉLÉAGRE. - Abeille qui vis du suc des fleurs, pourquoi, t'élançant de leurs calices parfumés, viens-tu te poser sur Héliodora ? Est-ce que tu veux nous apprendre qu'elle aussi a dans son coeur l'aiguillon de l'Amour, si doux et si amer?  Oui, ce me semble, tu l'as dit. Eh bien ! bonne conseillère, retourne à tes fleurs. Depuis longtemps nous le savons aussi bien que toi.

164. ASCLÉPIADE. - 0 nuit, je te prends à témoin, toi seule ! Vois comme Pythias, la fille de Nico, me trompe : c'est une amie sans foi. Invité par elle, bien invité, je viens .... Ah ! puisse-t-elle se plaindre à son tour d'un même affront, suppliante au seuil de ma maison !

165. MÉLÉAGRE. - Je te demande une grâce, ô nuit, mère de tous les dieux, nuit qui m'est chère, une seule grâce, nuit auguste et sacrée, compagne des orgies amoureuses, si quelque rival sous la couverture d'Héliodora se réchauffe à ces charmes qui éloignent le sommeil, que la lampe s'éteigne, et que dans les bras de son amante il s'endorme d'un profond sommeil comme un autre Endymion (86).

166. LE MÊME. - 0 nuit, ô amour d'Héliodora qui me tiens éveillé, ô morsures accompagnées de larmes que l'odieux matin provoque, lui reste-t-il des souvenirs de ma tendresse, et mes baisers reviennent-ils à sa mémoire, réchauffent-ils sa froide imagination ? Dort-elle avec mes larmes ? Aime-t-elle à prolonger un rêve qui lui rappelle mon image ? Ou bien s'abandonne-t-elle à un nouvel amour, à de nouveaux ébats ? O lampe, n'éclaire jamais de telles perfidies, veille bien sur celle que je t'ai confiée.

167. ASCLÉPIADE. - Il pleuvait, il faisait nuit, et pour comble de misère en amour, j'avais bu. Le vent était glacé, et j'étais seul, mais ma belle triomphait de tous les obstacles. "O Jupiter, m'écriai-je tout trempé de pluie, si par un temps pareil tu es venu faire le pied de grue à plus d'une porte, jusqu'à quand, Jupiter (87), feras-tu pleuvoir ? Calme la tempête, et toi aussi tu as connu l'amour."

168. ANONYME. - Que le feu, la neige, la foudre, si tu veux, m'accablent ; jette-moi au fond des précipices, dans les abîmes de la mer. Celui qui est épuisé par les chagrins du coeur et dompté par l'amour, celui-là, la foudre même ne Jupiter ne saurait l'anéantir.

169. ACLÉPIADE. - Douce est en été la neige aux buveurs, douce est après l'hiver la couronne du printemps aux matelots, plus douce encore est pour les amoureux la couverture qui les abrite, plus doux est l'hymne que chantent à Vénus deux coeurs bien épris.

170. NOSSIS. - Rien n'est plus doux que l'amour ; tous les autres bonheurs ne viennent qu'après. Je trouve même au miel moins de douceur. Nossis ajoute : "Celui que Vénus aime et protège, seul connaît ce que valent ses roses."

171. MÉLÉAGRE. - La coupe a souri de joie, elle a touché, dit-elle, la lèvre éloquente de l'aimable Zénophile. Qu'elle est heureuse ! O si, appliquant aussi bien ses lèvres à mes lèvres, Zénophile buvait en moi d'une seule haleine toute mon âme !

172. LE MÊME. - Étoile du matin,pourquoi,ennemie des amoureux, m'es-tu survenue si vite sur ma couche, lorsqu'à peine je commençais à me réchauffer auprès de ma chère Démo ! Puisses-tu, rebroussant chemin au plus tôt, devenir l'étoile du soir, ô toi qui lances une douce lumière si amère pour moi ! Déjà autrefois tu t'es rencontrée chez Alcmène avec Jupiter, et tu u ignores pas comment on s'en retourne (88).

173. LE MÊME. - Étoile du matin, cruelle aux amants, pourquoi tournes-tu si lentement autour du monde, maintenant qu'un autre se réchauffe sous la couverture de Démo ? Ah ! lorsque je tenais dans mes bras cette belle à la taille élancée, tu m'arrivais bien vite, comme pour me frapper d'une lumière qui riait de mes maux (89).

174. LE MÊME. - Tu dors, Zénophile, tendre tige ! puissé-je sur toi, maintenant, comme un sommeil ailé, pénétrer dans tes paupières, et n'en plus bouger, afin que pas même lui, lui qui charme les yeux de Jupiter, n'habite en toi, et que je te possède seul !

175. LE MÊME. - Je sais que tu trahis ma foi : tes cheveux, tout humides encore de parfums, dénoncent ta vie dissolue ; tes yeux, appesantis par la fatigue, montrent bien que tu as passé la nuit ; cette couronne qui te serre le front prouve que tu sors d'un festin ; tes cheveux en désordre portent les traces de mains amoureuses, et tous tes membres chancellent sous les vapeurs du vin. Va-t'en, femme au coeur banal ; le luth de l'orgie t'appelle; entends-tu le bruit des castagnettes lascives ?

176. LE MÉME. - Terrible est l'Amour, oui terrible. Mais à quoi bon dire encore et redire en gémissant, terrible est l'Amour ? Car l'enfant rit de nos invectives, elles l'enchantent ; il se nourrit de nos larmes et de nos injures. C'est toujours un étonnement pour moi que vous qui êtes sortie du sein de l'onde, ô Vénus, vous ayez pu avec des éléments humides enfanter du feu.

177. LE MÊME. - Je réclame et signale l'Amour, le traître Amour qui vient ce matin même de s'envoler de mon lit. C'est un enfant qui pleure avec charme, parlant toujours, vif et léger, que rien n'effraye, qui rit d'un air malin, ayant des ailes et un carquois. Je ne saurais dire quel est son père : ni le ciel, ni la terre, ni la mer ne se vantent de lui avoir donné le jour ; car partout et de tous il est détesté. Gardez-vous que dans vos âmes il ne tende ses filets. Mais le voici ! il est à son gîte. Je te vois bien, petit archer : tu es blotti dans les yeux de Zénophille (90).

178. MÉLÉAGRE. - Qu'on le vende, tout endormi qu'il est dans les bras de sa mère, qu'on le vende. Pourquoi nourrir cet être dangereux ? Il est ailé, camus ; ses ongles égratignent ; il pleure, puis il éclate de rire ; de plus il est obstiné, babillard, curieux, farouche, et sans pitié même pour sa mère. C'est un monstre fini. Donc il sera vendu. S'il est quelque marchand près de mettre à la voile qui veuille acheter un enfant, qu'il s'avance. Mais voilà qu'il pleure, qu'il supplie. Eh bien ! je ne te vends plus, rassure-toi et reste ici ; on t'y élèvera près de Zénophile (91).

179. LE MÊME. - Oui, par Cypris, Amour, je livrerai au feu toutes tes armes, arc, flèches; carquois ; je les brûlerai. A quoi bon cet air fat, ces ris moqueurs, cette moue insolente ? Bientôt peut-être tu ne riras pas de bon coeur. Car je vais te couper ces ailes, messagères des désirs, et t'enchaîner les pieds dans des entraves d'airain. Pourtant nous risquons d'engager une lutte aussi funeste que celle de Cadmus, en t'attachant trop près de nous : c'est mettre le lynx dans le bercail. Va-t'en donc au loin, dieu trop difficile à vaincre, ajoute des talonnières à tes ailes, et prends ton vol vers d'autres malheureux.

180. LE MÊME. - Quoi d'étonnant si le cruel Amour lance des traits de feu, et si sur ses jolies lèvres éclate un rire amer ? Sa mère n'aime-t-elle pas Mars, n'est-elle pas l'épouse de Vulcain ? Sa vie se passe entre le feu et le fer. La mère de sa mère, c'est l'onde azurée qui, au souffle des vents, se soulève et mugit. Il n'a pas de père connu. C'est pour cela que l'Amour a les feux de Vulcain, que sa colère est égale à celle des flots, et qu'il se sert des traits ensanglantés de Mars.

181. ASCLÉPIADE. - Carion (92), prends-nous trois pastilles à brûler, mais tu les choisiras, et cinq couronnes de roses, de roses uniquement. Tu dis que tu n'as pas d'argent ? nous sommes volé. Ne me rouera-t-on pas ce Lapithe ? Nous avons un pirate, non un serviteur. Ne vous pilles-tu pas ? non ? Apporte le compte. Viens, Phryné, avec les jetons à compter. O rusé renard ! Vin, cinq drachmes ; saucisson, deux drachmes ; oreilles de cochon, cinq drachmes ; lièvre, thon, sésame, miel..., demain, nous compterons tout cela. Mais aujourd'hui va chez Aeschra la parfumeuse avec cinq statères. Dis-lui comme mot d'ordre qu'elle a eu pour Bacchon cinq fois de suite des complaisances dont le lit peut porter témoignage.

182. MÉLÉAGRE. - Dis-lui cela, Dorcas, dis-lui et redis-lui, ô Dorcas, deux et trois fois toutes choses. Cours, ne tarde plus, vole. - Un instant, un instant encore, chère Dorcas, attends un peu ; pourquoi te hâter avant d'avoir tout entendu ? Ajoute à ce que j'ai dit dès longtemps ; ajoute .... Mais je déraisonne de plus en plus, ne dis rien, absolument rien..., ou seulement .... non, dis tout, ne t'épargne pas à tout dire .... Et cependant pourquoi est-ce que je t'envoie, ô Dorcas ? me voilà arrivé moi-même avec toi et avant toi (93).

183. POSIDIPPE. - Il y a quatre buveurs, chacun a sa maîtresse. Pour huit que nous sommes une seule cruche de Chios ne suffit pas. Esclave, va chez Aristion, dis-lui d'envoyer tout d'abord une demi-cruche. Cela fera bien certainement deux conges ; et je crois que nous lui en demanderons davantage. Allons, dépêche-toi, car à la cinquième heure nous nous réunissons (94).

184. MÉLÉAGRE. - Je le sais bien, rien ne m'a échappé. Pour quoi prendre à témoin les dieux ?  Rien ne m'a échappé, te disje. Plus de serments ; je sais tout. Voilà donc, parjure, pourquoi tu voulais coucher seule. Quelle audace ! et maintenant. maintenant encore elle dit qu'elle était seule. Ce bel amant ne t'appelle-t-il pas (95)? Je devrais bien le .... Mais pourquoi des menaces ? Va-t'en, monstre, va-t'en au plus vite. Mais je te ferais trop de plaisir ; je sais que tu veux le rejoindre. Reste donc ici sous les verrous.

