La relation psychomotrice dans l'espace snoezelen avec des adultes handicapés mentaux

Conférence Handicom octobre 2002

Bonjour, je m'appelle Mireille Delstanche et je travaille depuis +/- 25 ans comme kiné en institution avec des personnes déficientes mentales adultes.

Au fil de ces années, je me suis spécialisée en diverses techniques relationnelles , corporelles et énergétiques .

Mais je ne suis pas restée au stade de la technique et j'ai évolué vers une recherche de bien-être.

Ce sont effectivement les personnes dont je m'occupe qui m'ont fait évoluer dans cette voie.

1/ Présentation
2/ Historique
3/ La relation psychomotrice au snoezelen
4/ Paramètres de la relation psychomotrice
5/ Comment la relation psychomotrice s'installe dans l'espace ou comment snoezeler ? :       4 phases :
       L'acclimatation
       L'invitation
       La fin
       La réappropriation
6/ Comment suis-je arrivée en temps que psychomotricienne à travailler dans l'espace snoezelen ?
    - Les objectifs et pistes de travail poursuivis
    - Quelles dynamiques relationnelles utilisons nous pour arriver à nos objectifs.

7/ Evolution du concept snoezelen
8/ Apport de la relation psychomotrice au snoezelen
9/ Le concept Snoezelen en institution : pistes de réflexion
 

1/ Présentation

  Snoezelen est un néologisme d'origine Néerlandaise résultant de la contraction de deux verbes : Doezelen et Snuffelen.

1/ Doezelen

Induit un état de bien-être, de douceur et même de somnolence. Je l'appellerai moi état de cocooning.

Quand on met les personnes déficientes mentales dans des conditions de bien-être, de détente, de sécurité, elles seront beaucoup plus propices à une ouverture sensorielle et relationnelle.

Ce ne sera jamais en état de stress, d'angoisse, de souffrance, qu'il y aura ouverture. Les personnes seront alors plus préoccupées à se défendre par rapport aux agressions extérieures et se refermeront comme des huîtres.

2/ Snuffelen

C'est fureter, expérimenter, explorer.

Cet état demande une ouverture aux objets, aux autres.

Cela suggère également des déplacements intentionnels ou des envies de découvertes.

Cela donnent aux personnes les moyens de sentir, de ressentir à travers tous les sens, tant extéroceptifs de la vue, du goût, du toucher, de l'odorat, de l'audition qu'intéroceptifs des muscles, des os, des tendons, des viscères par des girations, des vibrations.

Cette dimension exploratoire n'est possible, n'est vécue pleinement qu'après avoir été bercé dans cet état de sécurité et de douceur qu'est le « doezelen »

 

Lorsque l'on crée un snoezelen , il est important que les deux dynamiques soient présentes afin que les personnes puissent faire des allers retours afin de trouver leur sécurité.

D'une manière générale, disons que le Snoezelen propose à la personne, un moment de rencontre, de détente, de confort et de sécurité tout en lui permettant de faire, selon son propre rythme, l'expérience de diverses stimulations sensorielles parfois très simples.

La démarche snoezelen est souvent , mais pas nécessairement organisée dans un local spécialement aménagé, dans une ambiance calme et chaleureuse où les stimulations sensorielles sont variées.

2/ Quelques notions historiques

Depuis longtemps déjà, les stimulations sensorielles sont considérées comme des vecteurs d'amélioration de la santé des personnes déficientes mentales profondes.

Par exemple au 18 ème siècle, un médecin nommé « Itard » se passionna pour le cas d'un enfant qu'il essaya de soigner et d'éduquer en lui procurant des stimulations sensorielles fortes. Il lui fit goûter des liqueurs, renifler de la poudre de tabac et l'exposa à des t° très basses et très élevées.

