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Mais de quoi donc avons nous si peur ?

Voici le premier chapitre du livre.
Si celui-ci vous intéresse contactez l'association pour savoir comment vous le procurer.




Mais de quoi donc avons nous si peur ?

«Il n'existe aucune protection contre les épidémies psychiques.
Or , ces épidémies-là sont infiniment plus dévastatrices
que les pires catastrophes de la nature.»

Carl Gustav Jung




L'origine de la peur

La peur est une émotion naturelle qui produit une sensation physique utile face à un réel danger.
À l'époque des cavernes, elle était une sauvegarde face au prédateur. C'est une fonction biologique de survie qui permet de stimuler les zones du cerveau produisant des réflexes nécessaires à la préservation de l'espèce. Elle s'est inscrite dans le cerveau des humains au fur et à mesure de l'évolution et, face à un danger réel, elle est d'une nécessité indéniable.

À l'heure actuelle, bien qu'il n'existe plus de prédateur direct en tant que tel pour l'homme moderne, le cerveau archaïque reptilien continue à fonctionner de façon automatique devant des dangers potentiels, irréels.
Des situations
supposées dangereuses ou des événements perçus comme mettant potentiellement la vie en péril, induisent des comportements de fuite, de lutte, de déni ou de blocage.
Ce phénomène n'a plus aucun lien avec la réalité vivante du moment. Nous avons transposé des dangers authentiques en dangers hypothétiques imaginaires. La peur s'est de plus en plus dénaturée et passe souvent dans l'inconscient qui ne l'évacue pas et lui laisse l'occasion de provoquer ses méfaits.C'est sous cette forme inconsciente que la peur continue d'agir dans la vie extérieure. Nous imaginons des catastrophes et les pires scénarios qui nous projettent dans un inconnu anxiogène, ou bien nous éprouvons de la peur apparemment sans objet précis mais que nous ne pouvons contrôler.
La peur psychique, qui est de
nature illusoire, n'a rien à voir avec la peur ressentie face à un danger concret, réel et immédiat. Si une bombe éclate dans le supermarché où nous faisons nos courses, à moins d'en mourir sur le coup, nous vivrons probablement la peur de notre vie avec ses éventuelles séquelles, pouvant aller jusqu'à provoquer des phobies qui nécessiteront une thérapie spécifique. Il faut donc savoir faire la différence entre peur réelle ou illusoire.
La peur psychologique dont nous traiterons dans cet ouvrage est de loin la plus répandue. Elle fait partie intégrante de la construction de l'ego avec son cheptel de malheurs et de souffrances dont il se délecte.

La peur peut se présenter sous forme d'un malaise, d'une inquiétude, d'une agitation, d'une tension, d'anxiété, de nervosité, de stress, d'appréhension, d'angoisse,...
Bien que ses effets dans le corps et les symptômes soient bien réels et ressentis au présent,
ce type de peur concerne toujours quelque chose qui pourrait survenir et non pas ce qui est en train d'arriver.
Il va des peurs circonstancielles, de nature réactive ou émotionnelle (peur de grossir, peur de perdre ses cheveux,…) en passant par des peurs essentielles, liées à l'expression de soi ou à l'amour, aux élans de base qui nous motivent (peur d'être inutile, de rater sa vie, de ne pas pouvoir aimer ou être aimé,…) jusqu'aux peurs existentielles, qui viennent au monde en même temps que nous, quand nous quittons l'univers unifié de la mère (peur de mourir, de ne plus exister au sein du tout, de ne pas avoir sa place, de ne plus jouir de la vie, etc.).
Nous sommes dans l'instant présent, tandis que notre mental est dans le futur, et cela crée un conflit interne chargé d'anxiété.
Or, nous pouvons composer avec l'instant présent, mais nous ne pouvons pas le faire avec ce qui n'est qu'une projection du mental. Nous ne pouvons pas composer avec le futur qui n'est pas vivant, ni avec le passé, qui n'existe plus. Tout au plus, grâce au passé, pouvons-nous tirer des leçons qui nous éviteront de reproduire nos erreurs et nous permettront d'envisager un futur plus positif et constructif…

