| CHAPITRE VI : PLAISIRS ET LOISIRS
Texte 1 :
LES BRUITS DES BAINS
| Supra balneum
habito. Cum fortiores exercentur et manus plumbo graves iactant, cum aut
laborant aut laborantem imitantur, gemitus audio, quotiens retentum spiritum
remiserunt, sibilos et
acerbissimas respirationes;
cum in aliquem inertem et unctione contentum incidi, audio
crepitum inlisae manus humeris; si vero pilicrepus supervenit et numerare coepit
pilas, actum est. Adice nunc scordalum et
furem
deprehensum et illum cui vox sua in balineo placet; adice nunc eos qui in
piscinam cum ingenti impulsae aquae
sono saliunt. Praeter istos, alipilum cogita tenuem et
stridulam vocem quo sit notabilior, subinde exprimentem nec umquam tacentem, nisi dum
vellit alas et alium pro se
clamare cogit, iam biberari varias exclamationes et
botularium et
et crustularium et
omnes popinarum institores
mercem sua quadam et insignita modulatione vendentes. SÉNÈQUE,
Lettres, 56, 1 - 2 |
plumbus, i
: le plomb
laborare, o : faire un
(des) effort(s)
sibilus, i : le sifflement
respiratio,onis : la respiration
unctio,onis : la friction
crepitus, us : le bruit
inlidere,o,lidi,lisum
:
frapper
pilicrepus, i : le joueur
de balle
pila, ae : la balle
scordalus, i : le
chercheur de querelles
fur, furis : le voleur
piscina, ae : la piscine
alipilus, i : l'épileur
stridulus,a,um
: criard,
strident
notabilis,e : qu'on
remarque
vellere,o,vulsi,vulsum
:
arracher
ala, ae : l'aisselle
biberarius, i
: le
marchand de boissons
exclamatio,onis : le cri
botularius, i
: le
marchand de saucisses
crustularius, i
: le
marchand de pâtisseries
popina, ae : la taverne
institor,oris
: le
colporteur
insignitus,a,um
:
particulier, reconnaissable
modulatio,onis
:
l'intonation |
|
Jhabite au-dessus dun bain. Quand
les champions sexercent et se mettent à lancer leurs mains alourdies de plomb,
quand ils font des efforts ou font semblant den faire, jentends leurs
gémissements. Chaque fois quils reprennent leur souffle, jentends leurs
sifflements et leur respiration haletante. Si je tombe sur quelquun de passif et qui
se contente dune friction, jentends le bruit de la main frappant sur les
épaules. Mais si arrive un joueur de balle et sil commence à compter les points,
cest le coup de grâce. Ajoute à cela le chercheur de querelles, le voleur pris sur
le fait et celui qui trouve sa voix jolie dans le bain; ajoute ceux qui sautent dans la
piscine au milieu dun immense éclaboussement deau. Outre ceux-là, imagine
lépileur poussant tout à coup des cris deunuque criard pour quon le
reconnaisse et ne se taisant que quand il arrache les aisselles et quil oblige un
autre à crier à sa place. Ensuite imagine les exclamations variées du marchand de
boissons, de saucisses, de pâtisseries, de tous ces colporteurs de tavernes qui vendent
leurs marchandises avec leur propre intonation caractéristique. |
Texte 2 : Un public difficile
Diu qui domi otiosi dormierunt, decet
animo aequo nunc stent vel dormire temperent.
Servi ne obsideant,
liberis ut sit locus.
(...)
Nutrices pueros infantes minutulos
domi ut procurent
neve
spectatum adferant :
ne et ipsae sitiant et
pueri pereant fame,
neve esurientes hic quasi haedi
obvagiant.
