Fantasmagories

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L'enfer c'est la vie!

LUCRECE : Disciple d'Epicure (342-270 A.C.N.) et, à travers celui-ci, de Démocrite (né vers 460 A.C.N.), il a écrit un poème philosophique et didactique en 6 chants De rerum natura à la gloire d'Epicure et de sa conception du monde. Resté à l'écart de la vie troublée de son époque, il a une ambition : libérer l'humanité par la connaissance. En s'inspirant de la doctrine d'Epicure, il tente d'arracher l'homme à ses passions, à ses craintes, à ses superstitions. La morale épicurienne est fondée sur la sensation, sur le réel; les dieux sont relégués loin de la terre, ils ne sont pas intervenus dans la création de l'univers (ils n'en ont pas besoin et il est mal fait), ils ne s'occupent pas des affaires humaines.

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Lucrèce va nous expliquer que tout ce qui se passe aux Enfers se réalise sur terre

1° Le rocher de Tantale

Atque ea nimirum quaecumque Acheronte profundo
prodita sunt esse, in vita sunt omnia nobis.
Nec miser impendens magnum timet aere saxum
Tantalus, ut famast, cassa formidine torpens;
sed magis in vita divum metus urget inanis
mortales casumque timent quem cuique ferat fors.
[...]

Lucrèce
, De rerum natura, III, 978 - 983., De rerum natura, III, 978 - 983.

   vocabulaire

1° Le rocher de Tantale

Assurément, tout ce qui, selon la tradition, se passe dans les profondeurs de l'Achéron, c'est dans notre vie que cela se réalise entièrement.
Il ne craint pas la menace de l'énorme rocher dans les airs, le malheureux Tantale, paralysé, comme on le raconte, par une crainte inutile. C'est la peur des dieux qui dans la vie presse les mortels vainement: ils redoutent le malheur que le destin pourrait apporter à chacun.

Lucrèce, De rerum natura, III, 978 - 983.

 

Tantale, aspects du mythe.

Les causes du châtiment.

Selon les Anciens, le supplice de Tantale, fils de Zeus, très riche et aimé des dieux, aurait une des causes suivantes :

* invité des dieux, il aurait dérobé du nectar et de l'ambroisie et en aurait donné aux hommes;
* il aurait immolé son fils pour le servir à la table des dieux et, ainsi, tester leur sagacité.
(cfr. P. GRIMAL, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, P.U.F., 1986.)

Le châtiment.

Deux versions se retrouvent chez les auteurs :

* Tantale était placé aux Enfers sous la menace d'un énorme rocher en équilibre instable.
* Homère (Odyssée, XI, 582 - 592) présente Tantale, plongé dans un marais qui lui arrive au menton, incapable de boire ou de manger : dès qu'il se penche vers l'eau, celle-ci disparaît et, s'il souhaite saisir les fruits savoureux qui se balancent à portée de ses mains, le vent repousse les branches loin de lui.

Lucrèce et le mythe :

Le philosophe épicurien interprète le mythe : l'au-delà n'existe pas puisque l'agglomérat des atomes qui nous constituent, se désagrège à la mort ( De rerum natura, III, 840 -846). Il n'y a donc, après celle-ci, ni bonheur, ni châtiment ! Le rocher qui menace Tantale prend une valeur symbolique : c'est la crainte des dieux éprouvée par l'homme, c'est la crainte du destin qui l'effraie pendant sa vie.

Le mythe dans la culture :

* Nous pouvons interpréter ce châtiment comme une punition :

- de la "philanthropie" de Tantale (don de l'élixir d'immortalité);
- de son orgueil (hubris) : il a voulu tester les dieux.

* L'expression "supplice de Tantale" est courante pour désigner le désir permanent, toujours inassouvi de l'homme moderne (occidental ?) pour l'objet, besoin de possession qui ne lui laisse de cesse et fait obstacle à son bonheur.

* On lui opposera l'affirmation de la sagesse indienne :

" Quand l'homme s'affranchit de tous les désirs qui hantent l'esprit, qu'il trouve sa satisfaction en soi et par soi, on dit qu'il est en possession de la sagesse."
"Celui dont les sens sont parfaitement libérés des objets sensibles, celui-là possède une sagesse solide."
Bhagavad-Gîtâ, II, 55 et 68 (avant 300 PC)

 

Acheron, ontis, m. : l'Achéron, fleuve des Enfers
aes, aeris, n. : le bronze, l'argent.(aes alienum : la dette)
atque, conj. : et, et aussi
cassus, a, um : vide, vain, inutile (in cassum : en vain)
casus, us, m. : le hasard, le malheur, la chute
divum, = deorum
ea, 1. ABL. FEM. SING - NOM-ACC. N. PL. de is, ea, id (ce, cette, le, la...) 2. adv. : par cet endroit
famast, = fama est
fero, fers, ferre, tuli, latum : porter, supporter, rapporter
formido, inis, f. : la crainte, la peur, l'effroi, la terreur
fors, fortis, f. : le hasard, le sort, la fortune
impendeo, es, ere : pendre au-dessus, menacer
in, prép. : (acc. ou abl.) dans, sur, contre
inanis, e : vain, vide, qui ne possède rien
magis, adv. : plus
magnus, a, um : grand
metus, us, m. : la peur, la crainte
miser, a, um : malheureux
mortalis, e : mortel
nec, adv. : et...ne...pas
nimirum, adv. : assurément, certainement
nos, nostrum : nous, je
omnis, e : tout
prodo, is, ere, didi, ditum : publier, trahir, transmettre
profundus, a, um : profond; dense, épais; élevé
quem, 4 possibilités : 1. acc. mas. sing. du pronom relatif = que 2. faux relatif = et eum 3. après si, nis, ne num = aliquem : quelque, quelqu'un 4. pronom ou adjectif interrogatif = qui?, que?, quel?
quicumque, quae-, quod- (-cun-) : qui que ce soit, quoi que ce soit
quisque, quaeque, quidque : chaque, chacun, chaque chose
saxum, i, n. : la pierre, le rocher, la roche
sed, conj. : mais
sum, es, esse, fui : être
Tantalus, i, m. : Tantale
timeo, es, ere, timui : craindre
torpeo, es, ere : être engourdi, raidi, immobile, paralysé
urgeo, es, ere, ursi, - : presser, accabler
ut, conj. : + ind. : quand, depuis que; + subj; : pour que, que, de (but ou verbe de volonté), de sorte que (conséquence) adv. : comme, ainsi que
vita, ae, f. : la vie
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