La création de l'ego

«En essence l'ego est l'instrument qu'a l'âme pour se manifester
en tant qu'être physique dans le temps et l'espace».
Pamela Kribbe

L'ego n'est pas créé au sens propre du terme, ce n'est pas une détermination.
Il est l'instrument de l'âme qui permet de fonctionner dans la réalité physique. S'il est équilibré, c'est un outil neutre et indispensable pour l'âme qui habite un corps physique. Si l'ego se met à vouloir tout contrôler, l'âme est déséquilibrée.
Il semblerait que dans l'enfance, la conscience s'agglomère en quelque sorte en devenant une forme d'apparence solide et séparée des autres. C'est ce qui crée le sens du moi et tout ce qui y est attachée : espoirs, excitations, peurs, attentes, frustrations.
Les pensées et les émotions qui apparaissent semblent appartenir à quelqu'un. C'est ainsi que commence le drame de l'ego personnel que j'appelle
ma vie, mon histoire.

La Conscience, en réalité, est Tout et est partout.

Le but du jeu est de se libérer de l'illusion que
moi est séparé du tout et de réaliser qu'il n'y a rien.
Ce rien, ce néant, ce tout, EST la Conscience illimitée et sans forme dont tout est issu.
Pour certains, une vague impression interne fait regretter un paradis perdu. Ce qui se manifeste, c'est la sensation d'être séparé, divisé: moi et le reste du monde. Ce qui ne manque pas de provoquer craintes, espoirs ou désirs.
Cette part de Tout appelée
moi ou ego ou ne peut se reconnaître elle-même. Elle est emprisonnée dans une programmation qui l'empêche de se libérer et qui se maintient à plus ou moins long terme du fait même de son impossibilité à en voir sa nature irréelle et illusoire.
C'est la raison pour laquelle pendant longtemps, le moi fait appel à l'effet miroir, cette projection mentale que nous opérons sur toute chose ou situation.
Cela peut durer jusqu'à la mort physique de l'individu.
Parfois cependant, et fort heureusement, la
re-connaissance se fait plus tôt.
La plupart d'entre nous commençons notre vie dans l'amour et l'accueil curieux du monde qui nous entoure. Mais, en grandissant, pour répondre aux défis que la vie nous propose, nous apprenons à restreindre notre spontanéité. L'apprentissage du bien et du mal et le sens de nos expériences ne nous apparaissent pas toujours clairement. Nous tombons dans le piège des scénarios et jeux de rôles multiples. Nous mettons en scène notre ego, nous rendant dupes de l'histoire de ce que nous pensons être. Celle-ci se construit en réaction à notre environnement, notre éducation, notre religion, notre race etc. Plus nous croyons que notre histoire personnelle, nos actions, nos pensées, nos émotions…, représentent ce que nous sommes, plus notre souffrance s'intensifie car cela n'est pas la vérité de notre nature essentielle.


Nous tentons d'aller plus loin dans la mascarade en désirant acquérir toujours plus pour tenter de nous défaire du vide intérieur angoissant qui grandit : maison, voiture, partenaire, carrière, vêtements, bijoux, et ainsi de suite. Nous nous échappons de nous-mêmes dans une société axée sur la compétition, l'acquisition, la consommation, qui nous laisse peu de moments de répit. Nous sommes matraqués par les médias qui nous suggèrent ce que nous devrions être ou avoir pour être heureux. Lorsque nous ne correspondons pas à ces critères externes, nous pouvons sombrer dans la déprime. C'est ce que fait la publicité : rendre
mal-heureux en créant du désir et de la souffrance, et en prétendant que cette dernière s'arrêtera quand vous aurez acquis l'objet de votre convoitise.