185. ASCLÉPIADE. - Va au marché, Démétrius, et prends chez Amyntas trois ombres, dix gobies et deux douzaines de crevettes (il te les comptera lui-même), et reviens. Rapporte aussi de chez Thauborius six couronnes de roses. En passant, invite (96) Tryphéra à venir sans se faire attendre.

186. POSIDIPPE. - Ne crois pas me tromper par tes larmes attendrissantes, Philénis; je sais à quoi m'en tenir : oui, tu n'aimes personne plus que moi, tout le temps que nous sommes couchés ensemble. Mais si un autre te pressait dans ses bras, tu lui dirais hardiment que tu l'aimes mieux que moi.

187. MÉLÉAGRE. - Dorcas, dis à Lycénis : Vois comme elle est prise, celle qui n'aime pas sincèrement. Le temps dévoile la fausseté de l'amour (97).

188. LÉONIDAS. - Je ne dis rien qui puisse offenser l'Amour, c'est un dieu doux et bon. J'en prends à témoin sa mère. Mais je sers de but à un arc bien perfide, et je ne suis plus que cendre. Des traits brûlants succèdent à des traits brûlants, et l'arc ne se repose pas une minute. Ah ! si un mortel pouvait se soustraire au méchant .... mais un mortel peut-il échapper à un dieu ? Je serai moins malheureux en supportant tout avec patience (98).

189. ASCLÉPIADE. - C'est l'hiver ; les Pléiades sont au milieu de leur course, la nuit va disparaître ; et moi, sous les fenêtres d'Hélène (99), je me promène tout ruisselant de pluie et blessé par ses charmes ; car Vénus ne m'a pas mis au coeur seulement de l'amour, elle m'a décoché un trait douloureux et brûlant.

190. MÉLÉAGRE. - Amer est le flot de l'amour ; le souffle de ses jalousies ôte le sommeil ; les parages de ses joies sont pleins de tempêtes. Oû suis-je entraîné à la dérive ? La raison vogue à l'aventure sans gouvernail. Est-ce que, de nouveau, nous allons voir Tryphère, une autre Scylla (100)'?

191. LE MÉME. - Astres, et toi, lune qui brilles si belle aux amants, Nuit, et toi, petit instrument compagnon des sérénades, est-ce que je la trouverai encore l'amoureuse, sur sa couche, tout éveillée, et se plaignant à sa lampe solitaire ? Ou bien en a-t-elle un autre à ses côtes ? Au-dessus de sa porte, alors, je suspendrai ces couronnes suppliantes, non sans les avoir fanées auparavant de mes larmes, et j'y inscrirai ces mots : "A toi, Cypris, Méléagre, l'initié de tes jeux, a suspendu ici ces dépouilles de sa tendresse (101)."

192. MÉLÉAGRE. - Si tu as vu Callistion nue, ami, tu dois dire : "La double lettre des Syracusains n'y est plus (102)."

193. DIOSCORIDE. - La charmante Clio s'est emparée de mon coeur, Adonis, en frappant son sein plus blanc que du lait, dans ta veillée et devant ton image. Ah ! si elle veut bien m'accorder aussi cette grâce de pleurer sur mon tombeau, sans retard prends-moi pour t'accompagner aux sombres bords (103).

194. POSIDIPPE ou ASCLÉPIADE. - Les Amours eux-mêmes ont admiré la belle Irénium, ayant quitté pour la voir les splendides demeures de Cypris leur mère. De sa chevelure à ses pieds, tout en elle était pudique et charmant, comme une statue du plus beau marbre de Paros remplie de grâces virginales. Aussi de la corde pourprée de leurs arcs, les Amours ont-ils aussitôt lancé un nombre infini de flèches aux coeurs des jeunes gens.

195. MÉLÉAGRE. - Les trois Grâces ont accordé à la jeune épouse Zénophile un triple don, un triple gage deun beauté ; l'une sur son teint a mis le désir, l'autre le charme dans sa tournure, la troisième a mis dans sa bouche les doux propos. Trois fois heureuse, celle dont Vénus a préparé la couche, dont la Persuasion dicte le langage, et dont l'Amour a dessiné les traits.

196. LE MÊME. - A Zénophile l'Amour a donné la beauté et Cypris un charme qui partout la suit ; les Grâces lui ont donné la grâce.

197. LE MÊME. - J'en jure par la frisure de Timo aux belles boucles amoureuses, par le corps odorant de Démo, dont le parfum enchante les songes, j'en jure encore par les jeux aimables d'llias, j'en jure par cette lampe vigilante qui s'enivre, chaque nuit, de mes chansons, je n'ai plus sur les lèvres qu'un tout petit souffle que tu m'as laissé, Amour ; mais si tu le veux, dis, et ce reste encore, je l'exhalerai (104).

198. LE MÉME. - O (105) que les boucles de cheveux de Timo sont belles ! Qu'elles sont riches les sandales d'Héliodora ! Que le portique de Démarion est parfumé ! Qu'il est charmant le sourire d'Anticlée aux grands yeux ! Que les couronnes de Dorothée sont fraîches ! Non, ton carquois d'or, Amour, ne renferme plus de traits à me lancer : toutes tes flèches sont dans mon coeur.

199. HÉDYLUS. - Le vin et des libations ont endormi Aglaonice, libations perfides, et aussi le doux amour, l'amour de Nicagoras. Par Aglaonice sont consacrées à Cyprin ces offrandes encore humides de parfums, dépouilles de luttes amoureuses, ses sandales, ses molles ceintures arrachées des seins qu'elles protégeaient, témoignages de son sommeil et de sa résistance.

200. ANONYME. - Alexo consacre au doux et voluptueux Priape son voile de safran, sa ceinture encore humide de parfums, et de sombres couronnes de lierre, pieux souvenirs de la veillée (106).

201. ANONYME. - Léontis a veillé jusqu'au lever de l'astre du jour, heureuse dans les bras du beau Sthénius. Aussi consacre-t-elle à Vénus ce luth cher aux Muses en mémoire de cette veillée.

202. ASCLÉPIADE ou POSIDIPPE. - Plangone a dédié ce fouet et ces rênes brillantes sous le portique de Vénus équestre, après avoir vaincu à la course Philénis, sur le soir, lorsque les coursiers étaient pleins de désirs et d'ardeurs. Chère Vénus, accorde-lui la gloire d'un vrai triomphe, et fais que le souvenir s'en perpétue à jamais.

203. ASCLÉPIADE. - Vénus, Lysidice t'offre cet éperon d'or, bel aiguillon des courses équestres. Il a fait galoper plus d'une jument paresseuse ; mais ses flancs à elle n'ont jamais été ensanglantés, grâce à la légèreté de ses allures ; car sans être aiguillonnée, elle fournissait sa course ; et c'est pour cela qu'elle suspend cette arme d'or au milieu de ton temple.

204. MÉLÉAGRE. - Timarion, autrefois élégant et solide esquif, est désemparé des agrès de l'Amour. Son dos est courbé comme la vergue d'un mât, ses cheveux blancs sont épars comme des cordages. Ses seins pendent et flottent ainsi que des voiles détendues, et les rides que produit le choc des vagues sillonnent ses flancs. Plus bas tout est envahi par le eaux de la sentine ; dans la carène, la mer entre et bouillonne. Les genoux lui tremblent comme agités par le roulis. Malheureux, il naviguera sur le Styx, de son vivant, celui qui montera à bord de cette vieille galère, cercueil ambulant (107).

205. ANONYME. - L'iynx (108) de Nico, qui sait attirer un amant à travers les flots et faire sortir les enfants de la chambre de leur mère, qui, taillée dans une améthyste diaphane, est toute parsemée d'or, Nico te la consacre, ô Cyprin, comme son bien, son trésor, avec la laine rouge d'un tendre agneau qui s'y enroule ; elle l'avait reçue en présent d'une magicienne de Larinse.

206. LÉ0NIDAS. - Mélo et Satyre, filles d'Antigénide, laborieuses desservantes des Muses, devenues vieilles, ont fait ces offrandes : Mélo a consacré aux Muses de Pimplée ces flûtes qu'elle effleura d'un souffle rapide, et l'étui en bois qui les renferme. La tendre Satyre a consacré cette syrinx, dont elle-même a réuni les tuyaux avec de la cire, nocturne compagne des buveurs, douce flûte avec laquelle, toute la nuit, elle attendait l'Aurore, chantant (109) aux portes [avec les amoureux].

207. ASCLÉPIADE. - Les Samiennes Bitto et Nannium ne veulent pas aller au temple de Vénus pour y obéir à ses lois. Elles s'abandonnent à d'autres voluptés qui ne sont pas légitimes. Puissante déesse, punis les transfuges de ton culte et de tes plaisirs !

208. MÉLÉAGRE. - Furori in pueros valedicit, causa allata, quod voluptas non sit communis (110).

209. POSIDIPPE ou ASCLÉPIADE. - Vénus de Paphos, sur ton rivage Cléandre a vu Nico nageant dans la mer azurée, et dans son coeur il a jailli de la belle nageuse une flamme ardente, attisée encore par l'Amour. Pour lui, il est sur la plage comme un naufragé, tandis qu'elle, du sein des flots, gagne les bords hospitaliers. Maintenant un égal amour les unit tous deux : ils ne sont pas perdus les voeux qu'on fait sur ces rivages.

210. ASCLÉPIADE. - Par ses charmes, Didymé m'a ravi mon coeur. Hélas ! je fonds comme de la cire, en voyant combien elle est belle. Elle est noire, et qu'importe ? Les charbons aussi sont noirs ; mais quand ils sont en feu, ils brillent comme des calices de roses.

211 . POSIDIPPE. - Larmes et rires, pourquoi me poussez-vous, avant que je sois échappé aux feux de Cyprin, dans une autre fournaise? Je ne cesse pas un instant d'aimer. Toujours Vénus m'apporte de nouvelles peines ; ses tourments passés l'Amour fait succéder d'autres tourments (111).

212. MÉLÉAGRE. - Le son de l'amour plonge sans cesse en mes oreilles, mon oeil offre en silence sa douce larme aux désirs ; ni la nuit ni le jour n'ont endormi le mal, mais l'empreinte des philtres est déjà reconnaissable à plus d'un endroit dans mon coeur. O volages Amours ! n'auriez-vous des ailes que pour voler vers moi, et n'en avez-vous pas, si peu que ce soit, pour vous envoler (112) ?

