Les crimes de l'église au vingtième siècle

En 1832, dans son encyclique Mirari vos, le pape Grégoire XVI condamne l'exercice de la liberté de conscience. Il condamne spécifiquement la liberté de la presse, la liberté d'association, la liberté d'enseignement, la souveraineté du peuple et le suffrage universel.

 



Pie IX

En 1846, Pie IX est élu pape pour le plus long règne de l'histoire de la Papauté : 32 ans. Son principal défaut est de ne pas saisir les bouleversements sociaux et politiques de l'époque. Très intransigeant et imbu de ses prérogatives, il affirme que le pape est infaillible en matière de dogme et qu'aucune restriction ne peut être apportée à sa toute puissance dans le gouvernement de l'Église. Pie IX proclame le dogme de l'Immaculée Conception, en 1854.

Dans son encyclique du 8 décembre 1864, Quanta Cura, Pie IX réaffirme le rôle prépondérant de l'Église dans la société. Il condamne la souveraineté du peuple, la suprématie du pouvoir civil, la liberté de conscience, la liberté de la presse et l'élargissement du droit de vote à tous les citoyens.

Le concile du Vatican vote, en juillet 1870, l'infaillibilité pontificale qui reconnaît au souverain pontife un pouvoir suprême de juridiction dans le domaine de la doctrine comme dans celui de la discipline.

A priori, Pie IX approuve le mouvement d'indépendance et d'unification de l'Italie, en autant que celui-ci ne touche pas aux territoires sous contrôle de l'Autriche-Hongrie, parce que c'est un Empire catholique, et qu'on ne touche surtout pas aux États pontificaux qui, à l'époque, recouvrent un bien plus grand territoire que la seule cité du Vatican.


PIE XI ET LE FASCISME


Pie XI

Durant la période fasciste, en Italie, sous le pontificat de Pie XI, les liens entre l'Église et l'État deviennent de plus en plus étroits.


Mussolini

Les prêtres participent désormais aux manifestations politiques et bénissent les organisations fascistes. De cette collaboration, sortiront les Accords du Latran qui comportent une convention financière entre l'Italie et le Vatican. Pour prix de sa collaboration, Mussolini est reçu en 1932 par Pie XI qui l'honore de l'Éperon d'or.

À Montréal, dans la paroisse italienne de Notre-Dame de la Défense, on peut encore aujourd'hui reconnaître Mussolini dans une fresque de l'église.


Son Éminence le cardinal archevêque de Milan de 1929 à 1954, A.I. Schuster est béatifié par Jean-Paul II le 12 mai 1996. Le cardinal avait soutenu Mussolini en 1935 dans sa guerre coloniale en Éthiopie.

PIE XII ET LE FASCISME

En 1936, la jeune république espagnole est agressée par l'armée dirigée par le général Franco. Très vite, la hiérarchie catholique espagnole reconnaît là son Sauveur, chef de file d'une nouvelle croisade.


Franco

Le soutien officiel de l'appareil catholique espagnol à la barbarie fasciste est apporté par la lettre collective des évêques espagnols du 1er juillet 1937. L'Église catholique était déjà présente dans des organisations franquistes comme la Phalange. Le Vatican, d'abord prudent, ne cache pas son appui à Franco.


Pie XII

Le pape Pie XII déclare, en effet, le 16 avril 1939, une fois la victoire de Franco acquise, que l'Espagne franquiste est la « patrie élue de Dieu ». La fin du conflit donne lieu à une cérémonie religieuse solennelle avec le caudillo pour héros. Une célébration religieuse à Rome salue aussi cette victoire.

Deux décennies après la fin de la guerre civile, des membres de l'Opus Dei entrent au gouvernement espagnol en 1957 et le 25e anniversaire de la prise du pouvoir confirme le dictateur dans son rôle de « défenseur de l'Église ».

Autres crimes de l'Église catholique

 
La hiérarchie catholique donnant le salut fasciste à Saint Jacques de Compostelle en 1937.   Le clergé se battant au service de Franco contre la ré publique Espagnole.
     

 

Comment le Vatican a soutenu le développement du fascisme et protégé la fuite de ses militants !
Il y a un peu plus d'un an, sur base de la loi américaine définissant le libre accès aux documents et archives, un ex-procureur a réussi à rassembler aux Etats-Unis toute une série de documents d'archive et de témoignages qui mettent à jour le rôle déterminant joué par le Vatican dans la consolidation du pouvoir fasciste, la participation active du corps ecclésiastique au gouvernement fasciste de Yougoslavie et la protection pontificale d'importants dirigeants fascistes en exil. La chaîne de télévision ARTE, a diffusé le résultat de ces recherches dans le cadre de son émission "Les Mercredis de l'Histoire".

Le Royaume des Cieux, purification idéalisée des maux qui accablent l'homme réel, s'affronte une fois de plus à sa sinistre réalité. Alors que semblait tomber dans l'oubli la participation sanglante de l'Eglise en général et du Vatican en particulier à ce qu'ils nommèrent l'évangélisation des "sauvages", à la répression ouverte lors de l'Inquisition, à l'industrie de guerre,... ces saintes institutions, immaculées de tout péché terrestre, représentantes de Dieu sur terre,... sont une fois de plus pointées du doigt. Dénoncées comme organisatrices directes du massacre des hommes qu'elle prétendait conduire sur le chemin de la rédemption peu avant la dite Deuxième guerre mondiale, l'Eglise est également accusée d'avoir protégé les fascistes. La paix aux hommes de bonne volonté montre son vrai visage: défense intransigeante et terroriste des intérêts globaux du capital. Décidément, l'oscillation entre fascisme et anti-fascisme est une pratique qui n'a pas uniquement compromis les institutions terrestres mais également celles des cieux. Et c'est fraternellement unies qu'elles ont toutes participé au massacre .

Confrontée à la vague révolutionnaire la plus importante de l'histoire , entre 1917 et 1923, la Très Sainte institution catholique (véritable Etat parmi les autres Etats), Vatican en tête, prend l'initiative de lutter contre ce qu'elle appelle le danger communiste. Dès 1920, elle organise des groupes d'action dont la structure générale s'appellera: INTERMARIUM. Cette initiative a pu compter sur la participation de fascistes notoires. Les services secrets britanniques et français s'impliquèrent également dans INTERMARIUM. Les groupes composant cette organisation se définissaient ouvertement comme anti-communistes et leurs objectifs déclarés étaient "la mobilisation de l'organisation catholique dans la lutte contre le communisme" (Pie XI) et la création d'un réseau catholique dans toute l'Europe pour faire face au danger communiste développé sur le continent suite au processus insurrectionnel en Russie.

La guerre sainte n'a épargné aucun effort et n'a refusé aucune alliance pour arriver à ses fins. Ainsi par exemple, à l'aube de la dite Deuxième guerre mondiale, un sinistre personnage fait son apparition: Ante Pavelich, nationaliste bien connu pour ses campagnes terroristes en Yougoslavie peu avant la guerre et qui, réfugié en Italie, a été jugé par contumace. Avec la protection de Mussolini et la bénédiction d'un ecclésiastique de grande sainteté, le père Draganovich, Pavelich organise les célèbres Oustachis: groupes militaires entraînés à l'assaut des centres du pouvoir. L'occasion se présente en '41 lorsque, grâce à l'appui des bombes assassines de Hitler, ils peuvent entrer en Croatie et organiser un gouvernement nationaliste de type fasciste. C'est ainsi que débutent, en Croatie, 4 années de terreur ouverte, avec camps de concentration et autres bontés chrétiennes.

La charité humanitaire s'associe aux bandes armées pour convertir les hérétiques au catholicisme. Les curés bénissent ces corps spéciaux et leurs croisades/pogroms menés à l'aide de pistolets, de grenades et de dagues (symbole des Oustachis). Le Vatican offre son appui au nouveau gouvernement et un Saint Curé franciscain est nommé Commandant du camp de concentration croate. Des membres du clergé participent comme fonctionnaires à ce camp, d'autres sont nommés membres du parlement, les monastères sont remis à Pavelich pour y installer de véritables bases militaires. Des moines franciscains prennent une part active à la campagne militaire et crucifient les hérétiques,... La guerre sainte s'organise et se dote de tous les moyens nécessaires: une idéologie nationaliste et ouvertement raciste, des messes, l'évangile, la croix, des cantiques pleins de ferveur,... comme du temps de l'Inquisition. La terreur catholico-nationaliste qui se développe au nom de la charité chrétienne en Croatie est tellement brutale que d'après des sources de l'époque, mises à jour lors de cette enquête, les soldats nazis, les soldats fascistes et les SS se disaient eux-mêmes choqués, écoeurés par les méthodes de torture, les assassinats massifs et autres cruautés en vigueur... Et comme si tout cela n'était pas suffisant, après 10 mois de terreur ouverte, le régime des Oustachis recevra la bénédiction de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine: le représentant du Vatican est au premier rang lors de la cérémonie d'inauguration officielle du parlement oustachi et le pape Pie XII reçoit Pavelich à deux reprises. Montini, qui est alors secrétaire du Vatican et qui deviendra bientôt le pape Paul VI, en remerciements des services ecclésiastiques rendus, reçoit également cet enfant de Dieu qu'est Pavelich. Mais ces directeurs d'âmes innocentes et chrétiennes ne renoncent pas pour autant aux occasions de se retrouver aux côtés de leurs frères terrestres: l'organisation du Royaume des Cieux a besoin de nombreux arrangements, appuis, participations,...

Une fois la guerre terminée, la charité chrétienne doit s'adapter aux nouvelles tâches que le Royaume des Cieux lui impose: il s'agit d'organiser l'évasion des fascistes les plus connus et de leur trouver un lieu d'accueil. Pour ce faire, elle peut compter sur l'appui des services de renseignements occidentaux et de leurs Etats. On crée ainsi le très humanitaire RATLINES (nom de code signifiant "le réseau du rat" assigné par l'Etat Nord-Américain au réseau construit par le Vatican) destiné à faciliter et organiser la protection et la fuite d'âmes aussi chrétiennes que celle de Klaus Barbie (qui émigre en Bolivie), Adolf Eichmann (qui réussit à se rendre en Argentine), Josef Mengele, Walter Rauff, Gustav Wagner, Franz Stangel,... Notre célèbre Pavelich de son côté, accompagné de milliers d'Oustachis, se rend en Argentine grâce à ce même réseau. Nombreux furent ceux qui utilisèrent les services du RATLINES. Pour comprendre comment fonctionnait ce réseau, nous nous contenterons ici de suivre le chemin emprunté par Pavelich -il ne devait pas être très différent du parcours de ses autres amis fascistes- et nous mettrons ainsi à jour également la participation déterminante des anti-fascistes.

Le Collège Croate, véritable état-major du curé Draganovich, protégé par le Vatican, ouvrit toutes grandes ses portes à Pavelich et consorts dès qu'il devint impossible pour l'Etat britannique de taire la protection qu'il leur offrait jusque là dans les zones autrichiennes alors sous son contrôle. D'après un dossier des services secrets américains, Pavelich est resté deux semaines sous protection anglaise; il a ensuite fallu le déplacer vers une autre zone d'occupation anglaise où il est resté en contact avec les services secrets britanniques. Les propriétés du Vatican offrent refuge et protection à toutes ces brebis égarées, les véhicules du Vatican assurent leurs déplacements, on veille à leur sécurité. Le pape Pie XII et Montini encouragent ces activités avec toute la ferveur chrétienne que mérite Draganovich. Ce dernier se rend dans les différents camps, prend contact avec les réfugiés Oustachis et crée un véritable service de renseignements politiques qui restera en contact direct avec le Vatican. Montini, bras droit du pape au Secrétariat d'Etat aux Relations Humanitaires et chef opérationnel de cette institution, ainsi que toute la hiérarchie du Vatican l'autorisent à utiliser le réseau RATLINES pour organiser la fuite de ceux que les anti-fascistes appelaient des "criminels de guerre".

Pour cacher ces chrétiens incompris, on leur prête d'immaculées soutanes et la Croix Rouge Internationale leur remet des faux papiers. Le Haut Commissariat aux Réfugiés du Vatican garantit également ces fausses identités. Dans les fichiers des services secrets américains datant de 1946 et mis à jour lors de cette enquête, on constate: "On distribue des faux papiers aux Oustachis. Avec ces papiers et l'aval de la Commission Pontificale on peut obtenir un passeport de la Croix Rouge Internationale. Draganovich a les moyens de se les procurer."

Le Vatican offre donc asile, obtient visas et passeports pour d'importants fascistes en Argentine où Peron, grand admirateur de Mussolini, accueille les fascistes à bras ouverts. Avec de tels appuis, l'argent nécessaire à la protection de ces saints sujets ne manque pas... Et au delà du Vatican, de nombreuses institutions d'Etat des Alliés collaborent également à la protection des fascistes les plus notoires.

En 1945, les services secrets britanniques et français ravivent leurs relations avec les fascistes. L'Etat britannique qui, au travers d'un de ses plus grands représentants, le Duc de Windsor (1), avait salué Hitler et considéré son organisation du travail très constructive, appuie maintenant financièrement INTERMARIUM. D'après la déclaration d'un ancien nazi hongrois, membre actif d'INTERMARIUM et qui réussit à fuir grâce à RATLINES, les services secrets britanniques et français étaient bel et bien impliqués dans les différentes activités d'INTERMARIUM et protégeaient ses agents. Une station de radio oustachi émet ses programmes depuis la zone britannique. Des exemplaires de "Free INTERMARIUM Charter" sont diffusés dans les camps de réfugiés en Autriche et en Italie.

Les Etats-Unis qui soutiennent le curé Draganovich, pierre angulaire du trafic de fascistes, passent des accords avec lui afin de sauver la tête de quelques nazis. La CIA se sert de RATLINES pour sauver savants et agents secrets nazis, et les amener aux USA. Barbie, recruté après la guerre par les services américains, travaillera pour eux durant de nombreuses années. Et c'est grâce aux services de Draganovich, au réseau RATLINES et aux Etats occidentaux que Klaus Barbie parvint à s'exiler en Bolivie. Voilà comment les fascistes purent obtenir une nouvelle vie et une nouvelle identité.

Peron nomme Pavelich conseiller à la sécurité et lui remet quelques 35.000 visas pour que les tortionnaires Oustachis viennent s'installer en Argentine et créent une force de choc "contre le communisme".

Il n'y a rien d'étonnant à ce que l'on puisse aujourd'hui reproduire de telles informations. On connaissait déjà les magouilles, les oscillations, les alliances de toutes ces canailles bourgeoises. Ce qui nous étonne (et nous désole), c'est la facilité avec laquelle les différents médias peuvent ventiler ces soi-disant révélations sans susciter la moindre réaction humaine.

Le fascisme et un certain pseudo anti-fascisme ont lobotomisé à ce point le peuple que le pape actuel réussit encore à mobiliser des milliers de gens, à les abrutir avec ses cantiques , avec ses saintes paroles et toute sa panoplie d'armes chatoliques, et que les discours officiels anti-fascistes continuent à avoir une audience alors qu'il est maintenant clair que fascistes et prétendus anti-fascistes ont agi en toute fraternité contre les intérêts les plus élémentaires de l'humanité.

 

PIE XII ET LE NAZISME

De 1918 à 1938, le Vatican soutient l'Anschluss (annexion de l'Autriche par l'Allemagne) et l'invasion par Hitler de la Tchécoslovaquie.

En 1933, un Concordat est négocié à Rome entre l'Allemagne nazie et le cardinal Pacelli, le futur Pie XII. En échange du maintien des écoles catholiques, subventionnées par l'État allemand, l'Église catholique lève l'interdiction pour les catholiques d'adhérer au Parti nazi. Les nazis ne respecteront pas cette entente.


Hitler

Le silence du Vatican sur les crimes nazis pendant la seconde guerre mondiale étonne, pour le moins. Le pape voit peut-être en la domination nazie sur l'Europe de l'Ouest un rempart contre le communisme. Pie XII craint un accroissement de la politique antireligieuse de Hitler qui pourrait se traduire par des confiscations de propriétés du clergé. Ces confiscations sont toutefois suspendues en juillet 1941 par Hitler. Néanmoins, la non-ingérence du Vatican auprès des belligérants se poursuit. À propos de la « solution finale », aucune protestation n'est émise de la part de Pie XII hormis de l'affliction pour les victimes. Ainsi, Pie XII ne mettra jamais d'entraves à l'entreprise destructrice du nazisme. Il ne veut pas accroître les malheurs déjà présents. Ce qui ne justifie aucunement sa politesse envers le régime nazi jusqu'à la fin du conflit.


