Le temps des Gracques

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Tiberius Gracchus

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Scipion Emilien

Mort naturelle ou crime?

VELLEIUS PATERCULUS : Velleius Paterculus fut préfet de cavalerie de Tibère. Il écrivit une Histoire romaine allant du retour de Troie au règne de Tibère.

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Reversus in Urbem, intra breve tempus M'. Aquilio, C. Sempronio consulibus abhinc annos CL, post duos consulatus, duosque triumphos, et bis excisos terrores rei publicae, mane in lectulo repertus est mortuus, ita ut quaedam elisarum faucium in cervice reperirentur notae. De tanti viri morte nulla habita est quaestio; eiusque corpus velato capite elatum est, cuius opera super totum terrarum orbem Roma extulerat caput : seu fatalem, ut plures, seu conflatam insidiis, ut aliqui prodidere memoriae, mortem obiit, vitam certe dignissimam egit, quae nullius ad id temporis praeterquam avito fulgore vinceretur. Decessit anno ferme LVI : de quo si quis ambiget, recurrat ad priorem consulatum eius, in quem creatus est anno XXXVI, ita dubitare desinet.

Aliquid memoriae prodere : transmettre quelque chose au souvenir

Velleius Paterculus, II, IV

  vocabulaire

Rentré à Rome, peu de temps après, sous les consulats de Manlius Aquilius et de Caius Sempronius, il y a cent cinquante ans, Scipion Emilien, deux fois consuls, deux fois triomphateur, deux fois destructeur de villes terreurs de Rome, fut trouvé un matin mort dans son lit. Des marques de strangulation furent trouvées sur sa gorge. Il n'y eut pas d'enquête sur la mort d'un si grand homme. Le corps de celui qui par ses exploits avait permis à Rome de dépasser la tête du monde entier, fut enterré la tête voilée. Soit il eut une mort normale comme la plupart le prétendent, soit comme certains le racontent, elle fut provoquée par un complot. Il eut une vie très remarquable. Jusque là elle ne fut dépassée que par l'éclat de son aïeul. Il mourut à l'âge de cinquante-six ans. Si quelqu'un en doute, qu'il se reporte à son consulat qu'il reçut à trente-six ans : ainsi le doute cessera.

Velleius Paterculus, II, IV

 

 

 

La mort de Scipion Emilien

1. Plutarque

31.  Et quand Scipion l’Africain mourut soudainement et qu’on ne pouvait attribuer une cause certaine à cette mort inopinée : quelques marques de coups sur son corps faisaient penser qu’il y avait eu violence, comme je l’ai raconté dans l’histoire de sa vie, on accusa Fulvius parce qu'il était son ennemi et que le jour-même il avait attaqué Scipion lors d’un discours devant le peuple. Caius fut aussi soupçonné. Cependant cet attentat commis contre la personne la plus grande et la plus considérée de Rome n'a jamais été puni et on ne fit pas d’enquête parce que la populace s'y opposa et refusa toute enquête de peur que Caius ne soit impliqué dans ce meurtre.

2. Velleius Paterculus donne les soupçons de strangulation.

3. Valère-Maxime parle d'une main criminelle.

4. Appien est le plus explicite :  XIV-XVIII

XIX.  Impatientés de toutes ces entraves, ainsi que de la précipitation avec laquelle les triumvirs, juges de ces affaires, les expédiaient, les Italiens furent d'avis, pour se prémunir contre toutes les injustices, de mettre leurs intérêts entre les mains de Cornelius Scipion, le destructeur de Carthage. Les témoignages de bienveillance qu'ils avaient reçus d'eux, durant le cours de sa carrière militaire, ne lui permirent pas de s'y refuser. Il se rendit donc au Sénat ; et sans blâmer ouvertement la loi de Gracchus, par égard pour les plébéiens, il ne laissa pas de faire un long tableau des difficultés d'exécution et de conclure à ce que la connaissance de ces contestations fût ôtée au tribunal spécialement créé pour cette attribution, comme suspect à ceux qu'il s'agissait d'évincer, et qu'on la mît en d'autres mains ; ce qui fut d'autant plus promptement adopté que cela paraissait très juste. Le consul Tuditanus fut chargé de cette fonction ; mais il n'en eut pas plutôt commencé l'exercice, qu'effrayé des difficultés dont elle était hérissée, il se mit en campagne, et marcha contre l'Illyrie, pour avoir un prétexte de ne point se mêler de ces affaires. Ce résultat commença d'exciter contre Scipion de l'animosité, de l'indignation, de la part des plébéiens. Les ennemis de Scipion, qui entendaient ces reproches, disaient hautement qu'ils étaient entièrement décidé à abroger la loi agraire, et qu'il devait, à cette occasion, prendre les armes, et répandre beaucoup de sang.

