Rome, cité des jeux

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Motivations impériales

SUETONE :  C. Suetonius Tranquillus, ami de Pline le Jeune, secrétaire de l'empereur Hadrien, ensuite tombé en disgrâce, occupa, par l'écriture, la fin de sa vie. Nous avons gardé les Vies des douze Césars et une partie du De Viris illustribus. Sa conception de l'histoire est assez proche de la nôtre : peu de rhétorique, beaucoup de documents d'archives, détails authentiques, il ose tout dire, même l'odieux. Style clair et soigné.

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Les quatre extraits qui suivent illustrent les dessous de la politique culturelle des empereurs.

a) ... Troiae lusum edidit frequentissime maiorum minorumque puerorum prisci decorique moris existimans clarae stirpis indolem sic notescere.
b) Edidit et in Martio campo expugnationem direptionemque oppidi ad imaginem bellicam et deditionem Britanniae regum praeseditque paludatus.
c) Commisit et subitos, cum e Gelotiana apparatum circi prospicientem pauci ex proximis maenianis postulassent.
d) ... Quotiens adesset, nihil praeterea agebat, seu vitandi rumoris causa, quo patrem Caesarem vulgo reprehensum commemorabat, quod inter spectandum epistulis libellisque legendis aut rescribendis vacaret, seu studio spectandi ac voluptate, qua teneri se neque dissimulavit umquam et saepe ingenue professus est

   vocabulaire

a) ... Il donna très fréquemment des jeux troyens avec de grands enfants et des petits, estimant que c'était un bel usage d'autrefois de mettre ainsi en lumière les qualités d'une lignée illustre.
SUÉTONE
, Auguste, 43,5.

b) Il mit aussi au Champ de Mars la prise et le sac d'une ville - évocation guerrière - ainsi que la capitulation des rois de Bretagne et il présida le spectacle vêtu du manteau de général.
SUÉTONE
, Claude, 21,11.

c) Il donna même des jeux impromptus à la demande que lui adressèrent, des balcons tout proches, quelques personnes, tandis qu'il examinait de la maison de Gélos les installations du cirque.
SUÉTONE
, Caligula, 18,6.

d) ... Chaque fois qu'il y assistait, il ne faisait rien d'autre, soit pour éviter les cancans - se souvenant que son père César s'était vu reprocher par la populace de s'occuper pendant le spectacle de lire des lettres et des pétitions ou d'y répondre -, soit par goût du spectacle et pour le plaisir qu'il y trouvait, passion qu'il ne cacha jamais et que souvent il reconnut en toute franchise.

SUÉTONE, Auguste, 45,3.

 

Cf. J.-M. CARPEAUX et J. FAULX, Les Historiens mineurs, III, Caf, Huy.

VIRGILE, Enéide, V, 545-604 : les jeux troyens.