Paul VI

Le Vatican, y compris Mgr Montini, le futur Paul VI, organise la fuite de plusieurs dizaines de milliers de nazis, d'oustachis (Croates nazis) et de SS ukrainiens vers l'Amérique du Sud, le Canada, l'Australie, etc... , avec la complicité des services secrets américains et surtout britanniques.

 

samedi 19 avril 2003

Le pape qui ne voulait pas fâcher Hitler

Documents inédits à l'appui, le magazine allemand Der Spiegel révèle l'existence d'un pacte de non-agression implicite entre le Vatican et le régime hitlérien.

Des documents inédits issus des archives secrètes du Vatican mettent en évidence l'existence d'un pacte implicite de non-agression entre le Saint-Siège et l'Allemagne nazie, selon le magazine allemand Der Spiegel à paraître samedi.

Dès mars 1933, Eugenio Pacelli, le futur pape Pie XII, qui n'était encore que le secrétaire d'Etat, c'est-à-dire le ministre des Affaires étrangères du Vatican (photo ci-dessus en 1925 - Collection Viollet), aurait incité les évêques allemands à ne plus critiquer le nouveau régime mis en place par Adolf Hitler. Comme l'indique une note de son protecteur de l'époque, le cardinal Pietro Gasparri, citée par le Spiegel, "tant que Hitler ne déclare pas la guerre au Saint-Siège et aux dignitaires catholiques en Allemagne, nous ne devons pas condamner le parti de Hitler."

Les juifs "prédestinés à disparaître" d'Allemagne

Dès 1935, l'ambassadeur du Vatican en Allemagne, Cesario Orsenigo, avait prophétisé que "les juifs étaient prédestinés à disparaître de ce pays". Malgré cela, le Vatican avait renoncé à s'élever publiquement contre la situation des juifs sous le régime nazi. Selon les nouveaux documents du Vatican évoqués par l'hedomadaire, Pie XII, pape de 1939 à 1958, n'éprouvait pourtant pas de sympathie pour le régime hitlérien. En tant que nonce apostolique à Munich dans les années 1920, il avait décrit le mouvement nazi comme "anti-catholique" et comme "peut-être la plus dangereuse hérésie de notre temps."

Le Vatican avait reconnu pour la première fois en décembre dernier les limites de l'action en faveur des juifs du pape Pie XII, accusé par certains historiens de "silences" coupables pendant la deuxième guerre mondiale. "Pie XII n'a pas eu, probablement, une trempe de prophète", avait affirmé Civiltà cattolica, la prestigieuse revue bimensuelle des jésuites italiens soumise traditionnellement à la "relecture" du Vatican.

Papst Pius XII. mit Hitlers Schergen

En 1938, la "Nuit de Cristal" : Les SS attaquent synagogues et magasins appartenant à des juifs. L'évêque de Freiburg, Monseigneur Gröber, déclare alors : « On ne peut refuser à quiconque le droit de sauvegarder la pureté de sa race et d'élaborer les mesures nécessaires à cette fin

En 1944, deux juifs hongrois évadés du camp d'Auschwitz (R. Vraba et A. Bestic) font parvenir au Vatican, via le Nonce apostolique de Slovaquie, un rapport détaillé sur la situation dans le camp. Le rapport sera enterré...

Jean-Paul II a travaillé, dans sa jeunesse, dans une usine de produits chimiques (Solvay) qui fabriquait le gaz Zyclon B utilisé par les nazis pour exterminer les juifs

A lire : M. Aarons, J. Loftus, Des nazis au Vatican, Olivier Orban, Paris, 1992 (trad. de: Ratlines, Londres, 1991)

Ce livre explique comment le Vatican (y compris Mgr. Montini, le futur Paul VI) a organisé la fuite de plusieurs dizaines de milliers de nazis, oustachis et SS ukrainiens en Amérique du Sud, au Canada, en Australie, etc..., avec la complicité des services secrets américains et surtout britanniques.
Un documentaire tiré de cet ouvrage a été présenté sur Arte début 1997; il avait été initialement programmé le 18.9.1996, veille de l'arrivée du pape en France. Le gouvernement a obligé la chaîne à différer la diffusion!

 


Vatican, de l'antisémitisme 
des années trente au sauvetage-recyclage des bourreaux

Par Annie Lacroix-Riz

A. Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich, de la première guerre mondiale à la guerre froide, A. Colin/Masson, Paris 1996, 539 p., 180F, (ISBN 2 200 21641 6)

On suppose que le pape Pie XII aurait en se contraignant au « silence » sur les victimes, notamment juives, du nazisme vécu un « drame intérieur d'une très rare acuité ». Mais la consultation des archives des années trente et quarante révèle la virulence de l'antisémitisme clérical. On doit s'interroger sur la participation à des massacres, sur le refus d'aide aux victimes, voire sur l'éventuel pillage de biens juifs. On doit aussi porter une grande attention au sauvetage-recyclage des bourreaux, opération de masse que des travaux ont commencé à saisir depuis 1969.

 On prête aujourd'hui grande attention à la remarque publique de Pie XI en septembre 1938 « l'antisémitisme est inadmissible ; spirituellement nous sommes tous des sémites » ou on suppose que Pacelli devenu Pie XII aurait en se contraignant au « silence » sur les misères des victimes, notamment juives, du nazisme vécu un « drame intérieur d'une très rare acuité » [1] . Les archives des années trente et quarante rendent sur l'« antijudaïsme » de l'Église romaine un autre son, dont nous résumerons ici certains éléments ou jalons éclairants [2] . Leur contenu révèle la virulence de l'antisémitisme clérical, dont témoignent, parmi bien d'autres, les cas allemand et autrichien (unifiés de fait par une adhésion formelle du Vatican à l'Anschluss depuis 1918-1919 et Benoît XV) : ses manifestations d'avant, pendant et après-guerre, couvertes ou suscitées par la Curie, nous mènent d'emblée aux questions :

1° de la participation aux massacres d'éléments cléricaux couverts et dirigés par leurs supérieurs hiérarchiques, du refus d'aide aux victimes confirmé par circulaires ecclésiastiques, voire de l'éventuel pillage de biens juifs ;

2° de la négation vaticane directe du génocide des hitlériens et de leurs séides de diverses nationalités ;

3° du sauvetage-recyclage des bourreaux, opération de masse que des travaux étrangers surtout ont commencé à saisir depuis 1969 [3] .

L'Antisémitisme : de quelques prélats et de la Curie romaine avant guerre

Le nonce à Munich (depuis mai 1917) puis auprès du Reich (décembre 1919), « en fait seul représentant du pape en Allemagne et en Autriche », puis, comme l'avaient dès 1920 prévu les Français « cardinal secrétaire d'État » de « Berlin » [4] (respectivement en décembre 1929 et février 1930), continua à ce poste à s'occuper du Reich autant qu'auparavant. Pacelli était pangermaniste jusque dans l'obsession antisémite de ce courant idéologique : sa correspondance sur la Bavière d'après-guerre avec le Vatican fourmille de références haineuses au « juif » untel, d'Eisner à Lévine, tout révolutionnaire étant par essence « juif galicien ». Il nomma ou promut (à la pourpre) tout l'épiscopat allemand et autrichien, et s'entoura de prélats dont la contribution à l'essor du nazisme et à l'antisémitisme fut éminente. On dresserait le même tableau du secrétaire d'État (de 1914 à 1929) Gasparri, toujours à l'affût des propos antisémites, par exemple des Hongrois ou de son cher ambassadeur allemand (depuis 1920) von Bergen, dont la carrière se déploya entre IIè Reich, Weimar et IIIè Reich. Rappelons à quel point les troubles de la restauration d'après-guerre enracinèrent encore à Rome et dans l'ensemble du monde clérical la vieille équation juifs = rouges : toute la presse ultramontaine soutint la Hongrie blanche dans la campagne antisémite qui suivit la défaite de Belà Kun, partie intégrante de l'effroyable répression du calviniste Horthy (auquel la Curie pardonnait son protestantisme). La Croix incluse qui, le 11 novembre 1920, assimila « à juste titre » les deux ennemis vaincus, stigmatisa « la race conquérante » qui avait tenté d'imposer le bolchevisme à la Hongrie catholique, et justifia la loi sur le numerus clausus universitaire indispensable « pour sauver la jeunesse catholique-magyare », réduire le pouvoir de la presse juive, assurer « la renaissance catholique » : la Hongrie était ainsi « guérie moralement (...) L'esprit catholique est devenu le grand directeur de la vie économique et de la politique » [5] . Nous ne citerons de cet antisémitisme catholique romain ou national que les exemples significatifs de quelques dignitaires germaniques dont le nonce Pacelli fit ou améliora la carrière :

Mgr Gröber, nommé archevêque de Fribourg en juin 1932, instrument essentiel des concordats badois (12 octobre 1932) et du Reich (20 juillet 1933) : passé du soutien net des nazis avant leur accession au pouvoir au nazisme pur et dur, ce « "membre promoteur" de la SS » (förnderndes Mitglied) payant ses cotisations mensuelles depuis 1933, vite surnommé « l'évêque brun » (der braune Bischof), écrivit beaucoup. Ses oeuvres, conformes aux canons du Saint-Office, éclairent la contribution du catholicisme allemand à la « Solution finale » : son « manuel des questions religieuses du temps présent » (Handbuch der religiösen Gegenwartsfragen) publié en 1935 l'établit en champion du sang et de la race, l'année des lois de Nuremberg, que l'article « race » justifiait ainsi : « chaque peuple porte lui-même la responsabilité du maintien de son existence, et l'apport d'un sang entièrement étranger représentera toujours un risque pour une nationalité qui a prouvé sa valeur historique. On ne peut donc refuser à aucun peuple le droit de maintenir sans perturbation sa vieille souche raciale et de décider des mesures de sauvegarde à cet effet. La religion chrétienne demande simplement que les moyens utilisés n'offensent pas la loi morale et la justice naturelle ». Le propos était précisé par l'article « marxisme » du manuel, sur le « juif Karl Marx » ; l'article « bolchevisme », « despotisme d'État asiatique, en vérité au service d'un groupe de terroristes conduit par les juifs » ; par l'article « art », sur le judaïsme athée et perverti responsable des « aspects anti-allemands de l'art depuis le XIXè siècle » (et par sa lettre pastorale du 30 janvier 1939 contre les juifs assassins de Jésus et animés d'une inexpiable « haine meurtrière ») [6] .

Mgr Hudal, recteur depuis 1923 de Santa Maria dell'Anima (Église nationale de l'Autriche et de l'Allemagne, un des fiefs du pangermanisme à Rome), est aujourd'hui connu comme l'un des principaux responsables vaticans de l'« exfiltration » des nazis depuis 1944. Hudal était le protégé d'Innitzer, cardinal-archevêque de Vienne dont on connaît mieux les « Heil Hitler » depuis mars 1938 que le passé très pacellien : cet « Allemand des Sudètes » né en 1875 à Weipert, en « Bohême allemande », fit l'essentiel de sa carrière à Vienne, après des études à Santa Maria dell'Anima, « collège teutonique » dont Pacelli devint le « protecteur » le 31 mars 1930, après la mort de Merry del Val (son titulaire depuis le 8 novembre 1907). Innitzer fut nommé à l'université dès 1911, et il gravit tous les degrés de sa hiérarchie, jusqu'aux postes de doyen puis de recteur, en 1928-1929 - période où il signait publiquement des proclamations « rattachistes » (en faveur de l'Anschluss) -, avant de devenir ministre en septembre 1929. Pacelli l'affecta à la réalisation de deux grandes étapes de l'expansion allemande, l'Anschluss et son corollaire, la liquidation de la Tchécoslovaquie : il réorganisa entre 1929 et 1933, avant de la lui en confier, une « petite congrégation » allemande installée en Tchécoslovaquie, « l'ordre teutonique », « organe de propagande » chargé de « préparer [...] les opérations allemandes tout à la fois en Autriche et en Tchécoslovaquie ». Mission qui lui valut une ascension vertigineuse : il fut en novembre 1932 nommé archevêque de Vienne, et reçut à la mi-février 1933 le chapeau, un des dons de joyeux avènement d'Hitler, « tour de faveur » d'autant plus remarqué qu'il s'agissait d'une maigre promotion (six élus pour dix-huit postes vacants) succédant à plus de deux années sans nominations [7] .

Protecteur de Hudal, de dix ans son cadet, et nazi aussi précoce, Innitzer trouva en lui un porte-parole bruyant, qui eut également une carrière pacellienne sur laquelle coïncident les fonds français des années trente, ceux de l'Office of Strategic Services (OSS) de la décennie suivante et les enquêtes de Simon Wiesenthal. Son ascension romaine s'accéléra quand Pacelli devint secrétaire d'État : Hudal, mandaté par le chancelier Schober, avait discuté d'un futur concordat autrichien avec Pacelli dès 1929 ; « chef de la communauté catholique allemande de Rome », il fut en 1930 nommé conseiller au Saint-Office, sanctuaire de la doctrine : c'est à ce titre qu'il multiplia les « tournées de conférence[s] » en Italie et en Allemagne, prêchant à « d'énormes foules de catholiques germanophones » la formule du 30 janvier 1933. Il exprimait régulièrement sa ferveur, ainsi en mai 1933, où il déclara « devant un parterre » de diplomates et dignitaires nazis réunis à l'Anima « qu'en cette heure marquée au sceau du destin, tous les catholiques allemands vivant à l'étranger saluent l'avènement du nouveau Reich, dont la philosophie s'accorde tant aux valeurs nationales qu'aux valeurs chrétiennes ». Il reçut en juin 1933 une récompense « plutôt rare » pour un recteur de collège, le titre « d'évêque titulaire d'Ela », consacré par une messe célébrée à l'Anima par Pacelli. Hudal, après avoir été associé au concordat autrichien, et sans doute à l'allemand, renforça son intimité avec von Papen, dont il fut le conseiller quand les hitlériens, après l'échec du putsch de juillet 1934, déléguèrent ce « serpent » - selon l'expression de Göbbels - à Vienne. Après le Te Deum saluant à l'Anima le plébiscite sarrois, on le remarqua souvent en 1935, où il fut le truchement de la tentative romaine de conciliation doctrinale dont l'anticléricalisme nazi se moquait comme d'une guigne : il édita à Innsbruck et fit publier sous forme d'« étude » par la Bayerische Volkszeitung l'ouvrage « Rome, le christianisme et le peuple allemand » (Rom, Christentum und deutsches Volk) prônant une alliance intime entre « germanisme » et « christianisme ».

Il « se révéla surtout après l'accord austro-allemand » du 11 juillet 1936, « l'enfant de M. von Papen » (et de Schacht), par lequel Schuschnigg livra l'Autriche à l'« Allemagne de Hitler » : il accueillit « cet acte pacificateur » par des « articles louangeurs (...) appelant de tous ses voeux une étroite collaboration entre le catholicisme autrichien et le national-socialisme allemand pour le progrès et la gloire de la race et de l'idéal germaniques ». Il théorisait alors sur les merveilles du futur règlement de la question juive (Schönere Zukunft. Gedanken zur Judenfrage, juin 1936) et sur les aspects généraux de la collaboration catholico-nazie. En novembre 1936, son livre exaltant le nazisme et son oeuvre antisémite, Les bases du national-socialisme, parut escorté d'une note de l'Osservatore selon lequel il « n'avait été inspiré par aucune autorité romaine ». Postdaté de 1937, il fut publié à Leipzig et à Vienne, avec l'imprimatur d'Innitzer qui « souscriv[ait] chaleureusement à cette "précieuse tentative d'apaisement de la situation religieuse des Allemands" ». Il frappait sur le double clou rituel, « la lutte contre le bolchevisme » et les juifs, exaltant les lois de Nuremberg, « une mesure nécessaire d'auto-défense contre l'invasion d'éléments étrangers » : le droit canon avait exclu les juifs « jusqu'à ce que les murs du ghetto eussent été abattus au XIXè siècle par l'État libéral d'abord et non par l'Église » ; « les principes de l'État moderne » fondés sur la règle de l'égalité de traitement devant la loi « ont été crées par la Révolution française et ne sont pas ce qu'il y a de mieux du point de vue du christianisme et de la nationalité ». Il subit officiellement dans le Reich le sort commun à tous les « théoriciens » cléricaux qui souhaitaient que le NSDAP, « pour collaborer avec le catholicisme, (...) s'expurgeât au préalable de ses préjugés anti-chrétiens[ :] les nazis rejetèrent cette proposition. Les journaux attaquèrent vivement le prélat, et son livre », d'abord « autorisé sur l'intervention personnelle de M. von Papen », fut mis à l'index national-socialiste ». Ce conflit servit la thèse vaticane des divergences catholico-nazies, mais l'ouvrage fut massivement diffusé en Autriche - seul endroit où il fût utile -, et Hudal reçut « l'insigne d'or de membre du parti ». Le lecteur curieux lira ailleurs le détail des opérations germano-austro-vaticanes qui aboutirent à l'Anschluss, aussi funeste aux juifs autrichiens qu'aux « rouges », dont les épiscopats fusionnés fêtèrent dans le délire le triomphe plébiscitaire. Hudal le célébra à l'Anima, avec un Te Deum suivi du « Deutschland über Alles », et reçut les louanges de von Bergen pour sa longue action en faveur d'« une Grande Allemagne » et son empressement auprès de « nous » (les nazis) [8] .