Matronae tacitae spectent, tacitae rideant;
canora hic voce sua tinnire temperent,
domum sermones fabulandi
conferant
ne et hic viris sint et domi molestiae.PLAUTE, Poenulus,
21 - 35 |
obsidere, eo
: envahir (les gradins)
nutrix,icis : la nourrice
minutulus,a,um : tout
petit
ut : que (introd. un
ordre ou un conseil)
procurare, o : s'occuper
sitire, io : avoir soif
esurire, io : avoir faim
haedus, i : le chevreau
obvagire, io : crier,
vagir
canorus,a,um : sonore,
mélodieux
tinnire, io : crier
fabulari, or : converser
molestia,ae : l'ennui, le
désagrément |
Qu'aucune prostituée fanée ne s'asseye sur
le devant de la scène, que les licteurs et leurs verges ne murmurent pas, que
l'ordonnateur ne se promène pas devant les gens, ni ne conduise quelqu'un à sa place
pendant que l'acteur est sur scène. Ceux qui ont trop dormi chez eux, il convient qu'ils
acceptent de bon cur de rester debout ou bien de dormir moins. Que les esclaves
n'assiègent pas la place des hommes libres ou qu'ils donnent de l'argent pour être
affranchis. S'ils ne peuvent le faire, qu'ils rentrent chez eux.
Que les nourrices soignent à la maison les tout petits enfants et ne les emmènent pas au
spectacle de crainte qu'elles ne meurent elles-mêmes de soif et que les enfants ne
meurent de faim et ne se mettent pas à crier de faim comme des chevreaux. Que les
matrones regardent en silence, qu'elles rient en silence, qu'elles s'abstiennent de crier
de leur voix mélodieuse, qu'elles ramènent chez elles leurs sujets de conversation pour
ne pas ennuyer leurs maris ici comme chez elles. |
Texte 3 : Les coquettes
| Spectatum veniunt : veniunt spectentur ut ipsae. OVIDE, Art d'aimer, 99 |
|
Texte 4 : A l'amphithéâtre
Cum traheret
Priscus, traheret certamina Verus,
esset et aequalis Mars utriusque diu,
missio saepe viris magno clamore petita est;
sed Caesar legi paruit ipse suae.
Lex erat, ad digitum posita concurrere
parma.
Quod licuit, lances donaque saepe dedit.
Inventus tamen est finis discriminis aequi :
pugnavere pares, subcubuere pares.
Misit utrique rudes et palmas
Caesar utrique :
hoc pretium virtus ingeniosa tulit.
Contigit hoc nullo nisi te sub principe, Caesar :
cum duo pugnarent, victor uterque fuitMARTIAL,
de spec., 29 |
Priscus ...
Verus : gladiateurs
Mars,Martis : Mars; ici,
le courage
missio,onis :le renvoi;
ici, la grâce (accordée au gladiateur)
ad digitum :
"jusqu'au doigt", c'est-à-dire jusqu'à l'abandon
concurrere,o,curri,cusrsum :
combattre
parma, ae : le bouclier
lanx,ncis : le plat
pugnavere ... subcubuere =
pugnaverunt ... subcubuerunt
subcubare,o,ui,itum : succomber
rudis,is : l'épée de
bois
palma, ae : la palme
ingeniosus,a,um : adroit
te sub principe = sub te principe
: sous ton règne |
|
Priscus tirait en longueur le combat, Vérus
en faisait autant : le courage de lun et lautre pendant longtemps fut pareil.
