[caput VII] Tibère encensé; premiers actes publics

[1] At Romae ruere in servitium consules, patres, eques. Quanto quis inlustrior, tanto magis falsi ac festinantes, vultuque composito ne laeti excessu principis neu tristiores primordio, lacrimas gaudium, questus adulationem miscebant. [2] Sex. Pompeius et Sex. Appuleius consules primi in verba Tiberii Caesaris iuravere, apudque eos Seius Strabo et C. Turranius, ille praetoriarum cohortium praefectus, hic annonae; mox senatus milesque et populus. [3] Nam Tiberius cuncta per consules incipiebat tamquam vetere re publica et ambiguus imperandi: ne edictum quidem, quo patres in curiam vocabat, nisi tribuniciae potestatis praescriptione posuit sub Augusto acceptae. [4] Verba edicti fuere pauca et sensu permodesto: de honoribus parentis consulturum, neque abscedere a corpore idque unum ex publicis muneribus usurpare. [5] Sed defuncto Augusto signum praetoriis cohortibus ut imperator dederat; excubiae, arma, cetera aulae; miles in forum, miles in curiam comitabatur. Litteras ad exercitus tamquam adepto principatu misit, nusquam cunctabundus nisi cum in senatu loqueretur. [6] Causa praecipua ex formidine ne Germanicus, in cuius manu tot legiones, immensa sociorum auxilia, mirus apud populum favor, habere imperium quam exspectare mallet. [7] Dabat et famae ut vocatus electusque potius a re publica videretur quam per uxorium ambitum et senili adoptione inrepsisse. Postea cognitum est ad introspiciendas etiam procerum voluntates inductam dubitationem: nam verba vultus in crimen detorquens recondebat.

 a, prép. : ab, prép. : (+abl) à partir de, après un verbe passif = par

abscedo, cessi, cessum, ere : s'éloigner, s'en aller, se tenir à l'écart, abandonner, renoncer

ac, atque, conj. : et, et aussi

accipio, is, ere, cepi, ceptum : recevoir, apprendre

ad, inv. : vers, à, près de

adipiscor, eris, i, adeptus sum : atteindre

adoptio, onis, f. : adoption

adulatio, ionis, f. : la caresse, les caresses, la flatterie basse

ambiguus, a, um : entre deux, variable, douteux, ambigu

ambitus, us, m. : la brigue, le mouvement circulaire, le tour, le pourtour

annona, ae, f. : approvisionnement en blé

Appuleius, i, m. : Appuleius

apud, prép+acc : près de, chez

arma, orum, n. : les armes

at, inv. : mais

Augustus, i, m. : Auguste

aula, ae, f. : la cour d'une maison, la cour d'un prince, la puissance d'un prince

auxilium, ii, n. : l'aide, le secours

C, = Caius, ii, m. : abréviation.

Caesar, aris, m. : César, empereur

causa, ae, f. : la cause ; +gén. : pour...

ceteri, ae, a : pl. tous les autres

cognosco, is, ere, novi, nitum : apprendre ; pf. : savoir

cohors, ortis, f. : la cohorte

comito, as, are : accompagner

compono, is, ere, posui, positum : mettre ensemble, disposer, enterrer

consul, is, m. : le consul

consulo, is, ere, sului, sultum : consulter

corpus, oris, n. : le corps

crimen, inis, n. : l'accusation, le chef d'accusation, le grief, la faute, le crime

cum, inv. : 1. Préposition + abl. = avec 2. conjonction + ind. = quand, lorsque, comme, ainsi que 3. conjonction + subj. : alors que

cunctabundus, a, um : qui hésite

cuncti, ae, a : tous ensemble

curia, ae, f. : la curie

de, prép. + abl. : au sujet de, du haut de, de

defungor, eris, i, functus sum : s'acquitter de, mourir

detorqueo, es, ere, torsi, tortum : détourner, écarter

do, das, dare, dedi, datum : donner

dubitatio, ionis, f. : l'hésitation

edictum, i, n. : l'édit

eligo, is, ere, legi, lectum : choisir

eques, itis, m. : le chevalier, le cavalier

et, conj. : et, aussi

etiam, inv. : même

ex, prép. : (+abl) hors de, de

excessus, us, m. : la sortie, la mort

excubiae, arum, f. : le garde, la garde de nuit

exercitus, us, m. : l'armée

exspecto, as, are, avi, atum : attendre

falsus, a, um : faux

fama, ae, f. : la nouvelle, la rumeur, la réputation

favor, oris, f. : la faveur

festino, as, are : se hâter, se dépêcher

formido, inis, f. : la crainte, la peur, l'effroi, la terreur

forum, i, n. :le marché, le forum

gaudium, ii, n. : la joie

Germanicus, i, m. : Germanicus

habeo, es, ere, bui, bitum : avoir, considérer comme

hic, haec, hoc : ce, cette, celui-ci, celle-ci

honos, oris, m. : l'honneur

ille, illa, illud : ce, cette

illustris, e : évident, marquant, éclairé

immensus, a, um : immense

imperator, oris, m. : le général, l'empereur

imperium, ii, n. : le pouvoir (absolu)