De von Faulhaber, cardinal-archevêque de Munich (respectivement en 1921 et 1917), intime entre les intimes de l'ancien nonce, la diplomatie de la « décadence » française [9] s'obstina dans les années trente à faire un « résistant » au nazisme : les archives allemandes et françaises font litière de ce vernis badigeonnant un pro-nazi bon teint, manié à nouveau après-guerre par les Alliés américains d'abord - français et anglais ensuite -, jusque dans la prétendue exception que le prélat aurait instituée en matière d'antisémitisme catholique allemand. Cet « aumônier général des Armées du royaume de Bavière » pendant la Ière Guerre mondiale, aussi pangermaniste que l'exigeait sa fonction, s'était publiquement livré à des débordements antisémites au début des années vingt : ainsi au « congrès catholique » des 27-30 août 1922 à Munich, où, auprès de Pacelli comme de coutume, il maudit la « révolution » judéo-bolchevique de 1918-1919, « un parjure et une haute trahison (...), marquée dans l'histoire du crime de Caïn », et tonna contre les juifs et « la presse sémite », « profession de foi antirépublicaine et antisémite » qui lui valut les « applaudissements frénétiques » de l'assistance. Dans ses sermons de l'Avent 1933 sur les « valeurs morales de l'Ancien Testament » l'Occident chrétien, Paris inclus, reconnut « en quelque sorte le procès de l'antisémitisme ». Le 14 décembre, l'Osservatore loua sa « courageuse affirmation doctrinale » sur la validité de l'Ancien Testament pour faire oublier, commenta l'ambassadeur de France Charles-Roux, le mutisme des « autorités supérieures de l'Église, gardiennes de l'orthodoxie catholique » sur la politique antisémite d'Hitler. Le philosémitisme de Faulhaber ne résiste pas aux archives : « la presse américaine » a, câbla-t-il le 30 mars 1933 à Mundelein, archevêque (allemand) de Chicago, « grandement exagéré les violences faites aux juifs » ; son sermon de décembre 1933, expliqua-t-il définitivement en 1934, ne prenait pas « la défense des juifs persécutés par le régime hitlérien » : « il n'a pas pris position à l'égard de la question juive telle qu'elle se pose aujourd'hui », fit-il notifier le 31 août au secrétaire de la conférence israélite mondiale de Genève ; en novembre, il rendit publique, par écrit et « en chaire (...) sa protestation » contre la réputation de philosémite que lui forgeaient depuis la fin de 1933 « des émigrés et des publicistes étrangers (...) dans certains journaux de Prague, de Bâle et de Sarrebruck », qu'il « flétri[t] » nommément [10] .

Couvrant ou promouvant des prélats qui comptaient parmi ses personae gratissimae, la Curie ne fit pas que se retrancher derrière ceux qui, en dernière analyse, exprimaient sa position profonde sur la « juiverie arrogante » - expression en 1936 du très féal Mgr Baudrillart. La Curie poussait Baudrillart, défenseur d'un des porte-parole de l'antisémitisme de l'Église et de l'alliance (précaire) de la Pologne avec le Reich hitlérien, le Polonais Hlond [11] , primat-archevêque de Poznan et Gniezno puis cardinal (en 1926 et 1927), contre le « national » Verdier (on y revient plus loin). Cette opposition n'épargna pas la sphère de la « question juive », et ce très tôt : le Saint-Siège ne trouva rien à redire à la persécution officialisée par le boycott des magasins juifs du 1er avril 1933 et les violences des SA et SS. Pacelli mit, selon Charles-Roux, la main à ces « ménagements » envers Berlin : alors que « les persécutions contre les juifs » avaient provoqué « l'indignation du monde », il censura Mgr Verdier, auteur d'une lettre de solidarité au grand rabbin de France, « dont la publication fut annoncée [en avril ?] : elle ne fut pas publiée ».

Les dossiers allemands montrent que la prétendue intervention prescrite au nonce successeur de Pacelli (et intime de ce dernier et du pape), Orsenigo, n'alla pas au-delà du souci de laisser quelque fallacieuse trace écrite. En témoigne un épisode du long mais vide feuilleton des « négociations » et « notes de Pacelli » sur le concordat de juillet 1933 - exemple-type des courriers-paravents dont la correspondance officielle du Saint-Siège regorge. Le 12 septembre, Pacelli remit au chargé d'affaires d'Allemagne au Vatican Klee un « mémorandum en trois points », dont le 3ème concernait notamment « les catholiques d'origine juive » : il le restreignit aux deux premiers quand Klee argua que le point 3 n'avait « rien à voir avec le concordat », « objection qu'il reconnut justifiée ». Klee revenant sur ce problème « non pas religieux mais de race », Pacelli rappela que ce texte « était remis à la demande du pape, qui n'était guidé que par des points de vue religieux et humains » ; puis Klee « insista » sur l'engagement du Vatican « depuis le début » à ne « pas se mêler des affaires politiques intérieures de l'Allemagne », sur la nécessité de rayer la partie juive du point 3 et de « baisser le ton sur le reste » : Pacelli « décida alors de ne pas remettre le mémorandum ». Il adressa à Klee, le soir même, une note conforme à ses voeux et antidatée du 9 (donc d'avant la ratification du concordat du Reich, du 10, tactique laissant croire qu'on continuait à négocier sur ce texte) : elle consacrait 5 lignes et demi « pour ajouter un mot pour les catholiques allemands d'origine juive » récente ou lointaine, « et qui pour des raisons connues du gouvernement allemand souffrent également de difficultés économiques et sociales » [12] .

Reste le cas personnel de Pie XI, germanophile endurci servi par un nonce puis secrétaire d'État pangermaniste. A supposer qu'il n'ait pas été antisémite autant que son subordonné, demeure le fait qu'il le protégea et le promut ; qu'il géra l'ensemble de la politique allemande du Saint-Siège jusqu'à son trépas - en particulier encouragea et soutint l'expansionnisme germanique aux dépens de l'Europe haïe de Versailles ; que la fameuse encyclique de mars 1937 Mit brennender Sorge - rédigée dans le cadre d'une campagne d'opinion internationale à destination de l'ancienne Entente - ne fut pas plus prosémite qu'antinazie : elle se partageait entre litanie de la « patrie » et du Reich et références religieuses, notamment à l'Ancien Testament, sans mot dire du sort des juifs allemands ; et que le pape, enfin, vexé au plus profond du refus d'Hitler de lui rendre en mai 1938 la visite qu'il n'avait cessé de solliciter, « lâch[a] » au cours de l'été « les juifs au gouvernement italien, en échange des concessions qu'[il venait] d'obtenir » sur l'Action catholique après un nouveau frottement avec le Quirinal sur la question. Devant un religieux français, le 8 septembre, « le pape a jugé très sévèrement les mesures antisémites du gouvernement italien ». Mais, à la mi-novembre, son journal fut « muet » sur « la combinaison » négociée fin août sur l'interdiction des mariages mixtes : la « solution (...) trouvée » via l'article 6 du décret-loi permettrait à l'Église de bénir une union qui, en violation de l'article 34 du concordat italien de 1929 donnant valeur civile au mariage religieux, n'aurait « aucun effet civil (...) Le droit canon est sauf et la législation fasciste est satisfaite ». L'Osservatore revendiqua « le caractère universel de l'Église » et son attachement à « l'égalité des races », et prétendit que cette rupture du concordat avait été décidée « sans l'accord du Saint-Siège », d'où sa « douloureuse surprise » ; mais il avoua presque en ajoutant : « le catholicisme est défavorable aux mariages mixtes et les déconseille », car « il se méfie du métissage ». En janvier 1939 dans l'Avvenire d'Italia (journal résolument pronazi fondé par l'Action Catholique en septembre 1933, à la suite du concordat du Reich, organe favori de Pacelli), le père Gemelli, recteur de l'Université du Sacré-Coeur de Milan, le « plus important Institut catholique », « personnage le plus en vue du monde universitaire confessionnel d'Italie, connu (...) pour jouir de la confiance et de l'estime du pape » - et philofasciste convaincu - précisa l'aveu : « les cardinaux et les évêques ont toujours et partout combattu le racisme exotique, mais (...) celui-ci n'a rien à voir avec la politique raciale de l'Italie » [13] .

De la guerre à l'après-guerre

Les archives de guerre donnent aux « silences » de Pie XII sur l'extermination de juifs une signification infirmant la thèse de ses terribles tortures morales.

L'invention de l'étoile jaune pour les juifs est catholique (Concile d'Arles 1234)

L'Église et les juifs pendant la guerre

Des dignitaires...

Si le nouveau pape (depuis mars 1939) ne parla guère, les dignitaires soumis à la férule pontificale parlèrent et agirent beaucoup. On sait au total encore peu de chose sur l'Europe occidentale parce que les développements d'après-guerre n'ont pas conduit les États à faire la clarté sur le rôle de l'Église. Au fil des découvertes des chercheurs, le bilan s'alourdit cependant et tend à contrebalancer par des découvertes accablantes l'intervention courageuse mais tardive de certains prélats en faveur des juifs déportés - telle l'initiative apparente de Saliège, le 23 août 1942, contre « les persécutions actuelles », en réalité concertée avec Gerlier après un entretien de ce dernier avec le grand rabbin de France [14] (discours charitable et réticences antiallemandes qui valurent à Saliège comme au courageux de Solages une haine vaticane post bellum qui trancha avec la gloire des prélats collaborateurs jusqu'au bout : le dossier, en France et dans toute l'Europe centrale et orientale, constitue un critère comparatif sûr des options romaines). Il en ressort que, à l'Ouest de l'Europe, il y eut aussi, parfois même avant guerre, participation cléricale à la curée économique antisémite : après l'Anschluss, en juin ( ?) 1938, Eugen Haisler, secrétaire d'Innitzer, venu préparer en France « un comité catholique d'amitié franco-allemand », rencontra notamment Rossé, chef des autonomistes alsaciens financés par le Reich, « qui l'a chargé d'acquérir pour lui à Vienne une imprimerie juive à un prix avantageux ». On dispose désormais d'informations substantielles sur les chefs cléricaux français de la collaboration, de Suhard, successeur au printemps 1940 de Verdier, à Baudrillart en passant par Beaussart, évêque auxiliaire de Paris : entre autres, Suhard « montr[a] le plus grand esprit de conciliation » lors des perquisitions de la Gestapo du 26 juillet 1940 visant à « établir la collusion de feu le cardinal Verdier avec les juifs » et le « complot ourdi contre le Reich par des émigrés politiques et par l'archevêché de Paris » : « au siège même de l'archevêché de Paris, la Cinquième colonne avait ses indicateurs », comme le prouva la descente allemande qui permit de saisir l'exemplaire qui s'y trouvait du « compte rendu de[s] conversations » de Mgr Verdier et Benès - vraisemblablement sur les alliances franco- et tchéco-soviétiques - à l'occasion du congrès catholique de Prague (du 27 juin au 1er juillet 1935) : les nazis étaient si bien informés que leur police fit « ouvrir tel tiroir dans tel meuble, situé dans telle pièce, parce qu'ils savaient que ce tiroir contenait le dossier de la mission du cardinal Verdier et le compte rendu » en question. [15]

L'information est beaucoup plus riche sur l'Europe orientale. Car les États confrontés à une furieuse opposition de la Curie (comme leur prédécesseurs dans l'entre-deux-guerres, et pour des raisons territoriales similaires, celles d'avoir saisi des terres estimées définitivement allemandes) sortirent massivement des rayonnages, au tournant des années quarante et cinquante dans le cadre de grands procès, les archives d'État ou ecclésiastiques (saisies après réquisition). Selon les diplomates français, et ce en pleine guerre froide, où ils taxaient volontiers de « propagande » toute initiative des gouvernants communistes de l'Est, il s'agit de documents originaux, non tronqués et fiables. Ils orientent sur des pistes accablantes pour l'Église catholique la remarque de Saul Friedlander sur « la liberté d'action laissée aux évêques » qui aboutit à des attitudes confessionnelles très différentes envers l'extermination des juifs : tandis que le patriarche orthodoxe de Constantinople ordonnait à ses évêques de tout faire pour sauver les juifs, rien de semblable ne vint de Rome [16] .

L'Église assuma dans la Russie occupée des responsabilités identiques à ce qu'elles furent dans la Croatie de Pavelic ou la Slovaquie de Tiso, sans que le Vatican pût invoquer son ignorance des faits : agence de renseignements la plus remarquable du globe (une des puissantes motivations de l'intérêt américain, depuis la fin de la Ière Guerre mondiale, pour une active présence à Rome), le Vatican fut, pape en tête, informé dans ses plus menus détails des événements de la guerre. Falconi a naguère montré que dès septembre 1939, Pie XII n'ignorait rien des méthodes de guerre allemandes, et les archives françaises corroborent ses sources polonaises et yougoslaves [17] On ne peut distinguer de leurs tuteurs cléricaux, clercs ou laïcs, les organisations terroristes, « l'armée catholique d'Ukraine » issue de l'« Organisation des Ukrainiens nationalistes » (OUN) du nazi ukrainien Stefan Bandera. Au terrorisme de l'avant-guerre sous la houlette du Reich succéda celui de la guerre pour cette « police supplétive » des occupants massacrant combattants de l'Armée rouge, juifs et partisans : avec un enthousiasme qui faisait parfois défaut aux Allemands soucieux de liquidation « rationnelle » et organisée, Raul Hilberg l'a remarqué à propos de tous les supplétifs des nazis, des Ukrainiens aux Slovaques, des Croates aux Baltes, des Roumains aux Hongrois, et pas seulement des « Allemands ethniques » trouvés sur place ; il a également relevé le veto contre tout secours aux juifs pourchassés par les Einsatzgruppen signifié à leurs curés par les évêques, tel le Lithuanien Brizgys. C'est dans les rangs de la police balte, biélorusse et ukrainienne que furent recrutés les éléments de la division SS Galicia formée en 1942-1943 (avec 20 000 Ukrainiens sélectionnés sur un nombre double de volontaires). Les bourreaux furent escortés de leurs clercs, ainsi après le massacre de 6 000 juifs « qui a duré trois jours et trois nuits », dont fut témoin le jeune Simon Wiesenthal : perpétré à l'été 1941 par l'OUN pour « célébrer [son] retour à Lvov » (siège de Mgr Szepticky), il fut interrompu à la sonnerie des cloches de l'église, « une voix ukrainienne hurl[ant] : "Suffit pour ce soir ! C'est l'heure de la messe !" ». Exemple banal de la caution apportée par le clergé, du bas en haut de la hiérarchie, aux croisés catholiques contre Russes et juifs. Car, en dépit d'une légende de réticences, d'ailleurs postérieures à Stalingrad, de l'Église à l'égard des atrocités allemandes ou assimilées, les prélats contrôlèrent étroitement cette alliance entre laïcs et clercs, tel le vieil évêque uniate de Lemberg (Lvov), Mgr Szepticky, véritable symbole de la poussée germanique en terre slave : son combat antirusse (et antipolonais) au service de l'Autriche (avant 1914) puis du Reich (depuis 1917) fut relancé par la Guerre depuis juin 1941 ; sa croisade et les oeuvres de ses subordonnés ne distinguèrent de fait jamais l'impératif de « vaincre une fois pour toutes la communisme athée et militant » et celui de se débarrasser des juifs du lieu. Comme ses pairs, il bénit la division SS Galicia, « guidée par ses aumôniers uniates » à l'assaut des « bolcheviques impies » [18] .

