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LAUSUS ET MEZENCE

VI. Le désir de mort

Aeneas agnovit enim laetusque precatur :
"Sic pater ille deum faciat, sic altus Apollo,
incipias conferre manum !"
Tantum effatus et infesta subit obvius hasta.
Ille autem : "Quid me erepto, saevissime, nato
terres ? Haec via sola fuit qua perdere posses.
Nec mortem horremus nec divum parcimus ulli.
Desine : nam venio moriturus et haec tibi porto
dona prius."

VIRGILE, Enéide,10, 874-882

deum = deorum
incipias  : verbe subordonné; la conj. ut est s.-e.
conferre manum : en venir aux mains
ille = Mézence
divum = deorum
desine : s.-e. me terrere
 Énée le reconnut, et tout joyeux, se mit à prier :
"Puisse l'illustre père des dieux, puisse le fier Apollon le vouloir !
Commence à engager le combat !"
Sur ces simples mots, il s'avança à sa rencontre, la pique brandie.
Alors lui : "En quoi peux-tu m'effrayer, ô cruel entre tous ?
Mon fils m'a été arraché ? C'était ton seul moyen de me perdre :
nous n'avons pas peur de la mort, et ne ménageons aucun dieu.
Cesse, car je viens, disposé à mourir, mais auparavant,
je t'apporte ces présents".

 

Commentaire :

     Au moment du combat suprême, Enée invoque Jupiter et Apollon.

     Mézence interpelle son adversaire. Sa pensée est quelque peu confuse :

          1. Il considère que l'invocation d'Enée a pour but de l'effrayer (quid terres ?). Bien sûr, l'impie qu'il est ne peut que rester insensible à une telle attitude, mais ses paroles impliquent aussi que pour lui, une invocation aux dieux ne peut être qu'un faux-semblant, une manoeuvre dépourvue de conviction profonde.

          2. Or, étant donné qu'on lui a ravi son fils (erepto nato), toute tentative de l'effrayer doit nécessairement échouer, puisqu'il est décidé à chercher la mort.

     Le v. 880 exprime clairement les sous-entendus des vers précédents.

     Enfin, Mézence enjoint à Enée de se taire (desine) et annonce son intention de mourir et d'entraîner Enée avec lui. Il n'est donc plus question de retour victorieux comme précédemment (V. 802 - 804).


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