Le temps des généraux : Marius

Guerre contre Jugurtha

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107

Marius général en chef en Numidie

SALLUSTE :  C. Sallustius Crispus se lança dans la politique dès sa jeunesse. Sa carrière fut brisée par l’assassinat de César. Suspecté d’avoir pactisé avec le parti populaire, il se retira dans ses célèbres jardins. Il écrivit de coniuratione Catilinae, Bellum Iugurthinum et Historiae (cette dernière oeuvre est perdue).

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Marius est élu consul pour l'année 107 par une alliance entre chevaliers et populares. Cette élection fut triomphale.

At Marius, ut supra diximus, cupientissima plebe consul factus, postquam ei provinciam Numidiam populus iussit, antea iam infestus nobilitati, tum vero multus atque ferox instare; singulos modo, modo universos laedere; dictitare sese consulatum ex victis illis spolia cepisse, alia praeterea magnifica pro se et illis dolentia. Interim quae bello opus erant, prima habere: postulare legionibus supplementum, auxilia a populis et regibus arcessere, praeterea ex Latio sociisque fortissimum quemque, plerosque militiae, paucos fama cognitos, accire et ambiendo cogere homines emeritis stipendiis secum proficisci. Neque illi senatus, quamquam adversus erat, de ullo negotio abnuere audebat. Ceterum supplementum etiam laetus decreverat, quia neque plebi militia volenti putabatur et Marius aut belli usum aut studia vulgi amissurus. Sed ea res frustra sperata: tanta libido cum Mario eundi plerosque invaserat. Sese quisque praeda locupletem fore, victorem domum rediturum, alia huiusce modi animis trahebant, et eos non paulum oratione sua Marius arrexerat. Nam postquam omnibus quae postulaverat decretis milites scribere vult, hortandi causa simul et nobilitatem, uti consueuerat, exagitandi contionem populi advocavit. Deinde hoc modo disseruit:

SALLUSTE, Bellum Iugurthinum, 84

   vocabulaire

Mais Marius, comme on l'a vu plus haut, devint consul grâce à l'enthousiasme de la plèbe. Le peuple lui confia la province de Numidie. Déjà auparavant il était déjà hostile à la noblesse, mais alors il l'attaqua avec acharnement et férocité. Tantôt il les outrageait individuellement, tantôt collectivement. Il allait en répétant qu'il avait pris le consulat comme une dépouille provenant de leur défaite. En outre il disait sur lui même des choses magnifiques et sur eux des paroles qui faisaient mal. Entre-temps il considérait comme primordial les préparatifs de la guerre : il réclamait un complément pour les légions, demandait des troupes auxiliaires aux peuples et aux rois. Du Latium et de chez les alliés il faisait venir les hommes les plus courageux : la plupart il les avait connus lors de son passage sous les armes, certains uniquement de réputation. Par ses sollicitations il arrivait à ce que ces hommes qui avaient terminé leur service militaire partent avec lui. Malgré son opposition, le Sénat n'osait en cette affaire rien lui refuser. Et même c'est avec plaisir qu'il avait décidé d'un complément parce qu'on pensait que la plèbe ne voudrait pas du service militaire et que Marius soit y perdrait son expérience militaire soit la sympathie du peuple. Mais c'était un mauvais calcul tant le désir de partir avec Marius était grand chez la plupart des gens. Chacun avait dans l'idée qu'il serait riche de butin, qu'il rentrerait victorieux chez lui et beaucoup d'autres pensées du même genre. Un discours de Marius les avait vraiment excités. Une fois que tout ce qu'il avait demandé lui fut accordé, quand il voulut enrôler les soldats, il convoqua une assemblée du peuple pour l'encourager et, comme à son habitude, pour attaquer la noblesse. Voici ses paroles :