Plus récemment, en 1966 « Cleland & Compagnie » ont présenté une méthode visant à stimuler les sens . Cette méthode était très similaire au snoezelen que nous connaissons et s'appelait : 

« Cafétéria sensorielle »

La technique telle que nous la connaissons aujourd'hui a vu le jour aux Pays-Bas à la fin des années 1970 ( Livre Hulssege et compagnie 1987)

Ensuite il y a « Fröhlich » en 1991 qui en définissant le concept de « stimulations basales » a contribué à théoriser sur l'apport constructif et important des stimulations sensorielles pour le développement psychomoteur de l'être humain handicapé ou non. En sachant que les perceptions somatiques , vestibulaires et vibratoires entraînent un processus de communication même chez les enfants polyhandicapés.

Puis il y a différents psychanalystes qui ont aussi souligné la nécessité d'une approche multi-sensorielle satisfaisante pour le nouveau-né.

Plus proche de nous,  « Dumesnil » en 1993 et « Pous » en 1995 ont insisté sur la pertinence de l'approche corporelle et relationnelle qu'offre le Snoezelen aux personnes psychotiques pour qui l'enveloppe corporelle qu'est la peau semble défaillante dans ses fonctions contenantes, limitantes et sécurisantes.

En 1997, « Shapiro et compagnie » ont analysé l'influence à court terme du Snoezelen sur les comportements d'enfants présentant d'importants retards mentaux.

En comparant les observations réalisées dans l'espace Snoezelen d'une part et celles réalisées dans un lieu contrôle ici une salle de jeux.

Ils constatent une diminution des comportements dits inadaptés c.a.d. des stéréotypies, automutilation et une augmentation des comportements dits adaptés à l'intérieur du snoezelen

En 2000, « Manuel Fagny » psychologue belge a fait une étude sur l'impact du snoezelen sur les comportements indiquant l'apaisement chez des adultes autistes.

Cette étude tend à confirmer une réduction des comportements inadaptés chez les adultes autistes également.

3/ La relation psychomotrice au snoezelen.

La relation psychomotrice au Snoezelen est avant tout une approche respectueuse de la personne, l'acceptant telle qu'elle est à la fois similaire et différente des autres.

Ce qui veut dire que nous avons en face de nous une personne à part entière.

J'introduis ici une notion d'égalité et non de supériorité.

C'est donc une approche humaine faite d'amour et d'attention .

C'est aussi un partage de moments magiques où il y a complicité , où se tisse une relation, des contacts, une toile d'indices non palpables qui nous rapproche de l'autre et qui fait que l'on est pleinement présent à celui-ci.

Ce n'est donc pas lire son journal pendant que la séance se passe ni faire le DJ derrière son pupitre.

C'est également être avec la personne dans un état hors tension. On lui offre un moment hors stress.

Je trouve que la relation au Snoezelen est une voie royale vers le bien être et le plaisir d'être.

OK d'accord me direz vous, mais comment y parvenir ?


4/ Les paramètres de la relation psychomotrice.

Pour moi, c'est tout d'abord établir avec l'autre une relation de Confiance.

Celle-ci s'installe progressivement grâce à plusieurs paramètres.

•  Une écoute attentive c.a.d. on va tendre l'oreille du cour.

Nous entrons dans une perception quasi introceptive de l'autre.

•  Un état de présence à l'autre  : c.a.d. être là tout simplement et entièrement.

C'est laisser venir les demandes sans être intrusif et sans vouloir faire quelque chose à tout

prix : aucun rendement , aucune production n'est demandée.

•  C'est être en état d'observation  : c'est orienter son regard vers les capacités des personnes, ses forces et non ses faiblesses.

C'est entrer dans la mémoire du corps en décelant à travers lui toutes leurs sources de bien-être et leurs portes d'entrée vers la relation ( mimiques, sourire, attitudes du corps etc.)

Ce sera donc une lecture de tous ces témoins corporels que la personne nous envoie.

C'est aussi découvrir ses canaux de perception du monde.

Sachons aussi que ce qui m'éveille ou me détend moi, ne détend pas ou n'éveille pas spécialement l'autre.

