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La civilisation romaine a été pour une part importante une civilisation urbaine. la séquence qui suit a pour but d'explorer cette réalité culturelle déterminante pour l'histoire de l'Europe. De nombreuses questions d'ordre général seront abordées : pourquoi crée-t-on une ville ? pourquoi y vit-on ? comment y vit-on ? quels sont les points forts de la vie en ville?

quels en sont les points faibles ? ...

En bref, notre itinéraire sera celui-ci : voici les réalités d'autrefois; sont-elles très différentes des nôtres (la réponse risque d'être variable) ? comment les Romains répondaient-ils aux problèmes posés ? quelle est la valeur (relative) de ces réponses ?

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Remarque préliminaire

La séquence de textes sera basée pour une part très importante sur Rome elle-même. Ce choix s'explique pour plusieurs raisons:

1. C'est sur Rome que nous sommes le mieux renseignés par les textes, mais aussi par les vestiges encore visibles. Certes, du point de vue archéologique, nous sommes très bien renseignés sur d'autres villes que Rome (Pompéi ou Ostie, par exemple), mais la documentation textuelle à leur sujet est relativement mince.

2. Rome a été une sorte de modèle dont les villes de province étaient à des degrés divers des décalques. Parler de Rome, c'est donc indirectement et avec quelques nuances parler des autres villes de l'Empire romain.

Remarque sur les auteurs

Une séquence comme celle-ci ne peut se construire qu'en utilisant des auteurs très divers. Chaque nouvel auteur devra faire l'objet d'une recherche-type (situation chronologique, oeuvres, genre littéraire) et être porté sur une ligne du temps.

 

CHAPITRE I : LE CHOIX D'UN SITE

Texte 1 : Un endroit plein de promesses

Non sine causa dei hominesque hunc urbi condendae locum elegerunt, saluberrimos colles, flumen opportunum, quo ex mediterraneis locis fruges devehebantur, quo maritimi commeatus accipiantur, mare vicinum ad commoditates nec expositum nimia propinquitate ad pericula classium externarum, regionum Italiae medium, ad incrementum urbis natum unice locum.

TITE-LIVE, 5, 54, 4

urbi condendae : pour fonder une ville
saluber,bris : sain, salubre (saluberrimus : superl.)
mediterraneus,a,um : de l'intérieur (des terres)
devehere,o,vexi,vectum : transporter, descendre
maritimus,a,um : maritime
commeatus,us : le convoi (ici, commeatus : nom. pl.)
commoditas,atis : la commodité, la convenance, l'avantage
propinquitas,atis : la proximité
incrementum, i: l'accroissement
unice : de manière exceptionnelle
Ce n'est pas sans raison que les dieux et les hommes ont choisi cet endroit pour fonder une ville; il y a des collines fort saines, un fleuve bien pratique sur lequel on peut faire descendre les moissons de l'intérieur des terres et qui est navigable pour les convois venus de la mer, les avantages d'une mer proche et un site suffisamment éloigné pour ne pas être exposé à la piraterie, au centre de l'Italie, merveilleusement pourvu pour l'agrandissement d'une ville.

Texte 2 : Le péril de la mer

Urbi locum incredibili opportunitate delegit neque ad mare admovit. Nam terra continens adventus hostium non modo exspectatos sed etiam repentinos multis indiciis ante denuntiat. Maritimus vero ille hostis ante adesse potest quam quisquam venturum esse suspicari possit nec vero cum venit, prae se fert aut qui sit aut unde veniat aut etiam quid velit, denique ne nota quidem ulla, pacatus an hostis sit, discerni potest.

CICÉRON, de republica, 2, 3 - 6 [partim]

incredibilis,e : incroyable
opportunitas,atis : l'à-propos, la prévoyance
terra continens : la terre ferme, le continent
adventus : ici, acc. pl.
repentinus,a,um : soudain, subit
denuntiare, o : annoncer, signaler
maritimus,a,um : maritime
suspicari,or : soupçonner, deviner
pacatus,a,um : paisible
discernere,o,crevi,cretum : discerner
Il (Romulus) a choisi un emplacement pour la Ville avec un incroyable à-propos et a laissé la mer à distance. En effet, l'intérieur des terres permet de prendre conscience par de multiples indices non seulement des incursions ennemies, mais aussi des attaques surprise. Mais, l'ennemi qui vient de la mer, lui, peut être là avant que quiconque ait pu deviner son arrivée et quand il approche, il ne donne aucun renseignement ni sur son identité, ni sur son origine, ni sur ses intentions; bref, on ne peut se rendre compte sur aucun indice s'il est pacifique ou hostile.

Texte 3 : L'instabilité et la prospérité

Est maritimis urbibus quaedam corruptela ac mutatio morum; admiscentur enim novis sermonibus ac disciplinis et importantur non merces solum adventiciae sed etiam mores ut nihil possit in patriis institutis manere integrum (...) Sed tamen in his vitiis inest illa magna commoditas : ut quod ubique genitum est ad eam urbem possit adnare, et rursus, ut id quod agri efferant sui in terras quascumque velint portare possint.
Qui potuit igitur divinius et utilitates complecti maritimas Romulus et vitia vitare quam quod urbem perennis fluminis et aequabilis et in mare late influentis posuit in ripa ?

