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CHAPITRE III : UN CHAOS À ORGANISER ... ET À EMBELLIR

Texte 1 : LA VILLE DU DÉSORDRE

Rome a été détruite par les Gaulois. Camille, le sauveur de Rome parvient à persuader les Romains de ne pas abandonner le site de leur ville (ce qu'ils avaient envisagé de faire) et de la rebâtir. Certes, Tite-Live évoque ici un épisode de l'histoire ancienne de Rome (390 ACN), mais il devait avoir à l'esprit la ville qu'il connaissait (fin de la République).

... promisce urbs aedificari coepta [est]. Tegula publice praebita est; saxi materiaeque caedendae unde quisque vellet ius factum, praedibus acceptis eo anno aedificia perfecturos. Festinatio curam exemit vicos dirigendi, dum omisso sui alienique discrimine in vacuo aedificant : ea est causa ut veteres cloacae primo per publicum ductae, nunc privata passim subeant tecta, formaque urbis sit occupatae magis quam divisae similis.

TITE-LIVE, 5, 55

promisce : indistinctement, pêle-mêle, en désordre
tegula, ae : la tuile (ici, le sing. est employé pour le pl.)
praes,dis : l'engagement (que : prop. inf.)
festinatio,onis :  la hâte
sui alieni : (de) son propre bien et (de) celui d'autrui
vacuum, i : le terrain inoccupé
cloaca, ae : l'égout
forma, ae : le plan
occupatus,a,um : pris, investi, occupé
divisus,a,um : régulier, planifié

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/V.html#5-55

(V, 55) Reconstruction de Rome

(1) D'autres discours de Camille, mais principalement ces considérations tirées de la religion, faisaient impression sur la multitude. Un mot, qui sembla tomber du ciel, acheva de lever toutes les incertitudes. Presque au sortir de l'assemblée, le sénat s'était rendu dans la curie Hostilia. Pendant la délibération, comme des cohortes qu'on ramenait de leur garnison traversaient le forum, en ordre de marche, un centurion s'écria sur la place des comices : (2) "Porte-drapeau, plante l'enseigne; nous ne saurions être mieux qu'ici." À ce mot, le sénat, sortant de la salle, s'écria qu'il acceptait l'augure, et toute cette multitude répandue autour de la curie n'eut qu'un cri d'approbation. La loi fut donc rejetée, et de toutes parts on se mit à l'ouvrage. (3) La tuile fut fournie par l'état, et l'on eut permission de prendre la pierre et le bois où l'on voudrait, pourvu qu'on s'engageât à finir le travail dans l'année. (4) Chacun, sans s'inquiéter s'il bâtissait sur son terrain ou sur celui d'un autre, s'empara de la première place vacante; et la précipitation fit qu'on ne prit aucun soin d'aligner les rues. (5) C'est pour cela que d'anciens égouts, qu'on avait eu l'attention de diriger sous les rues et les places publiques, se retrouvent aujourd'hui sous les maisons des particuliers; et qu'en général Rome paraît plutôt bâtie au hasard par le premier occupant que tracée d'après un plan régulier.

Texte 2 : LES RÉGIONS D'AUGUSTE

Spatium urbis in regiones vicosque divisit instituitque, ut illas annui magistratus sortito tuerentur, hos magistri e plebe cuiusque viciniae lecti.