XX.  Ces bruits étant parvenus aux oreilles du peuple, ils lui inspirèrent des craintes, jusqu'à ce que Scipion, s'étant un soir pourvu de tablettes sur lesquelles il devait passer la nuit à écrire ce qu'il avait à dire le lendemain à l'assemblée du peuple, fut trouvé mort sans nulle blessure ; soit que ce fût un attentat de Cornélie, la mère de Gracchus, pour l'empêcher de provoquer l'abrogation de la loi de son fils, et qu'elle y eut été aidée par sa fille Sempronia, femme de Scipion, qui n'en était point aimée à cause de sa laideur et de sa stérilité et qui ne l'aimait pas non plus ; soit, ainsi que d'autres le crurent probable, qu'il se fût tué lui-même, après avoir réfléchi qu'il n'était pas capable d'accomplir les promesses qu'il avait faites.  D'autres ont dit que ses esclaves, mis à la torture, avaient révélé que des inconnus s'étaient nuitamment introduits chez lui, par les derrières de sa maison, et l'avaient étranglé;  et que lorsqu'on les avait d'abord interrogés là-dessus, ils avaient craint de le déclarer, attendu que le peule était irrité contre lui, et qu'il de réjouissait de sa mort.  Scipion fut donc trouvé mort, et quoiqu'il eût rendu de très grands services à la patrie, on ne lui fit point de funérailles aux dépens des deniers publics.  Ce fut ainsi que les haineuses affections du moment étouffèrent tiut souvenir de bienveillancce antérieure.  Un événement de cette importance devint une sorte d'accessoire aux tragiques résultats de la sédition de Gracchus.

XXI.  Au milieu de ces circonstances, les possesseurs des terres, à la faveur de divers prétextes, traînaient le plus qu'ils pouvaient en longueur l'exécution de la loi. Quelques-uns d'entre eux proposèrent d'accorder d'accorder le droit de cité à tous les alliés, qui étaient leurs plus ardents antagonistes au sujet de la loi agraire ; et cela, dans la vue d'opérer une diversion, par la perspective d'un avantage plus considérable. Cette proposition plaisait en effet aux alliés, qui préféraient la prérogative en question à de petites propriétés foncières. Elle était même puissamment appuyée par Fulvius Flaccus, qui était en même temps consul et triumvir pour l'exécution de la loi agraire ; mais le sénat trouva très mauvais qu'on voulût élever à son niveau ceux qu'il regardait comme ses sujets. Cette proposition n'eut donc point de suite ; et le peuple, qui jusqu'alors avait compté sur le partage des terres, commençait à perdre toute espérance. (suite)

APPIEN, Histoire des guerres civiles de la république romaine, Livre premier, XIX-XXI (partim), Traduction Combes-Dounous, imprimerie des frères Mame, 1808.

5.  Voici ce qu'en dit Tite-Live.

Cum P. Scipio Africanus adversaretur fortisque ac validus pridie domum se recepisset, mortuus in cubiculo inventus est. Suspecta fuit, tamquam ei venenum dedisset, Sempronia uxor hinc maxime quod soror esset Gracchorum cum quibus simultas Africano fuerat. De morte tamen eius nulla quaestio acta. Defuncto eo acrius seditiones triumvirales exarserunt.

Periochae LIX

6.  Et Dion Cassius : (fragments)

CCLVIII. Scipion l'Africain eut une ambition déme surée et qui s'accordait mal avec ses vertus. Cependant aucun de ses adversaires ne se réjouit de sa mort : elle leur causa même des regrets, quoiqu'ils le regardassent comme l'antagoniste le plus redoutable ; tant ils étaient persuadés qu'il était utile à la République, et qu'ils n'auraient eu eux-mêmes aucun mauvais traitement à essuyer de sa part. A peine fut-il mort que la puissance des patriciens se trouva affaiblie, et les fauteurs du partage des terres purent sans crainte porter le ravage, pour ainsi dire, dans toute l'Italie.

 