Et ce qui le détend ou l'éveille un jour ne le détend ou ne l'éveille pas tous les jours

•  C'est se laisser toucher par la personne aussi bien physiquement que psychologiquement et c'est la rejoindre à son niveau de perception. C'est donc aussi rencontrer la personne dans ses émotions

•  C'est prendre le temps

•  Rien n'est demandé : on prône le culte du «  Non faire  »et du «  Lézarder  »
On attend aucune performance.

•  Leur laisser le temps de l'approche, de l'entrée sans les brusquer ( cfr une anecdote)

•  Leur laisser le choix de l'endroit où ils ont envie de se poser. Ne rien imposer.et ne rien faire à leur place.

•  Leur laisser le temps de vivre leur corps , de le découvrir ou de le redécouvrir.

•  Leur laisser le temps de découvrir leurs capacités et leurs limites à travers la relation à soi , à l'autre et à l'objet.

•  C'est être une sécurité extérieure afin qu'il puisse trouver leur sécurité intérieure pour se sentir bien, pour pouvoir se poser, pour être vrai et non sur la défensive.

C'est donc être un repère, quelqu'un qui est là au cas où il y aurait une menace extérieure.

•  C'est donner mais aussi recevoir  : on entre dans l'art de la relation et de partage. Nous nous mettons également en scène comme personne. On fait partie intégrante de leur jeu symbolique.

•  Ce n'est pas tout permettre non plus sans limite . C'est être symbole de la loi et de la sécurité.

Ces différents paramètres sont chers à la relation psychomotrice et j'irai plus loin à toute relation humaine.

Pour illustrer mes dires , j'ai écrit plusieurs poèmes qui relatent la relation intime qui s'installe entre nous et les personnes.

J'espère pouvoir vous faire passer par ce poème l'ambiance d'une relation authentique.

Poème

« Des regards se croisent, des appels pour dire «  vois moi, j'ai besoin de toi »

Les regards se joignent et ne se quittent plus.

L'espace entre nous devient presque palpable.

Il se rétrécit, s'amenuise et s 'estompe.

La proximité s'installe et la confiance également.

Je me blottis dans tes bras. Je suis bien.

J'ai envie que tu me touches les cheveux mais attention pas mes oreilles.

J'ai besoin d'entendre, de savoir ce qui se passe ailleurs.

Mes antennes vers l'extérieur doivent rester intactes.

Je ne peux perdre complètement le contrôle.

Mais ta chaleur m'envahit.

Je me blottis plus encore, j'installe ma tête sur ton ventre et j'écoute ces sons qui viennent des profondeurs de ton être.

Cela me calme.

Je suis bien. Nous formons une bulle à deux.

Il y a échange.

Puis moi qui ne parle que rarement, je commence à me raconter.

Paroles de plaisir mais aussi de tristesse et même de souffrance.

Je me livres et tu reçois.

Toi qui est là rien que pour moi, j'en profite.

Tes mains caressent mon visage, mes yeux, mon nez et je réponds à tes caresses.

A toi aussi, je te donne de la douceur et des regards qui ne trompent pas.

Il y a fusion, rapport intime et souverain.

Puis mon besoin de proximité s'amenuise.

Je désire aller vers un ailleurs qui me tend les bras : c'est la musique qui m'interpelle ou ces images qui tournoient dans notre espace ou encore cet autre qui danse.

Alors, je me laisse guider par cet appel de l'ailleurs et tu m'accompagnes afin que je puisse aller vers mes envies que tu comprends.

Je reste libre d'aller vers ou de rester encore un peu pour me sécuriser.

Mais l'attraction vers cet autre est grand et m'attire comme un aimant.

Alors je prends ma part de liberté tout en sachant que tu es là si j'ai besoin de toi. »

Mireille

 

Cet art de la relation , nous demande de la tolérance et une connaissance de soi particulièrement fouillée ainsi qu'un travail corporel continu.

On ne peut aborder l'autre, entrer en relation si on ne sait pas ce que l'on engendre comme réaction car le langage du corps est un langage beaucoup plus puissant que la parole car il ne trompe pas, surtout les personnes déficientes mentales qui ont fait de ce langage , leur principal outil de communication.

A nous de le lire le plus correctement possible et de l'utiliser sans fausse note.

