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La méthode des 4 questions

Articles de presse

La méthode des Quatre Questions de Byron Katie
Par Pascale Senk - Magasine PSYCHOLOGIES - juillet-août 2004

Le moral en berne, l'humeur maussade, la pensée confuse…
Comment prendre du recul ?
En s'appuyant sur la méthode américaine de Byron Katie : The Work.
Notre journaliste l'a testée. Convaincant.


Contre les pensées négatives
la méthode des
4 questions

"The Work", un travail d'enquête.

« Derrière chaque sensation désagréable se cache une pensée qui n'est pas vraie pour nous. », affirme Byron Katie. Lorsque vous ressentez un malaise, menez un travail d'investigation : soumettez votre pensée à quatre questions, toujours les mêmes. N'hésitez pas à vous munir d'une feuille et d'un crayon, ou à vous adresser à un proche.

Soirée pluvieuse sur Strasbourg-Saint-Denis, à Paris. Un environnement peu ensoleillé pour découvrir la dernière technique d'épanouissement " in " sur la côte californienne… Mais puisque cette vague vient jusqu'à nous, autant plonger. Byron Katie, la soixantaine rayonnante, est la créatrice de ce travail sur soi sobrement baptisé " The Work " (" le Travail ", en français). Son livre, paru en 2003 est un best seller. " Time Magazine ”a classé son auteur parmi les " leaders spirituels les plus innovateurs "...


Il était donc temps de découvrir et comprendre cette méthode qui cherche à nous libérer de notre confusion intérieure. Ni thérapie ni dogme spirituel ou philosophique, The Work est une expérience à vivre.

Je me raconte des histoires

Ce soir, ça se passe dans un centre associatif. Dans la salle réservée au " travail ", un éclairage improbable, huit chaises de plastique bleu alignées en demi-cercle. Vacances de Pâques obligent, nous sommes peu nombreux : quatre femmes et deux hommes, dont Frank Kane, chef d'orchestre de la soirée. Traducteur technique de profession, il a suivi une formation - deux stages de neuf jours - qui l'autorise désormais à transmettre The Work. " Pratiquer régulièrement cette technique a changé ma vie, explique-t-il. J'ai de plus en plus de mal à croire mes “histoires”, ce que je me raconte toute la journée. Une de mes préférées parmi ces pensées qui me font souffrir, c'est :“Ma femme ne se rend pas compte de tout ce que je fais pour nous”… Aujourd'hui, quand je vois ce scénario arriver, je n'y adhère plus. Ou plutôt, lui semble me lâcher. En pratiquant le “Turn around” (" inversion "), j'intègre très vite de nouvelles options : “ Je ne vois pas tout ce que ma femme fait pour nous”, ou “Ma femme voit ce que je fais pour nous”. Cela renouvelle mon énergie, un peu comme quand on essaie une nouvelle chemise. »

Suit une lecture d'un extrait du livre de Byron Katie sur cette technique d'inversion. Pour elle, en effet, toute pensée que nous nous répétons et qui engendre de la souffrance mérite d'être revisitée sous différentes formes, notamment en se l'appliquant à soi-même. "Tant que vous estimerez que la cause de votre problème est extérieure à vous, tant que vous supposerez que quelque chose ou quelqu'un d'autre est responsable de votre souffrance, la situation restera sans espoir.[…]
Ramenez la vérité à vous-même et conquérez votre liberté ", écrit-elle.
C'est donc un travail approfondi sur nos projections, quand nous reprochons aux autres ce que nous ne voulons pas voir en nous, que sa technique propose.Je m'étonne de ce côté interchangeable de toutes nos pensées :
" Mais si tout ce que nous pensons est aussi facilement transformable, est-ce que ça veut dire que rien de ce que nous pensons n'est vrai, fondé? ". Frank me répond que la vérité ultime, c'est ce qui peut apparaître, enfin, lorsque toutes ces pensées inutiles se sont évaporées. Je pense à la recherche du vide mental : The Work serait-il une forme occidentale, accélérée, de l'ascèse zen?