Ce qui vaut pour la Russie vaut pour toute l'Europe centrale et orientale, où la hiérarchie non seulement ne protégea pas les victimes mais interdit leur protection. On ne voit pas par quel miracle les prélats antisémites patentés de Pologne, Hongrie, Slovaquie, Roumanie, qui avaient, dans les pays pogromistes dotés d'une sévère législation antijuive avant-guerre, activement participé à l'élaboration et à l'adoption de ces lois (et qui montrèrent en 1945 leur inclination à recommencer), auraient soudain pris en pitié les pourchassés. « Il est particulièrement significatif de noter que les Lithuaniens non-juifs sont chargés d'aller chercher les candidats » à l'extermination, observa Taylor dans son mémoire du 26 septembre 1942 pour le secrétaire d'État Maglione, « dans le Ghetto de la mort de Varsovie (...) C'est une tragédie que la population polonaise soit montée par les Allemands contre les juifs et que les relations entre les Polonais et les juifs aient été aggravées au dernier degré. C'est particulièrement vrai à Lemberg » - fief de Szepticky. Raul Hilberg a, pays par pays, dressé le tableau impitoyable d'une attitude en parfaite continuité avec un long passé ; or, les circulaires des évêques aux curés, comme celle citée plus haut en Lithuanie, et toutes autres démarches impliquaient l'aval d'un nonce.

On sait l'éminente contribution de la Slovaquie de Mgr Tiso, ancien archevêque de Bratislava, classée par Hilberg parmi « les satellites par excellence », aux déportations juives. Les archives d'alors exhumées après-guerre prouvèrent que l'« attitude [des évêques] à l'égard du massacre des juifs de Slovaquie a[vait] été pour le moins suspecte » et qu'ils ne s'étaient pas montrés « fort désintéressés des biens de ce monde ». Litote du consul de France à Bratislava, lors du procès « pour haute trahison » de janvier 1951 de trois évêques slovaques, champions du parti Hlinka puis de Tiso (Mgrs Vojtassak, de Spis, Buzalka, auxiliaire de Bratislava, et Godjic, uniate de Presov), pour présenter leurs aveux authentifiés par les archives de l'État slovaque : ainsi Vojtassak avait-il approuvé, entre autres décisions de Tiso, la déportation des juifs (sténographie de la séance du 3 février 1943), et participé au pillage des biens juifs, « notamment à Baldovce et à Betlanova », arrondissant son patrimoine dont il tirait un revenu annuel de 3 à 4 millions de couronnes.

La catholique Hongrie, rangée parmi « les satellites opportunistes », se montra également fidèle à ses traditions pogromistes : même en 1944, alors que tous ses dirigeants, clercs inclus, s'efforçaient pour échapper au sort des satellites de se disculper aux yeux des Anglo-Saxons, le primat Seredi ne put, dans sa lettre pastorale du 29 juin, censurer la violence de son antisémitisme sous l'apparent regret de son impuissance totale à empêcher quoique ce fût. Son successeur, nommé en 1944, l'ancien évêque de Veszprem, Mindszenty, de son vrai nom Joseph Pehm, Allemand « d'origine souabe », n'eut rien à lui envier : obscur jusqu'à sa gloire d'après-guerre (et deux volumes des archives Hongrie 1944... ont disparu du Quai d'Orsay), il suggéra son passé par l'audace de ses déclarations antisémites, notamment en 1948 devant Bertha Gaster, correspondante à Vienne du News chronicle : cette fille du rabbin de Whitechapel (ce qu'il ignorait) lui fit une certaine publicité.

En Croatie, la « purification ethnique » frappa les Serbes orthodoxes autant que les juifs : les persécutions sont connues depuis longtemps, grâce aux recherches de Falconi dans les fonds d'État yougoslaves, parfaitement fiables, bien que Rhodes reproche à cet auteur catholique d'avoir « invalidé certaines de [ses] conclusions anticatholiques » par sa non-maîtrise du serbo-croate et par son recours aux « documents officiels communistes » habilement sélectionnés [19] . L'argument paraît aussi sérieux que celui qui interdirait aux juifs de s'intéresser à la Shoah, et Belgrade n'eut pas besoin de « sélectionner ». Le dossier catholico-croate est d'une noirceur telle qu'elle résista chez les diplomates français aux tentations révisionnistes de guerre froide. Ce n'est pas Tito qui inventa les chiffres énormes des massacres de Serbes et de juifs par « l'État libre de Croatie » de Pavelic, mais les fonds de guerre qui établirent ces évaluations : à la fin de l'été 1942, un peu plus d'un an après l'invasion de la Yougoslavie, le diplomate américain Biddle, ministre auprès du gouvernement yougoslave en exil, y évalua les seuls « atroces massacres de Serbes » aux chiffre « confirmé » de « 600 000 hommes, femmes et enfants », massacres qui se poursuivaient alors avec frénésie » et s'accompagnaient de « la destruction de tout ce qui était serbe en Bosnie ». La question ne se pose plus, après les travaux de Falconi et d'Aarons et Loftus, de savoir si Rome ignora les oeuvres de l'État de Pavelic et l'éminente contribution qu'y apporta un « clergé (...) dans l'ensemble composé de fanatiques ou d'hommes pétrifiés par la peur », du bas en haut de la hiérarchie. Le Vatican, Pie XII au premier chef, soutint jusqu'à sa chute le régime oustachi. Il couvrit les crimes des clercs, de la participation personnelle ou de l'adhésion aux massacres (en camps de concentration et tous autres lieux, dont les bâtiments religieux orthodoxes) aux pillages de biens juifs et orthodoxes, avérés par des documents écrits pour Saric (évêque de Sarajevo, l'un des chefs de longue date du camp antiserbe) et Rozman (évêque de Ljubljana). Il n'en ignora rien, comme plusieurs chefs de la Curie. Le Lorrain Tisserant, secrétaire de l'Orientale directement concerné par le dossier, s'en prit devant le délégué de Pavelic au Vatican Rusinovic à la barbarie des Croates notoire depuis « la Guerre de Trente Ans », où ils avaient ravagé sa région natale. Tardini vit dans leurs exactions (sans les désigner clairement) des « erreurs » de jeunesse. Pie XII préféra parler des risques d'échec de la « croisade militaire en commun contre le bolchevisme ».

La « résistance » de Stepinac - candidat pro-allemand qui avait en 1937 succédé à l'Allemand Bauer à Zagreb et aujourd'hui promis à la canonisation - relève de la légende. S. Alexander, dans ses deux livres apologétiques, ne trouve dans sa seule source originale, Katolicki List, journal de l'archevêché, que des signes d'adhésion au régime : tous les documents contradictoires sont de seconde main. Les fonds français, double du livre de Falconi, y ajoutent des précisions. Les archives oustachas ayant été symboliquement regroupées dans le palais archiépiscopal de Zagreb, les titistes les y découvrirent en 1945 : s'y trouvaient, entre autres, mainte photo de Stepinac faisant le salut oustachi (bras levé) auprès des hauts fonctionnaires ; et des textes, telle sa circulaire aux évêques publiée dans son journal le 29 avril 1941, glorifiant « l'État croate ressuscité » et « le chef de l'État croate », et ordonnant un « Te Deum solennel dans toutes les églises paroissiales ». Mais « il n'existe de lui aucun document protestant contre les crimes commis en Croatie par les Oustachis et les Allemands ». Les horreurs accumulées par « l'occupant et (...) les Oustachis [, avec lesquels] beaucoup de (...) chefs [musulmans] ont collaboré », encore découvertes en 1945, confirment la fusion de l'Église et de l'État sous Pavelic. Pullulaient les monastères-arsenaux, comme celui de Siroki Brijeg (en Herzégovine) où des franciscains criminels de guerre furent arrêtés en 1945. Le trésor oustachi, trouvé début 1946 dans le couvent du Kaptol des franciscains de Zagreb, contenait bijoux, or, dents en or scellées à des mâchoires entières, bagues sur des doigts coupés, etc., provenant du pillage d'orthodoxes et de juifs assassinés en masse ; un PV d'emballage rédigé pour chaque caisse prouvait la présence de fonctionnaires oustachis à chaque opération. Ce ne furent pas seulement « certains prêtres exaltés qui sont allés, par haine et par peur du communisme, jusqu'à prêter main-forte aux oustachis et à la Wehrmacht (...) durant l'occupation », mais l'ensemble d'un corps dominé par les franciscains : l'Église yougoslave s'était « compromise à tel point qu'il serait possible de dresser contre elle un réquisitoire en n'invoquant que des témoignages religieux ». Guy Radenac, consul à Zagreb, en entendait encore de nouveaux plus de deux ans après la guerre, significatifs de ce que Falconi a appelé « hideux mélange de boucheries et de fêtes » : sur les massacres d'orthodoxes, tel celui de Glina en (mai) 1941, confirmé par le récit du père Thomas, trappiste français réfugié pendant la guerre à Banja-Luka : 2 000 morts dans la nuit, hommes, femmes et enfants, tués et pillés ; sur les festivités avec l'occupant, les « grands dîners en l'honneur des officiers allemands » organisés par un couvent où l'on servait « des gâteaux (sic dans le texte) ornés de croix gammées », décrits par le père Loewenbrück, bénédictin français de Pleterje (selon lequel « seuls, parmi les ordres non cloîtrés, les dominicains furent irréprochables » mais furent tous tués sous une bombe britannique à la fin de la guerre). Parce qu'il est impossible de dissocier le martyre des Serbes orthodoxes de celui des juifs yougoslaves, évoquons la « conversion forcée » des orthodoxes, intelligentsia strictement exclue dans la mesure où elle était considérée comme irrécupérable : ce retour à « l'Inquisition espagnole » obligeait les victimes quand elles n'avaient pas été massacrées d'emblée à « choisir » entre l'adhésion au catholicisme et la mort. Le décret oustachi du 3 mai (complété par mainte autre mesure) qui en fixait les règles ne fut pas seulement un ordre oustachi, mais aussi un texte vatican contresigné par Tisserant. Belgrade attendit 1952 pour le révéler dans un Livre Blanc sur les relations Vatican-« État indépendant de Croatie » puisé à la fois au « journal personnel » de Stepinac et aux archives oustachies : il disculpait le secrétaire français de l'Orientale, seul prélat « romain » hostile à l'« acte de conversion, qui ne l'avait signé que « contre son gré », en reproduisant les procès-verbaux de ses entretiens orageux avec Rusinovic (sources de Falconi). Les Français, alarmés de l'énormité de ces révélations, consultèrent Tisserant : tout en invoquant « le rôle modérateur » de Stepinac, il confirma tout, ajoutant « que la secrétairerie d'État avait été "assez molle" » [20] .

...à la Curie

On connaît depuis les années soixante les silences de Pie XII sur « l'anti-christianisme du régime hitlérien, les persécutions, les déportations, les abominables méthodes de guerre et d'occupation » allemandes (de Blesson). Le dossier a été définitivement traité par Saul Friedlander sur la base de documents allemands et des volumes III et II des FRUS de 1942 et de 1943 (que complètent les fonds français). Il en ressort que la Curie fut informée au plus menu détail par des sources juives, américaines (l'Américain Myron Taylor, « représentant personnel » de Roosevelt « auprès du pape Pie XII », lui fournit un état précis des exterminations en Pologne le 26 septembre 1942) et allemandes ; qu'elle ne les dénonça pas, même quand, de juillet à octobre 1942, « les États-Unis et d'autres gouvernements », dont celui de Grande-Bretagne, unirent leur « efforts (...) pour obtenir du pape une protestation publique contre les atrocités nazies dans les territoires occupés par l'Allemagne ». Les divers motifs invoqués anticipent à la fois sur la négation des crimes et sur la thèse de l'innocence allemande :

« le pape dans ses discours a déjà condamné les offenses contre la moralité en temps de guerre et qu'être précis actuellement ne servirait qu'à aggraver les choses » ;

« le peuple allemand, dans l'amertume de sa défaite, lui reprochera plus tard d'avoir contribué, ne serait-ce qu'indirectement, à cette défaite (...) c'est précisément une telle accusation qui a été portée contre le Saint-Siège par les Allemands après la dernière guerre, en raison de certains phrases prononcées et de certaines attitudes adoptées par Benoît XV [pendant] les hostilités » (Montini à Tittmann) ;

« des rapports sur les mesures sévères (severe measures) prises contre des non-aryens étaient également parvenus au Saint-Siège d'autres sources mais que jusqu'à présent il n'avait pas été possible d'en vérifier l'exactitude » (Maglione, le 16 octobre 1942, trois semaines après le rapport Taylor sur la Pologne) ;

« le Saint-Siège ne pouvait dénoncer des atrocités particulières (specific), mais (...) avait souvent condamné les atrocités en général » et « ne pouvait pas vérifier les rapports des Alliés concernant le nombre de juifs exterminés, et caetera » (Maglione, le 26 décembre, après la condamnation solennelle, le 17, par les nations unies de « cette politique bestiale d'extermination accomplie de sang-froid »).

Pie XII usa d'un double argument le 30 décembre 1942, peu après le message de Noël qu'il présenta à Tittmann, « chargé d'affaires des États-Unis », comme répondant aux souhaits de tous ceux qui le pressaient d'« exprimer une parole (some word) de condamnation des atrocités nazies ». Ce long texte insignifiant, divisé en « cinq points fondamentaux de la pacification et de la Société humaine », comportait, au cinquième, une allusion « à des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, par le seul fait de leur nationalité ou de leur origine ethnique, ont été vouées à la mort ou à une progressive extinction » : quatre lignes et 3 mots sur 13 pages de traduction française, que personne ne remarqua, pas même Berlin :

il invoqua « une certaine exagération pour des buts de propagande » dans « les rapports des Alliés sur les atrocités » ;

« il expliqua que lorsqu'il parlait des atrocités il ne pouvait nommer les nazis sans mentionner en même temps les bolcheviks ce qui (...) pourrait ne pas vraiment plaire aux Alliés » [21] .

Pas toujours muets, Pie XII et L'Osservatore « flétrirent les bombardements de Rome » avec passion jusqu'à l'été 1944 (après avoir tenté de les éviter depuis 1940), et ceux, depuis 1942, lancés contre les villes du Reich. Ces cris furent d'autant plus remarqués que le pape était resté coi sur les déportations de masse des juifs, comme celles qui eurent lieu « sous [s]es fenêtres », dans Rome occupée par les Allemands, depuis la mi-octobre 1943. Il avait confié à Hudal la tâche de discuter avec le général Stahel, commandant général de Rome, cette « question délicate [et] désagréable pour les relations germano-vaticanes », mais qui fut « liquidée », selon von Weiszäcker - nouvel ambassadeur du Reich venu depuis le début juillet 1943 préparer avec la Curie et les Anglo-Saxons le meilleur avenir allemand possible -, en moins de deux semaines : cette mission à elle seule constituait un aveu, compte tenu de l'antisémitisme du nazi autrichien Hudal et de son contact à Rome avec Walter Rauff, « chef des services de renseignements SS », « responsable du programme des chambres à gaz mobiles » de 1941 à l'Est (envoyé au printemps 1943 à Rome pour six mois par Martin Bormann, Rauff fut affecté en septembre « dans une unité SS opérant dans la région Gênes-Milan-Turin » dans le même but). On n'entendit pas davantage Pie XII sur les déportations de 1944, notamment celles des juifs hongrois, massives depuis mai [22] .

Sauvetage-recyclage des bourreaux

Dès ce moment et dans la perspective d'un « renversement des alliances » qui s'avéra impossible du point de vue militaire général mais progressa à marches forcées sur le plan politique, Washington et le Vatican avaient commencé le sauvetage-recyclage des bourreaux : le premier, notamment via Taylor et le symbole ecclésiastique du « pactole » américain à Rome depuis 1925, Mgr Spellman, finança en large part cette opération de masse, réalisée pour l'essentiel grâce au maillage ecclésiastique du continent, qui achève de donner sens aux « silences » pacelliens [23] .

De la guerre...

Walter Rauff, chef de « la section anticommuniste », fut pendant les négociations de reddition » séparée de l'Armée allemande d'Italie révélées en mars-avril 1945 « le principal interlocuteur » d'Alan Dulles, l'un des deux frères (avec Foster) de la célèbre firme d'avocats d'affaires Dulles, Sullivan and Cromwell, liés à la banque Schroeder, étai d'Hitler, et acteurs depuis 1919 de la liquidation douce de Versailles. Les tractations échouèrent en apparence - la capitulation en Italie ne précéda que de peu (le 2 mai) la générale -, mais sauvèrent « les officiers nazis qui y avaient été mêlés », tel Karl Wolff, « chef de l'état-major personnel de Himmler » et d'un « groupe d'intervention SS » en URSS, « personnellement compromis dans les meurtres de 300 000 personnes », condamné en 1949 à quatre ans d'emprisonnement, dont il ne fit « qu'une semaine ». Ces pourparlers avaient eu pour médiateur le Vatican, où entre 1943 et 1944 Rauff et Hudal créèrent le « réseau d'évasion » des criminels de guerre couvert par les Anglo-Américains (et les Français), opérationnel bien avant mai 1945 [24] .

