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L’abondance : question matérielle ou de conscience ?

Vers une Citoyenneté Consciente



L'abondance : une question matérielle ou de conscience ?
Philippe Derudder

http://www.trilogies.org/spip.php?article46

Le Robert donne de l'abondance la définition suivante « quantité de…».
De fait, pour la plupart d'entre nous, l'abondance se réfère à quelque chose de concret, de matériel. D'ailleurs, dans un récent passé, le quotidien des hommes était occupé à la simple survie. Chercher l'abondance n'était pas vraiment à l'ordre du jour, il s'agissait plutôt de savoir comment faire pour ne pas mourir de faim.

Cette lutte incessante a stimulé le génie créatif des êtres humains qui, du coup, sont parvenus à un niveau technologique et de connaissances tel que l'abondance, voire la surabondance, a depuis une cinquantaine d'années fait place à la pénurie, en Occident principalement. Mais aux portes mêmes des grands magasins, des banques et autres temples de la richesse, la misère s'impose dans la main qui se tend, tout aussi choquante que celle qui s'étale sans pudeur sur nos écrans de télévision quand, aux nouvelles du soir, on nous raconte le monde.

Patience nous disent nos experts, gouvernants et autres économistes, car le système serait prometteur de lendemains qui chantent. Le rêve qu'ils veulent nous faire partager repose sur l'idée que plus on soutiendra la croissance, plus les gens atteindront individuellement un niveau d'existence décent, et plus la misère reculera. Malheureusement, les quarante dernières années démontrent que, loin de se diffuser harmonieusement dans le corps de l'humanité, la richesse se concentre dans les mains de quelques-uns au détriment des plus pauvres qui deviennent plus pauvres encore.

Le vrai problème - mais cela, ils se gardent bien de le dire - c'est que si on le voulait vraiment, chaque habitant de la planète pourrait avoir dès maintenant une vie épanouie. La difficulté, en effet, ne réside plus dans le manque de connaissances et de moyens comme autrefois, mais dans le manque d'argent.
Or, si l'argent manque, c'est que l'on s'interdit de le créer.

De l'argent qui «se crée»? Voilà une notion encore bien étrangère à la plupart d'entre nous… S'il est vrai que l'argent pouvait manquer autrefois, dans la mesure où il était lui-même matériel, fait de métal précieux et par sa nature même limité en quantité, il n'en est plus de même aujourd'hui. En effet, depuis 1971, les États-Unis, seul pays dont la monnaie était encore reliée à l'or, ont abandonné la convertibilité. Depuis lors, l'argent n'est plus qu'une virtualité dont on peut décider de la création, théoriquement sans limite. Ainsi sommes-nous passés d'une monnaie permanente, représentée autrefois par les pièces d'or et d'argent, plus récemment par des billets garantis par de l'or, à une monnaie de banque dématérialisée.

Mais si l'argent aujourd'hui dématérialisé peut se créer à l'infini, pourquoi invoque-t-on régulièrement le fait que « ça coûte trop cher», comme impossibilité à réaliser les projets qui résoudraient les défis de notre temps? C'est que l'argent, autrefois privilège des rois et des princes, garants des intérêts collectifs, a été confié aux banques et aux entreprises privées qui ne peuvent que servir leurs intérêts propres.

Une autre date importante de l'histoire illustre ce phénomèneen 1694, l'Angleterre, quasiment ruinée par ses guerres, fit appel aux banques qui lui accordèrent les prêts nécessaires à la poursuite de ses visées politiques, en échange d'un prix très élevé : la création et la reconnaissance officielle d'une banque centrale sous contrôle des banques privées. Cette banque, nommée trompeusement Banque d'Angleterre, reçut le privilège d'émettre l'argent. Elle est toujours privée et est l'une des deux banques dominantes dans le monde.

À l'image de l'Angleterre, chaque nation ou presque a maintenant une banque centrale privée. Ces banques détiennent un pouvoir de contrôle majeur sur l'économie et la politique des États qui n'ont de souveraineté que le mot, le vrai pouvoir étant détenu par la finance internationale. Or il faut bien comprendre que si les gouvernements étaient restés conscients de leur mission de garants des intérêts collectifs et s'ils avaient conservé le privilège de la création monétaire, ne confiant aux banques que la gestion des comptes et des flux, l'argent serait créé selon des critères dédiés à incarner les choix de société exprimés par les peuples. Mais les banques, elles, ne sont que des entreprises privées devant impérativement créer de l'argent selon des critères pour réaliser les profits indispensables à leur survie.

Il ne faudrait pas en conclure de ce qui précède que tous nos problèmes viennent des «méchants banquiers». En réalité, le système bancaire mondial, fief de l'argent par ailleurs symbole universel, n'est que le produit logique de la conscience collective, elle-même traduction de ce que nous portons en nous individuellement, le plus souvent inconsciemment.

Le roi symbolise la tête : l'Être, la banque symbolise le ventre : l'Avoir.
Que le pouvoir ait au fil de l'histoire été abandonné au ventre est très révélateur.
La peur de manquer et de mourir, tapie au plus profond de chacun d'entre nous, nous a conduits et nous conduit encore et encore à trahir nos valeurs; ce que l'on voit au niveau des nations n'est que le reflet de notre gouvernement intérieur. Les choses ne changeront vraiment que lorsque nous déciderons de reconfier la direction de notre vie à notre «tête».