La construction de l'ego et sa maintenance


«L'ego est terrifié par la vérité. Et la vérité est que l'ego n'existe pas.»
Byron Katie


Tant que nous sommes identifiés aux histoires entretenues par le mental
, l'ego mène notre vie en lui conférant une identité artificielle. À cause de sa nature irréelle, et bien qu'il crée de multiples mécanismes de défense de plus en plus élaborés, l'ego est très
vulnérable et inquiet. Il se sent constamment menacé.
Une émotion qui survient est une réponse du corps au mental. En effet, y a-t-il jamais une émotion sans qu'une pensée, consciente ou non, l'ait précédée?
Le corps reçoit continuellement le message de l'ego «je suis menacé». Et l'émotion générée par ce message est la peur, évidemment.
L'ego est terrifié de devoir faire face au vide intérieur provoqué par l'inconscience de sa duperie. Pour nous sécuriser, il met en place des stratégies sensées rendre notre vie supportable. L'une d'elles consiste à traiter les problèmes à la périphérie au lieu du centre. Nous tentons de modifier l'extérieur. Nous cherchons à nous alimenter d'énergies hors de nous au lieu de plonger à l'intérieur et de faire face à nos démons. Voilà comment nous nous éloignons toujours plus de notre nature authentique.
Ainsi, l'ego ne cherche-t-il pas l'attention sans forme qu'est la Présence à Ce Qui Est, mais l'attention sous une forme ou une autre (appréciation, reconnaissance, admiration,…). Par exemple, la timidité, qui semble fuir l'attention, est en fait la manifestation extérieure de notre peur du regard de l'autre, issue d'une notion de soi négative.
L'ego cherche à se faire valoir ou au contraire à se dévaloriser, selon le penchant qu'il aura privilégié pour se construire et se maintenir dans sa souffrance. Car la conviction qu'il a de la réalité de son existence provient de sa souffrance et du désir qu'il a de s'en libérer par un combat acharné contre les éléments qui la composent… Un vrai casse-tête.
Il va déformer le besoin originel d'amour en un désir d'approbation et de reconnaissance, transformer le besoin d'harmonie et d'unité en désir de perfection ou de paraître mieux qu'autrui, il va s'identifier et s'attacher à des illusions, se rendant dépendant du jugement des autres pour se procurer un semblant de sécurité.
Cette assurance sera temporaire tant qu'il cherchera des confirmations à l'extérieur de lui.

Nous gardons la conscience tournée vers l'extérieur dans la crainte de regarder l'obscurité et les peurs qui y sont enfouies (in-conscience) et qui s'accentuent au fur et à mesure du temps qui passe. Les histoires que l'ego élabore et justifie pour sa survie ne nous mènent que vers une baisse d'estime de nous ou au contraire une arrogance qui n'est que tentative de nous maintenir la tête hors de l'eau
C'est un cercle vicieux de jeux pervers perpétuellement renouvelés, car nous nous montrons souvent récalcitrants lorsqu'il s'agit de défaire toute sa construction en confrontant Ce Qui Est à la lumière de l'introspection.


La dés-identification à l'ego

«Lorsque vous commencez à douter des modèles de pensée et d'action fondés sur l'ego,
un côté entièrement nouveau de vous-même entre dans votre conscience.

C'est une partie de vous qui aime la vérité au lieu du pouvoir.»
Pamela Kribbe


Le déclin de l'ego s'initie souvent lorsque nous réalisons que nous répétons sans cesse le même cycle de pensées et d'actions. Notre ego perd sa dominance quand nous nous lassons de lutter pour obtenir ce qui nous échappe toujours et que nous comprenons que les promesses du jeu sont faussées.