Souvent à grands cris on réclama la grâce pour ces combattants. Quant à César, il
obéit à sa propre loi. La loi voulait que lon combatte jusquà
labandon, bouclier déposé. Comme il en avait le droit, il leur donna souvent des
plats et des dons. On en arriva finalement à la fin de ce combat équilibré : tels ils
combattirent, tels ils succombèrent. César fit remettre à lun et à lautre
des épées de bois et des palmes : ce fut le prix de leur grand courage. Cela
nétait jamais arrivé, César, si ce nest sous ton principat : deux hommes
combattirent, lun et lautre furent vainqueurs. |
Texte 5 : Jusitifier l'abominable
| Quis
mediocris gladiator ingemuit, quis vultum mutavit umquam? Quis non modo
stetit, verum etiam decubuit
turpiter? Quis, cum
decubuisset, ferrum recipere iussus, collum contraxit? Nulla potest esse fortior contra
dolorem et mortem disciplina. CICÉRON, Tusculanes,
2, 41 |
mediocris,e
: moyen, passable
stare : ici, combattre
decubare,o,ui,itum : tomber
turpiter : honteusement
disciplina, ae : la leçon |
|
Quel gladiateur passable a gémi? Quel
gladiateur valable à une seule fois changé de couleur? Quel gladiateur a non seulement
combattu mais est tombé honteusement? Quel gladiateur, une fois tombé, a rentré le cou
quand on lui ordonnait de recevoir le coup fatal? Aucune leçon ne peut être plus forte
contre la douleur et la mort. |
Texte 6 : Fascination
Augustin évoque un épisode de sa jeunesse; le "héros" de
cette histoire est un certain Alypius.
| Cum
aversaretur et detestaretur talia, quidam eius amici et
condiscipuli, cum forte de prandio redeuntibus per viam esset, recusantem
vehementer et resistentem familiari violentia duxerunt im amphitheatrum crudelium et
funestorum ludorum diebus haec dicentem : "Si corpus meum in locum illum trahitis et
ibi constituitis, numquid
et animum et oculos meos in illa spectacula potestis intendere ? Adero itaque absens ac
sic et vos et illa superabo." (...) Quo ubi ventum est, fervebant omnia immanissimis
voluptatibus. Ille clausis oculis, interdixit animo ne in tanta mala procederet. Atque
utinam et aures obturavisset! Nam quodam pugnae casu, cum clamor ingens totius populi vehementer eum
pulsavisset, curiositate victus, aperuit oculos et
percussus est graviore vulnere in anima quam ille in corpore. (...) Ut enim vidit illum sanguinem,
immanitatem simul ebibit et non se avertit, sed fixit
aspectum et hauriebat furias et nesciebat et delectabatur
scelere certaminis et cruenta voluptate inebriabatur. AUGUSTIN, Confessions,
6, 8 |
aversari, or : éprouver de l'aversion
detestari, or : détester
condiscipulus, i : le
condisciple
prandium, i : le dîner
(repas de midi)
vehementer : fortement
numquid : est-ce que
obturare, o : boucher
pulsare, o : ébranler
curiositas,atis : la
curiosité
ille = le gladiateur
immanitas,atis : la sauvagerie
ebibere, o : boire à fond (sens métaphorique)
aspectum, i : le
spectacle, la vision
furia, ae : la fureur
inebriare, o : enivrer |
VIII.13. Ne négligeant évidemment pas la carrière séculière que lui
vantaient ses parents, il m'avait précédé à Rome pour étudier le droit, et c'est là
qu'il fut emporté incroyablement par une incroyable avidité des spectacles de
gladiateurs.
Alors qu'il avait de tels spectacles en aversion et en horreur, quelques-uns de ses amis
et condisciples, comme il se trouva sur leur chemin à leur retour d'un repas, ignorant
ses véhémentes protestations et sa résistance, l'emmenèrent avec une amicale violence
à l'amphithéâtre où, ces jours-là, se déroulaient ces jeux cruels et funestes,
tandis qu'il leur disait: "Si vous traînez mon corps dans ces lieux et l'y faites
asseoir, pourrez-vous faire tourner mes yeux et mon esprit vers ce spectacle? J'y serai
comme absent, et ainsi je l'emporterai sur vous et sur lui". Ce qu'entendant sans se
calmer le moins du monde, ils l'emmenèrent avec eux, désireux peut-être de vérifier
s'il pourrait tenir sa parole.
Quand ils y parvinrent et se furent casés aux places qu'ils purent trouver, l'air entier
était enflammé des voluptés les plus cruelles. Lui, fermant les portes de ses yeux, il
interdit à son esprit de se tourner vers tant de crimes. Plût à Dieu qu'il eût aussi
bouché ses oreilles! Car, dans une phase du combat, comme une immense clameur du public
tout entier venait de le secouer avec violence, vaincu par la curiosité, et se croyant
prêt, quoiqu'il en fût, à mépriser et vaincre même cette vision, il ouvrit les yeux
et il fut frappé à l'âme d'une blessure plus grande que, dans son corps, celui qu'il
avait désiré voir, et il tomba plus misérablement que celui dont la chute avait
déclenché cette clameur.
