Le temps des généraux : Marius

Le jeune homme d'Arpinum

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Le jeune homme d'Arpinum

SALLUSTE : C. Sallustius Crispus se lança dans la politique dès sa jeunesse. Sa carrière fut brisée par l’assassinat de César. Suspecté d’avoir pactisé avec le parti populaire, il se retira dans ses célèbres jardins. Il écrivit de coniuratione Catilinae, Bellum Iugurthinum et Historiae (cette dernière oeuvre est perdue).

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Marius, le petit jeune homme d'Arpinum, arriva aux fonctions suprêmes à Rome.

Sed Marius natus et omnem pueritiam Arpini altus, ubi primum aetas militiae patiens fuit, stipendiis faciendis, non Graeca facundia neque urbanis munditiis sese exercuit ; ita inter artes bonas integrum ingenium brevi adolevit. Ergo, ubi primum tribunatum militarem a populo petit, plerisque faciem eius ignorantibus, facile notus per omnes tribus declaratur. Deinde ab eo magistratus alium post alium sibi peperit, semperque in potestatibus eo modo agitabat ut ampliore quam gerebat dignus haberetur. Tamen is ad id locorum talis vir - nam postea ambitione praeceps datus est - consulatum adpetere non audebat : etiam tum alios magistratus plebes, consulatum nobilitas inter se per manus tradebat. Novus nemo tam clarus neque tam egregiis factis erat, quin is indignus illo honore et quasi pollutus haberetur.

SALLUSTE, Bellum Iugurthinum, LXIII, 1-7   vocabulaire

Marius est né à Arpinum et il y passa toute son enfance. Dès qu'il eut l'âge de porter les armes, c'est vers le métier des armes qu'il se dirigea et non vers l'éloquence grecque ni vers les mondanités de la ville: ainsi, au milieu de ces bons principes, il développa en peu de temps un esprit plein de bon sens. Aussi quand il brigua pour la première fois devant le peuple le tribunat militaire, alors que la plupart des gens ne connaissaient pas son visage, il se fit facilement reconnaître et fut nommé par toutes les tribus. Dès ce moment il conquit les magistratures les unes après les autres et dans toutes les charges il se conduisait de façon telle qu'il était considéré digne d'une charge plus importante que celle qu'il remplissait. Cependant, jusqu'à cette époque, - car plus tard il se lança tête première dans l'ambition - un tel homme n'osait poser sa candidature au consulat . A cette époque la plèbe avait accès aux autres magistratures, la noblesse se transmettait de mains en mains le consulat. Il n'y avait pas d'homme nouveau si illustre par ses exploits qui ne fût considéré indigne de cette charge. C’était comme s'il avait une tare.

SALLUSTE, Bellum Iugurthinum, LXIII, 1-7

 

Plutarque : Vie de Marius

1. Nous ne pouvons dire quel fut le troisième nom de Marius, et nous sommes dans la même ignorance sur Quintus Sertorius, celui qui fut longtemps maître de l'Espagne, et sur Lucius Mummius, le destructeur de Corinthe ; car le surnom d'Achaïcus que porta ce dernier, celui d'Africanus donné à Scipion, et celui de Macédonicus dont Métellus fut honoré, étaient tirés de leurs victoires. C'est par là que Posidonius croit convaincre d'erreur ceux qui veulent que le troisième nom des Romains fût leur nom propre, comme Camille, Marcellus, Caton ; il s'ensuivrait, dit-il, de leur opinion, que ceux qui n'auraient que deux noms n'auraient pas eu de nom propre. Mais il ne prend pas garde que, d'après son raisonnement, les femmes n'auraient pas non plus de nom propre ; car on ne voit pas de femme qui porte le premier nom que Posidonius donne pour le nom propre des Romains, en faisant du premier des deux autres le nom commun de toute la famille, tels que les Pompéiens, les Manliens, les Cornéliens, comme on dit les Héraclides, les Pélopides ; et du second, une sorte d'épithète prise du caractère, des actions, des formes et des affections du corps ; tels que Macrinus, Torquatus, Sylla. II en était de même, chez les Grecs, de Mnémon, de Grypus et de Callinicus. Mais sur ces points la diversité des usages donnerait lieu à de grandes discussions.