Ma pensée au crible des questions
Après la théorie, la pratique. Frank nous invite à écrire l'une des pensées qui nous traversent régulièrement l'esprit.
J'écris : « Le monde, les gens sont durs. » Mes voisins sont concentrés sur leur papier. Frank nous invite à mettre celui-ci dans un chapeau. « Nous allons tirer l'une de ces pensées au sort, indique-t-il, et la soumettre au “travail”. » C'est une phrase rédigée par ma voisine qui est choisie : « Le perfectionnisme tue la créativité. » Pendant une vingtaine de minutes, alternant le rôle de «facilitateur » (celui qui pose les questions) et celui de « client » (lorsqu'on répond), nous allons passer cette phrase au crible des questions. Le brouhaha va grandissant dans la pièce. Je perçois des bribes de dialogues : « Est-ce vrai? » « Oui, quand je commence un travail, je veux tellement bien faire que ça m'empêche toute fantaisie, originalité. » Je demande au « client » assis en face de moi :
« Peux-tu absolument savoir si c'est vrai? » Il hésite. « Non,parce que parfois en étant très précis et appliqué, perfectionniste, me répond-il, j'ai vu arriver de bonnes idées… » J'enchaîne : « Quelle réaction suscite en toi cette pensée? » Il ferme les yeux, se tait un moment. « Ça me coupe les ailes, je retarde le moment de commencer mon travail… » Et ainsi de suite jusqu'à ce que cette pensée, apparemment si personnelle, précieuse, profonde, soit essayée par tous, « triturée » en quatre ou cinq inversions possibles, au point de perdre finalement tout son impact. Son auteur, ma voisine, rit, s'amuse de tous les scénarios que son texte de départ a suscités avant d'être comme dissous dans l'espace. Je me dis que c'est là l'effet Karcher du « travail », une sorte de nettoyage radical et en profondeur nous évitant de rester « accrochés » aux pensées qui nous encombrent.


Je change mon regard sur sur la vie

Arrive le moment fort de la soirée. Le face-à-face entre Frank et une volontaire. Voir comment notre mental fait barrière à notre bien-être est très pédagogique. Deborah, la belle quarantaine, expose son problème : « Pierre, mon compagnon, n'est pas assez intime avec moi. Il ne s'intéresse pas à moi, ramène toujours la conversation à lui… » Frank rappelle une des consignes de Byron Katie : « Laissez le mental poser les quatre questions, laissez le coeur y répondre. » Puis il commence l'investigation : « Est-ce que c'est vrai? » « Oui, j'aimerais bien qu'il s'intéresse plus à moi, il s'intéresse plus à ce que je pense de lui… » Frank demande alors à Deborah de se visualiser dans une pièce avec son compagnon. « Vous regardez Pierre et vous pensez : “Il ne s'intéresse pas à moi.”… Etes-vous certaine que c'est vrai? » « Oui, je le vois indisponible, isolé, il me semble difficile à approcher…» Frank l'arrête : « Et vous, qu'est-ce que vous ressentez? » « J'en ai assez de cette situation, je me sens résignée,en crise toute seule dans mon coin… » « Comment seriez-vous sans cette pensée? », continue le facilitateur. «Eh bien… je crois que je me dirais dirais simplement : “Tiens, il lit son journal”, je pourrais alors être plus légère, plus libre d'aller lui parler… » Peu à peu, Deborah réalise combien elle s'éloigne de toute intimité avec Pierre. Frank lui propose d'inverser sa pensée de départ, qui devient : « Je devrais m'intéresser plus à lui », ou encore : « Je devrais m'intéresser plus à moi-même. » Le dialogue, intense, dure près de trente minutes. Pour Deborah, l'idée qu'« un homme doit s'intéresser à sa femme » mène le bal. Mais cette pensée est-elle enrichissante, ouvre-t-elle à des pistes d'épanouissement ou d'aliénation? Deborah découvre qu'elle a toutes les réponses en elle. The Work lui a permis d'aller les chercher. Je quitte le stage avec la sensation d'être prête à vivre avec un esprit plus ouvert, allégé. Je me dis qu'en France, où l'on est tellement attaché à ses idées, on aura du mal à comprendre ce genre de technique. Puis, très vite, je pense : « Est-ce vrai? » ?



“Laissez le mental poser les quatre questions,
laissez le coeur y répondre”
(Byron Katie)

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