En quittant l'identification à ce que produit le mental, nous réalisons peu à peu que nous n'avons rien à prouver. Nous pouvons énoncer clairement et fermement la façon dont nous nous sentons ou ce que nous pensons, sans agressivité, sans être sur la défensive et sans chercher à obtenir quoi que ce soit. Nous ne cherchons plus à avoir une valeur quelconque et nous devenons détachés du regard que l'on pourrait porter sur nous. Nous ne sommes alors plus guidés par notre personnalité liée à l'ego.
Le sens de l'identité réelle naît ainsi d'un espace intérieur plus profond et plus authentique que le mental.

Le poison du temps

Le temps est un concept artificiel qui conditionne notre mode de vie. Certes, il est très utile d'avoir un temps chronologique pour vaquer à nos diverses occupations durant la journée. Dans le champ de la temporalité, objectifs et buts, quels qu'ils soient, ont parfaitement leur place.

Le temps psychologique lui, est source d'anxiété. Il inclut de manière puissante la notion d'un début et d'une fin, et donc le concept de naissance et de mort qui va nous faire croire au besoin d'utiliser ce temps pour atteindre un but et installer l'attente de ce que cela pourrait nous rapporter.
Ainsi, nous devenons prisonniers d'un temps qui nous fait courir après des objectifs matériels ou même spirituels, avec pour conséquence la croyance que nous devons comprendre quelque chose, chercher à faire quelque chose, appartenir à quelque chose ou devenir quelque chose de bien.

Dans cette perspective, j'ai notamment suivi un gourou pendant quatre ans. L'espoir et la détermination que me procuraient mes expériences métaphysiques me motivaient à trouver l'énergie et la volonté de réussir à atteindre mon but, en l'occurrence, l'éveil, l'illumination, la libération spirituelle. L'attachement lié au résultat à l'obtenir fut longtemps une contrainte anxiogène qui laissait finalement peu de place à une véritable liberté.
Ma course en quête de mon paradis perdu semblait née du besoin de me prouver quelque chose à moi-même. Elle s'est accélérée avec le temps qui passait. Je vivais avec un sentiment d'urgence comme si je n'avais plus de temps à perdre.Je ne voyais pas alors que mon être essentiel s'éloignait de la vie qui est elle-même son propre but : elle n'attend rien, n'exige rien… elle se suffit à elle-même.
Il a fallu que j'entre de plein pied dans la Présence à Ce Qui Est, pour enfin ralentir le train, pour vivre dans l'instant l'expression de ce que je suis.
J'étais allée à l'autre bout du monde chercher quelque chose dont je réalisais que j'étais assise dessus depuis toujours et que je m'empêchais tout simplement de re-connaître.

L'ego, dans son souci de maintenance, cherche continuellement à dissimuler le présent derrière le passé et le futur.

La peur est liée au temps et plus précisément au futur. Nous quittons sans cesse le présent, nous remémorant nos expériences passées que nous projetons inévitablement dans le futur. Nous vivons (ou plutôt nous sur-vivons) entre mémoire et anticipation. Nous échafaudons des plans, faits de désirs et d'attentes, le plus souvent issus de notre manque, de notre vide intérieur.
Cela ne veut pas dire que nous ne devions pas élaborer de projets pour notre vie, mais comment allons-nous mettre en place
maintenant ce qui est nécessaire sans craindre l'échec ou le succès (ce qui revient au même en fin de compte) ?

Par nos attentes d'un futur meilleur, nous créons un état interne empli de craintes et d'appréhensions ou d'enthousiasmes et d'exaltations, car nous voudrions que les choses soient autrement qu'elles ne sont.
Nous avons une compulsion à nous replonger dans le passé qui nous confère une sorte d'identité établie par l'expérience, et à nous projeter dans le futur qui comporte une promesse de satisfaction sous une forme ou une autre. Alors que créativité, les solutions, sont liées au moment présent, au silence et au calme de la Présence à Ce Qui Est.
Le passé et le futur sont des illusions. Il n'y a pas de solutions futures. Elles apparaissent dans le présent…
Rien ne s'est jamais produit dans le passé. Au moment où cela s'est passé, c'était maintenant.
Rien ne se produira jamais dans le futur, cela se produira dans le présent.
Seul le présent est vivant et réel. En prendre conscience dans l'instant nous y ramène automatiquement.