213. POSIDIPPE. - Pythias (113), si elle a (114) quelqu'un, je m'en vais ; mais si elle dort seule, je t'en supplie, fais-moi entrer. Dis-lui pour qu'elle me reconnaisse, qu'ivre et à tâtons je suis venu conduit par un guide bien hardi, par l'Amour.

214. MÉLÉAGRE. - L'Amour qui me possède est un joueur de ballon. A toi, Héliodora, il lance le coeur qui palpite dans mon sein. Allons, laisse le Désir prendre part au jeu. Que si tu me rejettes loin de toi, je ne supporterai pas cet outrage contraire aux lois de la palestre.

215. LE MÊME. - Amour, ma passion pour Héliodora ne me laisse pas dormir ; je t'en prie, accorde-moi un peu de sommeil, par égard pour ma Muse suppliante. Autrement, je le jure par ton arc, par cet arc qui ne sait frapper que moi, qui sur moi épuise tous ses traits, je laisserai cette inscription pour ma tombe: "Passant, vois un assassinat de l'Amour."

216. AGATHIAS. - Si tu aimes, n'abaisse pas ton âme jusqu'à d'humbles supplications, mais montre un peu de fermeté, porte la tête haute, et qu'en même temps dans ton regard on voie de l'indulgence, de la bonté. D'ordinaire les femmes dédaignent les superbes et se rient des faibles. Il est un amoureux parfait, celui qui sait unir un caractère sensible à une certaine fierté.

217. PAUL LE SILENTIAIRE. - Jupiter, ayant pénétré en pluie d'or dans la tour d'airain de Danaé, dénoua la ceinture virginale de la jeune fille. Ce mythe signifie que l'or, cet universel vainqueur, triomphe des murs les plus épais, des chaînes les plus fortes. L'or se joue de toutes les entraves, de toutes les clefs ; il fait baisser la tête aux plus altières beautés, et l'âme même de Danaé a fléchi à sa vue. Qu'aucun amant donc n'implore la déesse de Paphos en lui offrant de l'argent: [c'est de l'or qu'il faut lui offrir.]

218. AGATHIAS. - Le fier Polémon, celui qui dans une pièce de Ménandre coupe les cheveux de son épouse Glycère, a trouvé un imitateur dans un nouveau Polémon, qui, d'une main hardie, a dévasté la chevelure de Rhodanthe, et qui, à l'oeuvre de la comédie mêlant des douleurs tragiques, a flagellé les membres délicats de la jeune fille. Châtiment bien cruel ! Car en quoi était-elle si coupable d'avoir pris en pitié ma peine et mes tourments ? Le méchant, il nous a, de plus, séparés ; il ne nous permet pas de nous voir, tant il est jaloux ! Mais cependant il est le haï (ho misoumenos), et moi le furieux(ho duskolos), ne voyant plus la belle aux cheveux coupés (hê perikeiromenê) (115)

219. PAUL LE SILENTIAIRE. - Dérobons à tous les regards, chère Rhodope, nos caresses, nos ébats, nos mystères d'amour. Il est doux de se cacher, de se soustraire aux avides regards des curieux. Oh ! combien une faveur secrète, mystérieuse, est cent fois plus douce qu'une faveur qui a le ciel et les hommes pour témoins !

220. AGATHIAS. - Bien que l'âge t'ait maintenant calmé et que le feu des passions se soit éteint, tu devrais, ô Cléobule, te rappeler les affections de ta jeunesse et compatir aux peines des jeunes coeurs. Fallait-il, pour un accident si commun, te fâcher tout rouge et arracher les cheveux d'une belle jeune fille ? Naguère cette enfant te regardait comme son père, et voilà que tout à coup tu deviens son bourreau.

221. PAUL LE SILENTIAIRE. - Jusques à quand, évitant la rencontre de nos regards enflammés, ne nous lancerons-nous plus quelques taillades furtives et mystérieuses ? Il faut faire connaître nos sentiments et nos voeux ; et si l'on empêche les douces étreintes de l'union qui doit finir nos peines, le fer sera pour nous deux le remède à nos maux. Ne sera-t-il pas plus doux de jouir ensemble et pour toujours du bienfait de la vie ou de la mort?  

222. AGATHIAS. -Toutes les fois que la jeune fille (116) prend le plectre et touche la cithare, elle rivalise avec le jeu de Terpsichore. Déclame-t-elle une scène tragique, c'est la grande voix de Melpomène qui résonne. S'il s'agissait de savoir quelle est la plus belle, Vénus elle-même serait vaincue, Pâris fùt-il le juge. Silence sur ce qui nous touche, car Bacchus pourrait nous entendre, et de nouveau convoiter la couche d'Ariadne.

223. MACÉDONIUS. - Lucifer, ne trouble point l'oeuvre de l'Amour. Trop voisin de Mars, ne suis pas son exemple, n'aie pas un coeur impitoyable. Mais de même qu'envoyant le Soleil dans la chambre de Clymène tu as ralenti ta course rapide aux portes de l'orient, ainsi dans cette nuit qui commence à peine ne viens que lentement, comme chez les Cimmériens.

224. LE MÊME. - Amour, laisse mon coeur et mon foie (117) ; et si tu désires frapper, cherche quelque autre partie de mon corps.

225. LE MÊME. - J'ai une blessure, l'amour, blessure qui ne se ferme pas, et d'où sans cesse coule le plus pur de mon sang sous forme de larmes. Ma plaie m'a totalement épuisé, et Machaon lui-même n'a pas de remèdes qui puissent la guérir. Jeune fille, je suis Télèphe ; sois le fidèle Achille. Par ta beauté, guéris le mal que ta beauté a fait.

226. PAUL LE SILENTIAIRE. - O mes yeux, jusqu'à quand vous abreuverez-vous du nectar des Amours ? Serez-vous toujours altérés de beauté, buveurs insatiables ? Fuyons au loin, aussi loin que possible, et dans le calme de la solitude j'offrirai à Cypris pacifiée des libations de miel et de lait. Mais si là même je suis encore pris de passions, soyez, mes yeux, à jamais noyés dans les larmes, subissant une punition bien méritée; car c'est par votre faute, hélas ! que nous avons été la proie des flammes.

227. MACÉDONIUS. - Chaque année on vendange les vignes, et en coupant les grappes le vendangeur ne maudit pas les vrilles qui serpentent. Mais toi, doux trésor de mon âme, je t'enlace mollement dans mes bras, et je fais ma vendange amoureuse sans attendre l'été, ni un autre printemps, parce que tu es toujours chargée de fruits et charmante. Ainsi puisses-tu toujours être jeune et belle ! mais s'il te survient quelque ride, une vrille qui s'égare, je le supporterai sans cesser de t'aimer.

228. PAUL LE SILENTIAIRE. - Dis, pour qui friseras-tu encore ta chevelure ? Pour qui couperas-tu tes ongles, parfumeras-tu tes mains ? Dans quel but orneras-tu ton manteau d'une bande de pourpre, n'ayant plus à t'approcher de la belle Rhodope ? De ces yeux qui n'ont plus l'occasion de voir Rhodope, je ne me soucie pas même de voir le lever de la brillante aurore.

229. MACÉDONIUS (118). - Un pâtre, en voyant Niobé pleurante, s'étonna qu'un rocher pût ainsi verser des larmes ; et moi, qui gémis dans les ténèbres d'une nuit si longue, je ne puis toucher Évippé, vrai rocher vivant. L'amour est pour tous deux la cause de nos peines ; Niobé pleure sur ses enfants, je pleure sur mon amante.

230. PAUL LE SILENTIAIRE. - La blonde Doris, ayant pris un cheveu de sa tète, me lia les mains, comme si j'étais son prisonnier. D'abord je me mis à rire aux éclats, pensant qu'il me serait facile de briser ce lien de l'aimable Doris. Mais dès que je vis que je n'avais pas la force de le rompre, je poussai des gémissements comme un homme chargé de chaines et pris dans des entraves ; et maintenant, ô honte ! ô misère ! je suis suspendu à ce cheveu, obligé d'aller partout où ma maîtresse m'entraîne.

231. MACÉDONIUS. - Tu armes ta bouche de grâce, ton teint de fleurs (119), tes yeux d'amour, ta main d'une lyre ; tu t'empares de nos yeux par ta vue, de nos oreilles par ta voix ; de toute manière tu fais ta proie des pauvres humains.

232. PAUL LE SILENTIAIRE. - Quand j'embrasse Hippoménès, je pense à Léandre ; les baisers de Léandre me rappellent l'image de Xanthus, et dans les bras de Xanthus je retourne à Hippoménès, toujours éprise de celui que je ne possède pas.  Tantôt l'un, tantôt l'autre est ainsi reçu dans mes bras avec une tendresse qui alterne ; et par là j'imite et j'honore Cythérée aux nombreux amants. Que celle qui m'en blâme végète dans la pénurie d'adorateurs et se contente d'un mari.  

233. MACÉDONIUS. - Demain je penserai à toi. - Mais elle n'arrive pas, cette faveur que retardent des ajournements toujours nouveaux. Mon amour, mes désirs n'obtiennent que cette vaine promesse. A d'autres tu accordes d'autres faveurs ; mais ma foi, ma tendresse, tu les repousses. - Eh bien ! ce soir. Sais-tu ce que c'est que le soir pour une femme ? c'est la vieillesse, avec les cheveux blancs et les rides.

234. PAUL LE SILENTIAIRE. - Dans ma jeunesse autrefois, ayant banni de mon coeur indifférent le culte de Cythérée, insensible autrefois aux traits dévorants des Amours, je courbe maintenant sous tes lois, ô Vénus, une tête à moitié blanchie. Accueille-moi avec joie, avec orgueil ; car tu as vaincu la sage Minerve bien plus aujourd'hui que jadis en remportant la pomme des Hespérides.

235. MACÉNONIUS. - Te voilà ! je te désirais, mais je ne t'attendais pas. Aussi la surprise trouble-t-elle toutes mes idées. Je tremble, mon coeur est ému, agité; mon âme se noie dans cette mer des Amours ; pauvre naufragé, je vais périr sur la plage. Sauve-moi, reçois-moi dans tes bras, comme dans un port.