SALLUSTE, Bellum Iugurthinum, 84

Réforme de l’armée

http://www.cliohist.net/antique/rome/repub/cours/chap7.html

1) le recrutement des soldats

Cette nouvelle façon de recruter les soldats entre dans le cadre de la préparation de la guerre contre Jugurtha : Marius avait besoin de plus d'hommes. C'est pourquoi il fit appel à des troupes auxiliaires, à des soldats du Latium et à des vétérans. Mais tous ces efforts restent insuffisants. Aussi, Marius innove lors de la levées des recrues, le dilectus : il ne lève plus selon l'organisation censitaire, mais selon l'ordre dans lequel les citoyens se présente à lui. C'est ainsi qu'il engage des prolétaires, des capite censi, ces gens qui n'ont qu'eux-mêmes.
Et c'est l'Etat qui leur fourni évidemment les armes. C'est donc la condition du cens pour entrer dans l'armée qui a été supprimée. Il est fortement vraisemblable que les levées de troupes prolétaires se firent surtout au sein de la plèbe urbaine, c'est gens là qui avait fuit la campagne suite aux premières conquêtes de Rome (v. la question agraire)
Marius n'a pas rencontré l'hostilité du sénat pour établir cette mesure car Rome est alors engagée en 107 sur plusieurs fronts à la fois, non seulement en Afrique contre Jugurtha, mais aussi au nord, contre les populations germaniques : Les Cimbres et les Teutons.

2) Les conséquences de cette réforme


Elles sont importantes : l'armée romaine n'est plus une armée de conscription mais une armée de métier qui regroupe des hommes vivant de la guerre et pour la guerre. Ce sont des troupes constituées de mercenaires, séparés du corps des citoyens, et entièrement dévoués à leur chef qui leur assure la victoire et le butin.
Voilà comment l'armée romaine devient à côté de la plèbe un des moyens d'action essentiels des mouvements révolutionnaires à Rome : il suffit d'un chef ambitieux qui sait utiliser l'armée comme levier politique (Sulla, Pompée, César).


3) La réorganisation de l'armée


Cette dernière réforme est importante sur le plan tactique. La légion, unité de base de l'armée romaine, est portée à 6 000 hommes. La légion est divisée en 10 cohortes, soit 30 manipules ou 60 centuries.
L'armement a été uniformisé. On supprime la pique, usage macédonien, remplacée par deux armes offensives : le pilum, arme de jet d'origine gauloise peut-être. Et l'épée espagnole courte, le gladius, qui permet de frapper d'estoc ou de taille. L'armement défensif est modifié également : le scutum, bouclier ovale, va remplacer le bouclier rond.
Marius a conservé, mais avec des effectifs plus amples, la cavalerie. Elle est remplacée par l'usage de cavaleries auxiliaires recrutées chez des peuples dont c'est la spécialité : les Numides. César recrutera des Gaulois et des Germains.
Avec Marius apparaissent finalement pour chaque légion les enseignes, à considérer comme les objets d'un culte religieux, et symbole d'un esprit de corps. Ce sont les aigles d'argent. Mais les légions n'ont pas encore de noms (seulement après la guerre des Gaules, César).

