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Indépendance du Congo Belge

 

En 1958, après avoir terminé ma sixième année primaire, je suis rentré en Belgique afin d’y  poursuivre mes études. Je ne suis retourné qu'une seule fois au Congo, en 1960. Certains de mes copains et copines ont continué leurs études au Congo. (Quelques uns seulement, suite aux événements de l’indépendance en 1960)

 

En 1960, nous arrivons mon frère et moi, au poste Doko pour y passer quelques jours de vacances.

Comme la situation y était explosive, l'indépendance de ce pays s'annonçant à grands pas, notre père décida de nous apprendre à conduire la voiture (une Ford).

Cette leçon de "conduite pratique" nous pris toute une après-midi.   Ce soir-là, papa nous avoua se sentir un peu plus soulagé, car il craignait être blessé, au pire tué, nous pouvions dès lors, Claudy ou moi,  prendre le volant pour fuir tous les quatre vers Juba....

Et voici les circonstances particulières dans lesquelles nous avons appris à conduire...

 

Evacuation

En 1960, Claude et moi  prenions l'avion pour passer deux mois de vacances auprès de nos parents à Doko.   Mais dés le lendemain de notre arrivée, on parlait d’évacuer tout le monde car le bruit courait que la garnison de Watsa s’était révoltée et ce jour là, enfants et  parents, nous avons passé notre temps à recharger les fusils que l'armée avait distribué aux blancs pour se défendre.   Au soir du troisième jour, nous recevions l'ordre impératif de plier bagages sur l'heure et de nous rassembler au club.   Nous formons alors un convoi en respectant un écart de 50 mètres entre chaque voiture...   Le soir venu, la caravane se met en branle-bàs...   Ce fut la nuit la plus longue de ma vie...    Dans chaque village  que nous traversions nous étions accueillis par des jets de pierres.   Nous n'étions pas rassuré du tout et nous avions très peur mais heureusement ils n’avaient pas pensé à bloquer les routes, si cela avait été le cas nous nous serions défendus avec acharnement car toutes les voitures étaient lourdement armées...   Le pénible trajet terminé nous arrivons enfin à la frontière que nous ne pouvions franchir qu'à la seule condition d'avoir déposé les armes chez le marchand Grec ou elles  resteront en dépôt en espérant que nos parents puissent les récupérer après nous avoir évacués...

Nous passerons la frontière en étant contrôlés tous les deux kilomètres par l'armée congolaise et enfin nous arrivons à JUBA...   Nous étions sauvés!!!

 

 

 

 

 

 

Les réfugiés de Doko,Watsa,et autres postes

de Kilo Moto à JUBA.

 

Sauvés, mais nos problèmes n'étaient pas pour autant terminés.   

L'ambassade de Belgique prend contact avec tous les évacués et nous sommes rassemblés au champ d'aviation de Juba.   Là, l'ambassadeur, que je considère encore aujourd'hui comme un crétin et un salopard, profitant du désarroi des réfugiés, distribua des feuilles qu'ils fallait signer...   Dans la confusion générale, beaucoup les signeront sans en avoir pris connaissance...

C'est alors que l'un nos compatriotes, s'étant rendu compte de l'infâme supercherie, s'insurgea, se hissa sur une table, interpella violemment l'ambassadeur et somma celui-ci de restituer tous les papiers signés...   Dans un premier temps, le malhonnête homme refusa d'obtempérer mais devant la foule qui devenait de plus en plus menaçante il fini par se soumettre...   Dans la cohue de l'évacuation, nous étions partis sans un sous en poche et nous avions tout perdu, nous étions ruinés, malgré cela, sur les papiers litigieux, le gouvernement belge obligeait les réfugiés à rembourser le prix des hôtels ainsi que le prix du billet d'avion pour le retour vers la Belgique.   Sans l'intervention judicieuse et courageuse de notre compatriote, nous parents se seraient retrouvés dans la misère...  Mais cela se termina bien et je crois que personne ne dû débourser le moindre franc...       

          

Journal et articles Soudanais de l’époque

The Sudan Daily  13 juillet 1960

Des réfugiés du Congo  arrivent à KHARTOUM

Hier à 12 heures un avion des Ethiopian  Airlines a atterri à Khartoum avec à son bord 40 réfugiés belges an provenance de JUBA, il y avait un homme ,18 femmes et 21 enfants et bébés.

Ils ont été reçus par les autorités policières et les représentants de l’ambassade de Belgique.

Ils ont été bien accueillis dans le restaurant  de l’aéroport où des rafraichissements leur ont été offerts.