Le travail le plus important est de sans cesse focaliser notre conscience sur le présent, de s'ouvrir à la sérénité que procure la Présence à soi et à Ce Qui Est.
La peur est liée au futur, les regrets et les culpabilités au passé.
La paix, le vivant, l'amour et… l'éternité sont liés au présent.
Quitter le passé sans regrets pour vivre le présent dans la foi permet d'inventer un futur sans peur.

L'exemple d'Anne
Anne est enseignante et se trouve souvent submergée par son travail. Après la classe, il y a le travail de correction et les préparations à domicile qu'elle concilie difficilement avec sa vie de famille. Elle se met une pression et s'angoisse de ne pas y arriver.
L'Investigation Intérieure® l'a replongée dans sa propre enfance où elle a développé un besoin de perfection. L'enfer qu'elle crée sans cesse pour y arriver est un véritable "tonneau des danaïdes" impossible à combler, jusqu'au jour où le piège a été dénoué par le questionnement intérieur. Elle fut ramenée à faire simplement une chose à la fois, en étant totalement dans le moment présent et non dans un futur, même proche, qui la stressait.
À présent, elle a appris à gérer son temps et s'étonne du nombre de choses qu'elle arrive à accomplir dans une journée.

Avez-vous un problème maintenant ?

Nous avons toutes les raisons d'être malheureux dès notre lever : le temps qu'il fait, les factures à payer, le conjoint qui rechigne, les enfants qui n'écoutent pas, le patron qui en demande toujours plus, la crise financière, le pouvoir d'achat qui diminue, le gouvernement qui ne prend pas ses responsabilités, l'environnement qui se dégrade,…
Pour la majorité des individus, une journée se déroule telle une course effrénée débutant au réveil et se terminant au coucher.
Nous concevons souvent la vie comme une suite de problèmes à régler et beaucoup de stress émane tout au long du jour, amenant parfois des craintes qui nous entraînent dans une spirale d'angoisses à propos de l'avenir.

Lorsque qu'il m'arrive ce que pense être un problème,j'ai appris à m'arrêter et à m'asseoir systématiquement avec celui-ci.
Je m'arrête
, ne fut-ce que quelques minutes, pour revenir au centre de moi-même. Je sens l'air qui entre et qui sort de mes poumons, qui passe par mes narines. En utilisant pleinement tous mes sens, j'observe l'énergie vitale qui circule dans mon corps. Je pose mon regard sur ce qui m'entoure, simplement, sans interprétation. Je vois la lumière, les formes, les couleurs, les textures des choses qui m'environnent. J'écoute les bruits et les sons autour de moi sans faire de commentaires. Je touche un objet, je sens et reconnais son essence. Je laisse chaque chose être, au-dedans comme au-dehors, et je deviens consciente de mes pensées en plongeant totalement dans le présent.

Puis , je me pose la question "Ai-je un problème maintenant ? "

En faisant cela chaque fois que je ressens du stress ou de l'anxiété, j'ai découvert qu'il n'y a jamais de problème dans l'instant présent.
On peut vivre une situation qui demande une solution, sans en faire un problème.

