Fantasmagories

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L'enfer c'est la vie!

LUCRECE : Disciple d'Epicure (342-270 A.C.N.) et, à travers celui-ci, de Démocrite (né vers 460 A.C.N.), il a écrit un poème philosophique et didactique en 6 chants De rerum natura à la gloire d'Epicure et de sa conception du monde. Resté à l'écart de la vie troublée de son époque, il a une ambition : libérer l'humanité par la connaissance. En s'inspirant de la doctrine d'Epicure, il tente d'arracher l'homme à ses passions, à ses craintes, à ses superstitions. La morale épicurienne est fondée sur la sensation, sur le réel; les dieux sont relégués loin de la terre, ils ne sont pas intervenus dans la création de l'univers (ils n'en ont pas besoin et il est mal fait), ils ne s'occupent pas des affaires humaines.

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Lucrèce va nous expliquer que tout ce qui se passe aux Enfers se réalise sur terre

3° Le tonneau des Danaïdes

Deinde animi ingratam naturam pascere semper
atque explere bonis rebus satiareque numquam,
quod faciunt nobis annorum tempora, circum
cum redeunt fetusque ferunt variosque lepores,
nec tamen explemur vitae fructibus umquam,
hoc, ut opinor, id est, aevo florente puellas
quod memorant laticem pertusum congerere in vas,
quos tamen expleri nulla ratione potestur.

Lucrèce, De rerum natura, III, 1003 - 1010.

   vocabulaire

3° Le tonneau des Danaïdes

Puis repaître sans cesse la nature ingrate de notre âme, la combler de biens et ne la satisfaire jamais, comme font pour nous les saisons lorsqu'à leur retour cyclique, elles apportent fruits et grâces diverses, sans jamais que nous soyons rassasiés des fruits de la vie, voilà à mon avis, ce que font des jeunes filles à la jeunesse en fleurs, dit-on, versant de l'eau dans un vase percé, qu'elles ne peuvent remplir d'aucune façon.

Lucrèce, De rerum natura, III, 1003 - 1010.

 

Les Danaïdes, aspects du mythe.

Les causes du châtiment

Danaos régnait sur la Libye (c'est-à-dire l'Afrique du Nord) et avait 50 filles; son frère Egyptos régnait sur l'Arabie et avait 50 fils. Jaloux de la part de son frère, Egyptos conquit d'abord l'Egypte, puis tenta la mainmise matrimoniale : il voulut unir ses 50 fils à leurs cousines. Danaos préféra fuir avec ses filles (peut-être était-il déjà dépossédé de son royaume); il gagna Argos dont il devint le roi. Seulement voilà ! Egyptos envoya ses fils avec mission de ramener leur promise et de tuer Danaos. Incapable de s'opposer à leurs visées, Danaos donna à chacune de ses filles un poignard pour qu'elles tuent leur époux lors de la nuit nuptiale. Toutes s'exécutèrent, pardon, exécutèrent leur époux et les ordres de leur père; seule l'aînée, Hypermnestre, au mépris du châtiment probable, désobéit par amour de son époux Lyncée. Ce dernier s'échappa, revint délivrer son épouse et tua Danaos auquel il succéda.

Le châtiment

Lyncée tua ses 49 belles-soeurs homicides pour venger ses frères, mais cela n'apaisa pas les dieux. Ils ajoutèrent une punition éternelle dans le Tartare : remplir d'eau une jarre percée, le fameux tonneau des Danaîdes.

Lucrèce et le mythe

Lucrèce propose une lecture épicurienne du mythe; transposé du Tartare à l'existence quotidienne, il illustre à ses yeux la vanité des efforts que s'imposent les humains dans la course à la possession des biens matériels : pas plus que l'eau versée par les Danaïdes, la jouissance ne peut rassasier l'âme de celui qui n'a pas fait sienne l'aurea mediocritas. Il faudrait rapprocher la belle Satire 1 du livre I qu'Horace consacre à l'insatisfaction humaine.