abhinc, adv. : loin d'ici, à partir de maintenant; prép. (+acc. ou abl.)
ad, prép. : + Acc. : vers, à, près de
ago, is, ere, egi, actum : 1. mettre en mouvement, pousser 2. faire, traiter, agir
aliqui, qua, quod : quelque
ambigo, is, ere, igi, actum : se demander
annus, i, m. : l'année
Aquilius, i, m. : Aquilius
avitus, a, um : ancestral
bis, inv. : deux fois
brevis, e : court (espace ou temps)
C, = Caius, ii, m. : abréviation.
caput, itis, n. :1. la tête 2. l'extrémité 3. la personne 4. la vie, l'existence 5. la capitale
certe, adv. : certainement, sûrement
cervix, icis, f. (svt au pl.) : la nuque, l'encolure
CL, inv. : 150
conflo, as, are : 1. exciter 2. fondre 3. machiner, susciter
consul, is, m. : le consul
consulatus, us, m. : le consulat
corpus, oris, n. : le corps
creo, as, are : 1. créer, engendrer, produire 2. nommer un magistrat
cuius, 1. GEN. SING. du pronom relatif 2. idem de l'interrogatif 3. faux relatif = et eius 4. après si, nisi, ne, num = et alicuius
de, prép. + abl. : au sujet de, du haut de, de
decedo, is, ere, cessi, cessum : partir, se retirer, mourir
desino, is, ere, sii, situm : cesser
dignissimus, a, um : superlatif de dignus, a, um : digne
dubito, as, are : douter, hésiter
duo, ae, o : deux
effero, porter dehors, emporter, enterrer, divulguer, élever. se - : se produire au-dehors, se montrer, s'enorgueillir. pass : être jeté hors de soi
eius, Gén. Sing. de IS-EA-ID : ce, cette, son, sa, de lui, d'elle
elido, is, ere, elisi, elisum : écraser, briser, broyer
et, conj. : et. adv. aussi
excido, is, ere, cidi, cisum : 1. tomber de, sortir 2. supprimer, détruire, tailler, couper
extollo, is, ere, extuli, - : lever hors de, élever, exalter
fatalis, e: fatal, funeste
fauces, ium : la gorge, le défilé
ferme, adv. : à peu près, environ, généralement
fulgor, oris, m. : la lueur, l'éclat
habeo, es, ere, bui, bitum : avoir (en sa possession), tenir (se habere : se trouver, être), considérer comme
id, NOM-ACC N. SING. de is, ea, is : il, elle, le, la, ....
in, prép. : (acc. ou abl.) dans, sur, contre
insidiae, arum : l'embuscade, le guet-apens
intra, prép. : + acc. : à l'intérieur de
ita, adv. : ainsi, de cette manière ; ita... ut, ainsi que
lectulus, i, m. : le (petit) lit
LVI : 56
M', inv. : abréviation de Manlius
mane, adv. : inv. : le matin
memoria, ae, f. : la mémoire, le souvenir
mors, mortis, f. : la mort
mortuus, a, um : mort
nota, ae, f. : le signe, le signe secret, l'affront
nullus, a, um : aucun
obeo, is, ire, ii, itum : 1. mourir 2. visiter, se charger de
opera, ae, f. : le soin, l'effort (operam dare : se consacrer à)
orbis, is, m. : le cercle, le globe. - terrarum : le monde
plures, plura : pl. plus de, plus nombreux
post, adv. : en arrière, derrière; après, ensuite; prép. : + Acc. : après
praeterquam, adv. : excepté, sauf
prior, oris : d'avant, précédent
prodo, is, ere, didi, ditum : publier, trahir, transmettre
publicus, a, um : public
quae, 4 possibilités : 1. N.F.S. N.F.PL. N.N.PL., ACC. N. PL. du relatif = qui, que (ce que, ce qui) 2. idem de l'interrogatif : quel? qui? que? 3. faux relatif = et ea - et eae 4. après si, nisi, ne, num = aliquaer
quaestio, ionis, f. : la recherche, la question, l'enquête
quem, 4 possibilités : 1. acc. mas. sing. du pronom relatif = que 2. faux relatif = et eum 3. après si, nis, ne num = aliquem : quelque, quelqu'un 4. pronom ou adjectif interrogatif = qui?, que?, quel?
quidam, quaedam, quoddam/quiddam : un certain, quelqu'un, quelque chose
quis, 1. pronom interrogatif N. M. S. 2. pronom indéfini = quelqu'un 3. après si, nisi, ne, num = aliquis 4. = quibus
quo, 1. Abl. M. ou N. du pronom relatif. 2. Abl. M. ou N. du pronom ou de l'adjectif interrogatif. 3. Faux relatif = et eo. 4. Après si, nisi, ne, num = aliquo. 5. Adv. =où ? (avec changement de lieu) 6. suivi d'un comparatif = d'autant 7. conj. : pour que par là
recurro, is, ere, curri, cursum : revenir en courant, revenir vite
reperio, is, ire, repperi, repertum : 1. retrouver 2. trouver (après recherche) 3. trouver du nouveau, imaginer
res, rei, f. : la chose, l'événement, la circonstance, l'affaire judiciaire; les biens
reverto, is, ere, i, sum : retourner, revenir (revertor, eris, i, versus sum : le même sens)
Roma, ae, f. : Rome
Sempronius, ii, m. : Sempronius
seu, conj. : répété : soit... soit...
si, conj. : si
sum, es, esse, fui : être
super, prép. : + Abl. : au dessus de, au sujet de
tantus, a, um : si grand ; -... ut : si grand... que
tempus, oris, n. : 1. le moment, l'instant, le temps 2. l'occasion 3. la circonstance, la situation
terra, ae, f. : la terre
terror, oris, m. : la terreur, l'effroi, l'épouvante
totus, a, um : tout entier
triumphus, i, m. : le triomphe (entrée solennelle à Rome d'un général victorieux)
urbs, urbis, f. : la ville
ut, conj. : + ind. : quand, depuis que; + subj; : pour que, que, de (but ou verbe de volonté), de sorte que (conséquence) adv. : comme, ainsi que
velo, as, are : voiler, couvrir, envelopper, cacher
vinco, is, ere, vici, victum : vaincre
vir, viri, m. : l'homme, le mari
vita, ae, f. : la vie
XXXVI, 36
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