236. PAUL LE SILENTIAIRE. - Non, les tourments de Tantale, sur les bords de l'Achéron n'approchent pas de ceux que j'endure. A-t-il, en effet, été empêché, après avoir vu tes attraits, d'unir ses lèvres à tes lèvres plus douces que le calice des roses ? Tantale gémit sans raison : il craint le rocher suspendu sur sa tête ; mais il ne peut mourir deux fois. Et moi, vivant, je suis consumé, dévoré par l'Amour, et par mon épuisement, mes défaillances, je me trouve sans cesse en face de la mort.

237. AGATRIAS. - Toute la nuit je me lamente ; et lorsque le matin arrive et avec lui un peu de repos, les hirondelles se mettent à gazouiller autour de moi et renouvellent mes chagrins en chassant le doux sommeil. Mes yeux se remplissent de larmes ; car le souvenir de Rhodanthe revient à ma pensée. Hirondelles jalouses, cessez votre babillage : je n'ai pas, moi, coupé la langue à Philomèle. Allez pleurer Ityle sur les montagnes et gémir sur les rochers où la huppe fait son nid, afin que je goûte un peu de sommeil ; et peut-être me viendra-t-il quelque songe qui me mettra dans les bras de Rhodanthe (120).

238. MACÉDONIUS. - Pourquoi ai-je tiré l'épée du fourreau ? Ce n'est pas, je te le jure, ô jeune fille, pour faire rien d'indigne de Cypris ; mais c'est afin de te montrer Mars, malgré ses emportements, soumis à la douce Vénus. Cette arme est mon compagnon, mon confident ; elle me sert de miroir, en elle je me vois moi-même, et aussi beau que le permettent l'amour et ses tourments. Mais toi, que tu t'éloignes de moi, que tu m'oublies, et cette épée se plongera dans mon sein.

239. PAUL LE SILENTIAIRE. - La violence du feu qui me brillait s'est calmée ; je n'en souffre plus, mais je n'en meurs pas moins d'épuisement et comme desséché par l'amour. Car ce dieu qui dévore tout, après avoir consumé ma chair, s'est glissé dans mes os et mes veines. Et pourtant la flamme des autels, lorsqu'elle a consumé les victimes, faute d'aliment s'éteint d'elle-même.

240. MACÉDONIUS. - On n'obtient d'être aimé qu'avec de l'or. Ni la charrue ni la pioche ne procure le miel des abeilles ; c'est le printemps fleuri qui le donne. Mais le miel de Cythérée, ses faveurs, sont un des produits variés de l'or.

241. PAUL LE SILENTIAIRE. - Au moment de te dire adieu je me retiens, je me tais, et je reste près de toi. Te quitter ! C'est une séparation que je redoute à l'égal de la nuit des enfers. Car tu brilles d'un éclat semblable au jour ; mais il est muet le jour, et toi tu me parles, et elle est plus douce à entendre que celle des Sirènes, cette bouche à laquelle sont suspendues toutes les espérances de mon âme.

242. ÉRATOSTHÈNE LE SCOLASTIQUE. - A la vue de Mélité je devins tout pâle ; car elle était accompagnée de son mari. Je lui dis en tremblant : "Puis-je enlever les barres de ta porte, ayant ouvert le pêne de notre serrure, et franchir le seuil humide de ton vestibule, en plantant au milieu la pointe du levier ?" Elle me répondit en souriant et après avoir regardé de côté son 
mari : "N'approche pas de ta maison, si tu ne veux pas perdre tes outils (121)."

243. MACÉDONIUS. - Je tenais serrée entre mes bras pendant la nuit, en songe, une jeune fille folâtre et rieuse. Elle avait pour moi toute sorte de complaisances, et se prêtait à tous les plaisirs que je voulais goûter. Mais un Amour jaloux qui, même pendant la nuit, se tenait en embuscade, la fit évanouir en dissipant mon sommeil. Ainsi l'Amour m'envie, jusqu'en songe, les doux plaisirs de Vénus.

244. PAUL LE SILENTIAIRE. - Galatée vous baise longuement et avec bruit, Démo avec tendresse, Doris en mordant. Laquelle émoustille le plus ? Ce n'est pas aux oreilles à juger des baisers ; mais ayant savouré ces triples lèvres, nous en dirons notre avis. O mon coeur, que tu t'étais trompé ! Tu as enfin connu la douceur des baisers de Démo, la rose et le miel de sa bouche. Jouis-en bien. Elle a la palme la mieux méritée. Que si on en préfère une autre, soit ; mais c'est Démo que je préférerai toujours.

245. MACÉDONIUS. - Tu ris enfin de ce rire qui prélude à l'hymen, tu me fais signe que tu cèdes ; mais tu me provoques inutilement. J'ai juré par la malheureuse épouse, Proserpine, par les trois soeurs, de ne jamais te regarder que d'un oeil courroucé. Joue donc pour toi seule des lèvres, appelle-toi toi-même en sifflant ; et que de ta bouche solitaire aucune autre bouche ne s'approche. Pour moi je prends un autre chemin ; car il y a d'autres servantes de Vénus dont le lit vaut mieux que le tien.

246. PAUL LE SILENTIAIRE. - Doux et, tendres sont les baisers de Sapho, doux et tendres sont ses bras qui m'enlacent, tous ses membres sont doux et tendres ; mais son âme est du métal le plus dur. L'amour n'est que sur ses lèvres ; tout le reste est d'une vierge [insensible]. Et qui pourrait le supporter ? celui qui en serait capable supporterait aisément une soif de Tantale.

247. MACÉDONIUS. - Par le fait tu n'es pas Parménis (122) ; j'ai cru que tu l'étais, ayant entendu ce nom charmant ; mais tu es pour moi plus cruelle que la mort. Tu fuis celui qui t'aime, et celui qui ne t'aime pas tu le poursuis pour le fuir à ton tour quand il t'aime. Ta bouche a été un hameçon funeste ; j'y ai mordu, et je reste suspendu à tes lèvres trompeuses.

248. PAUL LE SILENTIAIRE. - O main téméraire, as-tu bien pu saisir, arracher une boucle de ses cheveux d'or ? Tu l'as osé. Sa voie plaintive, sa chevelure en lambeaux, son cou mollement incliné ne t'ont point attendrie. Maintenant tu frappes en vain mon front à coups redoublés ; car tu ne toucheras plus ses seins charmants. Ah ! je vous en prie, ma souveraine, ne me punissez pas à ce point : je supporterais plus volontiers un coup d'épée.

249. IRÉNÉE. - Fière Rhodope, cédant à la puissance de Vénus, tu as abdiqué ton orgueil insolent. Tu m'as pris dans tes bras, tu m'as reçu dans ton lit. Me voici donc dans tes fers, et sans regret de la liberté ; si délicieusement se pénètrent et se mélent l'âme et le corps des amants dans les épanchements de l'amour !

250. PAUL LE SILENTIAIRE. - Amis, qu'il est doux le sourire de Laïs ! Qu'elles sont douces les larmes qui tombent de ses yeux charmants ! Hier, sans raison elle gémissait, la tête appuyée sur mon épaule et pleurante. Je la baisai. Ses larmes comme des gouttes de rosée glissaient le long de ses joues. "Pourquoi, lui dis-je, pleures-tu ? - Je crains que tu ne me laisses, répondit-elle; car vous autres, vous ne tenez guère vos serments."

251. IRÉNÉE. -Tes yeux brillent d'un éclat qui trahit une flamme cachée, tes lèvres roses s'avancent de côté [comme pour un baiser], en riant tu agites ta chevelure abondante et splendide, je vois tes mains superbes qui se livrent et s'abandonnent ; mais l'orgueilleuse fierté de ton coeur n'a pas fléchi. Tu n'es pas devenue plus tendre, malgré l'amour qui te consume.

252. PAUL LE SILENTIAIRE. - Jetons, ô ma toute belle, nos vêtements ; enlaçons-nous dans une douce étreinte. Qu'il n'y ait rien entre nous. Ce léger tissu qui te cache me semble une muraille de Babylone. Joignons nos poitrines nos lèvres. Ne parlons pas du reste ; je hais une langue indiscrète et sans frein.

253. IRÉNÉE. - Pourquoi, Chrysilla, la tête baissée, regardestu le plancher, et ne touches-tu à ta ceinture que du bout des doigts ? La pudeur n'a rien à voir avec Vénus. Que si tu hésites à parler, par un signe du moins indique que tu cèdes à la déesse.

254. PAUL LE SILENTIAIRE. - J'avais juré de rester loin de toi, charmante jeune fille, jusqu'à la douzième aurore. Grands Dieux ! je ne l'ai pas pu, malheureux que je suis ! A peine l'aube du lendemain parut, qu'il me sembla que déjà douze grands mois, oui, je te l'atteste, s'étaient écoulés. Supplie les dieux, je t'en conjure, de ne point inscrire ce serment sur le livre où ils enregistrent les châtiments et les vengeances. Que tes gracieuses caresses me charment, me rassurent, et que ta colère, divine amie, que celle des dieux, ne me punissent pas de mon parjure !

255. LE MÊME. - J'ai vu de vrais amants ! Avec une insatiable fureur, longtemps rivés l'un à l'autre par leurs baisers, ils ne se lassaient pas d'un amour prodigue et sans réserve, désirant, s'il était possible, pénétrer dans le coeur l'un de l'autre. Ils soulageaient seulement la violence de leur ivresse, en échangeant entre eux leurs vêtements : lui, il ressemblait à Achille, lorsqu'il était à la cour de Lycomède ; elle, avec sa tunique qui descendait jusqu'à son blanc genou, c'était Phébé. Et de nouveau leurs bouches se rencontraient, car ils avaient une soif dévorante d'un amour incessant. On séparerait plus aisément deux ceps de vigne que la nature aurait noués ensemble par de tortueuses étreintes, que ces amants, dont les bras s'enlaçaient autour de leur cou en flexibles entraves. Trois fois heureux celui qui est lié par de tels noeuds d'amour (123), oui, trois fois heureux ! Pour moi, je brûle seul.

256. LE MÊME. - Galatée, hier soir, m'a jeté les deux battants de sa porte au nez avec d'injurieuses paroles. Une injure dissipe les amours, dit le proverbe. O combien il se trompe ! Ces paroles n'ont fait qu'accroître ma passion. J'avais en effet juré de rester une année loin de Galatée, et, dès ce matin, grands dieux ! je suis accouru vers elle en suppliant.