Le mythe dans la culture

* En 28 AC, eut lieu à Rome la dédicace du temple d'Apollon dont le portique était décoré des statues des Danaïdes (Properce, II,31,1-4; Ovide, Amores, II,2,3, et Tristes, III,1,61). Le thème fut traité à plusieurs reprises dans la poésie augustéenne : Horace consacra une belle ode (III,11) au dilemme d'Hypermnestre.

* Le mythe a été considéré sous plusieurs angles :

- Les poètes latins privilégient l'approche dramatique : Hypermnestre refuse de passer à l'acte, par amour, tout en connaissant les conséquences de son choix. Il y a dans ce personnage des analogies avec la Chimène de Corneille.

- Eschyle dans Les Suppliantes suggère les vaines réactions des Danaïdes face à la fatalité inéluctable que représentent leurs 50 cousins.

- Lucrèce est le plus proche de la symbolique moderne du tonneau des Danaïdes: un travail sans fin dont on connaît dès le départ la vanité. C'est bien là le lien pessimiste qui explique le choix et la mise en relation des trois mythes par Lucrèce.

 

aevum, i, n. : l'époque, la durée, l'âge
animus, i, m. : le coeur, la sympathie, le courage, l'esprit
annus, i, m. : l'année
atque, conj. : et, et aussi
bonus, a, um : bon (bonus, i : l'homme de bien - bona, orum : les biens)
circum, adv. : à l'entour ; prép. acc. : autour de
congero, is, ere, gessi, gestum : entasser, amasser
cum, inv. :1. Préposition + abl. = avec 2. conjonction + ind. = quand, lorsque, comme, ainsi que 3. conjonction + subj. : alors que
deinde, adv. : ensuite
expleo, es, ere, evi, etum : remplir
facio, is, ere, feci, factum : faire
fero, fers, ferre, tuli, latum : porter, supporter, rapporter
fetus, us : m. : l'enfantement, la couche, la portée (des animaux), les petits, la production
floreo, es, ere, ui : 1. fleurir, être en fleur 2. être fleuri de, garni de
fructus, us, m. : 1. le droit qu'on a sur qqch, l'usufruit 2. le fruit, la récompense, le résultat
hic, haec, hoc : adj. : ce, cette, ces, pronom : celui-ci, celle-ci
id, NOM-ACC N. SING. de is, ea, is : il, elle, le, la, ....
in, prép. : (acc. ou abl.) dans, sur, contre
ingratus, a, um : désagréable, déplaisant; ingrat
latex, icis, m. : la liqueur, le liquide
lepos, oris, m. : la grâce, le charme
memoro, as, are : rappeler au souvenir, raconter, rapporter
natura, ae, f. : la nature
nec, adv. : et...ne...pas
nos, nostrum : nous, je
nullus, a, um : aucun
numquam, inv. : ne... jamais
opinor, aris, ari, atus sum : penser
pasco, is, ere, pavi, pastum : faire paître, nourrir
pertundo, is, ere, udi, usum : transpercer
potestur, = potest : il peut
puella, ae, f. : la fille, la jeune fille
quod, 1. pronom relatif nom. ou acc. neutre singulier : qui, que 2. faux relatif = et id 3. conjonction : parce que, le fait que 4. après si, nisi, ne, num = aliquod = quelque chose 5. pronom interrogatif nom. ou acc. neutre sing. = quel?
quos, 1. ACC. MASC. PL. du relatif. 2. Idem de l'interrogatif. 3. après si, nisi, ne, num = aliquos. 4. faux relatif = et eos
ratio, onis, f. : la raison, le raisonnement, le compte
redeo, is, ire, ii, itum : revenir
res, rei, f. : la chose, l'événement, la circonstance, l'affaire judiciaire; les biens
satio, as, are : rassasier
semper, adv. : toujours
sum, es, esse, fui : être
tamen, adv. : cependant
tempus, oris, n. : 1. le moment, l'instant, le temps 2. l'occasion 3. la circonstance, la situation
umquam, inv. : une seule fois ; avec une négation : jamais
ut, conj. : + ind. : quand, depuis que; + subj; : pour que, que, de (but ou verbe de volonté), de sorte que (conséquence) adv. : comme, ainsi que
varius, a, um : varié, divers
vas, vasis, n. : le vase
vita, ae, f. : la vie
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