Ce que nous savons des rapports entre Hudal et Pie XII infirme la thèse des historiens officiels de la Curie, tel le P. Graham, selon lequel « "Mgr Hudal n'a joué aucun rôle" au sein de la Commission pontificale d'assistance » ; et oriente vers celle de Ladislas Farago, qui affirme que le pape hissa Hudal « au niveau le plus haut de la hiérarchie du Saint-Siège » et en fit le principal adjoint de Montini (futur Paul VI) dans l'« opération d'exfiltration des nazis ». Hudal apparaît dans les recherches des dernières décennies comme le pivot, avec Mgrs Montini, Riberi et Siri, archevêque de Gênes, du dispositif mis en place à Rome et dans toute l'Europe occupée, financé par des trésors nazis et assimilés, « blanchis » et enflés par le marché noir et les fonds alliés. Le 23 août 1944, sous couvert d'« action caritative en faveur des prisonniers de guerre », le Saint-Siège sollicita des autorités alliées l'envoi d'un « représentant » flanqué d'un secrétaire, pour apporter « aux prisonniers catholiques une assistance religieuse normale ». Après l'acquiescement américain, il réclama le 2 décembre pour « le directeur spirituel des Allemands résidant en Italie » - Hudal - le droit de « visiter en Italie les internés civils de langue allemande ». Hudal entama ainsi sa mission dans les Rat Lines (nom de code anglo-saxon des filières d'évasion), avec Rauff et Riberi, également chargé en novembre 1944 « de s'occuper officiellement, au nom du Saint-Père, des Allemands détenus en Italie par les Alliés » : « la commission pontificale d'Assistance » ainsi créée, « instrument efficace de la politique américano-vaticane », soustrairait en masse au châtiment les criminels allemands, croates, hongrois, slovaques, ukrainiens, baltes, français, etc., avec le soutien permanent, entre autres, de Taylor et du RP Carroll, second successeur depuis la fin de 1940 (après Mgr Hurley) de Spellman à Rome.

Travaux allemands, anglo-saxons, courriers du Quai d'Orsay de toute provenance infirment les conclusions de l'équipe d'historiens français auxquels Mgr Decourtray confia l'examen des archives ecclésiastiques pour étudier le rôle de l'Église dans le sauvetage de l'ex-milicien Touvier, exemple-type des criminels de guerre ripolinés en réfugiés accablés par le sort : des prélats français inconscients ou mal informés auraient par charité secouru un bourreau qu'ils avaient pris pour une victime, sans être mandatés ou couverts. Une partie de l'Église française se compromit en réalité comme toutes ses homologues dans une opération romaine. Dès novembre 1944, Tardini, de la Secrétairerie d'État, motiva devant le diplomate français, Guérin l'appel de « quatre prêtres américains » à la secrétairerie d'État « par l'importance croissante des affaires » communes, les besoins de la correspondance en anglais « en particulier, de l'organisation des secours », qui impliquaient coopération. En février 1945, « les divers organismes », les deux commissions pontificales d'Assistance aux réfugiés et aux rapatriés, furent groupés « en une seule oeuvre, la commission pontificale d'Assistance », financée par « l'UNRRA » - les États-Unis - « par l'intermédiaire du Vatican ». Au tournant de 1944, elle fonctionnait à Rome, dans toute l'Italie via « les centres diocésains paroissiens » et à l'étranger, par ses diverses missions, « dont certaines se sont rendues en Allemagne, en Autriche et en Hongrie ». Les « réfugiés politiques » arrivés en Italie « sont dirigés sur le père Faller », résidant Piazza Cairoli, « religieux allemand qui s'occupe d'un centre d'accueil destiné à tous les réfugiés se trouvant en Italie. Ce centre, qui a connu une activité particulière en 1944 et 1945, a reçu indistinctement les réfugiés de toutes nationalités venues d'Europe Centrale et particulièrement d'Allemagne ». Faller « les met en contact avec le père [français] Blondeau », de l'hôpital Fato Bene Fratelli, sur l'île du fleuve Tevere. Blondeau, pivot d'un réseau de « couvents dont le personnel est en partie français », leur « communique l'adresse d'un couvent à Rome susceptible de les héberger ». Faller les adresse aussi à Riberi, via Po, qui « leur délivre une carte donnant accès à un mess pontifical ». « La commission », qui travaillait « en accord avec les autorités italiennes ou alliées et avec l'UNRRA », servit dès 1944 « trois millions de repas » dans le réfectoire pontifical de la Via Po. Blondeau « remet enfin à chacun, suivant sa situation, une somme d'argent » pour l'achat de vêtements et objets de première nécessité. Dernière étape, « certains réfugiés ont obtenu des passeports pour se rendre en Amérique du Sud » : la Croix-Rouge internationale, à la demande des Anglo-Saxons très influents en Suisse, envoya à Hudal, à l'Anima, ces passeports dont le flot gonflerait à partir de mai 1945. D'énormes poissons avaient déjà échappé au filet : Bormann, considéré par Hilberg comme mort en 1945 pendant « la bataille de Berlin », « aurait quitté l'Allemagne dès le 10 mai 1945 par le Tyrol et pour l'Argentine après quelques mois de secret romain sous la sauvegarde de Mgr Hudal », selon Jean-Pierre Blancpain, et de Rauff (Werner Brockdorff) ; le transfert de ce protégé de la Curie eut lieu selon Paul Manning en 1948, et on lui remit une grosse part de « la réserve financière de la Deutsche Bank » [25] .

... à l'après-guerre

L'idéologie de l'innocence allemande, qui avait dans les discours du pape cheminé depuis l'ère de la défaite assurée, fut au fil des ans de guerre froide officielle délestée de toute auto-censure. Partie visible de l'iceberg de la pratique, puisque le sauvetage des criminels de guerre se poursuivit longtemps sous la houlette d'Hudal, dont l'ouvrage posthume de 1976 (Römische Tagebücher. Lebensbeichte eines alten Bischofs) revendique un nazisme intact et « la grâce d'avoir pu rendre visite dans leurs geôles et dans les camps à tant de victimes de l'après-guerre, pour les consoler, les aider et les pourvoir de faux papiers leur permettant de fuir vers un pays plus heureux ». Parmi eux figurait Franz Stangl, ancien commandant des camps de Sobibor puis de Treblinka, qu'il accueillit ainsi : « Vous devez être Franz Stangl. Je vous attendais » ; il l'hébergea au Germanicum avant de lui remettre son « nouveau passeport (...) de la Croix-Rouge ».

L'entreprise mobilisant tous les épiscopats impliqua la Suisse, siège du Comité international de la Croix-Rouge contrôlé de fait par Washington, soumise à une pression à laquelle la rendaient sensible son statut de havre des intérêts mêlés de capitaux et ses liens directs avec les capitaux allemands. La France fut à l'automne 1945 la première cible de la campagne, ensuite inlassable, du CICR en faveur de la protection des « prisonniers allemands [que] les Français affam[ai]ent ». En août, le nonce à Paris Roncalli (futur Jean XXIII) reçut du Quai d'Orsay libre accès à tous les camps. Il les visita assidûment, sous couvert de dispenser « des paroles de réconfort et d'encouragement d'ordre spirituel » aux PG en général et aux séminaristes en particulier, de Chartres à Montpellier en passant par Noisy-le-Sec. Au tournant de 1945, les camps français sous autorité américaine, tels ceux de Normandie, de Brienne-le-Château et Mailly, étaient des passoires à Allemands et « Yougoslaves » : les PG revêtaient sur leur treillis portant le macaron POW (prisoner of war) « un uniforme américain sans aucune marque particulière » ; « aucune mesure de précaution particulière » n'était prise envers les « criminels de guerre (...) reconnus », pourvus par des Français de « la Main Rouge » (organisation clandestine d'extrême droite) de faux papiers [26] .

La mission pontificale de Secours

En octobre 1945, Montini, interlocuteur privilégié des Américains (principal agent vatican et chef des Rat Lines, selon Aaarons et Loftus), fit à Maritain des semi-aveux sur la filière d'évasion sud-américaine, « la mission pontificale de Secours » pour « l'Autriche et l'Allemagne », dirigée par Mgr Chiarlo, ancien nonce en Amérique du Sud, et siégeant à Francfort (en zone américaine) : « ses collaborateurs appartiennent à toutes les nationalités d'Europe centrale, ils apporteront aux diverses populations, spécialement aux réfugiés et aux fugitifs, des secours spirituels aussi bien qu'une aide matérielle ». Mgrs Chiarlo et Gawlina (aumônier de l'armée polonaise) sillonnaient depuis novembre 1945 les zones américaine et britannique (les Français leur fermaient encore la leur) pour « visiter le plus grand nombre possible d'anciens prisonniers de guerre, détenus politiques et surtout réfugiés de toutes les nationalités » - germanique surtout. En décembre, le dispositif était au point, et les 5 et 6 se réunirent à Berlin cinq prélats chargés de l'Est, avec des délégués des organisations de secours et d'accueil des réfugiés allemands. Lot représentatif du nazisme épiscopal, malgré la légende de « résistant » de leur président, von Preysing, archevêque de Berlin (et un des trois cardinaux de la première promotion allemande d'après-guerre, avec von Galen et Frings) - légende par défaut, son dossier de guerre auxquels s'intéressaient des chercheurs des années soixante ayant disparu. A la réunion qu'il convoqua le 21 mai 1947 à son siège de Trèves, l'évêque Bornewasser fut clair sur le rôle des siens dans la fuite des nazis : « c'est actuellement le devoir absolu et aussi l'intérêt de l'Église de conduire le peuple allemand pour qu'il se souvienne encore avec fierté de sa noble qualité d'Allemand. C'est la jeunesse qui aura toute notre sollicitude, nous organiserons des cours du soir où nos jeunes auront la possibilité de se perfectionner dans la connaissance des langues étrangères de préférence l'espagnol et l'anglais, afin que ceux qui désireront ou devront émigrer en Amérique du Sud puissent montrer là-bas le visage du "vrai Deutschtum". Vous devez éduquer la jeunesse dans le sens d'une Allemagne "totale et nationale" ».

L'organisme « pontifical » prit forme définitive en mai 1946, où Mgr Munch, évêque germano-américain de Fargo, devint « représentant du Saint-Siège » en Allemagne et chef de la « mission vaticane d'Assistance aux réfugiés » - à la place de Chiarlo, nommé nonce au Brésil (gros centre d'accueil). Né dans le Wisconsin « de souche allemande », dépêché par « le département de la Guerre », Munch arriva en août 1946 à Berlin « dans un avion militaire américain ». « Aumônier des forces américaines d'occupation », il succédait à Spellman, qui gardait la haute main sur « toutes les affaires importantes », et rejoignit aussitôt le clan des favoris « de Pie XII et de Mgr Tardini ». En mars 1947, quand Pie XII, devant le directeur pour l'Italie de l'Associated Press, Guptill, « revendiqu[a] la liberté du Saint-Siège, des évêques et des associations catholiques du monde entier » de fournir de l'« aide à ceux qui sont dans le besoin », surtout « les émigrés et les réfugiés », l'ouvrage était très avancé. Le nombre des « soupes populaires » servies via Po était passé de trois millions en 1944 à 28 771 150 en 1945 et à 40 731 750 en 1946. Des mouvements financiers étaient dirigés vers les zones de fuite, en accord avec les Pie Opere di Religione. Après d'autres, les courriers français confirment l'aspect tentaculaire d'une action que Blondeau imputa en mars 1947 aux « devoirs de la charité » sans convaincre Maritain, informé que « des personnes gravement suspectes ou condamnées par contumace ont réussi à passer à l'étranger » [27] .

Du havre suisse aux associations catholiques

De l'Ouest à l'Est l'Église participa au processus. La Suisse, soumise au second semestre de 1945 à « intervention américaine » permanente, supplanta au tournant de 1945 l'UNRRA dans « l'aide aux populations » d'Allemagne et d'Autriche, et aux Allemands expulsés, sous couvert « de lutter contre la propagande soviétique ». De « Don suisse » en « Secours aux enfants », de Caritas ou de « Centrale sanitaire suisse » en Croix-Rouge, aides et secours à « l'Europe » réunis par les milieux financiers de Zurich et Bâle (chimie liée à l'IG Farben en tête) se bornèrent de plus en plus strictement aux Germains. Sollicitée pour réhabiliter le clergé protestant allemand, aspect majeur du blanchiment des cadres, la Suisse fut aussi mobilisée dans son fief germanophile catholique. Le Vatican trouva des exécutants en maint diocèse : à Fribourg, celui de Mgr Besson (mort en 1944 et remplacé par le chanoine Charrière) où « les idées et le niveau intellectuel [d']une importante fraction d[u] clergé et des] fidèles (...) sont demeurés ce que pouvaient être ceux d'un diocèse breton sous l'Ordre moral » ; dans l'abbaye bénédictine d'Einsiedeln, « poste d'écoute ouvert à beaucoup de messages » ; dans le gallophobe Tessin, dont l'évêque Jelmini transforma « de notoriété publique » le « sanatorium » d'Agra, près de Lugano, en « gare régulatrice pour l'évasion de nazis vers l'Amérique du Sud » (fonction banale des sanatoria suisses, comme Davos, après 1945). Jelmini y sauvait les Allemands et leurs alliés, tel l'abbé Jassédé, « excellent Français », dit-il, auquel il confia en 1947 « la cure d'Agra » et le poste d'« aumônier » du « sanatorium » comportant « l'éducation morale et religieuse » des « enfants sarrois » accueillis : cet « ancien agent de la Gestapo (...) condamné pour collaboration » était recherché en 1946 par la police d'Orléans [28] .

De ces Touvier l'Europe orientale fournit le groupe le mieux connu, avec son gigantesque réseau animé du côté ukrainien par Mgr Bucko, un des chefs de la croisade anti-russe. La Croatie s'y illustra, puisque la filière du père Draganovic, secrétaire de Saric, familier de guerre de Maglione, Montini et Pie XII, aurait soustrait au châtiment environ 30 000 criminels croates, dont Pavelic, Saric et Rozman : la « plaque tournante [romaine] de l'opération », « l'institut San Girolamo » (Saint-Jérôme), recueillait avant leur départ (de Gênes) ces hommes regroupés par l'archevêché de Zagreb, les couvents et autres institutions croates (dont la Croix-Rouge) placés sous la tutelle de Stepinac resté sur place à la débâcle ; puis par le haut-clergé d'Autriche et la « mission pontificale » de Salzburg ; enfin par la Curie, l'archevêque de Gênes, « la police italienne », et maint chef de la Démocratie chrétienne (dont de Gasperi). Ce n'est « qu'avec la complicité des autorités occupantes » que d'« anciens ministres » et responsables du régime de Tiso filèrent de zone américaine d'Allemagne à Rome. Le Saint-Siège les y traitait avec tous les égards au début de 1946 : Karel Sidor, ancien délégué de Tiso et législateur de la persécution des juifs par la Slovaquie « encore autonome », entre janvier et mars 1939, abritait une trentaine d'émigrés dans son palais romain, tels Durcansky, le père Polakovic, sous-directeur de la Propagande, et le professeur Miskovic, ancien président de « Prol » (Sokols catholiques) qui avait avant son départ laissé à la « Jeunesse Hlinka » son « exposé des consignes » contre le nouveau régime.

Au printemps de 1946, l'Unità mena campagne contre Pax Romana, ancienne « confédération des associations catholiques » siégeant avant-guerre à Fribourg, qui avait « élargi ses cadres et étendu ses buts ». Pilier de la reconstruction des « Internationales catholiques » menée entre Salamanque, Fribourg et Rome (où les jésuites « joueraient un rôle important »), elle dispensait fausses « bourses d'études » et vrais faux passeports aux « criminels de guerre notoires ». Madrid avait délégué en Italie le journaliste Ruiz, « homme de confiance du ministre des Affaires étrangères Artajo [en vue] de regrouper et d'organiser les (...) fascistes fugitifs » de Hongrie, Bulgarie, Roumanie, Yougoslavie et Pologne pour leur transfert en Espagne. Cet afflux financé par les États-Unis entraîna la création à Madrid, dans les années cinquante, d'une foule d'organismes « catholiques » pour « réfugiés politiques ».