a, prép. : + Abl. : à partir de, après un verbe passif = par
abnuo, is, ere, abnui
: faire signe que non, refuser
accio, is, ire, acciui, accitum
: faire venir, mander (accitus, a, um : importé, d'origine étrangère)
adversus, a, um : contraire (prép. + acc. = contre)
advoco, as, are : convoquer, appeler
alius, a, ud : autre, un autre
ambio, is, ire, ii, itum : aller à l'entour, entourer, solliciter
amitto, is, ere, misi, missum : perdre
animus, i, m. : le coeur, la sympathie, le courage, l'esprit
antea, adv. : auparavant
arcesso, is, ere, ivi, itum : faire venir, mander (arcessitus, a, um : cherché, peu naturel)
arrigo, is, ere, arrexi, arrectum : 1. dresser, hérisser 2. relever, exciter
at, conj. : mais
atque, conj. : et, et aussi
audeo, es, ere, ausus sum : oser
aut, conj. : ou, ou bien
auxilium, ii, n. : l'aide, le secours (auxilia, orum : les troupes de secours)
bellum, i, n. : la guerre
capio, is, ere, cepi, captum : prendre
causa, ae, f. : la cause, le motif; l'affaire judiciaire, le procès; + Gén. : pour
ceterum, adv. : du reste
cognosco, is, ere, novi, nitum : 1. apprendre à connaître, étudier ; pf. : savoir 2. reconnaître 3. instruire (une affaire)
cogo, is, ere, egi, actum : 1. assembler, réunir, rassembler, 2. concentrer, condenser 3. pousser de force, forcer
consuesco, is, ere, suevi, suetum : s'habituer
consul, is, m. : le consul
consulatus, us, m. : le consulat
contio, onis, f. : la tribune, l'assemblée
cum, inv. :1. Préposition + abl. = avec 2. conjonction + ind. = quand, lorsque, comme, ainsi que 3. conjonction + subj. : alors que
cupientissimus, a, um : superlatif de cupiens, entis : désireux de, avide de
de, prép. + abl. : au sujet de, du haut de, de
decerno, is, ere, crevi, cretum : décréter, décider
deinde, adv. : ensuite
dico, is, ere, dixi, dictum : dire, appeler
dictito, as, are
: répéter
dissero, is, ere, servi, sertum : exposer, disserter, raisonner
dolens, dolentis : qui cause de la douleur
domus, us, f. : la maison
ea, 1. ABL. FEM. SING - NOM-ACC. N. PL. de is, ea, id (ce, cette, le, la...) 2. adv. : par cet endroit
ei, DAT. SING ou NOM. M. PL. de is,ea,id : lui, à celui-ci, ce,...
emereo, es, ere, ui, itum : 1. mériter, gagner 2. achever de remplir son service militaire
eo, is, ire, ivi, itum
: aller
eos, acc. m. pl. de is,ea,id : les, ceux-ci, ces
et, conj. : et. adv. aussi
etiam, adv. : encore, en plus, aussi, même, bien plus
ex, prép. : + Abl. : hors de, de
exagito, as, are : agiter, critiquer, harceler, inquiéter
facio, is, ere, feci, factum : faire
fama, ae, f. : la nouvelle, la rumeur, la réputation
ferox, ocis : sauvage, féroce
fore, infinitif futur de esse
fortissimus, a, um
: superlatif de fortis : courageux, fort
frustra, adv. : en vain
habeo, es, ere, bui, bitum : avoir (en sa possession), tenir (se habere : se trouver, être), considérer comme
hic, haec, hoc
: adj. : ce, cette, ces, pronom : celui-ci, celle-ci
homo, minis, m. : l'homme, l'humain
hortor, aris, ari : exhorter, engager à
huiusce, = huius (génitif de hic, haec, hoc)
iam, adv. : déjà, à l'instant
ille, illa, illud : adjectif : ce, cette (là), pronom : celui-là, ...
infestus, a, um : ennemi, hostile (+dat.)
insto, as, are, stiti, staturus
: 1. se tenir sur 2. presser, insister 3. être sur le point de, être imminent 4. s'appliquer sans relâche à qqch.
interim, adv. : pendant ce temps, entre-temps
invado, is, ere, vasi, vasum : 1. faire invasion, se jeter sur 2. assaillir, attaquer 3. saisir
iubeo, es, ere, iussi, iussum : 1. inviter à, engager à 2. ordonner
laedo, is, ere, si, sum : 1. blesser, endommager 2. Outrager, offenser , nuire à