257. PALLADAS. - Maintenant je tiens Jupiter pour le plus insensible des dieux, puisqu'il ne se métamorphose pas pour cette fière beauté. Certes, elle n'est pas moins adorable qu'Europe, que Danaé, que la tendre Léda. Est-ce qu'il mépriserait tes courtisanes ? Je sais en effet qu'il exploite plus particulièrement les vierges des familles royales.

258. PAUL LE SILENTIAIRE. - Philinna, tes rides sont préférables au teint frais de toutes nos jeunes filles. J'aime moins tenir dans mes mains leurs seins droits et fermes que les tiens qui s'inclinent comme une rose épanouie. Car ton automne plus beau que leur printemps, leur été est moins chaud que ton hiver.

259. LE MÊME.  - Tes yeux, pleins de langueur et d'amour sont appesantis, Charicle, comme si tu te réveillais et sortais du lit. Ta chevelure est en désordre ; sur tes joues fraîches et roses quelle pâleur ! Tu as l'air d'être épuisée, défaillante. Si les exercices de la veillée t'ont laissé ces traces, il est bien le plus heureux des hommes celui qui t'a tenue dans ses bras. Que si un brûlant amour te consume, puisse-t-il te consumer pour moi !

260. LE MÊME.  - Un réseau retient-il ta chevelure je me sens consumé d'amour, en contemplant l'image de Rhée avec sa couronne murale. Ta tête est-elle nue, tes cheveux blonds me causent un trouble qui m'ôte la raison. Caches-tu, sous des voiles blancs, tes nattes pendantes, une flamme dévorante s'acharne à mon coeur. La triade des Grâces t'escorte sous cette triple forme, et chacune de ces formes épanche sur moi le feu qu'elle recèle.

261. AGATHIAS. - Je n'aime pas le vin ; mais quand tu voudras m'enivrer, effleure d'abord la coupe et présente-la-moi ; je la prendrai. Quand tu l'as touchée de tes lèvres, est-il possible d'être sobre et de fuir le doux échanson ? car la coupe qui vient de toi m'apporte un baiser, et me raconte la faveur qu'elle a reçue.

262. PAUL LE SILENTIAIRE. - Hélas ! la jalousie qui nous surveille nous interdit de doux entretiens et jusqu'au secret langage des yeux. Une vieille, toujours en sentinelle, nous épouvante comme les cent yeux du pâtre qui surveillait Ino. Reste là. examine ; tu t'épuises en vain, car tes regards ne pénétreront pas jusqu'à nos coeurs.

263. AGATHIAS. - O lampe, ne porte jamais de lumignon, n'amène pas la pluie, n'empêche pas mon amant de venir. Toujours tu te montres hostile à Vénus ; et, en effet, lorsque Héro t'alluma pour Léandre .... O mon coeur, n'achève pas. Tu es du parti de Vulcain, ô lampe, et je crois que, pour contrarier Vénus, tu sers la jalousie de l'époux.

264. PAUL LE SILENTIAIRE. - Pourquoi me reproches-tu mes cheveux prématurément blanchis et mes yeux noyés de larmes ? Ce sont les effets de tes rigueurs, les suites des soucis d'un amour sans espoir, les marques des traits qui me percent, le fruit de mes longues insomnies. Déjà mes flancs amaigris se rident, la peau de mon cou se plisse avant le temps. A mesure que s'augmente l'ardeur de mes feux, mon corps se consume de plus en plus et vieillit, usé par les soucis rongeurs. Oh ! de grâce, aie pitié de moi, et bientôt mes cheveux redeviendront, noirs, mes joues reprendront leurs couleurs.

265. COMÉTAS. - Phyllis fixait son regard sur la mer immense : il n'y voguait que des serments ; Démophon était un époux parjure. Maintenant, chère Phyllis, c'est moi, Démophon fidèle, qui suis sur le bord de la mer ; et toi, Phyllis, comment as-tu trahi ta foi (124) ?

266. PAUL LE SILENTIAIRE. - On dit que l'homme mordu par un chien enragé voit dans les eaux l'animal dont le venin le tue (125) . Sans doute que l'amour, enragé aussi, m'a mordu de sa dent envenimée, et que mes sens sont en proie à ses fureurs : car dans la mer, dans les flammes, dans la coupe des échansons, je vois ton image adorée.

267. AGATHIAS. - Pourquoi gémis-tu ? - J'aime. - Qui ? - Une jeune fille. - Elle est belle sans doute ? - Elle paraît belle à mes yeux. - Où l'as-tu remarquée ? - Ici même où je soupais, je l'ai vue assise sur le même lit que moi. - Espères-tu l'obtenir ? - Oui certes, ami, mais je cherche une liaison voilée, mystérieuse. - Et tu ne veux pas un mariage légal? - Je sais, à n'en pas douter, qu'elle a beaucoup moins de bien que moi. - Tu sais cela ? tu n'aimes pas, tu te fais illusion. Comment peut-on être épris de coeur, quand on calcule si bien ?

268. PAUL LE SILENTIAIRE. - Que personne ne redoute plus les traits de l'Amour ; car il a épuisé sur mon cmur tout son carquois. Que personne ne craigne plus l'approche de ses ailes ; car, depuis qu'il a mis en vainqueur son pied sur ma poitrine, il y reste ferme, immobile, sans changer de place, ayant coupé à mon intention ses deux ailes. 

269. AGATHIAS. - Je me trouvais un jour seul entre deux jeunes filles, aimant l'une, aimé de l'autre. Celle qui m'aimait m'attirait à elle ; et moi, de mon côté, comme un voleur, à la dérobée et d'une bouche discrète, j'embrassais l'autre, trompant la jalousie de la voisine dont je craignais les reproches et des révélations qui auraient mis un terme à nos tendresses.  Ennuyé de ma situation : "Certes, m'écriai-je, il est aussi pénible d'aimer que d'être aimé; c'est un double malheur. "

270. PAUL LE SILENTIAIRE. - Ni la rose n'a besoin de couronnes, ni toi de voiles brodés et de réseaux en pierreries. Les perles sont moins blanches que ta peau, et l'or n'ajoute aucun éclat à ta chevelure négligée. De l'hyacinthe indien jaillit un feu noir et charmant, mais moins vif que celui de tes prunelles. Tes lèvres si fraîches, ta taille harmonieuse et divine ont la puissance de la ceinture de Vénus. Je suis anéanti par tant de beautés ; tes yeux seuls me rassurent et me raniment, parce que la douce espérance y repose.

271. MACÉDONIUS. - Celle qui autrefois était si fière de sa beauté, dont le corps s'agitait avec tant de grâce au son de crotales d'or, maintenant elle est vieille, elle est malade. Ses adorateurs, qui jadis accouraient lui offrir leurs voeux, maintenant se sauvent effrayés. La pleine lune, la nouvelle lune, tout a disparu ; l'astre n'a plus de conjonction.

272. PAUL LE SILENTIAIRE. - Ma main caresse son sein ; ma bouche presse sa bouche ; éperdu, enivré, je dévore son cou d'albâtre. Mais je n'ai pu forcer le dernier retranchement. Je lutte, que d'efforts ! Elle me repousse de son lit. C'est qu'elle s'est donnée la moitié à Vénus, la moitié à Minerve ; et moi, contre les deux je languis et me consume.

273. AGATHIAS. - Celle qui naguère était fière de sa beauté, qui secouait les nattes de beaux cheveux, qui marchait d'une allure altière, l'orgueilleuse qui se jouait de mes peines a perdu son prestige et ses grâces : ses mains se rident, son sein s'affaisse, ses sourcils s'éclaircissent, ses yeux s'éteignent, sa vois chevrote sur ses lèvres pâlies. Les cheveux blancs ! je les appelle les vengeurs de l'Amour ; ce sont de bons justiciers, et pour les coquettes leur justice ne se fait pas attendre.

274. PAUL LE SILENTIAIRE. - Cette image de mes traits qu'autrefois l'Amour osa graver dans ton coeur brûlant, hélas ! hélas ! contre mon attente tu l'abjures, tu la repousses. Pour moi, j'ai toujours présente à la pensée ta belle image, elle y restera gravée ; et cette image, je la montrerai, cruelle (126), au Soleil, à Pluton, excitant contre toi les vengeances du tribunal de Minos 

275. LE MÊME. - La gracieuse Ménécratis était couchée, vaincue par le premier sommeil, et son bras s'arrondissait autour de sa tête. Je m'enhardis, je montai sur son lit, et déjà mon ardeur avait à demi remporté la victoire, quand l'enfant s'éveilla, et de ses blanches mains ravagea ma chevelure ; elle luttait, mais je n'achevai pas moins l'amoureux exploit. Alors, les yeux pleins de larmes : "Méchant, dit-elle, tu as contenté ton désir, et pourtant n'ai-je pas bien des fois refusé l'or que m'offrait ta main ? Tu vas t'éloigner maintenant, et tes bras enlaceront une autre maîtresse, car vous êtes insatiables dans les travaux de Vénus."

276. AGATHIAS. - Ma belle fiancée, je t'apporte ce bandeau brodé sur un fond d'or, mets-le sur tes cheveux ; couvre tes épaules de cette mantille, et ramène-la sur ta blanche poitrine, oui, sur ta poitrine, afin qu'elle t'enveloppe bien de ses plis et protége tes seins. Porte-la comme une vierge ; mais puisses-tu voir aussi l'hymen t'entourer d'enfants, fleurs de la famille ; et alors je t'offrirai un voile au blanc tissu et une résille parsemée de pierreries.

277. ÉRATOSTHÈNE. - Qu'un autre recherche les hommes ; pour moi, je préfère les femmes, dont la tendresse nous réserve de durables plaisirs. Arrière, jeunes gens ; car je déteste votre barbe, votre barbe odieuse et sans cesse renaissante.

278. AGATHIAS. - Cythérée elle-même et les aimables Amours frapperont mon coeur d'une incurable plaie, j'y consens, s'il m'arrive d'aimer les garçons. Que jamais je ne réussisse auprès d'eux, que je ne tombe jamais dans de tels égarements ! Je me contente d'amourettes avec de jeunes filles ; voilà ce que je préférerai toujours. Mais les jeunes gens, je les abandonne à l'insensé Pittalacus (127).

279. PAUL LE SILENTIAIRE. - Cléophantis tarde bien. Déjà la troisième lampe commence à baisser, s'éteignant peu à peu. Plût à Dieu aussi que le feu de mon coeur s'éteignît avec la lampe, et qu'il ne me consumât pas plus longtemps, en proie aux désirs et privé de sommeil ! Combien de fois a-t-elle attesté Vénus qu'elle viendrait sur le soir ! Mais elle offense également son amant et les dieux.