SUÉTONE, Auguste, 30, 1

regio,onis : la "région", l'arrondissement
vicus, i : la rue, le quartier
annuus,a,um : annuel
sortito : par tirage au sort
vicinia, ae : le voisinage

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/SUET/AUG/trad.html#XXX

XXX. Ses lois de police. Ses dons aux temples

(1) Auguste divisa Rome par sections et par quartiers. Les magistrats annuels furent chargés de tirer au sort la garde des sections, et le soin des quartiers fut confié à des inspecteurs, choisis dans le voisinage. (2) Il établit contre les incendies des sentinelles qui veillaient pendant la nuit. Pour prévenir les inondations du Tibre, il en élargit et en nettoya le lit qui depuis longtemps était encombré de ruines et rétréci par la chute des édifices. (3) Afin de rendre l'accès de Rome plus aisé, il se chargea de réparer la voie Flaminienne jusqu'à Ariminum, et voulut que chaque citoyen honoré d'un triomphe employât à la construction des autres routes, les fonds provenant de leur part de butin. (4) Il releva les temples qui étaient tombés de vétusté ou consumés par des incendies, et les orna, ainsi que les autres, des plus riches présents. Il fit porter, en une seule fois, dans le sanctuaire de Jupiter Capitolin, seize mille livres pesant d'or, et pour cinquante millions de sesterces en perles et en pierres précieuses.

 

Texte 3 : LE CHANTIER

Urbem neque pro maiestate imperii ornatam et inundationibus incendiisque obnoxiam excoluit adeo ut iure sit gloriatus "marmoream se relinquere quam latericiam accepisset." (...) Publica opera plurima extruxit e quibus praecipua : forum cum aede Martis Ultoris, templum Apollinis in Palatio, aedem Tonnantis Iovis in Capitolio. Fori extruendi causa fuit hominum et iudiciorum multitudo quae videbatur non sufficientibus duobus etiam tertio indigere. (...) Sed ceteros principes viros saepe hortatus est, ut pro facultate quisque monumentis vel novis vel refectis et excultis urbem adornarent.

SUÉTONE, Auguste, 28, 5 et 29 (passim)

pro + abl : .en considération de
inundatio,onis : l'inondation
obnoxius,a,um : exposé à, sujet à
excolere,ui,ultum : embellir
adeo ut + subj. : à un tel point que
iure : à bon droit, à juste titre
gloriari, or : se glorifier, s'enorgueillir
marmoreus,a,um : de marbre
latericius,a,um : de brique
extruere,o,uxi,uctum : construire
ultor,oris :le vengeur
Palatium, i : le Palatin
Tonnans,ntis : Tonnant (une des épithètes de Jupiter)
Capitolium, i
: le Capitole
indigere : manquer, faire défaut
pro + abl. : selon, en fonction
excultus,a,um : embelli

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/SUET/AUG/trad.html#XXVIII

XXVIII. Il feint deux fois de vouloir rétablir la république. Son projet d'embellir Rome

(1) Il songea deux fois à rétablir la république, d'abord immédiatement après la défaite d'Antoine, parce qu'il se souvenait qu'il lui avait souvent reproché d'être le seul obstacle au retour de la liberté. La seconde fois, ce projet lui fut inspiré par les dégoûts d'une longue maladie. Il fit même venir chez lui les sénateurs et les magistrats, et leur remit les comptes de l'empire. (2) Mais, faisant réflexion que, s'il redevenait simple particulier, il s'exposerait au péril, et qu'il y aurait de l'imprudence à abandonner la république entre les mains de plusieurs, il se décida à garder le pouvoir; et l'on ne sait ce qu'il faut louer le plus, ou l'événement, ou sa résolution. (3) Ce projet qu'il manifestait quelquefois, il l'a consigné dans un édit en ces termes: "Puissé-je affermir la république dans un état de sécurité et de splendeur! Je serai assez récompensé, si sa bonne organisation passe pour être mon ouvrage. et si je puis me flatter, en mourant, de l'avoir établie sur des fondements durables." (4) Il accomplit lui-même son voeu en faisant tous ses efforts pour que personne n'eût à se plaindre du nouvel ordre de choses. (5) La beauté de Rome ne répondait point à la majesté de l'empire: elle était exposée aux inondations et aux incendies. Il l'embellit tellement, qu'il se vanta avec raison d'avoir trouvé une ville de briques et d'en avoir laissé une de marbre. (6) Il pourvut également à sa sûreté pour l'avenir, d'après tous les calculs de la prudence humaine.