laetus, a, um : 1. joyeux 2. agréable 3. favorable 4. plaisant 5. riche, abondant
Latium, ii, n. : le Latium
legio, onis, f. : la légion
libido, dinis
, f. : le désir, l'envie, la débauche
locuples, etis : riche
magnificus, a, um : 1. qui fait de grandes dépenses, fastueux 2. somptueux, grandiose 3. sublime , pompeux (style)
Marius, i, m. : Marius
miles, itis, m. : le soldat
militia, ae,
f. : l'armée, le service militaire
modo, adv. : seulement ; naguère, il y a peu (modo... modo... tantôt... tantôt...)
modus, i, m. : la mesure, la limite, la manière
multus, a, um : en grand nombre (surtout au pl. : nombreux) : ici acharné
(Gaffiot)
nam, conj. : de fait, voyons, car
negotium, ii, n. : l'affaire, la mission
neque, adv. : et ne pas
nobilitas, atis, f. : la réputation, la noblesse
non, neg. : ne...pas
Numidia, ae, f. : la Numidie
omnis, e
: tout
opus, operis, n. : le travail (opus est mihi = j'ai besoin)
oratio, onis, f. : le langage, la parole, l'exposé, le discours
pauci, ae, a : pl. peu de
paulum, adv. : un peu
plebs, plebis, f. : la plèbe
plerique, aeque, aque : la plupart
populus, i, m. : le peuple
postquam, conj. : après que
postulo, as, are : demander, réclamer
praeda, ae, f. : le butin, les dépouilles, la proie
praeterea, inv. : en outre
primus, a, um
: premier
pro, prép. : + Abl. : devant, pour, à la place de, en considération de
proficiscor, eris, i, fectus sum : partir
provincia, ae, f. : la province
puto, as, are : 1. élaguer, émonder, apurer 2. supputer 3. estimer, penser, croire 4. supposer
quae, 4 possibilités : 1. N.F.S. N.F.PL. N.N.PL., ACC. N. PL. du relatif = qui, que (ce que, ce qui) 2. idem de l'interrogatif : quel? qui? que? 3. faux relatif = et ea - et eae 4. après si, nisi, ne, num = aliquae
quamquam, quanquam + ind. : bien que
quia, conj. : parce que
quisque, quaeque, quidque : chaque, chacun, chaque chose
redeo, is, ire, ii, itum : revenir
res, rei, f. : la chose, l'événement, la circonstance, l'affaire judiciaire; les biens
rex, regis, m. : le roi
scribo, is, ere, scripsi, scriptum : 1. tracer, écrire 2. mettre par écrit 3. rédiger 4. inscrire, enrôler
se, pron. réfl. : se, soi
secum, = cum se
: avec soi
sed, conj. : mais
senatus, us, m. : le sénat
sese, pron.  = se
simul, inv. : adv. en même temps, conj : dès que
singuli, ae, a : pl. chacun en particulier, chacun un
socius, a, um : associé, en commun, allié (socius, ii : l'associé, l'allié)
spero, as, are : espérer
spolium, i, n. : la dépouille, le butin
stipendium, ii, n. : 1. l'impôt 2. la solde militaire 3. (au pl.) le service militaire
studium, ii, n. : 1. le zèle, l'ardeur 2. l'affection, l'attachement 3. l'intérêt, la passion, l'étude
sum, es, esse, fui : être
supplementum, i, n. : le supplément, le complément
supra, adv : au dessus ; prép. + acc. : au dessus de, au delà de
suus, a, um
: adj. : son; pronom : le sien, le leur
tantus, a, um
: si grand ; -... ut : si grand... que
traho, is, ere, traxi, tractum
: 1. tirer 2. solliciter, attirer 3. traîner 4. extraire 5. allonger, prolonger 6. différer, retarder
tum, adv. : alors
ullus, a, um : un seul ; remplace nullus dans une tournure négative
universus, a, um : tout entier
usus, us, m. : l'usage, l'utilité
ut, conj. : + ind. : quand, depuis que; + subj; : pour que, que, de (but ou verbe de volonté), de sorte que (conséquence) adv. : comme, ainsi que
uti = ut
vero, inv. : mais
victor, oris, m. : le vainqueur
vinco, is, ere, vici, victum : vaincre
volo, vis, velle : vouloir
vulgus, i, n. : la foule, le commun des hommes (in vulgus : dans la foule, dans le public)
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