impero, as, are : commander

in, prép. : (acc. ou abl.) dans, sur, contre

incipio, is, ere, cepi, ceptum : commencer

induco, is, ere, duxi, ductum : introduire

inductus, a, um : importé, exotique, étranger

inrepo, is, ere, repsi, reptum : ramper dans, pénétrer insensiblement

introspicio, is, ere, spexi, spectum : regarder dans, regarder à l'intérieur

is, ea, id : ce, cette

iuro, as, are : jurer

lacrima, ae, f. : la larme

laetus, a, um : joyeux

legio, onis, f. : la légion

littera, ae, f. : la lettre

loquor, eris, i, locutus sum : parler

magis, adv. : plus

malo, mavis, malle, malui : préférer

manus, us, f. : la main, la petite troupe

miles, itis, m. : le soldat

mirus, a, um : étonnant

misceo, es, ere, ui, mixtum : mélanger

mitto, is, ere, misi, missum : envoyer

mox, inv. : bientôt

munus, eris, n. : le spectacle, la charge, la mission, le cadeau

nam, inv. : de fait, voyons, car

ne quidem : ne pas même

ne, inv. : pour que... ne... pas, de peur que, que

neque, inv : = et non

neu, conj. : et que ne pas

nisi, inv. : si... ne... pas ; excepté

nusquam, inv. : nulle part

parens, entis, m. : parent

pater, tris, m. : le père, le magistrat

pauci, ae, a : pl. peu de

per, prép. : (acc) à travers, par

permodestus, a, um : très modéré, très réservé, très modeste

Pompeius, i, m. : Pompée

pono, is, ere, posui, situm : placer, poser

populus, i, m. : le peuple

postea, adv. : ensuite

potestas, atis, f. : le pouvoir

potius, inv. : plutôt

praecipuus, a, um : principal, essentiel

praefectus, i, m. : le gouverneur, l'administrateur, le commandant

praescriptio, ionis, f. : le titre, l'intitulé; la prescription; le prétexte

praetorius, a, um : de préteur

primordium, i, n. : le début, le commencement

primus, a, um : premier

princeps, ipis, n. m. et adj. : le premier, le chef, l' empereur

principatus, us, m. : la première place

proceres, um, m. : les personnages éminents, les grands

publicus, a, um : public

quam, 1. accusatif féminin du pronom relatif = que 2. accusatif féminin sing de l'interrogatif = quel? qui? 3. après si, nisi, ne, num = aliquam 4. faux relatif = et eam 5. introduit le second terme de la comparaison = que

quanto, inv. : ... tanto : autant... autant...

questus, us, m. : la plainte

qui, quae, quod : qui ; interr. quel ? lequel ?