C'est évident que lorsque nous avons mal dormi la nuit précédente, si nous avons des soucis, il nous sera difficile d'être disponible, présent à l'autre avec toutes nos facultés de communication.

Ce n'est pas grave, nous sommes humains et non des surhommes ou des surfemmes.

Nous entrerons tous dans la relation avec cet « ici et maintenant » qui nous caractérise.

5/Comment cette relation psychomotrice s'installe dans l'espace ou comment Snoezeler.

Suite à des réunions d'équipe concernant le snoezelen rassemblant les personnes qui y travaillent et suite à la demande institutionnelle de clarifier le concept « snoezelen », je vous fait part du résultat de nos recherches.

Comme je parlais dans la philosophie de prendre son temps et le temps d'être, ensemble, nous avons trouver 4 phases importantes de travail dans cet espace.

L'acclimatation  

C'est une période de transition, de mise en condition.
C'est la promenade jusqu'à l'espace.
C'est parler avec eux sur le trajet.
C'est entrer dans le hall, enlever son manteau, ses chaussures.
C'est se préparer à entrer dans l'espace.

L'invitation : divisée en 4 items

•  Créer : une atmosphère adéquate, chaleureuse, apaisante, sécurisante et de plaisir.
C'est utiliser son imagination : en introduisant de nouveaux objets ou de nouvelles orientations spatiales par exemple.

•  Respecter  : le choix , le rythme de chacun en laissant vivre aux personnes leurs propres expériences.

•  Sélectionner et doser les stimulations sans les imposer.
Explorer et découvrir l'espace environnant, les autres, son espace personnel.

•  Accompagner les personnes dans leurs découvertes sans attendre de prestation.
Cela demande :
- d'être motivé et disponible
- d'être en état de vigilance, d'observation, d'attente, de réceptivité
- d'être formé à une pratique corporelle et à une pratique de base de

l'espace snoezelen.

Nous retrouvons tous les psychomotriciens dans cet accompagnement.

Finir en douceur

Verbaliser tout changement de situation et prévenir que l'on va terminer la séance.

( cela peut être aussi une modification de luminosité, de musique, une focalisation vers la sortie de l'espace etc.)

Réappropriation

C'est une prise de recul par rapport à son vécu : soit en verbalisant, en dessinant, en prenant un verre ensemble.

C'est la dissociation et la liaison entre snoezelen et le retour à la vie institutionnelle ou extérieure.

C'est la dissociation et la liaison entre «  le dedans et le dehors »  

6/ Comment suis je arrivée en temps que psychomotricienne à travailler dans l'espace Snoezelen.

Tout d'abord, la psychomotricité est entrée dans notre institution par la petite porte il y a 11 ans.

J'ai travaillé avec une collègue également psychomotricienne dans des groupes d'expression corporelle existants que nous avons transformé en groupe de psychomotricité afin de ne pas troubler l'organisation institutionnelle.

Mais nous avions des groupes de 12 personnes déficientes mentales pour 2 psychomotriciennes sur le terrain.

Nous nous sommes vite rendues compte que c'était de la folie.

Car nous ne pouvions pas répondre à toutes les demandes affectives , gérer le groupe et les individus.
Suite à de nombreuses supervisions et discussions internes nous avons au fil du temps établis des normes plus adéquates de travail.
- 6 personnes déficientes mentales dont 3 hommes et 3 femmes
- 2 psychomotriciens sur le terrain actuellement 1 homme et 1 femme
- Travail en fonction d'objectif donné par l'institution suite à des réunions de projets personalisés.
- Sortie se fait après un bilan effectué avec les personnes elles-même.

Mais nous restons assez solitaire dans notre démarche d'évolution et l'institution reste très réticente au changement. Elle a difficile d'agir d'un commun accord avec l'équipe lorsque se présente une fragilité, une souffrance, un passage à vide d'un de nos participants.

Il y a donc peu de soutien.