Le rôle de Pax Romana, démenti par le Popolo, fut confirmé par les Français, qui, catholiques inclus, se méfiaient d'une organisation dont les congrès accueillaient dès 1946 des « délégations de Croatie, Slovaquie, Lithuanie, Bohême, Hongrie, et Pologne » composées « de jeunes réfugiés de l'Europe centrale ». Selon Radenac, « les milieux oustachis de Zagreb » diffusaient encore en 1947 les adresses connues des couvents accueillant les fugitifs, pris en charge par des bourses de « Pax romana ». Lui-même savait « de source directe » que le plus jeune fils de Radic, hébergé plus de six semaines à Rome au « couvent Saint-Jeronimo », venait de donner « cette adresse à un ami ». Caritas jouait le même rôle, assurant les secours aux familles d'émigrés et d'oustachis terroristes sur place. Les procès yougoslaves précisèrent l'ampleur de la filière : le régime, appuyé « sur des faits réels », prouva que les inculpés, tels, en 1952, les franciscains de Mostar, notamment accusés de « recel d'or et d'objets précieux pillés par les oustaches et découverts dans une de leurs églises à Zagreb (...) et de complicité dans la fuite d'ex-oustaches poursuivis pour leurs crimes pendant la guerre », avaient agi « sur les directives du Vatican » [29] .

Les rescapés subirent un sort plus sévère que les bourreaux : parti de Rome le 13 juillet 1945, Hlond, à peine rentré dans son diocèse de Poznan, anima avec ses pairs les pogroms déclenchés au Sud, dans celui de Sapieha, Cracovie (notamment le 11 août). A l'instar du « gouvernement » de Londres que Papée continuait à représenter au Vatican, la « résistance » d'extrême droite (NSZ) était chargée de liquider les rares survivants juifs (80 000), qui avaient fui la Pologne en 1939 pour se réfugier en URSS et étaient considérés comme le symbole de l'ennemi russe (au point que dès avril 1946, 50 000 avaient à nouveau fui et continuaient). Promu archevêque de Varsovie en avril 1946, Hlond, comme Sapieha, couronna l'entreprise en couvrant le 12 juillet par une conférence de presse le pogrom de Kielce du 4, le plus important (80 morts, une centaine de blessés, « la plupart grièvement »), organisé avec la complicité de l'évêque du lieu Kaczmarek : ce « malheur monstrueux » ne devait rien au « racisme », « le clergé de Kielce a rempli son devoir », les Polonais ont sauvé la vie des juifs pendant la guerre, etc. ; « la faute en est imputée aux juifs qui occupent en Pologne des postes dirigeants et tentent d'imposer au pays un régime dont la majeure partie de la population ne désire pas » ; il ne pouvait donner un avis sur le NSZ, car « il s'interdit d'aborder » les problèmes relatifs à « la Pologne intérieure » ; à une question sur le motif de non-condamnation publique par le clergé de l'antisémitisme depuis la libération, il répondit qu'une enquête avait montré l'inutilité de la première en raison de la disparition du second : un autre pogrom tua alors trente juifs sur la voie ferrée Kielce-Czestochowa. Dans cette atmosphère cultivée par le « Mikolajczik en soutane » (surnom de Hlond) la gauche dénonça « la main du Vatican "protecteur des Allemands" ». Lequel ne dit mot du pogrom de Kielce, pas plus que la grande presse américaine, assez obsédée par l'anticommunisme pour lâcher ce terrain - alors que les diplomates français sur place bouillaient d'indignation.

Autre indice du sens des « silences » pacelliens, les prélats les plus collaborateurs - parfois non dissociables des criminels de guerre - connurent à dater de 1945 une gloire qui contrasta avec les rigueurs réservées aux audacieux de la guerre : devenu cardinal parce que Pie XII fut en 1945 contraint à le nommer - Paris avait averti qu'il refuserait dans le cas contraire toute nomination française -, Saliège, soumis, comme de Solages, à mainte humiliation, en témoigne éloquemment [30] .

Les Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale (ADSS), documents officiels dont le scandale né de la pièce de Rolf Hochhuth, "Le Vicaire", a suscité les premières publications, ont mis l'accent mis sur l'envie profonde, mais toujours autocensurée ou demeurée officieuse, du Vatican de s'opposer à « la destruction des juifs d'Europe ». La tentation est grande, face aux « silences », de rechercher les traces de ce qui aurait pu se passer si... Le récent ouvrage, par ailleurs scrupuleux, de Georges Passelecq et Bernard Suchecky, L'encyclique cachée de Pie XI. Une occasion manquée de l'Église face à l'antisémitisme (Paris, La Découverte, 1995), révèle une fois de plus les limites méthodologiques d'une recherche de présomption d'innocence fondée sur une documentation pour l'essentiel non originale : la consultation des dossiers originaux met plutôt l'accent sur le refus d'aide de l'Église romaine, précocement accompagné de la négation ou de la minoration vaticane des massacres, et sur les terrains nationaux, de pratiques de persécution que la Curie, hypothèse minimale, ne réprouva pas. Les archives originales nous placent davantage dans la logique de l'antisémitisme particulièrement profond diffusé avant guerre - et depuis si longtemps - par l'institution catholique.

Annie Lacroix-Riz
Annie Lacroix-Riz, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris VII, auteur de Le Vatican, l'Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1955), Paris, Armand Colin, 1996, 540 p.


[1] Gérard Cholvy et Yves-Marie Hilaire et alii, Histoire religieuse de la France, Toulouse, Privat, 1984-1986, t. 3, p. 57, et Xavier de Montclos, Les chrétiens face au nazisme et au stalinisme. L'épreuve totalitaire, 1939-1945, Bruxelles, Ed. Complexe, 1991, p. 278 et 34, etc.

[2] Ce qui reste ici allusif est longuement exposé dans les divers chapitres (onze, surtout 4 et de 7 à 11) de notre ouvrage Le Vatican, l'Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide, à paraître, Armand Colin, septembre 1996 : toutes les références y figurent, avec leurs cotes précises.

[3] Werner Brockdorff, Flucht vor Nürnberg. Pläne und Organisation der Fluchtwege der N-S Prominenz im "Römischen Weg", Verlag Welsermühl, Munich-Wels, 1969 ; voir aussi Mark Aarons et John Loftus, Des nazis au Vatican, Paris, O. Orban, 1992.

[4] Notes, 10 février, 10 avril 1920 (souligné dans le texte), Saint-Siège 1918-1940 (plus loin nom de pays + ...), vol. 13 et 2 et lettre n° 6470 de Tirard, Coblence, 20 août 1920, Allemagne..., vol. 370, archives du MAE, Quai d'Orsay (source de tous les fonds originaux cités ici).

[5] Emma Fattorini, Germania e Santa Sede : le nunziature di Pacelli tra la grande guerra e la Reppubblica di Weimar, Laterza, 1992, p. 105-106, et passim, Hongrie..., vol. 42-43, et Le Vatican..., chap. 4.

[6] Gunther Lewy, The Catholic Church and Nazi Germany, London, Weidenfeld et Nicolson, 1964, p. 45-46, 275, 277, Gordon Zahn, German Catholics and Hitler's wars, New York, Sheed and Ward, 1962, p. 123 sq., et fonds du MAE cités, Le Vatican..., chap. 7.

[7] Courriers de 1928 à 1938, Saint-Siège..., vol. 47, Canet, vol. 33, 40, 41, Autriche..., vol. 82, 83, 190.

[8] Courriers de 1935 à 1938, Autriche..., vol. 190, 191, 198, 199, 200, Allemagne..., vol. 692, Italie..., vol. 264 ; fiche OSS, septembre 1944, Mark Aarons et John Loftus, Des nazis..., p. 49 ; Gunther Lewy, The Catholic..., p. 165, 281, 211-218, von Bergen, 25 mai 1938, Documents on German Policy (Documents...), series D, vol. I, p. 1039 et 1042 et chap. 7 et 8 de Le Vatican....

[9] Jean-Baptiste Duroselle, Politique étrangère de la France, la décadence 1932-1939, Paris, Le Seuil, 1983.

[10] Septembre 1922, Allemagne..., vol. 367, Canet, vol. 56, et Jacques Nobécourt, "Le Vicaire" et l'histoire, Paris, Le Seuil, 1964, p. 138-140. 1933, Allemagne..., vol. 700 et 689, Canet, vol. 36 ; Gunther Lewy, p. 275, et chap. 9-10, 1934, Allemagne..., vol. 691. Documents... et fonds du MAE.

[11] Expression de Baudrillart dans son commentaire des plans d'alliance anti-russe de Hlond publiés in extenso (entretien, 19 décembre 1936) dans le bulletin de son « comité catholique des Amitiés françaises à l'étranger », Pologne..., vol. 328 (et le jeu contre Verdier, Le Vatican..., chap. 9).

[12] Charles-Roux n° 233, 19 juin 1933, Allemagne..., vol. 689, septembre-octobre 1933, Documents..., C, vol. I, p. 782-786, 789-790, 793-794 (souligné par nous), p. 927-928. Courriers-paravents, Le Vatican..., passim.

[13] 1938, Allemagne..., vol. 697-698, 700, Canet, vol. 40 ; Gitta Sereny, Au fond des ténèbres. De l'euthanasie à l'assassinat de masse : un examen de conscience, Genève, Ed. Famot, 1977 (trad. de Into that Darkness, London, 1974), p. 374 ; février, mars, mai, Documents..., D, vol. I, p. 1022, 1023, 1036-1039 ; Italie..., vol. 264, 267, Saint-Siège..., vol. 38, Canet, vol. 42 (et Le Vatican..., chap. 7 à 9).

[14] Octobre 1943, août 1944, Guerre 1939-1945 Londres-Alger (Alger...), vol. 1373 et 1374 ; Jean-Louis Clément, Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, 1929-1956, Paris, Beauchesne, 1994, chap. 9et 12 ; Jean-Marie Mayeur, « Les églises devant la persécution des juifs en France », Georges Wellers et al., éd., La France et la question juive 1940-1944, Paris, Ed. Sylvie Messinger, 1981, p. 156-170, et Christian Terras, « La véritable histoire des évêques sous l'Occupation », Golias, n° 29, printemps 1992, p. 35-154.

[15] Août-septembre 1940, Vichy Europe..., vol. 559 ; sur Suhard après 1940 et Baudrillart, mort en mai 1942, Rita Thalmann, La mise au pas. Idéologie et stratégie sécuritaire dans la France occupée, Paris, Fayard, 1991, p. 86-95, 155-156, 237, C. Klein, « Le clergé et les chrétiens de France tels que les voyaient certains dirigeants nazis sous l'occupation », Églises et chrétiens dans la IIè Guerre mondiale, la France, Lyon, PUL, 1982 (colloque de Grenoble), p. 383-399, Philippe Burrin, La France à l'heure allemande 1940-1944, Paris, Le Seuil, 1995, p. 30, 80, 224, 226-232, 411-413 ; 1943, Vichy Europe... vol. 553, juillet 1952, Pologne 1944-1960 (plus loin nom de pays + 1944...)..., vol. 135, Le Vatican..., chap. 10 ; et note (allemande), services d'Alsace-Lorraine, 19 juillet 1938, Canet, vol. 40.

[16] Saul Friedlander, Pie XII et le IIIè Reich, Paris, Ed. du Seuil, 1964, p. 138.

[17] Carlo Falconi, Le silence de Pie XII 1939-1945, essai fondé sur des documents d'archives recueillis par l'auteur en Pologne et en Yougoslavie, Monaco, Ed. du Rocher, 1965, Saint-Siège..., vol. 40, depuis septembre-octobre 1939, et Pologne..., vol. 329, Léon Papeleux, Les silences de Pie XII, Bruxelles, Vokaer, 1980, 3è partie, et Le Vatican..., chap. 10.

[18] Raul Hilberg, La destruction des juifs d'Europe, Paris, Gallimard, 1991, 2 vol. (rééd.), passim depuis le chap. VII (exemple, vol. 1, p. 266) ; Wiesenthal, Mark Aarons et John Loftus, Des nazis..., chap. 8 ; Hansjakob Stehle, Eastern Politics of the Vatican 1917-1979, Athens, Ohio, 1981, p. 219-220 (sur la base des ADSS, vol. 3), et Le Vatican..., passim.

[19] Foreign Relations of the United States (FRUS) 1942, vol. III, p. 776 : Raul Hilberg, La destruction..., passim depuis le chap. VII, janvier 1951, Tchécoslovaquie 1944..., vol. 154, et juillet 1948, Hongrie 1944..., vol. 18. Anthony Rhodes, The Vatican in the Age of Dictators 1922-1945, London, Hodder and Stoughton, 1973, p. 327, dont l'exposé infirme en partie la méfiance, p. 323-336.

[20] 9 septembre, FRUS 1942, vol. III, p. 812-813, mai 1949, Yougoslavie 1944..., vol. 36, et n° 5 du Service de Presse, 10 juin 1941, Guerre 1939-1945, Vichy-Europe (Vichy-Europe...), vol. 548, Le Vatican..., chap. 8, 10, 11, Stella Alexander, The triple myth : a life of Archbishop Alojzije Stepinac, New York, Columbia University Press, 1987, chap. VI-VIII, Church and State in Yugoslavia since 1945, Cambridge, Cambridge University Press, 1979, chap. 1 ; Carlo Falconi, Le silence..., passim ; décembre 1945, septembre 1946, Yougoslavie 1944..., vol. 34, septembre 1948, septembre 1954, ibid., vol. 36 et 107, janvier, février 1946, ibid., vol. 34, août 1947, ibid., vol. 36 ; août 1952, ibid., vol. 105.

[21] Blesson, octobre 1943, Alger..., vol. 1373 ; FRUS 1942, vol. III, p. 772, 777, FRUS 1942, vol. I, p. 70, FRUS 1943, vol. II, p. 911-912 ; décembre 1942, Vichy-Europe..., vol. 551 ; FRIEDLANDER S., Pie XII..., passim.

[22] Bombardements, voir surtout FRUS 1942, vol. III, p. 800, FRUS 1943, vol. II, p. 910-953, FRUS 1944, vol. IV, p. 1274-1314 ; 2, 4, Vichy-Europe..., vol. 551, et Le Vatican..., chap. 10 ; sur les juifs, Saul Friedlander, Pie XII..., p. 190-205 (dont 193-194), Gunther Lewy, The Catholic..., p. 301-302 (et 269-308), Werner Brockdorff, Flucht..., p. 71 sq. et passim, Mark Aarons et John Loftus, Des nazis..., p. 52-53, 273, et Raul Hilberg, La destruction..., p. 577.

[23] Tenants et aboutissants de la stratégie américaine, Le Vatican..., surtout chap. 2, 3, 5 et 9 à 11.

[24] Septembre 1944, Saint-Siège 1944..., vol. 8, juillet 1945, États-Unis 1944..., vol. 171, Mark Aarons et John Loftus Des nazis.., p. 57-60, 275, 343, p. 958 (et index, Wolff) ; Mark Aarons et John Loftus, p. 317-329 (sur les Français, chap. 11 et p. 316), Werner Brockdorff, Flucht..., loc. cit.

[25] L. Farago, Aftermath, Londres, Pan, 1976, p. 210 sq., Mark Aarons et John Loftus, Des nazis.., p. 50-69 ; Léon Papeleux, L'action caritative du Saint-Siège en faveur des prisonniers de guerre (1939-1945), Bruxelles, Institut historique belge de Rome, 1991, p. 170 et 268-269, novembre 1944, États-Unis 1944..., vol. 200, août, février, mars, Saint-Siège 1944..., vol. 9 ; René Rémond (dir.) et alii, Paul Touvier et l'Église, Paris, Fayard, 1992, passim, Raul Hilberg, La destruction..., p. 942 (et index), Jean-Pierre Blancpain, « Amérique latine et nazisme. De l'immigration juive au mythe du IVè Reich (1933-1945) », L'information historique, n° 5, vol. 53, 1991, p. 176, Mark Aarons et John Loftus, p. 326 (Manning), Werner Brockdorff, Flucht..., loc. cit., 83, et passim.

[26] Le Vatican..., chap. 10-11 ; J.-P. Blancpain , « Amérique (...) », p. 174-175, Gitta Sereny, Au fond..., p. 17, 320, 323, 336-337 ; juillet, octobre, août 1945 ; visites, novembre, décembre 1945, février, avril-juin ; note DU n° 763, 15 mars 1946, Allemagne 1944..., vol. 22.