2. Quant à la figure de Marius, nous avons vu à Ravenne, dans les Gaules, sa statue en marbre, qui justifie ce qu'on rapporte de l'austérité et de la rudesse de ses moeurs. Doué d'une complexion robuste, courageux, et né pour les armes, ayant reçu une éducation plus militaire que civile, il porta dans l'exercice des emplois et des charges une violence de caractère qu'il ne sut pas modérer. Il n'apprit jamais, dit-on, les lettres grecques, et ne voulut pas même se servir de cette langue dans aucune affaire importante ; il trouvait ridicule d'apprendre la langue d'un peuple esclave. Après son second triomphe, il donna des jeux grecs pour la dédicace d'un temple ; et, étant venu au théâtre pendant qu'on les célébrait, il s'assit un moment et sortit aussitôt. Platon disait souvent au philosophe Xénocrate, dont les mours paraissaient trop sauvages : « Mon cher Xénocrate, sacrifiez aux Grâces. » Si de même on avait pu persuader Marius de sacrifier aux Grâces et aux Muses grecques, il n'aurait pas terminé les belles actions qui l'avaient illustré dans la paix comme dans la guerre, par la fin la plus honteuse ; et sa colère, son ambition déplacée, son insatiable avarice, ne l'auraient pas jeté dans une vieillesse féroce, qu'il souilla par les plus grandes cruautés.

3. Il naquit de parents obscurs et pauvres, réduits à gagner leur vie du travail de leurs mains. Son père s'appelait, comme lui, Marius, et sa mère, Fulcinie. II ne vint pas de bonne heure à Rome, et ne connut que tard les moeurs et les usages de la ville. Il avait passé les premières années de sa vie dans un bourg de l'Arpinum, nommé Cerrétinum, où il menait une vie grossière, en comparaison de la politesse et de l'urbanité des villes, mais tempérante, et semblable à celle des anciens Romains. (suite)

Dion Cassius (fragments)

CCLXV. Marius joignait à des moeurs grossières un naturel factieux et turbulent : ami des plébéiens, parce qu'il était né dans leurs rangs, il soupirait après la ruine de la noblesse. Prêt à tout dire, à tout promettre, à mentir et à se parjurer pour le plus mince avantage, il se faisait un jeu de calomnier les citoyens les plus recommandables et de louer les plus pervers. Qu'on ne s'étonne pas qu'un tel homme ait pu très longtemps cacher ce qu'il y avait de mauvais en lui : pétri d'artifice et secondé par la fortune, qui, dans le principe, lui fut partout propice, il parvint même à se faire regarder comme vertueux.

CCLXVI. Il fut d'autant plus facile à Marius de calomnier Métellus, que celui-ci appartenait à l'ordre des patriciens et était déjà un grand capitaine : lui, au contraire, jusqu'alors sans éclat et tout à fait inconnu, commençait à se produire. La multitude était donc portée par l'envie à abaisser Métellus, en même temps qu'elle travaillait à l'élévation de Marius à cause de ses promesses, et surtout parce que Métellus avait, disait-on, adressé ces paroles à Marius, en lui accordant un congé pour aller briguer le consulat : " Tu devras t'estimer heureux, si tu es consul avec mon fils." Ce fils était alors fort jeune.

 