XXIX. Les transformations de Rome

(1) Il fit exécuter un grand nombre de travaux publics. Voici les principaux: le Forum et le temple de mars Vengeur, le temple d'Apollon sur le mont Palatin, le temple de Jupiter Tonnant au Capitole. (2) Les deux places publiques où l'on rendait la justice ne pouvant plus suffire à la foule des plaideurs, il en fit faire une troisième. Telle fut l'origine du Forum. Avant que le temple de Mars fût achevé, il se hâta de publier et d'ordonner que ce lieu serait destiné au jugement des affaires criminelles, et à la désignation des juges par la voie du sort. (3) Il avait fait voeu de construire le temple de Mars pendant la guerre de Macédoine qu'il avait entreprise pour venger la mort de son père. Il ordonna que ce serait dans ce temple que le sénat délibèrerait sur les guerres et les triomphes; que ceux qui se rendraient dans les provinces avec un commandement partiraient de cet édifice; et que ceux qui reviendraient vainqueurs y porteraient leurs trophées. (4) Il éleva le temple d'Apollon dans l'endroit de sa maison du mont Palatin qui avait été frappé de la foudre, et où les augures avaient déclaré qu'Apollon désirait une demeure. Il y ajouta un portique et une bibliothèque grecque et latine. C'est là que, sur ses vieux jours, il assemblait souvent le sénat et dénombrait les décuries de juges. (5) Dans son expédition chez les Cantabres, pendant une marche de nuit, la foudre, en effleurant sa litière, avait écrasé l'esclave qui le précédait pour l'éclairer. Échappé à ce danger, il consacra un temple à Jupiter Tonnant. (6) On lui doit encore d'autres édifices qui ne portent point son nom, mais celui de ses neveux, de sa soeur ou de sa femme, comme le portique et la basilique de Lucius et de Caius, les portiques de Livie et d'Octavie, et le théâtre de Marcellus. (7) Souvent il engageait les principaux citoyens à décorer Rome, chacun selon ses facultés, ou par de nouveaux bâtiments, ou par des réparations. (8) Aussi y en eut-il beaucoup de construits par diverses personnes. C'est ainsi que Marcius Philippus érigea le temple de l'Hercule des Muses; L. Cornificius, celui de Diane; Asinius Pollion, le vestibule de la Liberté; Munatius Plancus, le temple de Saturne; Cornelius Balbus, un théâtre; Statilius Taurus, un amphithéâtre; enfin M. Agrippa, un grand nombre de beaux monuments.

 

Texte 4 : UNE POLITIQUE DYNASTIQUE (I)

Fecit nova opera, templum Pacis foro proximum Divique Claudii in Caelio monte coeptum ab Agrippina, sed a Nerone prope funditus destructum; item amphitheatrum urbe media, ut destinavisse compererat Augustum.

SUÉTONE, Vespasien, 9, 1

Caelius, i : le Célius (colline de Rome)
funditus : (adv.)complètement, jusqu'aux fondations

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/SUET/VESP/trad.html#IX

IX. Ses constructions. Il épure et complète les premiers ordres de l'État

(1) Il entreprit aussi des constructions nouvelles: le temple de la Paix, près du Forum ; celui de Claude sur le mont Caelius, commencé par Agrippine et presque détruit par Néron; un amphithéâtre au milieu de la ville, fait sur les plans d'Auguste. (2) Il épura et compléta les premiers ordres de l'État, épuisés par mille meurtres, et dégénérés par d'anciens abus. Dans la revue qu'il fit des sénateurs et des chevaliers, il expulsa les plus indignes, et mit à leur place les plus honnêtes citoyens de l'Italie et des provinces; (3) et, pour faire comprendre que ces deux ordres différaient moins par la liberté que par la dignité, il prononça dans la querelle d'un sénateur et d'un chevalier romain, qu'il n'était pas permis de dire des injures à un sénateur, mais qu'il était juste et légitime de rendre outrage pour outrage.