Des dispositions ont été prises aussi rapidement que possible pour les installer à Khartoum jusqu’à ce que avion de la compagnie SABENA vienne les prendre pour les rapatrier vers Bruxelles.

Plus tard  dans la journée 76 réfugiés sont encore arrivés.

Les réfugiés racontent qu’ils ont quitté Watsa, à 700 miles de Stanleyville et près de la frontière Soudano-Congolaise, dimanche dernier via le poste frontière d’ABA et qu’ils ont eu seulement 45 minutes pour préparer leur départ.

Ils ont l’air en bonne santé et tous expriment leur gratitude pour l’aide que

le gouvernement soudanais leurs a apportée tant à Juba qu’a Khartoum

 

 

Khartoum 11 juillet 1960,

Plusieurs convois supplémentaires de voitures transportant des refugiés en provenance du Congo ont continués à  arriver tout au long de la journée à JUBA et environ 500 personnes  , en provenance  par route de YAMBO et de MERIDI sont attendues  et devraient arriver durant la nuit.

La route d’ABA, à la frontière Congolaise vers Yei a été fermée car le pont qui relie ABA vers l’intérieur du  Congo a été endommagé et la sortie vers le Soudan a été fermée.

Le seul accès vers le Soudan se fait maintenant via MERIDI et YAMBO.

Les autorités locales à JUBA ont rendu accessible toutes les ressources possibles dans la ville pour les réfugiés

Les derniers arrivants à JUBA ne rapportent aucunes violences des les districts voisins du Congo d’où qu’ils viennent.

 

 

Sudan daily 13 juillet 1960

Léopoldville, 12 juillet 1960

Le désastre poursuit la République du Congo âgée seulement de 12 jours. En effet, aujourd’hui la province du KATANGA à décidé de faire sécession.

Sécession et Indépendance  totale, ont été annoncées à la radio la nuit dernière depuis Elisabethville , la capitale provinciale, par Mr Moïse Thsombé , premier ministre du Katanga.

Il offre à la Belgique, qui avait transférér le pouvoir du Congo au Gouvernement  de Mr Patrice LUMUBA, la chance de faire un arrangement économique avec le Katanga et lui demande de poursuivre son aide, militaire financière et technique.

Si la Belgique refuse de reconnaitre le Katanga  ‘comme pays libre et indépendant ‘ il pourrait faire appel au reste du monde libre pour qu’il reconnaisse le droit du peuple katangais à la liberté de choix à ajouté Monsieur Thsombé.

Il déclare que le règne de terreur au Congo, où les soldats africains mutinés de la Force Publique continuent leurs activités   aujourd’hui  a été  délibérément  établie par le nouveau Gouvernent Central.

Il accuse également Monsieur LUMUMBA d’essayer de casser l’administration existante en essayant de mettre en place un ruineux et com………. (suite manquante)

Avant de partir il appelle les services des spécialistes des Nations Unies pour qu’ils  aident à réorganiser la Force publique mutinée.

Plus tard, Monsieur Thsombé déclare, que quand Monsieur LUMUMBA est arrivé à Elisabethville, il a envoyé trois ministres pour le prévenir de la sécession Katangaise et lui demander de partir immédiatement.

Monsieur Thsombé a nommé le major WEBER des para-commandos   comme officier coordinateur en charge des forces armées et de la police katangaises. Avec le pouvoir ‘d’agir en mon nom’

Il a ajouté que les troupes belges resteront au Katanga. En fait il a demandé que les troupes soient envoyées depuis KAMINA, la grande base belge  à environ 20miles de la capitale vers Elisabethville.

Durant l’après-midi Monsieur  Thsombé à décidé avec le Major Weber d’envoyer des troupes vers JADOTVILLE, après que les représentants de l’église grecque aient rapportés des pillages dans la ville.

Léopoldville elle-même est calme, mais notre correspondant spécial sur place, dit qu’il existe un état de ‘pré- panique’ à Elisabethville et qu’un réfugié rapporte qu’une grande usine textile serait en feu là-bas.

 

RAPPORT des PROVINCES

 

Stanleyville : Une situation explosive avec des villageois africains qui sont à la recherche d’armes et dévalisent les banques.

YANGA à 100 miles de Stanleyville : une radio amateur informe que les européens sont encerclés et attaqués.

LULUABOURG  3 européens tués après que les paras soient arrivés.

 Port de MATADI  Les troupes belges sont en action contre les mutins des troupes congolaises.