Mais, dès avant la fin de la compétition, le vénérable Énée
appelle près de lui le gouverneur et compagnon du jeune Iule,
le fidèle Épytidès; il lui glisse ces mots à l'oreille :
"Allons, va; si Ascagne tient déjà prête sa troupe d'enfants
et s'il a disposé les chevaux pour la parade, qu'il mène ses escadrons
en l'honneur de son aïeul, et se présente en armes; dis-le-lui".
Lui-même ordonne à toute la foule répandue le long du cirque
de s'écarter et de dégager la piste. Les enfants s'avancent.
En rangs, sous les regards de leurs parents,
ils resplendissent sur leurs chevaux bridés, et, à leur passage,
toute la jeunesse de Trinacrie et de Troie murmure son admiration.
Tous ont sur les cheveux selon la coutume une couronne bien taillée;
chacun porte deux javelots de cornouiller garnis d'une pointe de fer;
certains ont sur l'épaule un carquois brillant; en haut de leur torse,
un souple collier d'or glisse en torsade autour de leur cou.
Ils évoluent en trois groupes de cavaliers; les trois chefs
sont suivis chacun par deux groupes de six enfants,
resplendissants, sur deux colonnes avec leurs écuyers.
Un des groupes d'enfants est fier d'être conduit par le jeune Priam,
portant le nom de son aïeul, ton illustre rejeton, Politès,
destiné à accroître le nombre des Italiens;
il monte un cheval thrace, de deux couleurs, arborant fièrement
les taches blanches de ses pattes antérieures et son front blanc haut dressé.
L'autre chef est Atys, d'où les Latins Atii tirèrent leur race,
le jeune Atys, un enfant aimé de l'enfant Iule.
Le dernier, éclipsant tous les autres en beauté, est le bel Iule;
il monte un cheval de Sidon, que la radieuse Didon
lui avait offert en souvenir d'elle et en gage d'affection.
Les autres enfants montent des chevaux de Trinacrie,
appartenant au vieil Aceste.
Des applaudissements accueillent les enfants intimidés; tout heureux,
les Dardaniens les admirent, reconnaissent des traits d'anciens parents.
Devant toute l'assistance, et sous les yeux des leurs, joyeusement
ils défilèrent sur leurs montures. Puis, lorsqu'ils furent prêts,
Épytidès donna de loin le signal en criant et fit claquer son fouet.
Les trois groupes se séparent en un mouvement symétrique,
rompant leurs rangs en deux files distinctes; puis ils reviennent,
lances dressées, et font converger leur trajectoire.
Ensuite, ils entament d'autres courses et d'autres retours en arrière,
se faisant face à distance. Puis, entremêlant leurs mutuelles évolutions,
ils se livrent, avec leurs armes, à des combats simulés :
tantôt ils fuient, découvrant leurs dos, tantôt, retournant leurs javelots,
ils passent à l'offensive; tantôt, la paix conclue, ils évoluent côte à côte.
De même autrefois, dit-on, dans la Crète montagneuse, le Labyrinthe
abritait dans ses parois aveugles un itinéraire enchevêtré,
aux mille chemins trompeurs et incertains, où une erreur
imperceptible et irrémédiable briserait tout signe de piste.
Ce n'est pas autrement que les enfants des Teucères dans leurs courses
brouillent les traces, entremêlant par jeu fuites et combats,
semblables à des dauphins qui, nageant dans les mers limpides,
fendent les mers de Carpathos et de Libye [en se jouant des flots].
Ce genre de parade, ces compétitions, Ascagne, le premier,
les reproduisit lorsqu'il entoura de murailles Albe-la-Longue;
il apprit aux anciens Latins à les célébrer, comme lui l'avait fait,
quand il était enfant, et avec lui la jeunesse de Troie.
Les Albains l'enseignèrent à leurs enfants; de là, plus tard,
la puissante Rome recueillit et maintint cet honorable rite ancestral :
de nos jours on parle des enfants de Troie, et de leur troupe troyenne.
Ainsi furent célébrés les jeux en l'honneur d'un père vénéré.

 

