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LAUSUS ET MEZENCE

ANNEXES

ANNEXE I : Mézence l'impie

 

Document 1

Le premier qui marche au combat, terrible, issu des rivages tyrrhéniens, est le contempteur des dieux, Mézence; le premier il arme ses troupes. Il a près de lui, son fils Lausus, le plus beau des Ausoniens après le Laurente Turnus; Lausus, dompteur de chevaux, chasseur de bêtes sauvages, conduit, mais en vain, mille guerriers qui l'ont suivi de la ville d'Agylla : il était digne d'être plus heureux sous les ordres paternels et d'avoir un autre père que Mézence.
VIRGILE, Enéide, 7, 647 - 654

Document 2  

Non loin de nous, fondée sur un antique roc, est assise la ville d'Agylla, où jadis la nation lydienne, illustre à la guerre, s'établit parmi les collines étrusques. Florissante durant de longues années, le roi Mézence la tint ensuite sous son insolente domination et sous ses armes cruelles. Te raconterais-je ses monstrueuses tueries ? Ses actes sauvages de tyran ? Que les dieux les fassent retomber sur lui et sa race! Il allait jusqu'à lier des vivants à des corps morts, mains contre mains, bouche contre bouche, et ces suppliciés d'un nouveau genre, ruisselant de sanie et de sang corrompu, dans un misérable accouplement, mouraient lentement. Mais enfin, excédés de ces furieuses démences, les citoyens s'arment, l'assiègent lui et sa maison, massacrent ses compagnons, jettent l'incendie sur le toit. Lui, il échappe au carnage, se réfugie sur le territoire des Rutules; et Turnus défend son hôte par les armes.
VIRGILE, Enéide, 8, 478 - 493

Document 3  

Le sort des combats allait décider qui, de Turnus ou d'Enée, serait le gendre d'Amata, reine du Latium. Turnus se fortifia de l'alliance des Etrusques. Mézence était d'une illustre naissance et redoutable les armes à la main, vaillant à cheval, à pied plus vaillant encore. Turnus et les Rutules s'efforcent de l'entraîner dans leur parti; le chef toscan leur répond ainsi : "J'ai acheté bien cher ma réputation de brave guerrier; témoin ces blessures et ces armes tant de fois rougies de mon sang. Pourtant, vous qui demandez mon secours, je n'y mettrai pas un trop haut prix : faites-moi présent du premier vin qui bouillonnera dans vos cuves. Que l'échange soit accepté sans retard. A vous de donner, à moi de vaincre. Si vous me refusez, vous comblerez les désirs d'Enée !" Les Rutules ont consenti. Mézence revêt son armure; Enée revêt la sienne et invoque Jupiter : "Les ennemis ont promis leur récolte au roi toscan; je te voue, ô Jupiter, le vin des vignes du Latium." Le voeu le plus religieux l'emporte; le gigantesque Mézence succombe et il mord la poussière d'une bouche qui blasphème.
OVIDE, Fastes, 4, 879 - 896

 Document 4

 Virgile fait tellement consister toute la piété dans les sacrifices qu'on doit offrir aux dieux qu'il qualifie Mézence de "contempteur des dieux". En effet, ce n'est point pour avoir été sans pitié envers les hommes et sans considération pour les dieux, que Virgile a donné ce surnom à Mézence; car alors, il l'aurait plutôt donné à Busiris, qu'il s'est contenté de qualifier, quoiqu'il fût bien plus cruel, d'illaudatum (indigne de louange). Mais le lecteur attentif trouvera le motif véritable d'une épithète qui caractérise l'orgueilleuse impiété de Mézence dans le 1er livre des Origines de Caton. Cet auteur raconte en effet que Mézence ayant ordonné aux Rutules de lui offrir les prémices qu'ils offraient aux dieux, tous les peuples latins, craignant un pareil ordre de sa part, avaient fait le voeu suivant : "Jupiter, si tu as à coeur que nous t'offrions ces prémices plutôt qu'à Mézence, fais-nous vainqueurs de lui." C'est donc pour s'être arrogé les honneurs divins, que Mézence a été justement qualifié par Virgile de "contempteur des dieux". De là cette pieuse imprécation du prêtre : "Voilà les dépouilles et les prémices d'un roi superbe" (En., 11, 15 - 16). Par cette dernière expression, il fait rejaillir, sur les dépouilles enlevées à Mézence, la dénomination du fait pour lequel il subit sa peine.
MACROBE, 3, 5, 9 - 11

 

ANNEXE II : VAINQUEURS ET VAINCUS

 

Document 1

(Turnus vient de tuer Pallas.)