 

Texte 5 : UNE POLITIQUE DYNASTIQUE (II)

Et tamen nemine ante se munificentia minor, amphitheatro dedicato thermisque iuxta celeriter exstructis munus edidit apparatissimum largissimumque.

SUÉTONE, Titus, 7, 7

munificentia, ae : la munificence
dedicare, o : inaugurer
exstruere,o,xi,ctum : construire
munus,eris n : le cadeau; ici, le spectacle (de gladiateurs)
apparatus,a,um : plein d'éclat

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/SUET/TITUS/trad.html#VII

VII. Son intempérance. Sa rapacité. Sur le trône, il remplace par des vertus tous ses vices. Ses spectacles

(1) Outre sa cruauté, on redoutait son intempérance; car il prolongeait ses orgies jusqu'au milieu de la nuit avec les plus déréglés de ses compagnons. On craignait aussi son penchant à la débauche, en le voyant entouré d'une foule de mignons et d'eunuques, et éperdument épris de Bérénice, à laquelle, disait-on, il avait promis le mariage. On l'accusait aussi de rapacité, parce qu'on savait que, dans les affaires de la juridiction de son père, il marchandait et vendait la justice à prix d'argent. Enfin on croyait et l'on disait ouvertement que ce serait un autre Néron. (2) Mais cette réputation tourna à son avantage, et ce fut précisément ce qui lui valut les plus grandes louanges, lorsqu'on s'aperçut qu'au lieu de s'abandonner à ses vices, il montrait les plus hautes vertus. (3) Ses festins étaient agréables, mais sans profusion. (4) Il choisit des amis d'un tel mérite que ses successeurs les conservèrent pour eux comme les meilleurs soutiens de l'État. Il renvoya Bérénice malgré lui et malgré elle. (5) Il cessa de favoriser de ses libéralités quelques-uns de ses plus chers favoris. Quoiqu'ils fussent si habiles danseurs qu'ils brillèrent dans la suite sur la scène, il ne voulut plus même les voir en public. (6) Il ne fit jamais aucun tort à qui que ce fût, respecta toujours le bien d'autrui, et refusa même les souscriptions autorisées par l'usage. (7) Cependant il ne le céda à personne en munificence. Après avoir inauguré l'amphithéâtre et construit promptement des thermes autour de cet édifice, il y donna un splendide et riche spectacle. Il fit représenter aussi une bataille navale dans l'ancienne naumachie; il y ajouta des gladiateurs, et cinq mille bêtes de toute espèce combattirent le même jour.

 

 

Texte 6 : UNE POLITIQUE DYNASTIQUE (III)  

Plurima et amplissima opera incendio absumpta restituit, in quibus et Capitolium quod rursus arserat; sed omnia sub titulo tantum suo ac sine ulla pristini auctoris memoria. Novam autem excitavit aedem in Capitolio Custodi Iovi et stadium et odium et naumachiam.

SUÉTONE, Domitien, 5, 1-2

Capitolium, i : le Capitole (colline de Rome)
ardere,eo,si : brûler
stadium, i : le stade
odium, i : l'odéon
naumachia, ae :la naumachie

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/SUET/DOM/trad.html#V

V. Ses monuments

(1) Il restaura beaucoup de grands édifices qui avaient été la proie des flammes, entre autres le Capitole qui avait été brûlé de nouveau. Mais ces reconstructions se faisaient toujours sous son propre nom, et sans aucune mention des anciens fondateurs. (2) Il bâtit un temple neuf sur le Capitole, et le dédia à Jupiter Gardien. On lui doit la place qui porte aujourd'hui le nom de Nerva, le temple de la famille Flavia, un stade, un odéon, enfin une naumachie dont les pierres servirent ensuite aux réparations du grand cirque, dont les deux côtés avaient été incendiés.


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