Rapport de tirs dans différents endroits de la province du Katanga et Elisabethville fait savoir que les vivres manquent déjà pour ses 170.000 habitants africains

 

Sir ROY WELENSKY, le 1er ministre Rhodésien, déclare la nuit dernière depuis Salisbury, qu’aucune troupe Fédérale n’est entrée en République du Congo suite à la demande de Monsieur Thsombé

Il déclare cependant, que le gouvernement fédéral se réserve le droit d’utiliser la force dans tous les cas qui pourraient servir les intérêts des populations de la Fédération..

 

 

Après l’intervention du 10 juillet des troupes belges au Congo, la Chambre des Députés et le Senat se sont rassemblés le 11 juillet pour écouter une déclaration du Premier Ministre.

Le Premier Ministre a rappelé le développement des évènements depuis le 5 juillet.

La situation s’est détériorée jour après jour suite à la mutinerie de l’armée Congolaise. Les rebelles ont effectués des actions violentes  contre les citoyens  dans de nombreuses régions du Congo.

 

Les mutins ont attaqué de femmes européennes et des enfants tout spécialement à Léopoldville. Depuis l’indépendance les autorités congolaises n’ont pas pris les mesures

nécessaires  pour assurer l’ordre et la sécurité.

La Belgique est dès lors confrontée  a un choix difficile  entre le respect de l’indépendance du Congo et la l’obligation morale internationale de sauvegarder la vie des européens.

Conscient de ses responsabilités le Gouvernement Belge a, le 7 juillet ordonné le renforcement de la sécurité. Les troupes Belges sont parties pour le Congo le 8 juillet. L’intervention des troupes Belges ne peuvent être effectives que si certaines conditions politiques et militaires sont remplies.

Les interventions ont démarré tôt le matin du 10 juillet et l’ordre a été rétabli sans effusion de sang.

Les para commandos belges sont venus en aide à la réserve des troupes qui était présente sur place effectuant leurs missions dans des très délicates circonstances.

Le gouvernement belge a également prit les mesures nécessaires pour l’évacuation des femmes et des enfants.

Le Premier Ministre a invité les responsables belges a rester sur place au Congo pour coopérer avec le gouvernement Congolais.

Il  assure le Gouvernement Congolais  que l’indépendance du Congo est un fait et qu’il sera respecté par le gouvernement Belge. Il l’assure également de l’aide et de la collaboration de la Belgique.

 

La déclaration est restée vague et insuffisante selon les assemblées. Pas de mention  spécifique n’a été faite par le Premier Ministre au sujet de la demande d’intervention par le gouvernement Congolais. Le gouvernement Belge a été amèrement critiqué durant les trois derniers  jours pour son hésitation pour la décision de  l’intervention des troupes pour protéger les civils Belges.

 

Plus de 20.000 manifestants ont défilés à Bruxelles ce dimanche demandant l’intervention et le retour au Congo du General Janssens l’ex- Commandant en Chef Belge qui avait été forcé de démissionner par les mutins  et était revenu à Bruxelles

Aux dernières nouvelles il serait en route pour le Congo

 

Le calme est revenu à Bruxelles après l’annonce des interventions des forces Belges

Les européens du Congo sont entrain d’être évacués rapidement. Plus de 3000 réfugiés, pour la plupart des  femmes et des enfants sont arrivés à Bruxelles.

Tous les services de la SABENA sont maintenant tous dédicacés au transport des européens du Congo vers Bruxelles et le transport des troupes vers le Congo.

La situation est toujours très confuse

 

 

                                                  

 

 

En Belgique, nous étions considérés comme des étrangers, des nègres blancs, des bougnoules ou des  bamboulas!   Maintes fois je me suis pris ces insultes en pleine figure à l'école ou encore ceci...   "<- Retourne dans ton pays.>   Cela me chagrinait mais en même temps je me forgeait un certain caractère.....

 

C'est avec un avion anglais que nous sommes rentrés, ma mère, mon frère et moi, en Belgique.   Dans cet avion se trouvaient également Stéphane Lubitz, sa maman et sa soeur.

Au débarquement de l'avion, à Bruxelles-Zaventem, le roi Baudoin nous attendait...   Celui-ci se dirigea vers moi et voulu me serrer la main...   J'ai dénié ce geste, car, pour moi, il était responsable de tout ce qui se passait au Congo...   Cependant, une chaîne de solidarité s'était développée dans tout le pays.   A Zaventem, des personnes venues de tous les coins de la Belgique nous attendaient également nous proposant de nous reconduire gracieusement à nos domiciles respectifs.   Je remercie la présence et la gentillesse de toutes ces personnes... 

 Mon père restera à Juba et parcouru un long périple avant de rentrer à Doko.
Notre mère ira le rejoindre et ils resteront au Congo de 1960 à 1965 dans différents postes.