De plus en réfléchissant , on se rend compte que l'institution peut entendre que la PHMA passe par le stade de l'enfance , mais l'état adolescent et adulte est souvent nié et elle peut à nouveau entendre et s'attarder au stade de la vieillesse.

Ce stade sexué de leur développement, de prise d'autonomie, d'opposition, de construction de soi et d'indépendance est donc un stade difficilement accepté.

Et pourtant si primordial pour nous qui travaillons avec des personnes adultes.

Il est plus facile de les maintenir dans un état de dépendance à tout niveau ainsi que dans un état de dénis de l'handicap et de leur sexualité.

Mais ce que l'on oublie bien souvent c'est que cette dépendance et ce dénis entraînent des nouds affectifs et relationnels dans le corps qui bloquent ces personnes dans leur évolution et leur ouverture sensorielle, émotionnelle, relationnelle et créative.

Ce qui donnent parfois de personnes apathiques qui grossissent pour se remplir d'autres choses ou des casseroles à pression prêtes à éclater ou encore des personnes développant des troubles psychiatriques et même des cancers.

Alors suite à nos réflexions , nous avons choisi par le biais de la relation psychomotrice dans le snoezelen de les reconnecter à leur base, à leur source de vie, à leur moteur interne et ainsi à l'éveil sensoriel qu'offre le snoezelen en leur faisant vivre des moments de bien-être et de chaleur .Pour moi j'appelerai ce travail : «  Retour aux sources du bien-être »

Je vais citer ici quelques objectifs et pistes de travail poursuivis.

1/ Recherche de son identité
Prise de conscience de qui je suis ? une personne, un homme, une femme, un adulte, une personne différente.
- Je m'aime, je ne m'aime pas. Je m'accepte corporellement ou pas.
- Je retrouve l'amour de moi, de mon corps.
- Je retrouve la confiance en moi , en mes valeurs et me respecte.

2/ La découverte de l'espace, des objets qui les entourent ainsi que de l'autre qui se trouve dans cet espace.
- Jeux de découverte, d'expérience
- Jeux de séduction, d'approche, de provocation.

3/ Expression de leurs sentiments de leurs émotions, de leurs désirs et choix.
-
La tristesse, la peur, la colère, la joie.
- Identifier ses frustrations, ses désirs.
- Emettre des choix bien à soi.

4/ Connaître et reconnaître ses sources de bien-être pour les conscientiser et peut-être les améliorer et surtout en profiter pleinement.
- Connaître et reconnaître ses sources de mal-être et voir comment y remédier ou vivre autre chose à la place.

5/ Ouverture de tous leurs canaux d'émission et de réception

- Par une ouverture sensorielle générale.

Ces objectifs ne peuvent être travailler que si les personnes sont prêtes.
Ce sont elles qui restent moteur de leur évolution.
Ce sont elles qui sont les chefs d'orchestre et qui mènent la danse.

Il faut savoir que le premier objectif reste un travail basal axé sur le plaisir d'être, d'expression libre dans un climat de confiance et de sécurité.

Quelles dynamiques relationnelles utilisons nous pour arriver à nos objectifs ? ? ?

Nous utilisons :

1/ L'empathie tonique et des ajustements corporels et affectifs.

Rodgers : L'explique comme suit : l'empathie, c'est en quelque sorte la capacité de sortir de soi, de se décentrer vers l'autre. c'est une manière de recevoir l'autre, d'accepter ce qu'il produit tout en gardant sa corporéité ( c.a.d.sans se laisser submerger émotionnellement devant les productions de l'autre.)

C'est tout un travail d'approche et d'apprivoisement de l'autre.

2/ La relation symbiotique et les complémentarités de posture

C'est se blottir dans nos bras afin d'être bercé, cajoler, envelopper.
C'est se retrouver bébé entouré de chaleur et de douceur.

3/ La distanciation progressive.

C'est une dynamique amenant à la rupture du contact par :

•  des modifications des points de contact
•  un travail sur le regard, de la voix.
•  Une modification de la luminosité, de la musique
•  Des jeux plus dynamiques.

4/ La réduction des tensions

Grâce au massage, à la relaxation ;aux différentes manipulations.