[27] Mark Aarons et John Loftus, Des nazis..., passim ; octobre 1945, Saint-Siège 1944..., vol. 8, septembre, décembre 1945, Allemagne 1944..., vol. 67, octobre 1946, mai 1947, ibid., vol. 68 ; Gordon Zahn, German..., p. 119-120, Gunther Lewy, The Catholic..., p. 219 et 227, Annie Lacroix-Riz, « Politique scolaire et universitaire en Allemagne occupée », Gabriele Clemens, éd., Kultur im besetzten Deutschland 1945-1949, Franz Steiner Verlag, Stuttgart, 1994, p. 133-136 ; mai, août 1946, janvier 1947, Allemagne 1944..., vol. 68, août 1946, Uruguay 1944..., vol. 6, août, mars 1947, janvier 1948, Saint-Siège 1944..., vol. 9.

[28] Janvier, février 1946, décembre 1945, février, juillet 1946 (et 1946-1949), Suisse 1944..., vol. 30 ; mars 1946, octobre 1945, juillet, novembre 1948, ibid., vol. 17, décembre 1948, ibid., vol. 30, et novembre 1946, États-Unis 1944..., vol. 173.

[29] Mark Aarons et John Loftus, Des nazis..., Iè et IIè parties, Werner Brockdorff, Flucht..., passim ; mars, mai 1946, Tchécoslovaquie 1944..., vol. 47, avril 1946, Espagne 1944..., vol. 63, octobre 1946, Suisse 1944..., vol. 21, août 1947, Saint-Siège 1944..., vol. 9, mars 1952, Roumanie 1944..., vol. 88 ; juin 1946, août 1948, Saint-Siège 1944..., vol. 11 et 7 ; août, novembre 1947, janvier 1948, Yougoslavie 1944..., vol. 36, et juillet 1952, ibid., vol. 105.

[30] Juillet 1945, litanie des pogroms de septembre 1945 à juillet 1946, Pologne 1944..., vol. 52, Marc Hillel, Le massacre des survivants en Pologne, 1945-1947, Paris, Plon, 1985, p. 287 et passim ; Le Vatican..., chap. 11 et notre communication, « Le Vatican, la France et l'Allemagne après les deux guerres mondiales », Georges-Henri Soutou et Rainer Hudemann, Le rôle des tiers dans les relations franco-allemandes, Actes du colloque de Paray-le-Monial, 6-8 octobre 1994, à paraître, 1996.

Sources : réseau Voltaire.

Le Vatican et les nazis

Quand la croix était gammee

Parce que «Hitler protégeait la chrétienté du communisme», l’Eglise catholique a refusé de condamner pendant la dernière guerre le régime qui exterminait les juifs. C’est le thème du nouveau film de Costa-Gavras, «Amen». Interview

Mais cette affiche résume bien le propos du film. Elle montre que le Vatican et l’Eglise ont eu une responsabilité dans le génocide des juifs et des tziganes, par leur silence, parce qu’ils ont été passifs. L’Eglise de France a d’ailleurs reconnu cette responsabilité dans une " Déclaration de repentance " en 1997. L’Eglise déclarait alors que " des évêques avaient pu acquiescer, par leur silence, à des violations des droits de l’homme et laisser le champ libre à un engrenage mortifère " .D’après les historiens, le pape Pie XII était au courant du génocide depuis 1942. Prendre ouvertement position pour défendre les juifs aurait été une attitude trop anti-allemande.par son silence, Pie XII s’est rendu complice de crimes contre l’humanité. Encore aujourd’hui, le Vatican n’aime pas que l’on parle de ce pape. Jusqu’à aujourd’hui, les archives du Vatican d’après 1929 étaient restées fermées au public.

 


Prolongeant la pièce de Rolf Hochhuth, «le Vicaire», le nouveau film de Costa-Gavras, «Amen», dénonce l’attitude du Vatican, qui, trahissant ses idéaux et sa mission pendant la guerre, ne leva pas le petit doigt pour sauver les juifs exterminés dans les camps nazis. Ils ne savaient pas, fut-il dit à l’époque. Depuis, une masse d’études, de documents et de témoignages a démontré le contraire. La chronologie, sous ce rapport, est révélatrice. 1933: Hitler prend légalement le pouvoir à Berlin. Depuis l’année précédente, sous l’instigation d’un évêque allemand, les nationaux-socialistes se sont rapprochés du Vatican. L’organe officiel du parti nazi annonce que «Mein Kampf», qui développe les théories antisémites de Hitler, sera désormais la bible du pouvoir. A Rome, Pie XI, alors pape, met à l’index le livre raciste «le Mythe du XXe siècle», mais épargne «Mein Kampf». 1937: les avions de Hitler écrasent Guernica. La Chancellerie crée des camps de concentration destinés aux seuls juifs. A Rome, Pie XI publie une encyclique contre le national-socialisme, mais la complète cinq jours plus tard par une autre encyclique contre le communisme. Pendant ce temps, l’ambassadeur d’Allemagne rencontre Mgr Pacelli, cardinal-secrétaire d’Etat, qui lui fait part de la sympathie du Vatican pour le peuple allemand et de son souhait de créer des liens amicaux avec le maréchal Göring. 1938: Hitler décrète l’Anschluss (rattachement de l’Autriche à l’Allemagne). A Munich, les démocraties s’inclinent devant les conquêtes allemandes. Pie XI ordonne alors la rédaction d’une encyclique pour condamner le racisme et l’antisémitisme. Le document, rédigé par trois jésuites (un Allemand, un Français et un Américain), est livré au pape en février 1939, juste avant sa mort. Sous le nom de Pie XII, le cardinal Pacelli succède à Pie XI en mars et l’encyclique ne sera jamais publiée.
Aussitôt élu, le nouveau pape reçoit en priorité l’ambassadeur du Reich, fait organiser par le nonce, à Berlin, une grande réception pour le cinquantième anniversaire de Hitler et envoie un message de félicitations à Franco pour la victoire catholique remportée en Espagne. Recevant les lettres de créance de l’ambassadeur d’Italie, il lui annonce une extension prochaine du système nazi, mais conclut: «Le souverain pontife doit rester au-dessus de la mêlée s’il veut être le père de tous…» Ainsi se tendent lentement les ressorts de la tragédie qui, journée après journée de guerre, fera du Vatican, sinon le complice, du moins cet observateur romain qui refusera obstinément de voir les crimes que perpétue un régime utile: «Les nazis sont des dictateurs brutaux et obscurantistes, mais ils protègent la chrétienté contre les communistes.» Dès lors, que ce régime extermine les juifs comme il a commencé à exterminer les déficients mentaux devient, littéralement, un point de détail: «Amen» montre que dans la course à l’indifférence abjecte chacun a d’excellentes raisons pour justifier sa lâcheté. Le Vatican, représenté au sein du monde en guerre comme une espèce de paradis dérisoire et ensoleillé, où se traitent les arrangements et les affaires – on a envie de parler d’un paradis ponti-fiscal. Les militaires alliés, qui refusent de bombarder les voies de chemin de fer où passent les trains qui approvisionnent jour après jour les camps de la mort: il faut penser aux réconciliations de l’après-guerre. Les Américains, qui, engagés depuis Pearl Harbor sur deux fronts, refusent de gaspiller leurs forces pour un combat que Roosevelt juge très secondaire.
Cependant dénoncer aujourd’hui ces faits est une chose. Imaginer le déroulement d’une action qui pourra donner naissance à un film susceptible de mobiliser le grand public en est une autre. Ce scénario introuvable, Costa-Gavras, le cinéaste de «Z», de «l’Aveu», de «Missing», l’a découvert, avec l’aide de Jean-Claude Grumberg, au bout du découragement, à force de recherches et d’efforts.

A la mort dHitler voici comment il lui fut rendu hommage en Espagne sous la dictature franquiste : "Adolph Hitler, Fils de l'Eglise catholique romaine est mort en défendant le Christianisme. Il est donc compréhensible que les mots nous manquent pour pleurer sa mort, alors que tant de choses ont été dites pour exalter sa vie. Sur la dépouille mortelle d'Hitler se dresse le victorieux personnage de moralité qu'il était. Avec la palme du martyr, Dieu lui donne les lauriers de la victoire". Ceci est paru dans la presse espagnole le jour de la mort d'Hitler. Cette oraison funèbre à l'endroit du chef nazi constituait un défi pour les alliés victorieux et venait directement du Saint-Siège. C'était un communiqué du Vatican fait par l'entremise de Madrid sous la couverture de la presse du général Franco (5)
Pour aller DIUS loin lire : - le catholicisme dans l'Espagne franquiste,

DES CITATIONS CATHOLIQUES CHOQUANTES


LE MONDE DIPLOMATIQUE - MAI 1998 - Page 6 UNE ENCYCLIQUE TARDIVE SUR L'HOLOCAUSTE

La repentance contestée du Vatican par HENRI MADELIN http://www.monde-diplomatique.fr/1998/05/MADELIN/10469.html

Citations extraites du livre d'Emile Paris: Le Vatican contre l'Europe (Librairie Fischbacher,1959)

Mgr Fruhwirth: L'Allemagne est l'élément sur lequel le Saint-Père peut et doit fonder de grandes espérances.

Pie X: Il faut se battre avec le poing. Dans un duel, on ne compte ni ne mesure les coups... On ne fait pas la guerre avec la charité.

Baron Ritter:
Le pape approuve que l'Autriche procède sévèrement contre la Serbie. Le cardinal secrétaire d'Etat ne voit pas quand l'Autriche ferait la guerre si elle ne se décide pas à présent.

Louis Canet:
Il est donc vrai que le pape, en cette guerre où nous croyons que de notre victoire dépend le salut de l'héritage chrétien, a fait contre nous oeuvre d'ennemi.

L'Illustration, 24 septembre 1932:
Le pape et le clergé ont partie liée avec le régime. D'ailleurs, il n'est aucune cérémonie fasciste importante où le clergé ne figure pas à la première place.

Gazette de Cologne, 31 mai 1927:
Pie XI est certainement le plus allemand des papes qui aient trôné sur le siège de Saint-Pierre.

Franz Von Papen, camérier secret du pape:
Le nazisme est une réaction chrétienne contre l'esprit de 1789.

Mgr Camara, Evêque de Carthagène pendant la guerre civile d'Espagne (1936-1939): Bénis soient les canons si, dans les brèches qu'ils ouvrent, fleurit l'Evangile.

Chanoine Carlès Cardo:
En Europe comme en Espagne, la religion a servi... de gendarmerie spirituelle pour monter la garde autour d'un ordre extérieur payé pour défendre le désordre moral.

Abbé Verschaeve (Joug Europa, 1942):
Dans cette lutte, nous devons nous ranger aux côtés de l'Allemagne. C'est pourquoi les jeunes doivent s'engager dans les SS. La gloire verse du feu dans le sang, elle éperonne l'âme.

Gladstone:
Le catholicisme est hostile à la liberté intellectuelle, incompatible avec le principe et la marche de la civilisation moderne; il élève des prétentions injustifiables au gouvernement des Etats, et menace les droits de la famille; il tend à saper dans l'âme l'amour de la véracité: s'aliène les esprits cultivés dans toutes les contrées où on le professe, et, là où il règne, mine la moralité ainsi que la force des Etats.

Coughlin, Jésuite, chef du «Front chrétien» (7 juillet 1941): La guerre d'Allemagne est une bataille pour la chrétienté.

Archives secrètes de la Wilhelmstrasse, (document 83-26 19/1, Berlin, 25 janvier 1939): Il n'est pas sans intérêt pour caractériser l'évolution des Etats-Unis dans le domaine de l'antisémitisme, de savoir que les auditeurs du «prêtre de la radio», le Père Coughlin, bien connu pour son antisémitisme, dépassent 20 millions.

Franklin Roosevelt:
Il n'y a plus - et il n'y aura jamais - de compromis entre le Mal et le Bien.

Déclaration de Mgr Orsenigo à Herr von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères: L'Eglise catholique donnera à l'Allemagne tout l'appui moral dont elle est capable.

Franz von Papen:
L'Anschluss est voulu par Dieu.

Mgr Tiso:
Le catholicisme et le nazisme ont beaucoup de points communs et ils oeuvrent la main dans la main pour réformer le monde.

Alexandre Lenôtre:
Devenu Pie XII, Pacelli se révèle le pro-intégriste et germanophile à tous crins. On l'appelle le «Pape allemand» ... L'Allemagne est à ses yeux appelée à jouer le rôle de «glaive de Dieu», de bras séculier de l'Eglise... En 1943, il refuse de condamner publiquement les camps de concentration nazis.

Colonel Joseph Beck, ministre polonais des Affaires étrangères de 1932 à 1939: Le Vatican est un des principaux responsables de la tragédie de mon pays. J'ai réalisé trop tard que nous avions poursuivi notre politique étrangère aux seules fins de l'Eglise catholique.

Chanoine Coubé:
N'y a-t-il pas une mystique hitlérienne qui fanatise l'Allemagne en lui faisant entrevoir un avenir de revanche
et d'hégémonie mondiale? N'y a-t-il pas une mystique fasciste qui galvanise l'Italie pour une guerre d'expansion et de magnificence? Qui oserait dire, devant l'ampleur de leur effets, que ces idées sont de simples rêves? Non, non, ce sont des idées-lumières et des idées-forces. Elles soulèvent et gouvernent le monde. C'est enfin une tempête de gloire, d'amour ou de colère qui fait surgir des épopées...

Georges Bernanos:
Est-ce que vous comprenez bien ce que je veux dire excellences, éminences et révérences? Après avoir mis vos prestiges et vos argents sous la protection de Hitler est-ce que vous croyez encore les sauver par la vertu de certains privilèges que vous vous vantez de défendre? Nous vous refuserons le bénéfice du droit d'asile, nous vous jetterons sur le parvis, pour être livrés aux bourreaux.

Cardinal Baudrillart (L'Emancipation Nationale, 12 décembre 1941): Les soldats de la L.V.F. contribuent à préparer la grande renaissance de la patrie. Aujourd'hui que M.Doriot est parti, on ne peut qu'admirer ses actes et les montrer en exemple.

Mgr Stepinac:
Hitler est un envoyé de Dieu.

Franz von Papen, camérier secret du pape:
Le Illème Reich est la première puissance du monde, non seulement à reconnaître, mais à traduire dans la pratique les hauts principes de la papauté.

Baron de Ponnat:
Le catholicisme romain est né dans les sang, s'est vautré dans le sang, s'est abreuvé dans le sang, et c'est en caractères de sang qu'est écrite sa véritable histoire.

11 mars 1940: extrait du rapport sur la conversation entre von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich nazi, et Pie XII (Archives secrètes de la Wilhelmstrasse, RAM. 10A): Après que le ministre des Affaires étrangères du Reich lui eut transmis les hommages du Führer, le pape ouvrit l'entretien en rappelant ses dix-sept années d'activité en Allemagne. Il dit que ces années passées dans l'orbite de la culture allemande correspondaient certainement à la période la plus agréable de sa vie, et que le gouvernement du Reich pouvait être assuré que son coeur battait, et battrait toujours, pour l'Allemagne.

François Mauriac (de l'Académie Française):
Nous n'avons pas eu la consolation d'entendre le successeur du Galiléen, Simon-Pierre, condamner clairement et nettement et non par des allusions diplomatiques, la mise en croix de ces innombrables «frères du Seigneur».

Pierre Dominique:
Les Jésuites n'ont jamais conçu la politique européenne autrement que comme une guerre de religion.

Lecomte du Noüy:
En Allemagne, dans les cathédrales comme dans les plus modestes églises de village, des prêtres chrétiens prêchèrent une croisade raciale, exaltèrent les vertus militaires teutonnes et, sous des prétextes qui ne pouvaient tromper que les cerveaux les plus primaires, encouragèrent l'assassinat en masse et le pillage.

Mgr Markoaski, aumônier général de la Wehrmacht:
Le peuple allemand sait qu'il mène une guerre juste. Le peuple allemand doit remplir une grande tâche et notamment devant le Dieu éternel. Le Führer et chef suprême a plus d'une fois imploré, au cours de cette année de guerre écoulée, la bénédiction de Dieu pour notre bonne et juste cause.

Emile Ollivier, de l'Académie Française, l'Église et l'Etat (p. 409)
Quel homme d'Etat, quel souverain pourrait voir sans effroi, au faîte de l'Église catholique, un homme qui dispose des consciences, affranchi de tout contrôle, et pouvant, sans être arrêté par aucune barrière, s'abandonner aux abus, aux excès de l'omnipotence?

Georges Bernanos, Scandale de la vérité (p. 71):
Je connais le parti clérical. Je sais à quel point il manque de coeur et d'honneur... J'ai répondu dans un language d'homme et non par des phrases honteuses qui renvoient dos à dos, avec une douceur exécrable, le juste et l'injuste, la victime et le bourreau.