280. AGATHIAS. - Est-ce que toi aussi, Philinna, tu éprouverais les tourments de l'amour ? Souffrirais-tu à ton tour, consumée par une insomnie brûlante ? ou plutôt ne dors-tu pas du sommeil le plus doux, sans tenir le moindre compte de nos peines ? [Prends garde] ; tu éprouveras pareil sort, et je verrai tes belles joues ruisselantes de larmes. Car Vénus est sévère, vindicative, et elle a cela de bon qu'elle hait les coquettes.

281. PAUL LE SILENTIAIRE. - Tout dernièrement, Hermonassa, après une joyeuse orgie, et tandis que j'ornais de couronnes la porte de sa maison, m'a jeté l'eau de son verre sur la tête et m'a tellement inondé que de trois jours j'ai pu à peine arranger mes cheveux. Mais, ô prodige ! je me suis senti comme brûlé par cette eau : c'est qu'Hermonassa avait communiqué à son verre le feu secret de ses charmantes lèvres.

282. AGATHIAS. - Mélité à la taille élancée n'a pas déposé sur le seuil de la vieillesse la gràce, celle de la jeunesse. Ses joues conservent de l'éclat et de la fraîcheur ; son oeil sait encore charmer, et pourtant elle compte un certain nombre de décades d'années. Il lui reste même l'air superbe d'une jeune fille, et ici je reconnais que le temps ne peut vaincre la nature.

283. PAUL LE SILENTIAIRE. - Toute la nuit, j'ai eu Théano dans mes bras versant des larmes, émue de volupté et de crainte ; car du moment qu'elle vit l'astre du soir remonter vers l'Olympe, elle l'accusa d'être le messager de l'aurore. Rien ne vient à souhait aux mortels. Les serviteurs de l'Amour ne devraient-ils pas jouir de la nuit des Cimmériens ?

284. RUFIN. - J'aime tout de toi, moins tes yeux, que je déteste : ils se plaisent à regarder des hommes que je hais.

285. AGATHIAS. - Surveillée et ne pouvant m'embrasser, la belle Rhodanthe déploya sa ceinture virginale, en prit un bout et le baisa ; et moi, à l'autre bout, j'attirai le courant d'amour comme par un canal, aspirant le baiser. Je pressai de mes lèvres la ceinture de la jeune fille, et de loin lui rendis ainsi sa caresse. Ce jeu fut un adoucissement à nos peines ; car sur la douce ceinture, d'un bord à l'autre, passaient et repassaient nos baisers.

286. PAUL LE SILENTIAIRE. - Dis, Cléophantis, quel ravissement, quand un mutuel amour agite deux amants de son souffle impétueux. Est-il un dieu, fût-ce Mars, est-il une terreur assez grande, une pudeur assez vive, qui puissent les arracher à leurs tendres embrassements ? Que mes membres soient chargés des liens mystérieux que forgèrent l'enclume de Lemnos et l'insidieuse adresse de Vulcain, pourvu que, ô ma belle amie, te pressant dans mes bras, je savoure les délices de tes enivrantes étreintes ! Alors, certes, peu m'importe d'être vu par un étranger, par un voisin, par un passant, par un prêtre, même par mon épouse.

287. AGATHIAS. - Curieux de savoir si la belle Éreutho m'aimait, je fis sur son coeur une épreuve astucieuse. "Je vais partir pour l'étranger, lui dis-je ; toi, reste, sois heureuse et n'oublie pas notre amour"» Elle, aussitôt, pousse un cri; elle bondit, se frappe le visage, s'arrache une touffe de cheveux ; elle me supplie de rester. Et moi, comme ne cédant qu'avec peine et d'un air compatissant, je finis par le lui promettre. Suis-je assez heureux en amour ! On me demande ce que je désirais le plus, je l'accorde comme une faveur insigne, [et l'on m'en sait gré].

288. PAUL LE SILENTIAIRE. - Depuis qu'à mon insu ; pendant que je buvais, Chariclo. en folâtrant, a mis sur ma tête sa propre couronne, un feu dévorant me consume. Il me semble que sa couronne a quelque chose du poison qui brûla Glaucé, la fille de Créon.

289. AGATHIAS. - La vieille, qui a déjà vécu trois âges de corneille, et qui pour nos peines a reçu si souvent des remises de trépas, a un coeur impitoyable : elle ne se laisse attendrir ni par l'or, ni par des coupes du vin le plus pur. Son oeil vigilant ne perd pas de vue la jeune fille. Si elle l'aperçoit promenant autour d'elle un regard furtif, ah ! quelle audace ! elle frappera au visage la pauvre enfant plaintive et gémissante. O Proserpine, si tu as vraiment aimé Adonis, aie pitié de nos communes douleurs. Accorde-nous, à nous deux, une grâce : délivre la jeune fille de la vieille, avant que celle-ci ne meure, [car elle ne mourra jamais].

290. PAUL LE SILENTIAIRE. - Échappant à l'oeil soupçonneux de sa mère, une belle jeune fille m'a donné une couple de pommes fraîches comme des roses. Sans doute elle avait en secret communiqué à ces pommes rougissantes le feu magique des amours, car je suisun malheureux que la flamme dévore; mais au lieu de seins à caresser, je porte, grands dieux ! des pommes dans mes mains oisives.

291. LE MÊME. - O ma belle ! si tu m'as donné ces [pommesj comme des emblèmes de ton sein, je bénis le don, j'en apprécie la valeur. Mais si tu en restes là, quelle iniquité d'allumer un feu si violent et de refuser de l'éteindre ! Celui qui blessa Télèphe le guérit aussi ; toi, jeune fille, ne sois pas plus cruelle à mon égard que les ennemis de Télèphe.

292. AGATHIAS. - (Agathias, qui était en mission de l'autre côté de Constantinople, pour résoudre des questions de droit, envoya comme souvenir cette épigramme à Paul le Silentiaire.) Ici la terre verdoyante et fleurie est gracieusement parée des plus beaux fruits ; ici chantent sous l'ombre épaisse des cyprès des oiseaux qui couvent leurs petits sous leurs ailes ; ici bourdonne le gazouillement des chardonnerets. La plaintive grenouille module ses soupirs dans les buissons où elle se cache. Mais que me font tous les charmes de ce séjour, à moi qui aimerais mieux entendre ta parole que les accords de la lyre du dieu de Délos ? Une double passion me chasse de ces lieux : je brûle de te voir, ainsi que ma jeune Glycère, pour laquelle tant de soins me consument. Pourquoi faut-il que des devoirs de juge m'éloignent ainsi d'une charmante maîtresse ?

293. PAUL LE SILENTIAIRE. - (Réponse.) L'amour ne connaît ni les lois ni les entraves. Nul obstacle ne peut séparer un amant de celle qu'Il aime avec transport. Si des préoccupations judiciaires t'arrêtent, c'est qu'une ardente passion n'est pas dans ton coeur. Quel amour que le tien, si un petit détroit peut te séparer de la jeune fille que tu idolâtres ! Léandre, en nageant à travers des flots que la nuit rendait plus terribles, a montré, lui, toute la puissance de l'amour (128). D'ailleurs, ami, il y a des barques de passage. Mais tu fréquentes plus les autels de Minerve que ceux de Vénus, dont tu méprises le culte. Minerve préside aux lois, Vénus à l'amour. Dis-moi quel est l'homme qui peut à la fois servir Minerve et Vénus.

294. AGATHIAS. - L'odieuse vieille reposait près de la jeune fille ; étendue sur le dos, elle occupait le travers du lit, et s'avançait comme un inexpugnable rempart; sa tunique aux longs plis recouvrait l'enfant comme pour la protéger. Une farouche servante avait étroitement fermé la porte de la chambre, et dormait appesantie par des libations trop généreuses. Pourtant elles ne m'intimidèrent point ; d'une main discrète je soulevai la verrou ; j'éteignis, en agitant le pan de ma robe, le flambeau qui veillait dans la nuit, et je me glissai de côté dans la chambre, trompant la sentinelle endormie. Là, le rampai doucement sur le plancher et m'approchai du lit, puis je me redressai peu à peu et franchis l'endroit faible du rempart. Serrant alors ma poitrine contre la jeune fille, je pressais son sein d'une main amoureuse, et sur sa douce lèvre ma lèvre cueillait de savoureux baisers. Sa bouche charmante était ma conquête, et ses caresses les arrhes des nocturnes travaux. Toutefois je ne forçai pas les suprêmes barrières, et la victoire qu'on ne me disputait pas se trouva retardée. Mais si nous engageons une fois encore la lutte de l'amour, ah ! j'aurai bientôt triomphé de tous les obstacles, nul rempart ne m'arrêtera plus, et, vainqueur, je te tresserai des couronnes, ô Cypris, déesse des trophées.

295. LÉONCE. - 0 coupe, savoure des lèvres plus douces que le miel ; tu les as, suce-les. Je ne te porte pas envie, mais que je voudrais être à ta place !

296. AGATHIAS. - Le vin avec le bruit sonore d'une feuille de pavot (129) qui éclate s'est échappé des flancs de la coupe prophétique : je reconnais que tu m'aimes. Mais tu me le persuaderas véritablement en venant passer la nuit à mes côtés. Cela montrera que tu es sincère, et je laisserai les ivrognes s'amuser au jeu du cottabe.

297.  LE MÊME. - Les chagrins des jeunes gens ne sont pas comparables à ceux des pauvres filles. Ils ont, eux, des camarades auxquels ils racontent avec confiance les peines de leur coeur ; ils se livrent à des jeux qui les consolent ; ils se promènent par les rues où des images amoureuses peuvent les distraire ; mais nous, il ne nous est pas même permis de voir la lumière, nous sommes cachées au fond de nos appartements, en proie à de sombres douleurs.

298. JULIEN D'ÉGYPTE. - La charmante Maria fait la fière. Viens, Justice auguste, punis son insolence et son orgueil, non par la mort, déesse toute-puissante ; bien au contraire, qu'elle arrive à la vieillesse, qu'elle en ait les cheveux et les rides ; que des cheveux blancs vengent mes larmes (130) ; que sa beauté, cause de tant d'égarements, expie l'égarement de son coeur.