5/ Le centrage, l'ancrage, l'enracinement

Nous travaillons sur les axes, les différents points de contact avec le sol, la danse.

6/ Le partenariat symbolique

On symbolise à la demande de la personne, certains rôles sans se laisser enfermer dans aucun : On peut jouer les rôles de papa, maman, un enfant , le petit ami ; le médecin ; le patient et bien d'autres.

7/ L'éveil sensoriel extéroceptif et intéroceptif

C'est un travail de stimulation sensorielle générale
Extéroceptive olfactives différentes senteurs intéroceptive vestibulaires
Auditives différentes musiques vibratoires
Visuelle colonne à bulles, dias fluides somatiques
Tactiles différentes matières bercement sur le matelas d'eau, dans le hamac
Gustatives : thé, douceurs vibration sonore en se mettant sur le plancher ou
près des baffles et des variations d'équilibre

7/ Evolution du concept Snoezelen

C'est vrai que c'est réducteur de limiter l'esprit snoezelen à des espaces, à un temps particulier avec des spécialistes de la relation.

Ce concept s'ouvre progressivement vers un mieux- être au quotidien où d'autres d'autres moments relationnels snoezelen sont créés.

Ce sont des aménagements de temps et d'horaire

•  Des levers qui se font au rythme des personnes sans les brusquer en prenant le temps qu'il faut. Ce qui veut dire que les activités qui font suite commence également plus tard.
•  Un bain qui se prolonge par des massages et où on associe des odeurs atmosphériques agréables ainsi qu'une musique douce.

Ce sont des aménagements d'endroits de vie

•  Des locaux plus accueillants avec des plantes, des locaux moins aseptisés où on remplace les néons par des lumières plus douces et indirectes.
On y met également des tentures aux couleurs plus chaudes.
On aménage un coin avec fauteuils pour des petits moments de repos ou de jeux.
•  La salle de kiné où on change la décoration, la couleur des murs. Pas de blouse blanche.
Les tentures deviennent chatoyantes. On utilise de l'huile essentielle pour le massage ainsi que de la musique. Les moments de relaxation ainsi que de parole deviennent aussi important que le traitement lui-même.

C'est la création de nouvelles activités de bien-être.

•  Hyppothérapie : Avec tout ce contact privilégié et la relation qui se tisse entre l'animal et la personne handicapée.
Puis il y a cette notion de service, d'utilité, de proximité à nettoyer, à caresser et à monter.
Une des conférences qui suit en parlera plus profondément.
•  Aqua- relax : où intervient un autre contenant qui est l'eau chaude, enveloppante, relaxante et qui apporte aux personnes un apaisement corporel et psychologique important ainsi qu'un bien-être doté d'un sentiment d'intégrité corporelle.

Où le jeu est également présent avec un matériel ludique adapté et où le corps en apesanteur peut être porté au rythme de l'eau. Là encore la relation de confiance est primordiale.

C'est un axe de travail que j'apprécie beaucoup .

•  Promenade nature : Où on rencontre différentes stimulations que sont le vent, le soleil, les différentes lumières, couleurs, les différents bruits : chants d'oiseaux, craquements de bois, de feuilles. C'est donc utiliser la nature comme milieu snoezelen. C'est la redécouvrir autrement.
•  C'est le ramassage des fruits du verger pour faire ensuite de la confiture, de la compote, des tartes avec un but communautaire de partage et de dégustation.
•  C'est une activité d'écoute , un espace de paroles où les personnes se disent et sont entendues dans leur joie, leurs peines, où on prend le temps avec eux de comprendre leur désarroi ou leur bonheur et être personne ressource pour le passage des informations.

C'est l'ouverture de parcs sensoriels.

•  Je ne connais que l'espace publique « les sens ciel » à namur qui est une ferme aménagée en grand snoezelen intérieur et extérieur où chacun peut découvrir à son rythme et sans danger différents espaces propices à la détente, à la découverte des sens et au jeu.