Oui, c'est cette clameur qui entra par ses oreilles et lui ouvrit, avec les yeux, une voie
par où serait frappé et abattu cet esprit jusque-là plus audacieux que fort, et
d'autant plus faible qu'il s'était fié à lui-même, lui qui aurait dû se fier à vous.
Car dès qu'il vit ce sang, instantanément il but la férocité et, au lieu de se
détourner, il fixa ce tableau où il puisait la fureur à son insu, se délectait du
crime de ce combat, et s'enivrait de volupté cruelle.
Et désormais, il n'était plus celui qui était venu, mais un élément de cette foule
dans laquelle il était venu, et le vrai comparse de ceux par qui il avait été amené.
Que dire de plus? Il regarda, il cria, il brûla, il emporta de là avec lui sa folie qui
le pousserait à revenir, non seulement avec ceux par qui d'abord il avait été
débauché, mais même avant eux, et en y traînant d'autres.
Et pourtant, de votre main très forte et très miséricordieuse, vous l'avez, vous, tiré
de là, et vous lui avez appris, mais bien plus tard, à avoir confiance non pas en
lui-même, mais en vous.
http://www.confessionsaugustin.com/francaisseul6.htm
|
Texte 7 : Le lieu de la perdition
Horace s'adresse à son régisseur.
Tu
mediastinus tacita prece rura petebas,
nunc urbem et ludos et balnea vilicus optas.
(...)
Non eadem miramur, eo disconvenit inter
meque et te; nam quae
deserta et inhospita tesqua
credis, amoena vocat mecum qui sentit et odit
quae tu pulchra putas. Fornix tibi et uncta
popina
incutiunt urbis desiderium,
video, et quod
angulus iste feret piper
et
tus ocius uva,
nec vicina subest vinum praebere taberna
quae possit tibi, nec meretrix tibicina cuius
ad strepitum salias terrae gravis.HORACE, Epîtres, 1, 14, 14 -15; 18 - 26 |
mediastinus, i
: l'esclave à tout faire
vilicus, i : l'intendant,
le régisseur
disconvenit : il y a
désaccord
meque = me
inhospitus, a, um : inhospitalier
tesqua,orum : les contrées sauvages, le désert
amoenus,a,um : charmant
mecum qui = qui mecum
fornix,icis : le bordel
unguere,eo,unxi,unctum :
oindre, engraisser; unctus
: gras; riche
popina, ae : la taverne,
le cabaret
incutere,io,cussi,cussum
: susciter, fouetter
quod : le fait que
angulus, i : l'angle; le
coin
piper,eris n. : le poivre
tus,turis n. : l'encens
ocius : plus vite que,
plutôt que
uva, ae : le raisin
meretrix,icis : la
prostituée
tibicina, ae : la joueuse
de flûte
strepitus, us : le bruit,
le son
terrae : d. dépendant de gravis |
Toi, esclave à tout faire, tu réclamais
tacitement de tes prières la campagne; maintenant, devenu intendant, tu souhaites la
ville, les jeux et les bains.
Nous nadmirons pas les mêmes choses. Il y a sur cela désaccord entre toi et moi.
Ce que tu considères comme des déserts et des contrées inhospitalières, celui qui
pense comme moi les trouve agréables et déteste ce que tu considères comme beau. Je
vois quun bordel et une taverne grasse suscitent chez toi le regret de la ville.
Cest parce quil ny a pas de taverne dans les environs pour te fournir du
vin, ni prostituée joueuse de flûte pour te faire à son rythme danser lourdement sur le
sol que ce coin de terre produira du poivre et de lencens plus vite que du raisin.
|
page suivante |