quidem, inv. : certes (ne-) ne pas même

quis, quae, quid : qui ? quoi ?, après si, nisi, ne num = aliquis = quelqu'un

quo, inv. :1. où ? (avec changement de lieu) 2. suivi d'un comparatif = d'autant

recondo, is, ere, condidi, conditum : remettre à l'intérieur

res, rei, f. : la chose

Roma, ae, f. : Rome

ruo, is, ere, rui, rutum : se précipiter, se ruer; tomber, s'écrouler

sed, conj. : mais

Seius, i, m. : Seius

senatus, us, m. : le sénat

senilis, e : de vieillard

sensus, us, m. : le sens, les sentiments

servitium, i, n. : la servitude, la condition d'esclave, l'esclavage

Sex. = Sextius

signum, i, m : le signe, l'enseigne, l'oeuvre d'art

socius, ii, m. : l'allié

Strabo, onis, m. : Strabon

sub, inv. : sous

sum, es, esse, fui : être

tamquam, inv. : comme

tanto, adv. : suivi d'un comparatif = autant, d'autant

Tiberius, ii, m. : Tibère

tot, adv. : tant, si nombreux

tribunicius, a, um : tribunitien

tristior, oris : comparatif de tristis, e : triste

Turranius, i, m. : Turranius

unus, a, um : un seul, un

usurpo, as, are : faire usage de, se servir de; s'arroger illégalement, usurper

ut, conj. : pour que, que, comme

uxorius, a, um : d'épouse, de femme mariée

verbum, i, n. : la parole, le mot

verbum, i, n. : la parole, le mot

vetus, eris : vieux

video, es, ere, vidi, visum : voir

videor, eris, eri, visus sum : paraître, sembler

voco, as, are : appeler

voluntas, atis, f. : la volonté

vultus, us, m. : le regard, le visage

 VII. Cependant, à Rome, tout se précipite dans la servitude, consuls, sénateurs, chevaliers, plus faux et plus empressés à proportion de la splendeur des rangs. On se compose le visage pour ne paraître ni joyeux à la mort du prince, ni triste à l'avènement d'un autre, et chacun s'étudie à mêler les pleurs, l'allégresse, les plaintes, l'adulation. Les consuls Sext. Pompeius et Sext. Apuleius jurèrent les premiers obéissance à Tibère César; et entre leurs mains firent serment Seius Strabo et C. Turranius, préfets, celui-ci des vivres et l'autre du prétoire, puis le sénat, les soldats et le peuple. Car Tibère laissait aux consuls l'initiative de tous les actes, à l'imitation de l'ancienne république, et comme s'il n'était pas sûr que l'empire fût à lui. L'édit même par lequel il appela les sénateurs au conseil, il ne le rendit qu'en vertu de la puissance tribunitienne qu'il avait reçue sous Auguste. Le texte en était court et le sens très modeste : "il voulait consulter le sénat sur les honneurs dus à son père, dont il ne quittait pas le corps; ce serait son seul acte d'autorité publique." Et cependant, Auguste à peine mort, il avait donné l'ordre comme empereur aux cohortes prétoriennes; des veilles se faisaient à sa porte; il avait des gardes, une cour; des soldats l'escortaient au Forum, l'accompagnaient au sénat; il écrivit aux armées comme un prince déjà reconnu; il ne manquait d'hésitation que devant les sénateurs. La principale cause de ce contraste était la crainte que Germanicus, maître de tant de légions et d'un nombre immense d'auxiliaires, jouissant d'ailleurs d'une merveilleuse popularité, n'aimât mieux posséder l'empire que de l'attendre. Il tenait aussi, dans l'intérêt de sa renommée, à paraître avoir été appelé et choisi par la république, plutôt qu'imposé furtivement par les intrigues d'une femme et l'adoption d'un vieillard. On reconnut dans la suite que sa feinte irrésolution avait encore pour objet de lire dans la pensée des grands. Il tournait les paroles, les regards, en autant de crimes que sa haine mettait en réserve.

[1] At Romae ruere in servitium consules, patres, eques.

Quanto quis inlustrior, tanto magis falsi ac festinantes,

vultuque composito (compositus, a, um : disposé, arrangé)

ne laeti excessu principis

neu tristiores primordio,

lacrimas gaudium, questus adulationem miscebant.

[2] Sex. Pompeius et Sex. Appuleius consules primi in verba Tiberii Caesaris iuravere,

apudque eos Seius Strabo et C. Turranius,

ille praetoriarum cohortium praefectus,

hic annonae;

mox senatus milesque et populus.

[3] Nam Tiberius cuncta per consules incipiebat

tamquam vetere re publica et ambiguus imperandi:

ne edictum quidem,

quo patres in curiam vocabat,

nisi tribuniciae potestatis praescriptione posuit sub Augusto acceptae.

[4] Verba edicti fuere pauca et sensu permodesto:

de honoribus parentis consulturum (esse), neque abscedere a corpore (discours indirect)

idque unum ex publicis muneribus usurpare.

[5] Sed defuncto Augusto

signum praetoriis cohortibus

ut imperator

dederat;

excubiae, arma, cetera aulae; (cetera : adv. : désormais)

miles in forum, miles in curiam comitabatur.

Litteras ad exercitus tamquam adepto principatu misit,

nusquam cunctabundus

nisi cum in senatu loqueretur.

[6] Causa praecipua ex formidine

ne Germanicus,

in cuius manu tot legiones, immensa sociorum auxilia, mirus apud populum favor,

habere imperium quam exspectare mallet.

[7] Dabat et famae (dare aliquid famae = faire des concessions à l'opinion publique)

ut vocatus electusque potius a re publica videretur

quam per uxorium ambitum et senili adoptione inrepsisse.

Postea cognitum est ad introspiciendas etiam procerum voluntates inductam (esse) dubitationem:

nam verba vultus in crimen detorquens recondebat. (Les paroles, les jeux de physionomie, il les mettait en réserve, les tournant en griefs (traduction GAFFIOT)

 

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