a, prép. : + Abl. : à partir de, après un verbe passif = par
ab, prép. : + Abl. : à partir de, après un verbe passif = par
ad, prép. : + Acc. : vers, à, près de
adolesco, is, ere, levi, adultum : grandir, se développer
adpeto, is, ere, petivi (petii) : marcher rapidement vers, chercher à saisir, désirer vivement, attaquer, envahir, approcher
aetas, atis, f. : 1. le temps de la vie, la vie 2. l'âge 3. la jeunesse 4. te temps, l'époque (in aetatem : pendant longtemps)
agito, as, are
: mettre en mouvement, s'occuper de
alius, a, ud
: autre, un autre
alo, is, ere, ui, altum ou alitum
: 1. nourrir, alimenter 2. développer 3. se nourrir
ambitio, onis, f. : 1. les tournées électorales 2. l'ambition 3. la pompe, le faste
amplior, oris : comparatif de amplus, a, um : grand, important
Arpinum, i, n. : Arpinum (ville des Volsques)
ars, artis, f. : l'art
audeo, es, ere, ausus sum : oser
bonus, a, um : bon (bonus, i : l'homme de bien - bona, orum : les biens)
brevi, adv. : d'ici peu, bientôt, en peu de temps
clarus, a, um : célèbre
consulatus, us, m. : le consulat
declaro, as, are : faire voir clairement, exprimer, manifester, proclamer, nommer
deinde, adv. : ensuite
dignus, a, um : digne
do, das, dare, dedi, datum : donner
egregius, a, um : remarquable
eius, Gén. Sing. de IS-EA-ID : ce, cette, son, sa, de lui, d'elle
eo, 1. ABL. M-N SING de is, ea, is : le, la, les, lui... ce,..; 2. 1ère pers. sing. de l'IND PR. de eo, ire 3. adv. là, à ce point 4. par cela, à cause de cela, d'autant
ergo, conj. : donc
et, conj. : et. adv. aussi
etiam, adv. : encore, en plus, aussi, même, bien plus
exerceo, es, ere, cui, citum : 1. ne pas laisser en repos, travailler sans relâche 2. tourmenter, exercer, pratiquer
facies, ei, f. : 1. la forme extérieure, l'aspect l'apparence, la beauté 2. la figure 3. le genre, l'espèce
facile, adv. : facilement
facio, is, ere, feci, factum
: faire
factum, i, n. : le fait, l'action, le travail, l'ouvrage
facundia, ae, f. : la facilité d'élocution, le talent de la parole, l'éloquence
gero, is, ere, gessi, gestum : 1. porter 2. exécuter, faire
Graecus, a, um : Grec
habeo, es, ere, bui, bitum : avoir (en sa possession), tenir (se habere : se trouver, être), considérer comme
honos, oris, m. : l'honneur, l'hommage, la charge, la magistrature, les honoraires
id, NOM-ACC N. SING. de is, ea, is : il, elle, le, la, ....
ignoro, as, are : ignorer
ille, illa, illud : adjectif : ce, cette (là), pronom : celui-là, ...
in, prép. : (acc. ou abl.) dans, sur, contre
indignus, a, um : indigne
ingenium, ii, n. : les qualités innées, le caractère, le talent, l'esprit, l'intelligence
integer, gra, grum : non touché, sain et sauf ; de integro : de nouveau; ex integro : de fonds en comble
inter, prép. : + Acc. : parmi, entre
is, NOM M SING de is,ea,id : ce, cette, celui-ci, il
ita, adv. : ainsi, de cette manière ; ita... ut, ainsi que
locus, i, m. : le lieu, l'endroit; la place, le rang; la situation
magistratus, us, m. : la charge, la fonction publique, la magistrature
manus, us, f. : la main, la petite troupe
Marius, i, m. : Marius
militaris, e : militaire
militia, ae, f. : l'armée, le service militaire
modus, i, m. : la mesure, la limite, la manière
munditia, ae, f. : l'élégance, la propreté, le raffinement
nam, conj. : de fait, voyons, car
nascor, eris, i, natus sum : 1. naître 2. prendre son origine, provenir ( natus, a, um : formé par la naissance, né pour, àgé de (natus, i, m. : le fils)
nemo, neminis : personne, nul... ne, personne
neque, adv. : et ne pas
nobilitas, atis, f. : la réputation, la noblesse
non, neg. : ne...pas
notus, a, um : connu, fameux, familier
novus, a, um : nouveau
omnis, e : tout
pario, is, ere, peperi, partum : accoucher, produire, acquérir
patiens, entis : + gén., accoutumé à endurer, endurci à ; indulgent, flegmatique
per, prép. : + Acc. : à travers, par
peto, is, ere, i(v)i, itum : 1. chercher à atteindre, attaquer, 2. chercher à obtenir, rechercher, briguer, demander
plebes, ei, f. : la plèbe
plerique, aeque, aque : la plupart
pollutus, a, um : souillé, impur, vicieux
populus, i, m. : le peuple
post, adv. : en arrière, derrière; après, ensuite; prép. : + Acc. : après
postea, adv. : ensuite
potestas, atis, f. : 1. la puissance, le pouvoir 2. le pouvoir d'un magistrat 3. la faculté, l'occasion de faire qqch.
praeceps, cipitis : la tête en avant, précipité, penché, en déclivité, emporté
(praeceps, ipitis, n. : l'abîme, le précipice - praeceps adv. au fond, dans l'abîme)
primum, adv. : d'abord, pour la première fois
pueritia, ae, f. : l'enfance
quam, 1. accusatif féminin du pronom relatif = que 2. accusatif féminin sing de l'interrogatif = quel? qui? 3. après si, nisi, ne, num = aliquam 4. faux relatif = et eam 5. introduit le second terme de la comparaison = que 6. adv. = combien
quasi, conj. : comme si; adv. : pour ainsi dire, environ
quin, inv. : pourquoi ne... pas ?, bien plus, construction des verbe de doute négatifs (non dubito quin)
se, pron. réfl. : se, soi
sed, conj. : mais
semper, adv. : toujours
sese, pron. : = se
stipendium, ii, n. : 1. l'impôt 2. la solde militaire 3. (au pl.) le service militaire
sum, es, esse, fui : être
talis, e : tel ; ... qualis : tel.. que
tam, adv. : si, autant
tamen, adv. : cependant
trado, is, ere, didi, ditum : 1. transmettre, remettre 2. livrer 3. enseigner
tribunatus, us militaris, le tribunat (les tribuns militaires sont des officiers qui commandaient alternativement les légions pendant deux mois)
tribus, us, m. :la tribu (division du peuple romain : il y avait des tribus urbaines et des tribus rustiques)
tum, adv. : alors
ubi, adv. : où; conj. quand
urbanus, a, um : urbain, poli, spirituel, fin
ut, conj. : + ind. : quand, depuis que; + subj; : pour que, que, de (but ou verbe de volonté), de sorte que (conséquence) adv. : comme, ainsi que
vir, viri
, m. : l'homme, le mari
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