La conclusion de tout cela est pour le moins surprenante :
la misère n'existe pas et n'a jamais existé. Sans doute en meurt-on encore tous les jours, mais c'est par ignorance de l'abondance qui est là à portée de main, comme c'était le cas pour nos lointains ancêtres qui vivaient, sans le savoir, sur une planète vierge, regorgeant des richesses dont s'abreuve aujourd'hui l'économie moderne, ou par interdiction d'y accéder, comme nous y oblige le système actuel en inféodant la création monétaire au profit financier.

Tandis que nous nous demandons comment faire pour lutter contre la misère,
nous ne voyons pas les murs de la prison mentale qui la crée de toutes pièces. Le jour où nous prendrons enfin conscience que seule l'abondance est et qu'elle ne dépend que de notre choix, ce jour-là tous les espoirs seront permis, car cela signifiera que l'Homme est en train de naître à sa vraie dimension

Philippe Derudder

Né en 1948, patron d'une importante PME dans le domaine de la logistique de transport international, Philippe Derudder se sent peu à peu en rupture intérieure, pris au piège de la logique du marché et du système financier qui poussent à la recherche permanente de gains de productivité et à la rentabilité maximale du capital. Alors que son entreprise est prospère, il doit licencier des collaborateurs, dont certains lui ont appris le métier. Il en résulte une crise intérieure profonde. Ne pouvant se résoudre à accepter misère, pollution, pillage des ressources de la planète, dégradation des conditions de travail et de vie comme prix à payer pour garantir une croissance économique présentée comme la seule issue possible, il démissionne de toutes ses fonctions en 1992. Après une longue traversée du désert, marquée par la maladie, il décide de tout entreprendre pour mettre l'économie au service de l'être humain et de la planète.

Il anime aujourd'hui «L'homme en Devenir», un cabinet de formation et de conseil.

Il a développé sa réflexion dans plusieurs ouvrages : "La renaissance du plein emploi ou la forêt derrière l'arbre"(Guy Trédaniel, 1997), "Aventuriers de l'abondance"(Yves Michel, 1999), "Rendre la création monétaire à la société civile"(Yves Michel, 2005)

et

Les 10 plus gros mensonges sur l’économie

Rendre aux citoyens le pouvoir sur l'économie, ouvrir la voie aux alternatives possibles comme l'entreprise à mandat sociétal. C'est ce à quoi Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq s'attellent dans les 10 plus gros mensonges sur l'économie. Une manière de libérer les esprits de la peur de manquer et d'appeler à une nouvelle conscience fondée sur la confiance en la vie. Roboratif et inspirant.

«On ne peut pas le faire, ça coûte trop cher.» - «Il faut rembourser la dette publique, car elle appauvrit la nation.» - «Baisser les prix, c'est défendre le pouvoir d'achat.» -
«Soutenir la croissance, c'est dynamiser l'emploi.» - «On vivrait beaucoup mieux si on payait moins d'impôts.» - « La mondialisation est une promesse de prospérité pour tous les peuples.»…

Et si ces soi-disant «vérités économiques» n'étaient en réalité que de fausses croyances, des idées toutes faites inadaptées aux enjeux du monde actuel. C'est ce que démontrent Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq dans
Les 10 plus gros mensonges sur l'économie. Avec cette évidence «un économiste est une personne qui sait vous expliquer après coup pourquoi les prédictions qu'il avait faites avant ne se sont pas produites.»

L'objectif des auteurs est non seulement de
libérer le citoyen de l'esclavage des dogmes économiques et de la soumission aux « experts », mais aussi de lui permettre de reprendre le pouvoir sur l'économie et d'ouvrir des voies alternatives. Parmi celles-ci, «L'entreprise à mandat sociétal», centrée sur la recherche non du profit financier, mais du « bénéfice sociétal ».

Ce qui est en jeu est le fondement même de la démocratie: «
Il apparaît impérieux de redonner au peuple la responsabilité de ses choix et de son destin, au lieu de l'abandonner à la logique des marchés.» Ce qui manque pour effectuer les changements nécessaires et oser sortir des sentiers battus, c'est le courage et la volonté. Celles-ci sont avant tout une affaire de conscience.

Derudder et Holbecq l'affirment haut et fort :
il est temps de passer d'une « conscience de pénurie», fondée sur la «peur de manquer » et sous-tendue par la hantise de la mort, à une conscience d'Abondance» ancrée dans la « confiance en la vie». Pour cela, il faut accepter et être capable d'abandonner la culture que nous avons apportée de notre terre natale "rareté".»

«Alors seulement le papillon émergera de sa chrysalide…
«Alors l'argent ne sera plus un outil de compétition, de ségrégation et de pouvoir, mais un simple outil de mesure et d'échange, créé gratuitement à hauteur de la « vraie richesse» manifestée.
«Alors les ressources terrestres ne seront plus des trésors que les plus puissants cherchent à accaparer, mais un patrimoine mondial, géré durablement et équitablement.
«Alors le travail ne sera plus un gagne-pain, l'arène où les combattants s'affrontent, mais l'espace idéal pour « se réaliser», tout en contribuant au bien commun.
«Alors la valeur suprême ne sera plus dans la compétition et l'élitisme, mais dans la coopération et la solidarité.
«Alors …»
Utopie irréaliste que tout cela?
Pour ceux qui n'en ont pas le désir, peut-être. Mais pas forcément pour les autres, qui se soucient des générations futures et de l'avenir de la planète.

«Savez-vous ce que diraient les enfants? «Chiche »
Et nous, les «adultes », oserons-nous les regarder dans les yeux en leur répondant «c'est impossible ! »


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