Je me suis trouvée un jour dans un cas qui me semblait désespéré :
À la suite de travaux de rénovation dans mon appartement, qui s'étaient prolongés et avaient mal tourné (le plafond s'était effondré dans l'appartement du dessous), mon voisin, furieux, avait fait appel à huissier, avocat et expert. Ce qui me mettait dans une situation
catastrophique car mon partenaire et moi avions fait un emprunt et nous aurions bientôt deux loyers à payer sans savoir combien de temps durerait l'arrêt des travaux et tout en voyant se profiler le spectre d'un éventuel procès en dédommagement (futur).
J'étais effondrée, seule sur le chantier, assise au milieu des gravats et ne sachant que faire.
C'est alors que je me mis à regarder autour de moi, en silence, sans commentaires, à sentir les odeurs des plâtres, du bois, à entendre les sons qui venaient des jardins par la fenêtre ouverte.
J''étais totalement présente à cet instant, vide, sans pensée, sans réactions, sans quête de solution, simplement silencieuse, mes cinq sens en éveil. Je restai ainsi plusieurs minutes puis je me posai la question " Ai-je un problème maintenant ?".
La réponse surgit évidente : non.
Il y avait seulement une femme assise, présente à l'instant.
Telle était la réalité du moment : femme assise.
La paix était en moi. Et lorsque, quelques instants plus tard, mon mental reprit le dessus, je recommençai le même processus. Et de même le soir, lorsque je me mis à nouveau à penser aux conséquences probables de cet incident, je refis le même exercice, observant avec de plus en plus d'étonnement, qu'il n'y avait toujours pas de problème. La simple réalité était : femme assise, femme couchée, femme debout. Tout le reste était une histoire de ce qui pourrait éventuellement se passer. Je poursuivis de cette façon, jusqu'au jour du rendez-vous chez l'avocat qui réunissait autour de la table mon
adversaire, son conseiller, l'entrepreneur, l'expert et moi-même. L'entretien se déroula sans encombre, les solutions furent trouvées et je me sortis fort bien par la suite de cet incident.

Peur de la mort - Mort de la peur

«n'avons pas à avoir peur de la mort, puisqu'en fait ne la rencontrons jamais».
Épicure

La peur semble avoir bien des causes : une perte, un échec, une blessure, etc.
Mais en définitive,
toute peur découle de celle qu'éprouve l'ego de la mort, de l'anéantissement, de l'extinction. Dans cet état d'identification au mental, la peur de la mort se répercute sur chaque aspect de la vie.
C'est ce que je nomme la pulsion de mort ou de destruction.
Par exemple, même une chose apparemment insignifiante comme le besoin d'avoir raison et donc de vouloir donner tort à l'autre - en défendant une position mentale à laquelle nous sommes identifiés - est due à la peur de la mort.
Quelle est la pire chose qui puisse nous arriver si nous avons tort, si nous sommes pris en faute, si nous n'avons pas raison dans une situation ?
Si nous nous identifions à cette position mentale et que nous ayons tort, le sens de notre moi, qui est fondé sur l'ego, est sérieusement menacé d'anéantissement.
En tant qu'ego, nous ne pouvons nous permettre d'avoir tort, puisque cela signifierait mourir.
Par la désidentification de l'ego, le fait de vouloir avoir raison disparaît. C'est le début d'une communication plus vraie, bienveillante, qui repose sur une assertivité sans agressivité.

Le concept de la mort

«La mort n'est pas le contraire de la vie. La vie n'a pas de contraire.
Le contraire de la mort est la naissance. La vie est éternelle.»
E. Tolle


La mort, sous ses formes multiples, fait partie inhérente de la vie.
Si vous observez la nature, au cours des saisons, vous constatez que tout vit, meurt et se renouvelle sans cesse. Peut-on alors parler de mort ?
La mort ne se trouve nulle part, il est question de métamorphose des formes de vie. La définition de la MORT pourrait être :

Métamorphose Organique de Résidus Terrestres.