Turnus, debout près du cadavre s'écria : "Arcadiens, souvenez-vous de mes paroles et rapportez-les à Evandre. Je lui rends son fils tel que son fils l'a mérité. Honneurs du tombeau, consolation de la sépulture, je lui en fais la largesse. Il lui en coûtera cher d'avoir été l'hôte d'Enée. "Cela dit, il a pressé du pied le corps sans vie et arraché l'énorme poids du baudrier où est empreint le crime des Danaïdes.
VIRGILE, Enéide, 10, 490 - 497

 Document 2

(Enée a appris la mort de Pallas.)

L'épée à la main, Enée moissonne tout sur son passage et s'ouvre ardemment avec le fer un large sentier à travers l'armée : c'est toi qu'il cherche, Turnus, toi que ton nouveau meurtre remplit d'orgueil. Pallas, Evandre, toutes ces images sont présentes à ses yeux, et la table où étranger, il avait été reçu à son arrivée, et leur serrement de mains en signe d'alliance. (...) (Un ennemi supplie Enée.)" Par les Mânes de ton père, par Iule qui grandit, ton espoir, je t'en prie, conserve ma vie pour mon fils, pour mon père. J'ai une haute demeure; des talents d'argent ciselé y sont profondément cachés sous la terre; je possède des monceaux d'or travaillé ou brut. Ma mort ne donnera pas la victoire aux Troyens; la vie d'un seul homme ne change pas ainsi les événements." Il dit; Enée lui répond : "Tous ces talents d'argent et d'or dont tu parles, réserve-les à tes fils. Turnus a le premier aboli ces marchandages en tuant Pallas. C'est ce que pensent les Mânes de mon père Anchise et mon fils Iule." A ces mots, il saisit de la main gauche le casque de Magus, lui renverse malgré ses prières la tête en arrière et lui plonge dans la gorge son épée jusqu'à la garde. (Enée vient de tuer un autre ennemi.) " Gis maintenant ici, guerrier redoutable ! Une mère excellente ne t'ensevelira pas et ne fera pas peser sur ton corps le sépulcre de tes pères. Tu seras abandonné aux oiseaux rapaces ou plongé dans le gouffre de la mer. L'eau t'emportera, et les poissons affamés lécheront tes blessures."
VIRGILE, Enéide, 10, 513 - 560 (partim)

Document 3

(Mézence vient de frapper un Troyen.)

Alors sur l'homme terrassé appuyant son pied et sa lance : "Le voici qui gît à terre le haut Orodès, un des grands rôles de la guerre." Ses compagnons qui le suivent entonnent un joyeux péan. Mais le moribond dit: "Qui que tu sois, mon vainqueur, je ne mourrai pas sans vengeance et tu ne te réjouiras pas longtemps. Un destin pareil au mien t'attend et tu seras bientôt comme moi couché sur cette terre." Mézence lui répond avec un sourire de colère : "En attendant, meurs. Pour moi, le père des dieux et des hommes verra ce qu'il doit faire."
VIRGILE, Enéide, 10, 736 - 744

ANNEXE III : LAUSUS ET MÉZENCE AU CINÉMA ?

L'épisode de Lausus et Mézence présente des similitudes avec des personnages de La nuit de San Lorenzo, film des frères Taviani (1982).

On y voit, en effet, un fasciste, accompagné de son fils adolescent, affronter les maquis. Le fils est tué, au grand désespoir du père qui se suicide. Il faut remarquer qu'à la mort de son fils, le père exprime son désespoir en se plongeant la tête dans la poussière, comme le fait Mézence. 

S'agit-il d'une coïncidence ? C'est possible, mais on peut faire remarquer les points suivants :

1. Dans Padre padrone, film antérieur des mêmes auteurs, le personnage principal (un berger illettré qui découvre le monde de la culture écrite lors de son service militaire) récite du Virgile (dans le texte).

2. La nuit de San Lorenzo contient des références à l'épopée antique : le grand-père récite l'Iliade; le combat contre les fascistes est entrecoupé de plans imaginaires de guerriers homériques.

Il n'est donc pas impossible qu'il y ait dans l'épisode évoqué ci-dessus une réminiscence de l'Enéide et un hommage à Virgile.


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