Mais par dessus tout, l'évolution de ce concept snoezelen est d'amener en tout lieu, en toute circonstance de la vie , cet aspect positif capacitaire et non déficitaire.

8/ Apport de la relation psychomotrice au snoezelen

•  Cette ouverture aux différents sens va amener une ouverture à soi puis progressivement à l'autre par une augmentation de son cercle de communication.
•  La possibilité de se poser, de s'ancrer va amener une meilleure confiance en soi et même une possibilité d'action.
•  Retrouver dans cet endroit une sécurité de base va pouvoir prolonger quelque peu cette sécurité à l'extérieur . La personne sera plus forte pour affronter le monde extérieur.
•  C'est pouvoir mieux exprimer ses émotions et en toute quiétude.
•  C'est pouvoir faire quelques choix simples en sachant qu'on est écouté.
•  C'est une diminution des comportements dits inadaptés.
•  C'est se réapproprier sa vie en temps que personne, être humain et non plus comme objet de soin ou demi-portion.
•  Par la perception corporelle vécue lors des massages, bains, soins physiques et enveloppants, les personnes vont progressivement retrouver une intégrité corporelle, s'unifier grâce à un contenant fiable.
•  C'est pouvoir redonner du sens aux stimulations de l'entourage et du milieu ambiant grâce à l'apprentissage d'une meilleure perception de celles-ci.

Ces différents apports ne reposent pas sur des études scientifiques mais ne sont basées que sur mes observations de terrain et lectures.

9/ Le concept Snoezelen en institution : pistes de réflexion.

Pour moi, on introduit le concept snoezelen en institution progressivement.

Ce n'est pas un concept qui se met sur pied du jour au lendemain.

Il faut prendre son temps et respecter le rythme institutionnel qui est un rythme très lent et peu décisionnel.

Il faut être très téméraire et tenace : un de mes superviseurs m'a traité un jour d'âne car j'avançais malgré les charges qui m'incombaient. La route vers le bien-être en institution est une route faite d'embûches . Quel paradoxe ! !

Je dois dire que l'on passe par des moments de frustration, de démotivation et même de découragement.

Mais il faut continuer coûte que coûte, s'entourer de personnes qui agissent et qui pensent comme nous.

Faire appel à des personnes ressources extérieures qui nous redynamisent et qui nous redonnent de la force pour continuer.

C'est vrai que l'institution développe des mécanismes de résistance assez importants par rapport au snoezelen.

Mais je crois que leur plus grande résistance, c'est la peur  : peur de l'inconnu, peur du changement d'esprit que cela pourrait entraîner dans toute l'équipe et qu'il ne saurait plus contrôler.

Que faire ? ? ? Les sécuriser

•  être sérieux dans son travail tout en ne dénigrant pas le leur.
•  Expliquer ce qu'est le concept, l'esprit snoezelen et faire des séances d'information
•  Les faire pénétrer dans l'espace.
•  Parler différemment en réunion d'équipe :
- de qui est la personne
- de se forces
- de ses envies
- de tout ce qu'elle a de positif et non pas de ce qu'elle fait bien ou non
•  Réunir l'équipe snoezelen pour se soutenir mutuellement.
•  Faire appel à des superviseurs , à des formateurs extérieurs.
•  Motiver l'équipe plus globale à une coopération.

Sans jamais croire que tout est acquis.  

Comme si le snoezelen voulait toujours nous faire avancer, nous faire aller de l'avant.
Il nous remet sans cesse en question pour que nous ne dormions pas sur nos lauriers.
Il nous tient continuellement en éveil. C'est une énergie de vie.
C'est une sorte de moteur à propulsion et à réflexion externe et interne.

Mettre le pied dans l'engrenage snoezelen , c'est mettre le pied dans l'engrenage de la qualité de vie et de l'accomplissement de l'être.

Je crois sincèrement que c'est une voie sacrée et royale : nous entrons vraiment dans le cour de l'être humain et que cette présence à l'autre, cet art de la relation qui s'installe est primordiale dans tout contact qui se veut humain et ce n'est pas que pour les personnes dites handicapées mais pour tout être humain.

FIN