ac, conj. : et, et aussi
ad, prép. : + Acc. : vers, à, près de
adsum, es, esse, adfui : être présent, assister, aider
ago, is, ere, egi, actum : 1. mettre en mouvement, pousser 2. faire, traiter, agir
apparatus, us, m. : les préparatifs, le luxe, la recherche, le matériel
aut, conj. : ou, ou bien
bellicus, a, um : de la guerre
Britannia, ae, f. : la Bretagne, la Grande-Bretagne
Caesar, aris, m. : César, empereur
campus, i, m. : la plaine, le champ
causa, ae, f. : la cause, le motif; l'affaire judiciaire, le procès; + Gén. : pour
circus, i, m. : le cirque
clarus, a, um : célèbre
commemoro, as, are : remettre en mémoire, évoquer
committo, is, ere, misi, missum : confier qqch à qqn, (- proelium) : engager le combat
cum, inv. :1. Préposition + abl. = avec 2. conjonction + ind. = quand, lorsque, comme, ainsi que 3. conjonction + subj. : alors que
decorus, a, um : qui convient, qui sied, orné, paré
deditio, onis, f. : la reddition, la soumission
direptio, ionis, f. : le pillage, le vol
dissimulo, as, are : cacher, dissimuler
e, prép. : + Abl. : hors de, de
edo, edis , edidi, editum : mettre à jour, faire connaître, produire (editus, a, um : élevé, haut)
epistula, ae, f. : la lettre
et, conj. : et. adv. aussi
ex, prép. : + Abl. : hors de, de
existimo, as, are : estimer
expugnatio, ionis, f. : l'action de prendre d'assaut, la prise
frequentissime, adv. : très souvent
Gelotianus, a, um : de Gélos (s/e) domo
imago, inis, f. : l'imitation, l'image
in, prép. : (acc. ou abl.) dans, sur, contre
indoles, is, f. : les qualités natives, les talents, les penchants
ingenuus, a, um : né libre, noble
inter, prép. : + Acc. : parmi, entre
lego, is, ere, legi, lectum : cueillir, choisir, lire (lectus, a, um : choisi, d'élite)
libellus, i, m. : le petit livre, l'affiche, (ici) la pétition
lusus, us, m. : le jeu, le jouet
maenianum, i, n. (ord. pl.) le balcon
maior, oris : comparatif de magnus. plus grand. maiores, um : les ancêtres)
Martius, a, um : de Mars, guerrier
minor, oris : plus petit (comp. de parvus)
mos, moris, m. : sing. : la coutume ; pl. : les moeurs
neque, adv. : et ne pas
nihil, rien
notesco, is, ere, notui, - : se faire connaître, devenir connu
oppidum, i, n. : l'oppidum, la ville fortifiée
paludatus, a, um : vêtu du manteau militaire
pater, tris, m. : le père, le magistrat
pauci, ae, a : pl. peu de
postulo, as, are : demander, réclamer
praesideo, es, ere, sedi, - : protéger, veiller sur, diriger, commander
praeterea, inv. : en outre
priscus, a, um : vieux, ancien
profiteor, eris, eri, fessus sum : déclarer ouvertement, reconnaître
prospicio, is, ere, spexi, spectum : regarder au loin, avoir vue sur, prévoir
proximus, a, um : proche
puer, eri, m. : l'enfant, le jeune esclave
qua, 1. ABL. FEM. SING. du relatif. 2. Idem de l'interrogatif. 3. après si, nisi, ne, num = aliqua. 4. faux relatif = et ea 5. adv. = par où?, comment?
quo, 1. Abl. M. ou N. du pronom relatif. 2. Abl. M. ou N. du pronom ou de l'adjectif interrogatif. 3. Faux relatif = et eo. 4. Après si, nisi, ne, num = aliquo. 5. Adv. =où ? (avec changement de lieu) 6. suivi d'un comparatif = d'autant 7. conj. : pour que par là
quod, 1. pronom relatif nom. ou acc. neutre singulier : qui, que 2. faux relatif = et id 3. conjonction : parce que, le fait que 4. après si, nisi, ne, num = aliquod = quelque chose 5. pronom interrogatif nom. ou acc. neutre sing. = quel?
quotiens, inv. : toutes les fois que (souvent avec ... totiens)
reprehendo, is, ere, di, sum : mettre la main sur, prendre
rescribo, is, ere, scripsi, scriptum : répondre par écrit
rex, regis, m. : le roi
rumor, oris, m. : le bruit, la rumeur
saepe, inv. : souvent
se, pron. réfl. : se, soi
seu, conj. : répété : soit... soit...
sic, adv. : ainsi ; sic... ut : ainsi... que
specto, as, are : regarder
stirps, stirpis, f. (m.) : la racine, la race, la descendance
studium, ii, n. : 1. le zèle, l'ardeur 2. l'affection, l'attachement 3. l'intérêt, la passion, l'étude
subitus, a, um : soudain, subit
sum, es, esse, fui : être
teneo, es, ere, ui, tentum : 1. tenir, diriger, atteindre 2. tenir, occuper 3. tenir, garder 4. maintenir, soutenir, retenir 5. lier 6. retenir, retarder, empêcher
Troia, ae, f. : Troie
umquam, inv. : une seule fois ; avec une négation : jamais
vaco, as, are :être vide, être inoccupé, oisif
vito, as, are : éviter
voluptas, atis, f. : le plaisir, la volupté
vulgo, adv. : communément, généralement
vulgus, i, n. : la foule, le commun des hommes

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