299. AGATHIAS. - "Rien de trop, " a dit un sage; et moi, comme un homme aimé et beau, j'avais pris de grands airs. Je m'étais imaginé que l'âme tout entière de la jeune fille était dans ma main ; mais elle ne tarda pas à montrer son adresse. Se repentant de sa naïveté première et renchérissant sur moi, elle releva la tète, me regarda d'un oeil superbe et dédaigneux ; et moi, naguère si orgueilleux, si dur, si intraitable, si altier, je change tout à coup de ton. Les rôles furent intervertis ; et tombant aux genoux de la jeune fille : "Pitié ! m'écriai-je, grâce pour une erreur de jeune homme !"

300. PAUL LE SILENTIAIRE. - Le brutal, le fat, le dédaigneux est devenu le jouet d'une faible jeune fille. Naguère il croyait la dominer de toute sa hauteur ; maintenant, vaincu, il a perdu même l'espérance ; il a recours aux prières, il gémit comme une femme ; quant à elle, dans ses regards éclate une mâle colère. Jeune fille au coeur de lion, quelque légitime que soit ton ressentiment , modère-le , modère ton orgueil ; prends garde, Némésis n'est pas loin.

301.  LE MÊME. - (Avec un envoi de poissons.) Si tu portes tes pas par delà Méroë, l'amour a des ailes, et il m'y portera ; si tu vas en Orient, vers l'aurore moins fraîche que toi, à pied je t'y suivrai, si loin que ce puisse être. Mais si je t'apporte un tribut des mers, avec bonté reçois-le, jeune fille : c'est la déesse des mers qui te le donne, vaincue par ta grâce et tes charmes, et n'aspirant plus à la suprématie de la beauté.

302. AGATHIAS. - Quelle voie suivras-tu à la recherche des amours ? Dans les rues, la luxure cupide des prostituées ne te donnera que des chagrins. Si tu t'approches du lit d'une jeune fille, tu en viendras à un mariage légal, ou tu t'exposeras à la peine des suborneurs. Y a-t-il rien de plus insipide que les caresses forcées, obligatoires, de la femme mariée ? T'y exposeras-tu ? Détestable est la couche de l'adultère : elle t'offriramoins de jouissances que de périls. Renonces-y, aussi bien qu'aux débauches criminelles des garçons. Mais une veuve ! Si elle est de moeurs déréglées, le premier venu est son amant, et il n'y a pas d'artifices de courtisane qu'elle n'imagine. Si elle est honnête, à peine a-t-elle cédé qu'elle sent, à défaut d'amour, l'aiguillon du repentir, et qu'elle déteste ce qu'elle a fait ; ayant un reste de pudeur, elle se retranche dans des ajournements qui équivalent à une rupture. T'uniras-tu à ta servante ? te voilà devenu l'esclave d'une esclave. T'uniras-tu à l'esclave d'un autre ? alors la loi te flétrira comme portant le déshonneur chez tes voisins. Diogène sut échapper à tous ces inconvénients ; il chantait à lui seul l'hymne nuptial, sans avoir besoin de Lais.

303. ANONYME. - Des cris perçants viennent à mes oreilles. Quel tumulte dans la rue ! N'y fais-tu pas attention, déesse de Paphos ? C'est ton fils, qu'ont pris ici au passage tous ceux dont il a blessé et brûlé les coeurs.

304. ANONYME. - Le raisin était vert, et tu me refusais. Lorsqu'il était mûr, tu passais fièrement devant moi ; maintenant qu'il se dessèche, n'hésite plus à m'en donner quelques grains.

305. ANONYME.- L'autre jour, sur le soir, une jeune fille m'a donné un baiser humide. Ce baiser sentait le nectar, car de nectar sa bouche était pleine ; et maintenant je suis ivre d'amour, ayant bu trop d'amour dans ce baiser (131).

306. PHILODÈME. - Tu as des larmes dans la voix, tu soupires comme un jaloux, tes regards sont pénétrants, tes mains indiscrètes, tes baisers incessants. D'un amant voilà bien les marques ; mais lorsque j'ai dit : "Je suis couchée," et que tu restes [ainsi qu'une statue], franchement tu n'as rien d'un amant.

307. ANTIPHILE. - Ce fleuve, c'est l'Eurotas de Laconie ; la femme sans voile, c'est Léda ; l'amant caché sous le plumage du cygne, c'est Jupiter. Et vous, [Amours], qui consumez mon pauvre coeur, voulez-vous aussi me changer en oiseau ? Si Jupiter est un cygne, moi je ne puis être qu'une alouette.

308. LE MÊMEOU PHILODÈME. - La belle, attends-moi. Quel est ton nom charmant ? Où peut-on te voir ? Je te donnerai ce que tu voudras. Es-tu muette, que tu ne parles pas ? Où demeures-tu ? J'enverrai avec toi quelqu'un pour que tu lui montres ta maison. Est-ce que quelque autre te possède ? Orgueilleuse, bonsoir. Tu ne dis pas même bonsoir ? Souvent, bien souvent tu me trouveras sur tes pas. J'en ai apprivoisé de plus sauvages que toi. Maintenant réfléchis ; bonsoir (132).

309. DIOPHANE DE MYRINE. - L'Amour peut être appelé réellement un voleur : il veille, il est hardi, il déshabille les gens.


(a) Ainsi que l'atteste la souscription de l'épître de Lascaris, ce fut au mois d'août 1494 que l'Anthologie fut publiée à Florence; or, dans le mois de septembre suivant, les Français, sous le commandement de Chartes VIII, étant entrés en Italie, Pierre de Médicis, à qui cette épître est adressée, ne tarda pas à être chassé de Florence. Alors l'éditeur fut obligé de retrancher de son livre une dédicace qui portait le nom d'un proscrit, et de là vient que des exemplaires distribués ou vendus avant cet événement renferment le dernier cahier, tandis que ceux qui ont été vendus après ne l'ont pas. C'est un acte de bassesse qui n'est pas resté sans imitation.

(b) Florilegium est la traduction latine du mot grec Anthologia. Il ne se trouve dans aucun auteur ancien, dans aucun dictionnaire ; mais Ovide a dit : Florilegae nascuntur apes. Le mot Florilegium a donc sa justification.

(c) Voy. Chardon de la Rochelle, Mélanges de critique et de philologie, t. I, p. 246.

(d) Voy. Huetii poemata, Ultrajecti, 1700, page 50 des Notae ad Anthologiam

(e) Ville des États de l'Église, où le général Bonaparte et le pape Pie VI signèrent, le 19 février 1797, le traité par lequel le pape abandonnait ses prétentions sur le comtat Venaissin, cédait la Romagne, etc. Ce traité imposa d'autres sacrifices à la cour de Rome qui eut à livrer des objets d'art, des livres, des manuscrits, entre autres celui qui, en 1623, avait été donné au pape, avec toute la bibliothèque palatine, par Maximilien de Bavière, lorsqu'il se fut emparé de la capitale du Palatinat. Le saint-père se montra si jaloux de conserver ce manuscrit précieux et unique, qu'il le fit porter à Terracine avec ses curiosités les plus rares; mais les commissaires du gouvernement fronçais exigèrent qu'il leur fût rapporté. Malheureusement pour la France , il lui a été repris par suite du traité de 1814 ; et la bibliothèque de Heidelberg a reconquis cet inappréciable trésor.

(f) "Apographum a laboriosissimo Spaletto ex codice palatino non desrcriptum, sed depictum." De Rosch. Praef. secundi vol. Anthologiae planudeae.

(g)  "Une note, qui est en tète du manuscrit, apprend qu'au mois de septembre 1630 Grotius commença la version des sept livres de l'Anthologie, et qu'elle fut achevée avant le mois de septembre de l'année suivante ; par où l'on peut juger de la prodigieuse facilité de ce grand auteur.» (Vie de Grotius, par de Burigny, p. 120). Remarquons que, en 1630, Grotius était à Paris, et qu'il ne retourna en Hollande qu'à la fin de septembre 1631. De son vivant, l'imprimeur Blaeu avait, en 1645, commencé l'impression de cette traduction, mais elle fut arrêtée par la mort de Grotius et resta inédite jusqu'a la fie du siècle dernier. Quand elle parut, on put croire qu'on avait moins une traduction qu'une oeuvre retrouvée de Catulle ou de Pétrone.

(hPour compléter cette étude historique, ici très abrégée, il importe de lire, dans les notices des poètes de l'Anthologie placées à la fin du second volume, les articles Méléagre, Philippe, Agathias, Constantin Céphalas, Maxime Planude, Straton.

(i) Cet Hiéroclès est inconnu comme poète anthologique. Il y a là une erreur manifeste de notre critique plus ingénieux que savant.

(j)  Il y a dans l'Anthologie une foule d'épigrammes ingénieuses, piquantes, satiriques, dont on pourrait faire des épigrammes françaises. Il ne leur manque que des traducteurs comme Voltaire, André Chénier, Sainte-Beuve.

(k) Ek dzôês me theoi, Anth. plan., 129.

(l) Cette épigramme n'est pas dans l'Anthologie, mais elle mériterait d'y être ; elle est dans Martial, et deux fois, dans le livre unique de Spectaculis, XXV, et au liv. XIV, 181.

(m)Gumnên eide Paris, Anth. plan. 168.

(n) Eukolos Hermeias, Anth. pal., IX, 72.

(o) Hê sobaron gelasasa, Anth. pal., VII, 1.

(p) Voy. Martial, VI, 19. Cette épigramme, et la Harpe ne semble pas s'en douter, est une imitation de l'épigramme grecque de Lucilius qui se trouve dans l'Anthologie, Choiridion kai boun , II, 44: c'est parce qu'elle est de notre Anthologie, parce qu'elle est fort bien traduite, que nous l'avons publiée ici, en la joignant aux épigrammes, de Voltaire comme de vrais modèles de traduction élégante et fidèle.

(qEk gar tou karpou Tb dendron ginôsketai, saint Matthieu XII, 83. 

(r) Tout, il est vrai, n'a pas la même perfection de grâce et d'esprit, et néanmoins, à chaque page, on peut dire avec Horace (Sat. I, 10, 51) : Plura quidem tollenda relinquendis.

(1) A Constantinople. Voy. Banduri, Imperium orientale, t. II, 9. 862. 

(2) Euripide. 

(3) C'est-à-dire pour faire des vers. 

(4) Je lis kataxion au lieu de kataskion.

(5) Voyez Plus haut, p. 2. 

(6) Périclès, dans Aristote, Rhét. 1, 7 : hôsper to ear ek tou eniautou ei exairetheiê.

(7) Cicéron, Orat., IX. trouve Xénophon plus doux que le miel, melle dulcior. On l'avait surnommé l'abeille attique.  

(8) Sous Ptolémée Philadelphe, vers 295 av. J. C. 

