Fantasmagories

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Le palais des ombres

VIRGILE : Virgile est né à Mantoue. Il fit ses études à Crémone, à Milan puis à Rome. Il revint à Mantoue où il composa les Bucoliques. Son domaine de Mantoue est attribué en 42, après la bataille de Philippes, à des vétérans de César. Il se rend alors à Rome où il est accueilli par Mécène. Il compose alors les Géorgiques et son grand poème épique l'Enéide. Il meurt à la suite d'une insolation à Brindes, au retour d'un voyage de documentation en Grèce.

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Énée descend aux Enfers en compagnie de la Sibylle de Cumes pour rencontrer son père.

2° Vous qui entrez, abandonnez tout espoir!

c - Embarquement pour le Tartare 

Hinc via Tartarei qua fert Acherontis ad undas.
Turbidus hic caeno vastaque voragine gurges
aestuat atque omnem Cocyto eructat harenam.
Portitor has horrendus aquas et flumina servat
terribili squalore Charon cui plurima mento
canities inculta iacet, stant lumina flamma,
sordidus ex umeris nodo dependet amictus.
Ipse ratem conto subigit velisque ministrat
et ferruginea subvectat corpora cumba
iam senior, sed cruda deo viridisque senectus.

Virgile, Enéide, VI, 295 - 304

   vocabulaire

2° Vous qui entrez, abandonnez tout espoir!

c - Embarquement pour le Tartare

Là, le chemin du Tartare conduit aux flots de l'Achéron. La fange bouillonne, en un vaste tourbillon, au fond d'un gouffre agité crachant tout son limon dans le Cocyte. C'est un passeur redoutable qui surveille ces eaux et ces fleuves : d'une saleté effrayante, c'est Charon ! Une très longue barbe sans soin lui pend au menton, une flamme immobile occupe ses yeux, un vêtement malpropre est retenu sur ses épaules par un noeud. Il pousse lui-même l'esquif à la gaffe, manoeuvre les voiles, transporte les corps dans la barque de fer. Il est déjà assez vieux, mais de la vieillesse encore vive et verte d'un dieu.

Virgile, Enéide, VI, 295 - 304

 

Le royaume d'Hadès

En liaison avec la coutume de l'inhumation, les Anciens imaginent le royaume des morts sous terre et le désignent par inferi (en grec, hoi kato). Le roi des Enfers est Orcus (en grec, Hadès = l'invisible); ces deux termes désignent aussi, par extension de sens, l'endroit lui-même. A ces termes, qui sont tabous, on substitue souvent Dis, Ditis = le Riche, traduction du grec Pluton. Les conceptions ont beaucoup évolué depuis l'époque homérique jusqu'à celle de Virgile, notamment sous les influences orphique et éleusinienne; on peut résumer les croyances comme suit : après la mort - et les cérémonies funéraires prescrites - l'âme (anima, eidolon) s'échappe du corps pour gagner le royaume d'Hadès, poussée par une nécessité inéluctable et pourtant bien pénible : elle doit d'abord trouver une des entrées des Enfers, par exemple, celle située à l'extrémité occidentale du monde, au-delà du fleuve Océan, là où le Styx glacé prend sa source. Pour descendre dans le séjour triste des Ténèbres (en grec, l'Erèbe), où elle aura une existence qui sera un pâle reflet de sa vie passée, elle devra franchir l'Achéron (fleuve, ou lac, des chagrins, lié à un autre fleuve, le Cocyte). Seules, trouvent grâce auprès de Charon, le sinistre nocher infernal, les âmes qui apportent l'obole (placée dans la bouche du défunt) nécessaire pour payer la traversée. Alors, seulement, se profile l'entrée du royaume d'Hadès. Quant aux damnés, ils sont précipités dans les profondeurs abyssales du Tartare, prison souterraine réservée primitivement aux divinités déchues (Titans...) qui préfigure le concept d'Enfer du monde judéo-chrétien.

 

Acheron, ontis, m. : l'Achéron, fleuve des Enfers
ad, prép. : + Acc. : vers, à, près de
aestuo, as, are : être agité
amictus, us, m. : la couverture, [façon de draper] la toge
aqua, ae, f. : l'eau
atque, conj. : et, et aussi
caenum, i, n. : la boue, la fange, l'ordure
canities, ei, f. : la blancheur (des cheveux, de la barbe), la vieillesse
Charon, ontis, m. : Charon (nocher des Enfers)
Cocytus, i, m. : le Cocyte, fleuve des Enfers
contus, i, m. : l'épieu
corpus, oris, n. : le corps
crudus, a, um : cru, non digéré
cui, 4 possibilités : 1. datif singulier du pronom relatif : à qui, pour qui 2. datif singulier de l'interrogatif : à qui? à quel? 3. faux relatif = et ei 4. après si, nisi, ne num = alicui
cumba, ae, f. : la barque
dependeo, es, ere : être suspendu
deus, i, m. : le dieu
eructo, as, are : rejeter, vomir, rendre par la bouche
et, conj. : et. adv. aussi
ex, prép. : + Abl. : hors de, de
fero, fers, ferre, tuli, latum : porter, supporter, rapporter
ferrugineus, a, um : couleur de fer
flamma, ae, f. : la flamme
flumen, inis, n. : le cours d'eau, le fleuve, la rivière
gurges, itis, m. : le tourbillon, le gouffre, le creux
harena, ae, f. : le sable
hic, adv. : ici
hic, haec, hoc : adj. : ce, cette, ces, pronom : celui-ci, celle-ci
hinc, adv. : d'ici
horrendus, a, um : horrible, terrible, terrifiant
iaceo, es, ere, cui, citurus : être étendu, s'étendre
iam, adv. : déjà, à l'instant
incultus, a, um : non soigné, rude, négligé
ipse, a, um : (moi, toi, lui,...) même
lumen, inis, n. : 1. la lumière 2. le flambeau, la lampe 3. le jour 4. l'éclat, le rayon 5. les yeux
mentum, i, n. : le menton
ministro, as, are : diriger, gouverner, servir
nodus, i, m. : le noeud, la jointure, l'articulation, la difficulté
omnis, e : tout
plurimi, ae, a : pl. superlatif de multi - très nombreux
portitor, oris, m. : le portier, le nocher
qua, 1. ABL. FEM. SING. du relatif. 2. Idem de l'interrogatif. 3. après si, nisi, ne, num = aliqua. 4. faux relatif = et ea 5. adv. = par où?, comment?
ratis, is, f. : le radeau, le navire
sed, conj. : mais
senectus, a, um : vieux, âgé
senior, oris, m. : le vieillard
servo, as, are : veiller sur, sauver
sordidus, a, um : sale, avare
squalor, oris, m. : la saleté, la crasse, le deuil
sto, as, are, steti, statum : se tenir debout
subigo, is, ere, egi, actum : pousser vers le haut, de force, contraindre
subvecto, as, are : transporter, charrier
Tartareus, a, um : du Tartare, des Enfers
terribilis, e : effrayant
turbidus, a, um : troublé
umerus, i, m. : l'épaule
unda, ae, f. : l'onde, l'eau, le flot
vastus, a, um : vide, désert, désolé, vaste
velum, i, n. : la voile
via, ae, f. : la route, le chemin, le voyage
viridis, e : vert
vorago, inis, f. : le gouffre, le tourbillon
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