CICÉRON, de republica, ibid.

corruptela, ae : la corruption
mutatio, ionis : le changement
admiscere,eo,ui,mixtum : ajouter en mêlant, mélanger
importare, o : importer
merx,cis : la marchandise
adventicius,a,um : étranger
commoditas,atis : l'avantage
ut : le fait que
adnare, o : arriver (par eau)
possint : sujet : "ils", c'est-à-dire "on"
qui : comment
potuit : (il) aurait pu
divinius : plus divinement, plus génialement
quod : par le fait que
perennis,e : qui ne tarit pas
aequabilis,e : régulier
late : largement
influere,o : couler dans, se jeter
Il y a dans les villes de la côte une sorte de corruption et d'instabilité des moeurs; en effet, elles sont contaminées par des langues et des idées nouvelles et on y importe pas seulement des marchandises, mais aussi des traditions étrangères de sorte que rien ne peut demeurer intact dans les institutions ancestrales. Mais cependant, au milieu de ces inconvénients, il y a quand même un grand avantage : ce que l'univers produit peut arriver dans cette ville et en sens inverse, toute sa propre production agricole, on peut l'exporter où on veut.  Comment aurait-il pu avec plus de génie rassembler les avantages de la mer et en éviter les inconvénients qu'en fondant sa ville sur la rive d'un fleuve qui ne s'assèche jamais, qui coule avec régularité et qui se jette dans la mer par un large estuaire ?

Texte 4 : Des défenses et des avantages naturels

Urbis nativa praesidia, quis est tam neglegens qui non habeat animo notata planeque cognita ? Locumque delegit et fontibus abundantem et in regione pestilenti salubrem; colles enim sunt qui cum perflantur ipsi, tum afferunt umbram vallibus.

CICÉRON, de republica, ibid.

nativus,a,um : naturel
neglegens,ntis : distrait, peu attentif
abundans,ntis : abondant
pestilens,ntis : malsain
cum ... tum : non seulement ... mais surtout
perflare, o : aérer
Les défenses naturelles de la Ville, qui est dépourvu à ce point de sens de l'observation pour ne pas les avoir remarquées et pleinement appréciées ? Il a choisi un endroit bien pourvu en sources et salubre dans une région malsaine grâce à la présence des collines qui sont bien aérées et de plus donnent de l'ombre aux vallées.

Texte 5 : Le Tibre

Tiberis e media fere longitudine Apennini profluit; tenuis primo, nec nisi piscinis corrivatus emissusque, navigabilis, novem conceptu dierum si non adiuvent imbres. Sed Tiberis propter confragosa, praeterquam trabibus potius quam ratibus longe non meabilis fertur. Sed duobus et quadraginta fluviis auctus, praecipuis autem Nare et Aniene qui et ipse navigabilis Latium includit a tergo, nec minus aquis ac tot fontibus in Urbem perductis et ideo magnarum navium ex Italo mari capax, rerum in toto orbe nascentium mercator placidissimus, pluribus quam cetera in omnibus terris flumina accolitur villis. Nulli fluviorum minus licet, inclusis utrimque lateribus : nec tamen ipse pugnat, quamquam creber ac subitus incrementis et nusquam magis aquis quam in ipsa Urbe stagnantibus.

PLINE L'ANCIEN, Histoire naturelle, 3, 9

piscina, ae : le bassin
corrivare, o : amener des eaux dans un même lieu
navigabilis,e : navigable
conceptus,us : l'action de contenir, la rétention
confragosus,a,um : âpre, difficile
praeterquam : excepté, sauf
ratis,is : le radeau; la barque
meabilis,e : praticable
fertur : (il) est considéré comme
Nar,Naris : le Nar
Anien,enis: l'Anio
capax,acis : qui peut recevoir
accolere, o : border
incrementum, i : l'accroissement
stagnans,ntis stagnant
Le Tibre prend sa source à peu près à mi-longueur des Apennins; d'abord c'est un ruisseau qui n'est navigable que si on rassemble ses eaux dans des bassins et qu'ensuite, on les libère; le retenue des eaux dure neuf jours, s'il n'y a pas d'apport des pluies. Mais, à cause de ses difficultés, on ne considère le Tibre comme praticable sur une bonne partie de son cours que grâce à des pirogues plutôt qu'à des barques. Mais après avoir reçu quarante-deux affluents, et surtout le Nar et l'Anio qui navigable lui aussi, constitue la frontière arrière du Latium, ainsi qu'autant d'eaux et autant de sources amenées à Rome, capable de recevoir les grands navires de la mer Tyrrhénienne, devenu le transporteur majestueux des marchandises de tout l'univers, il est bordé de villas, plus qu'aucun autre fleuve de la terre. Mais c'est lui qui est le plus contraint, puisque ses berges sont canalisées. Et pourtant, il ne se rebelle pas, bien qu'il ait souvent des crues soudaines et que ses eaux débordent, surtout à Rome.

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