(9) Ces bas-reliefs, au nombre de dix-neuf, avaient été décrits, en autant d'épigrammes et en vers élégiaques, par un poète inconnu, dont la poésie est très-médiocre, pour ne pas dire mauvaise, mais qui présente, sous une face nouvelle, plusieurs points mythologiques. (Chardon de la Rochelle, Mélanges, t. II, p. 272.) 

(10) Pour venger, si on lit amunomenos.

(11)  Au lien de Delphon je lis Delphois

(12) Ce trait mythologique a fourni à la statuaire le sujet du fameux groupe de Dircé liée aux cornes d'un taureau, groupe connu sous le nom de Taureau Farnèse. Voy. Clarac, Manuel de l'hist. de l'art, p. 668. 

(13) Au lieu de oiketin, je lis hiketin

(14) Au lieu de Aphouthar, je lis ep' outhar (s. ent. onta). 

(15) Au lieu de nean kouran je lis Euno' , arouran.

(16) Au lieu de krantagenous Iobatou, je lis avec Jacobs kêra kakên d'oud' Iobatas

(17) A Moirôn il f r,; ajouter töide.

(18I. Au lieu de muthön, je lis mochtôn

(19) Au lieu de hieroisin, je lis eneroisin.

(20)  "Celte pièce est comme l'enseigne du jardin des Hespérides." Sainte-Beuve, Portraits contemporains et divers, p. 476.

(21) Dioscoride.

(22) Hermodore. 

(23) Philois, le pluriel par emphase ; c'est de Dioclès seul qu'il s'agit, aridzêlôi Dioklei.

(24Sophocle a dit bien mieux, Philoct., 1443 :

Ou gar êusebeia sunthnêskei brotois. 
Kan dzôsi, kan thanôsin, ouk apolluntai.

Et la pure vertu, le plus beau don des cieux, 
Ne meurt point avec l'homme et se rejoint aux dieux. (LA HARPE.)

(25) Sophia c'est la science, la poésie.

(26) 1. Cf. Théocrite, XIV, 48. 

(27) Au lieu de pheresthai, je lis graphesthai.

(28)  Virgile, Aen., IV, 93. 

(29) Voy. Longepierre, Anacréon, p. 212.

(30) Kolpon a le double sens de golfe et de sein. 

(31) Sur la Vénus marine, voir le Mém. sur Vénus, de Larcher, p. 109.

(32) Ainsi Horace : "Parabilem amo Venerem facilemque .... Desine matronas sectarier. " Sat. I, II - "Ne sit ancillae tibi amor pudori. Od., II. 

(33Les mots boôpis et tauron sont en grec dans un rapport poétique et ingénieux. 

(34) Oud' onar en aucune manière, nullement, comme ci-après, 76.

(35) Ainsi Catulle, 99 : "Suaviolum tristi tristius elleboro."

(36) Au lieu de hoi ploutou peniên je lis ploutou, tên peniên

(37) Chrusou, s. ent. eichen anti.

(38) Au lieu de dikadzetai, il faut lire lichmadzetai, sensu obscoeno.

(39) C'est un goutteux qui parle. 

(40) Au lieu de gar isôs, je lis chartous

(41) Ce sont les conseils d'un vil amant à une courtisane.

(42) Au lieu de eutaktein, je lis euargein

(43) Au lieu de teke kai trephe, je lis teke, nai teke.

(44) Au lieu de ginomenon, je lis kruptomenon.

(45Cf. Ovide, Amor., III, 7. 

(46) Cf. Martial, IX, 33. Voy. les Mélanges de Chardon de la Rochette, t.II, p. 329.

(47Adonis passait six mois de l'année aux Enfers. 

(48) Psuchê, amour et papillon, fait ici un concetto intraduidible.

(49) Aitôlê, demandeuse, de aitein.  Mêdos, non donnant, mê d'hous. 

(50) "Inclusam Danaën turris ahenea." Horace, Od., III, XVI. 

(51) Cf. Ausone, Épigr. LXXIX, et Tibulle, IV, V, 13.

(52) Voy. Longepierre, Anacréon, p. 146. 

(53) Lusus grammaticus de Andromachê, quae viro bellum indicit, e parentibus male ominati nominis prognata, et de Lusimachê, unde lusetai. Jacobs.

(54Sic apud Achillem Tatium, IV, 8 : To men gar ergon Aphroditês kai horon echei kai koron. 

(55) Voy. les Pensées de Platon, par M. Le Clerc, p. 12.

(56) Voy. Longepierre, Anacréon, p. 38.

(57) Voy. Longepierre, Bion et Moschus, p. 19. 

(58) Muron est un terme d'amour. Voy. ci-après 113 

(59) Voy. Longepierre, Anacréon, p. 88.

(60)  Ouranos, le palais de la bouche. Kuôn, to andreion morion. Didumoi, hoi orcheis. 

(61)Dis tosou, lisez dustonon.

(62Voir la note de M. Boissonade, sur le mol phil en composition, dans le Télémaque de Lefèvre, 1824, t. II p. 180.

(63) Cf., Martial, Épigr., XI, 43.

(64) Dans Kornêlios, il y a hêlios, soleil ; de là thermainei, phôs, pur

(65) osdeis. Lectio heudeis elegans est, et sensum habet optimum. Jacobs.

(66) Au lieu de heudomen, hôs... je lis heudomen hôs... avec un point final.

(67) Cf. Horace, Sat. I , 2, 38 et 127. 

(68) Koinos Hermês. Sic apud Phaedrum, V, 3: in commune quidquid est lucri. 

(69) Une bayadère.

(70Opique, par ce mot les Grecs désignaient injurieusement les Romains. 

(71) Phlôra nec graecum nec latinum est (Brunck). Lisez chlôra

(72) Voy. Sainte-Beuve, Méléagre, p. 499.

(73) Je lis kallos huphêniochôn.

(74) Puis est-ce le velours ou le satin encor?
Non, mon duc, c'est ton cou qui sied au collier d'or.
(Victor-Hugo, Hernani, avant-dernière scène.)

(75) Voy. Sainte-Beuve, Méléagre, p. 496.

(76)  La soeur et l'épouse de Ptolémée Évergéte. 

(77) Sainte-Beuve, Méléagre, p. 498. 

(78) Sur un portrait de la courtisane Zénophile.

(79) Le poéte joue sur les mots kecharismenon, charin, chariti.

(80Sainte-Beuve, Méléagre, p. 497. 

(81) Truphéra non pas seulement de nom. Remarquer le changement de l'accent. 

(82) Ceci rappelle les proelia virginum sectis in juvenes unguibus acrium d'Horace, Od., I, VI, 47.

(83) Voy. Ausone, Épigr. XCIV. 

(84) Ad Judaeam. Il faut se rappeler que Méléagre était de Gadara en Palestine.

(85) Psuchrois. "Cui frigida sabbata cordi."  Itin. Rutilii, I, 389.

(86) Endumiônos hupnon kateudeis, proverbe grec. 

(87) Sur l'Hymette il y avait l'autel de Jupiter pluvieux, Dios ombriou.

(88Voy. Sainte-Beuve, Méléagre, p. 495.

(89) C'est la contre-partie de l'épigramme précédente. 

(90) Voy. Longepierre, Bion et Moschus, p. 67.

(91) Voy. Longepierre, Bion et Moschus, p. 68.

(92) Je lis Treis, Kariôn, hêmin labe bôlakas

(93)  Sainte-Beuve, Méléagre, p. 494.

(94) D'ordinaire on ne se mettait pas à table avant la neuvième heure du soir ou trois heures de l'après-midi. 

(95) Au lieu de eklaion; kan mê .... je lis kalei ; kan min... 

(96) Kaleson. cf. Horace. Od. II, II, 18.

(97) C'est peut-être le commencement de l'épigr. 182. 

(98)- Ici je lis daimona thnêtos; êsson egô tlêmôn essom'anexomenos

(99) Keinês est ici remplacé par Helenês

(100) Horace, Od. 1, 27, 19. Ah ! miser quanta laboras in Charybdi. 

(101) Sainte-Beuve, Méléagre, p. 498. 

(102)  C'est la lettre chi, dont l'invention est attribuée â Épicharme de Délos, qui résidait à Syracuse, et qui ferait kallischion, la fille aux belles hanches. Celte lettre a disparu : elle n'est plus kallischion.

(103Adonis passait six mois aux enfers. V oy. plus haut l'épigr. 63.

(104) Sainte-Beuve, Mélèagre, p. 492 - 3. A la place de cû répété, je lis ci.

(105) A la palce de ou repété, je lis ô.

(106) C'est le Pervigilium Veneris

(107) Cr. Horace, ad Lycen, Od. IV, 13.  Comme il est moins grossier ! Dans eikosorôi il y a le double sens de vingt paires de rames ou d'amants, et aussi l'idéé de cercueil, soros.

(108Iugx, sabot magique. Voir Théocrile II, 17. 

(109) Au lieu de ou koteousa je lis egkroteousa.

(110) Cf. Ovide, Ars amandi, II, 682.

(111) Lisez algos, ho t'ek kainôn kainon agôn ti pothos.

(112) Sainte-Beuve. Méléagre, p. 493. 

(113) Puthias, c'est une esclave. 

(114) Lisez echei.

(115Ce sont des titres de pièces de Ménandre.

(116C'est la citharéde Ariadne. 

(117) Hêpatos. Les anciens mettaient le siège de l'amour dans le foie : kai me tuptei meson hêpar. Anacréon.

(118 Ineptissimum Carmen. Jacobs.

(119) Lisez prosôpa per'anthesi ballêi.

(120) Cf. l'ode XII d'Anacréon eis chelidona.

(121Sensu obscoeno.

(122) Parmenis, constante, de parmenein, rester auprès.

(123Felices ter et amplius quos irrupta lenet copula. Horace, Od. I. III, 18.  Au lieu de philê il faut lire phichois

(124) Le poëte s'applique l'histoire de Démophon. Voy. Ovide, Héroïd

(125) Ancienne croyance populaire.

(126) Barbare, attique pour Barbara.

(127C'est une esclave public dont parle Eschine, Kata Timarchon, 54.

(128Cf. Virgile, Géorg., III, 258 : Quid juvenis, magnum ....

(129 Voy. Théocrite, Idyl. III, 24.

(130Parodie du vers 42 de l'Iliade, ch. 10.

(131Voy. Longepierre, Anacréon, p. 50,

(132Hugiaie, sanam mentem et optat. Brodeau.