La peur la plus grande et la plus répandue est probablement celle de la mort.
Bien sûr, nous savons tous que nous allons mourir un jour. Mais cela n'est qu'un concept, jusqu'à ce que nous lui fassions face, à l'occasion de la mort d'un proche aimé, d'une grave maladie ou d'un accident. Nous pouvons alors devenir plus conscients de notre propre mortalité.
La culture occidentale nie souvent la mort, par peur. Même les personnes âgées craignent d'en parler et on cache la plupart du temps les cadavres jusqu'à leur enterrement ou leur crémation.
Lorsque l'on nie la mort, la vie perd de sa profondeur et son sens ultime qui lui est intimement lié. Alors qu'en observant à quel point "
nous sommes peu de chose" nous pourrions faire l'expérience, même subrepticement, d'une désidentification à notre forme physique et psychologique et nous pourrions alors éprouver le détachement et un sentiment de sérénité.
Nous pouvons, notre vie durant, nous préparer à la mort.
Non pas comme s'il s'agissait de l'événement le plus terrible de tous, à l'instar de notre société qui s'efforce, à coup de botox et de collagène, de maquiller l'avancée de ce moment fatidique. Non pas en ayant recours à l'acharnement thérapeutique pour faire reculer le moment crucial. Nous pouvons plutôt nous préparer à accueillir la mort comme un instant sacré, aussi naturel que la naissance.

Mon frère mourut d'une méningite en 1960, à l'âge de 10 ans (j'en avais 6).
Ma mère me raconta plus tard qu'en fin de vie, alors qu'il était devenu aveugle à la suite d'une trépanation, il avait découvert la vie de Saint Jean Bosco grâce à des textes audio. Il avait acquis une sagesse et une sérénité comme peuvent en avoir les enfants au seuil de la mort.
Il était tout pour moi. Et je me suis donc sentie abandonnée, lorsque j'ai réalisé qu'il ne reviendrait pas à la maison pour me protéger, comme il le faisait habituellement, comblant par la même occasion l'absence de mon père.
Sa disparition allait avoir sur moi un double effet. D'une part, j'ai développé une force et une structure interne en compensation au manque et à l'anxiété provoqués par son absence. Par ailleurs, sa mort fit naître en moi la croyance qu'il m'avait abandonnée.
Par extension, lorsque je fis face à des difficultés dans mes relations, je développai le thème "les hommes abandonnent les femmes" (mon père ayant été absent de ma vie également). Les commentaires de ma mère sur les hommes allaient encore renforcer cette croyance, constituant ainsi une part non négligeable de la formation de mon ego.
Lorsque je fis le travail avec Katie sur la mort de mon frère que je jugeais comme un abandon, mon investigation me révéla à quel point
je m'étais abandonnée moi-même durant toutes ces années…
L'effet immédiat et permanent fut que depuis, n'y a pas un atome de moi qui se sente séparé de lui. Et donc, je ne me crée plus d'effets pervers quand je suis séparée, par la mort ou la rupture.
Grâce à l'investigation, hormis le
chagrin naturel, je vis plus sereinement mes deuils et séparations. Car, si on ne peut pas faire l'impasse du chagrin, une tristesse qui se prolonge dans le temps est provoquée par un refus de la réalité et le désir inconscient de vouloir contrôler la Vie (jouer à Dieu en somme).

Tout vit et meurt en dehors de notre contrôle et sans que notre avis ne soit sollicité.
Ce n'est que dans l'introspection des manques, croyances, peurs, culpabilités, colères… provoqués par l'absence, que se trouvent la libération et le deuil vécu sereinement, sans victimisation ni culpabilité.
En faisant le constat de notre
impuissance à contrôler la mort, en acceptant totalement que nous ne pouvons rien y faire, en accueillant la douleur que cela peut engendrer, nous pouvons lâcher prise.
De même, en renonçant aux chimères du monde et aux illusions sur le personnage que nous sommes nous abandonnons ce qui crée l'enfer.
Après tout, qu'est-ce qui meurt sinon l'image que nous avons de nous ?
La mort des constituants de l'ego, qui ne sont qu'illusoires, conduit à la clarté mentale, à la libération de l'être et à la re-connaissance de sa nature essentielle.
C'est mourir à notre ancienne vie. C'est naître enfin à notre vraie nature.



Extrait du livre de Myriam LEBRUN :
" Mais de quoi donc avons-nous si peur ? "

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