Bernard Lavergne (L'année politique et économique, octobre 1957):
La papauté est devenue de nos jours une des plus grandes puissances politiques du monde.

Abbé de Lamennais:
A Rome, nul autre Dieu que l'intérêt.

Le cri d'alarme d'un grand écrivain, Emery Reves, Anatomie de la Paix: Ma mère assassinée sans raison dans des conditions atroces, comme tant d'autres innombrables victimes innocentes de la guerre, dont le martyre n'a de sens que si nous, les survivants, apprenons comment prévenir la tragédie des guerres futures.

Cardinal Frings, archevêque de Cologne:
C'est un faux humanisme que de craindre la guerre!

Cardinal Baudrillart (30 juillet 1941):
La guerre de Hitler est une noble entreprise pour la défense de la culture européenne.

C.S. Volpi (Camérier secret du pape):
La scala segreta, l'escalier secret, est un des grands ressorts du gouvernement ... C'est l'entrée des artistes de ce théâtre pompeux que l'on nomme la papauté, mille fois plus fertile en mensonges, en duperie, en immoralité que n'importe lequel des théâtres du monde.

Guy Emery Shipler:
Aucun évènement politique ne peut être évalué à sa juste valeur, à l'époque actuelle, si l'on ne connaît pas la part qu'y a prise le Vatican et l'on peut dire qu'il n'existe pas, de nos jours, d'instances dans lesquelles le Vatican ne joue pas - directement ou indirectement - un rôle inquiétant.

S.S. Jean XXIII (La documentation catholique, 15 mars 1959): Pour Nous, Nous ne Nous écartons pas, à l'égard de la très estimable nation allemande, de l'exemple qui Nous a été donné par Notre prédécesseur (Pie XII)...

 


 

Les Oustachis

En juin 1941, plus de cent mille hommes, femmes et enfants serbes furent tués en quelques jours, torturés et massacrés dans leurs maisons, sur les routes, dans les champs, les prisons, les écoles et même au sein de leurs églises orthodoxes… Voici deux témoignages sur ces atrocités. Le premier est la confession d'un de leurs auteurs, l'oustachi Hilmia Berberovitch… Il donna à la police de Belgrade la description suivante du massacre auquel il participa, dans l'église orthodoxe serbe de Glina :
« Dans la ville de Glina, nous avons arrêté et mis en prison de nombreux serbes. Par petits groupes, nous les avons transférés de la prison dans l'église. Notre chef nous munit de haches et de couteaux et ensuite on commença le travail. Quelques-uns furent tués d'un coup au cœur. D'autres furent égorgés et d'autres encore coupés en morceaux à coups de hache. Non seulement l'église fut transformée en boucherie, mais c'était un enfer de cris et de gémissements… »

Et voici le deuxième témoignage, celui d'un survivant Jednak Ljuban. Il nous a fait le récit des heures mortelles qu'il a vécues dans la tragique église de Glina :
« Les Oustachis ont rassemblé quelques centaines de paysans de mon village et de ses environs et nous ont transportés à Topusko. Les Oustachis nous expliquèrent que notre présence dans l'Église avait pour but de nous faire assister à un « Te Deum » chanté pour la longévité du Poglavnik et celle de « l'État indépendant de Croatie ». Mais à l'intérieur de l'église, tout semblait être préparé pour la messe. Nous entendîmes un camion s'arrêter devant l'église et un groupe nombreux d'Oustachis ne tarda pas à entrer, armés de haches et de couteaux. Derrière eux, ils fermèrent la porte. Un Oustachi prit alors la parole pour demander aux Serbes s'ils possédaient sur eux leur certificat de conversion à la religion catholique. Les deux seuls qui purent l'exhiber furent immédiatement relâchés… Les Oustachis commencèrent à massacrer notre groupe dans l'église. Les cris de douleurs et les sanglots d'effroi retentissaient de toutes parts. Je perdis conscience… et puis il me sembla soudain que le silence régnait dans l'église et je sentais clignoter la lumière des cierges qui brillaient encore sur l'autel de l'église profanée… » (...)

 « À Kladusa, ils emmenèrent des familles serbes tout entières dans les boucheries. Là ils les abattirent comme du bétail et, avant même qu'ils eussent expiré, ils pendirent aux crochets à viande tout d'abord les petits enfants. Les femmes vinrent ensuite et les hommes furent accrochés les derniers. Dans les villages entre Vlasenika et Kladanj, nous découvrîmes des bébés empalés sur des lattes pointues d'un enclos, leurs petits membres tordus de douleur, tout comme des pattes d'insectes piqués sur les épingles. Les rites les plus féroces des tribus cannibales n'ont jamais connu rien de semblable.

Ante Klaritch, Frère franciscain de Tramosnica, écrit M. Hervé Laurière, prononça ces paroles incroyables, au cours d'un sermon, en Juillet 1941 :
« Vous êtes de vieilles femmes et vous devriez vous mettre en jupons, parce que vous n'avez pas encore tué un seul Serbe ! Si vous n'avez pas tous des armes, servez-vous de haches, de faucilles, et, n'importe où vous rencontrerez un Serbe, coupez-lui la gorge ».

  Quant au Frère Augustino Cievola, du monastère de Saint-François, à Split :
« à la grande stupéfaction de ses concitoyens, il se promenait dans les rues avec un revolver sur sa bure, invitant le peuple à se livrer au massacre des orthodoxes… ».

  Bientôt nommé préfet oustachi de la Bosnie-Herzégovine, l'abbé Bozidar Bralo ne circulait en voiture qu'une mitraillette entre les mains. « Mort aux Serbes ! », tels étaient les conseils qu'il distribuait dans les villages. On l'accuse d'avoir participé, en personne, au massacre de cent quatre-vingts Serbes à Alipasin-Most et d'avoir exécuté, en soutane, avec d'autres oustachis, une « danse macabre » autour des corps de ses victimes. Ce Bozidar Bralo, était l'un des protecteurs de la fameuse division volante « Crna Legija » (« La Légion noire ») dont les crimes, en Bosnie-Herzégovine, furent innombrables… Sept mille personnes furent exterminées, en trois jours, dans l'arrondissement de Sanski-Most…

  Une des célébrités du monde catholique oustachi fut Dragutin Kamber, curé de Doboj, en Bosnie centrale. Ses titres autant que son attachement au régime, lui valurent, dès les premiers jours, d'être nommé préfet du district de Doboj. On lui doit l'arrestation, la déportation ou l'exécution de prêtres orthodoxes et de Serbes en général, ainsi que la fermeture de l'église Saints Pierre et Paul… Auteur de nombreux articles dans la presse oustachie et religieuse, il ne cessa pas d'y défendre le régime qu'il chérissait et l'ordre nouveau de Hitler en Europe… Lorsque commença la résistance au régime de terreur qu'il représentait dans sa région, il s'enfuit à Sarajevo et y occupa un poste très important au Quartier Général oustachi et fut nommé chef de la propagande avec le grade de colonel…

  « Le peuple croate, dit Pavelitch à Malaparte, veut être gouverné avec bonté ». Tandis qu'il parlait, poursuit Malaparte, j'observai un panier d'osier, posé sur le bureau, à la droite du Poglavnik. Le couvercle était soulevé, on voyait que le panier était plein de fruits de mer. Ante Pavelitch souleva le couvercle du panier, et me montrant les fruits de mer, cette masse d'huîtres gluante et gélatineuse, il me dit, avec un sourire, son bon sourire las :
– C'est un cadeau de mes fidèles Oustachis : Ce sont vingt kilos d'yeux humains. »
(Hervé Laurière).

  Pour qui douterait de la chose, rappelons ce qu'écrivait en 1943 le journaliste britannique J. A. Voigt :
« La politique croate consistait en massacre, déportation ou conversion. Le nombre de ceux qui ont été massacrés s'élève à des centaines de milliers. Les massacres ont été accompagnés par les tortures les plus bestiales. Les Oustachis crevaient les yeux de leurs victimes et les portaient en guirlandes ou dans les sacs, pour les envoyer en souvenir. »



Le frère franciscain Filipovic en soutane et en uniforme
oustachi, chef du camp de concentration de Jasenovac.
C'est sous ses ordres que les bourreaux ont organisé des
concours du meilleur égorgeur. Plus de 200 000 personnes,
hommes, femmes et enfants ont trouvé la mort dans ce camp.

PIEUSES CITATIONS

Hitler est un envoyé de Dieu.
Mgr Stepinac, in "La Sentinelle croate" du 1er janvier 1942

Tous les Serbes qui refusaient de se convertir au catholicisme devaient être mis à mort.
Mgr Dionis Juricev, le confesseur personnel du dictateur Anté Pavelitch
(cité par Hervé Laurière, in "Assassins au nom de Dieu", page 113, éd. Dufour Paris 1951.)

Serbes vous êtes tous condamnés à mort, mais vous pouvez vous sauver de la mort à la condition de vous convertir au catholicisme.
Ambrozije NovaK, religieux du couvent de Varazdin s'adressant aux villageois de Mostanica
(cité par Edmond Paris, in "Le Vatican contre l'Europe", page 247, éd. Fischbacher Paris 1959)

Ode à Pavelitch:
Docteur Anté Pavelitch , nom chéri,
La Croatie possède en lui le bonheur du Ciel.
Que le Seigneur du Ciel t'accompagne toujours
O toi, notre guide adoré.

Zimonitch, évêque catholique in "Le Peuple croate", 25 décembre 1941

Pour tout ce que vous Nous avez exprimé en votre nom et au nom des Croates catholiques, Nous vous remercions et adressons avec joie la bénédiction apostolique à vous et au peuple croate.
Pie XII , message de remerciements au monstre Anté Pavelic pour les voeux du nouvel an de 1943
( in "Katolicki List "- Le Journal catholique, no.3, 1943)

Croatie
Béatification du criminel nazi, le cardinal croate Alois (Aloyius) Stepinac , le 3 octobre 1998-
Lors de son voyage en Croatie en octobre prochain, Jean Paul II béatifiera, le cardinal fasciste oustachi Alois Stepinac. Un peu d'histoire - Quatre jours après que l'armée hitlérienne a envahi la Yougoslavie, la Croatie proclama le 10 avril 1941 , son "indépendance"(1941-1945). Ante Pavelic, chef du mouvement fasciste oustachi devenait le chef de ce "nouvel Etat". Le 16 avril 1941, l'archevêque Alois Stepinac, vicaire de l'Eglise catholique en Croatie apporta son soutien au dictateur Pavelic. L'Eglise catholique, l'Allemagne nazi, l'Italie fasciste appuyèrent "l'Etat croate" qui adopta des lois racistes . Le régime fasciste croate mena une politique de purification à faire pâlir les nazis eux-même. Un tiers de la population serbe ( orthodoxe) a été déportée, un tiers convertie de force au catholicisme et un tiers exterminée . Le clergé catholique ayant participé à ces crimes contre l'humanité, les relations après guerre entre l'Eglise et l'Etat yougoslave s'en sont trouvées profondement affectées. Leurseigneur Alois Stepinac et d'autres criminels de guerre furent condamnés en 1946. En 1952, la Yougoslavie rompit les relations avec le Vatican quand le pape fasciste Pie XII osa nommer cardinal, le criminel archevêque Alois Stepinac. Ce dernier sera le 3 octobre 1998 béatifié par Jean Paul II.
Fait révélateur, le conflit interethnique qui détruisit la Yougoslavie, s'amplifia quand l'Allemagne (les revanchards allemands) et le Vatican ont reconnu en 1991, l'indépendance de la Croatie!

Sur les crimes de l'Etat fasciste croate des oustachis (1941-1945), Jacques Merlino écrit dans son livre:"Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire"(1) : "L'Eglise catholique menée par Stepinac accompagne ce mouvement et parfois l'encourage. Il existe de nombreux documents et témoignages sur les cruautés et atrocités commises à cette époque. De quoi remplir des livres et des livres ..."( page 168).
Il ajoute: "Et la complicité de l'Eglise catholique dans ce génocide est acquise.
Le haut clergé de l'Eglise catholique croate avait établi la coopération la plus étroite avec les autorités oustachis. A sa tête se trouvait l'archevêque de Zagreb, Mgr Alois Stepinac, qui a salué la création du nouvel Etat et donné sa bénédiction à Anté Pavelic. La majorité des évêques catholiques (Mgr Saric de Sarajevo, Mgr Bonefacic de Split, Mgr Pusic de Hvar, Mgr Srebrenic de Krk, Mgr Buric de Senj, Mgr Akasamovic de Djakovo, Mgr Garic de Banja Luka, Mgr Mileta de Sibenik) ont activement travaillé à la propagation du régime oustachi et un certain nombre de prêtres et de moines portaient l'uniforme oustachi, tout particulièrement les franciscains de Bosnie qui ne dissimulaient nullement leur participation aux crimes.
... Il a la conviction argumentée par les preuves impressionnantes que le Vatican, après la guerre, a dirigé un réseau d'anciens fascistes croates pour aider à s'evader des milliers de criminels nazis"(pages 171-172).
Ce réseau a permis au dictateur croate Ante Pavelic (ami de Alois Stepanic) de s'échapper (page 174).

Pour sa part Edmond Paris dans son "Histoire Secrète des jésuites"(2) précise: "Mgr Stepinac devient membre du Parlement oustachi. Il porte des décorations oustachies, il assiste à toutes les grandes manifestations officielles oustachies au cours desquelles il prononce même des discours"( page 244).
Edmond Paris ajoute: "Là, non seulement des prêtres, du haut de la chaire, prêchaient la tuerie à outrance, mais encore certains marchaient à la tête des égorgeurs. On en vit qui cumulèrent leur ministère sacré avec les fonctions officielles de préfets ou de chefs de police oustachis, voire de chefs de ces camps de concentration qui ne cédaient en horreur ni à Dachau, ni à Auschwitz.
A ce palmarès de sang s'inscrivent les noms de l'abbé Bozidar Bralo, du curé Dragutin Kamber, du jésuite Lackovic et de l'abbé Yvan Salitch, sécrétaire de Mgr Stepinac, du prêtre Nicolas Bilogrivic etc... et d'innombrables franciscains dont le plus tristement fameux fut le Frère Miroslav Filipovitch, grand organisateur de massacres, qui fit fonction à la fois de chef et de bourreau dans le camp de concentrationde Jasenovac, le plus affreux de ces enfers terrestres.
Le Frère Filipovitch eut le même sort que Mgr Tiso en Slovaquie: il fut pendu en soutane à la Libération ...
La "hiérarchie", c'est-à-dire l'épiscopat et son chef de file, Mgr Stepinac, votait au Parlement oustachi les décrets de conversion des orthodoxes au catholicisme, envoyait des "missionnaires" chez les paysans terrorisés, convertissait sans sourciller des villages entiers, prenait possession des biens de l'Eglise serbe orthodoxe..."( page 247).

Conclusion provisoire - Condamné aux travaux forcés après la Libération, Leurseigneur Stepinac (archevêque de Zagreb) fut seulement, en fait, assigné à la résidence dans son village natal. La pénitence était douce, on le voit, mais l'Eglise a besoin de martyrs. L'archevêque fasciste de Zagreb a donc été placé de son vivant, dans la sainte cohorte, et le pape hitlérien Pie XII s'empressa de l'élever à la dignité de cardinal pour " son apostolat qui brille de l'éclat pur".
Le 10 fevrier 1960, le jésuite Alois Stepinac est décédé dans son village natal de Karlovice où il était astreint à résider. La mort fournit au Vatican l'occasion d'une de ces manifestations spectaculaires où il excelle. Le Saint Siège (SS) n'a rien négligé pour donner tout l'éclat possible à cette apothéose. L'"Osservatore Romano" en tête, toute la presse catholique a consacré maintes colonnes aux éloges dithyrambiques du "martyr", à son "testament spirituel". Jean XXIII prononça un discours pour la circonstance. La presse catholique annonça l'ouverture prochaine d'un procès-mais canonique celui-là- à l'effet de béatifier cet illustre défunt. Et lors de son voyage en Croatie, Jean Paul II béatifiera le 3 octobre 1998, le cardinal fasciste Alois Stepinac qui défilait, la main levée à l'hitlérienne!
Quant à Ante Pavelic, le dictateur de l'Etat fasciste croate des oustachis, il se réfugia grâce au Vatican dans un couvent franciscain de Madrid en Espagne franquiste (du dictateur Francisco Franco) jusqu'à sa mort en 1959 (in "Paris Presse", 31 décembre 1959).