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La
dénonciation
Outre l’ennemi, le principal danger pour
les Résistants venait des collaborateurs et des dénonciateurs.
D’aucuns travaillaient systématiquement pour l’ennemi, d’autres
assouvissaient des vengeances personnelles. De nombreuses arrestations
furent ainsi opérées. Aux dires de beaucoup de témoins,
certains rexistes [collabos] témoignaient une haine et une cruauté
plus féroces que les Allemands !
A partir
de 1943, lorsque les événements militaires prirent une tournure
favorable aux Alliés, les collaborateurs furent de moins en moins
nombreux. Par contre, les éléments actifs de l’alliance avec
l’ennemi, à savoir les hommes de Rex, frappèrent, eux, avec
une sauvagerie sans cesse accrue, jusqu’aux derniers jours de l’occupation.
Il est certain que le nazi recruta surtout la majorité de ses alliés
dans les formations d’avant-guerre qui lui étaient favorables.
Il n’est donc pas étonnant que les
Résistants, sentant qu’il s’agissait d’une question de vie ou de
mort, pour eux, leurs proches et leurs services ne soient maintes fois
chargés de supprimer ces misérables. Il est vrai aussi que
l’Allemand incitait habilement ces mercenaires et ces lâches à
exécuter leur vile besogne. Trop souvent, la délation portait
ses fruits.
Hardi
torturé
Le Résistant était irrémédiablement
torturé et mis au secret. Hardi [Demarcq Simon], âgé
de 18 ans, fut ainsi arrêté en mars 1943 et conduit à
Mons. Là, il fut interrogé et torturé par les rexistes
et ce, tous les quarts d’heure, pendant cinq jours. Chacun à leur
tour, ils essayèrent de soutirer des renseignements. Les mains liées
derrière le dos, il dut subir les vexations de ses enquêteurs.
C’était à celui qui le maltraitait le plus. Les coups de
poing remplaçaient le salut. Ils lui écrasèrent le
bout des doigts en les enserrant dans les charnières des portes.
Ils lui brûlèrent la plante des pieds avec le fer rouge. Ne
divulguant aucun renseignement, ils ceignirent son crâne d’un cercle
de fer qu’ils serrèrent jusqu’à l’évanouissement.
Il fut également acculé à un mur. Là, ils perfectionnèrent
leur tir en faisant siffler les balles près des oreilles. Devant
les sévices subis, on reste étonné que Hardi restât
en vie.
Ne réussissant
pas dans leur tâche, il fut décidé de son transfert
au bataillon de discipline de Charleroi. Arrivé en gare de Mons,
il profita d’un moment d’inattention de ses gardes pour ouvrir la poignée
de la portière avec un coude, ses mains étant bandées,
les doigts en bouillie. Il tomba au bord de la voie. Des cheminots le trouvèrent
et le ramenèrent clandestinement. En se réveillant, il eut
l’agréable surprise de se trouver face à face avec Renée
Tollet, alors en poste à la gare de Blaton. Il fut soigné
par le docteur Delcoigne et se réfugia en France comme réfractaire.
Plus tard, il reprit ses activités au sein de la Résistance.
D’autres Résistants ne purent échapper
à la mort. C’est ainsi qu’un des hommes du groupe de Théo
avait été fait prisonnier par les rexistes en armes. Théo
décida de le libérer ; sa section réussit, mais dans
le combat, un homme fut blessé suite à la fusillade, une
patrouille allemande surgit et lui porta secours. Elle appela une infirmière.
Les rexistes arrivant ensuite au pont Soyer (Tournai) firent partir l’infirmière
et abattirent froidement l’homme blessé...
Milo
Certains Partisans parvinrent à
passer les mailles du filet, mais durent se cacher, condamnés à
mort qu’ils étaient.
Il est vrai que Milo [Leroy Emile]
était membre actif d’un groupe de choc des FTPF de la région
Nord ; il avait, dès 1941, participé avec le groupe de Ferrari
à des opérations de sabotages, dans le secteur de Somain
et Denain (voies ferrées, transports de munitions partant pour le
front de l’Est, récupération d’armes à l’ennemi, trains
de permissionnaires attaqués). Il fut attaché à un
groupe spécial chargé de l’exécution de traîtres
au service de la Gestapo. Recherché par celle-ci, il fut arrêté
et interné à la prison de Valenciennes en compagnie de Dubois.
Leur tête était mise à prix, à l’époque
500.000 francs, pour ceux qui pouvaient les signaler. La prison de Valenciennes
fut l’objet d’une opération d’évasion, d’ailleurs signalée
à la radio de Londres, au cours de laquelle les condamnés
furent libérés et la Gestapo mise en échec. Un SS
fut d’ailleurs tué par Gilbert Parisse. Milo participa à
quatre sabotages dans la région valenciennoise, six voies ferrées
furent détruites à Saint-Saulve et Raismes ; il exécuta
un jeune traître qui avait livré une trentaine de patriotes,
affaire qui fut d’ailleurs reconnue devant les tribunaux militaires de
l’époque.
Les nationaux collaborant avec l’ennemi
étaient extrêmement dangereux. Etant Belges, ils connaissaient
forcément les us, coutumes et habitants de la région. Ils
étaient par conséquent plus aptes que les Allemands à
dépister les mouvements de la résistance ou même à
entamer le moral de certains. Eliminer les principaux collaborateurs devenait
donc une obsession, non seulement des compétences au service des
Allemands, mais aussi pour mener l’action psychologique et décourager
les quislings en puissance.
Milo
(au centre) recevant une décoration des autorités françaises.
Avec
Jules Pottier, il s'occupa également des
réseaux
de passeurs
Dynamitage
La répression par dynamitage
ne fut presque pas employée. La raison en est fort simple : le peu
de dynamite volé dans les charbonnages et les charges de plastic
reçues d’Angleterre devaient être employés en priorité
contre les voies de communication empruntées par l’ennemi et contre
les engins militaires. Malgré ces obligations impérieuses,
la Résistance se devait de veiller au moral du peuple asservi et
les moyens utilisés pour redonner courage et espoir furent certes
la presse clandestine, mais également des actes spectaculaires :
l’exécution des traîtres et l’explosion de charges sur des
immeubles appartenant à des collaborateurs. Ces faits se colportaient
de bouche en bouche. Connaissant l’existence d’une force intérieure
combattant l’ennemi, le courage gonflait le coeur des patriotes et cela
leur permettait de mieux supporter le joug de l’oppresseur.
Une des
rares tentatives de dynamitage de la maison d’un collabo se situa vers
la fin de l’année 1943. Un commando composé de trois Résistants
avait reçu pour mission de faire exploser une charge contre un immeuble
situé sur la Grand-Place de Péruwelz. Le point de ralliement
avait été fixé dans une maison du haut de la rue de
Sondeville. Arrivés vers 17 heures, les uns après les autres,
en bicyclette, le premier travail fut de bourrer de la dynamite et des
déchets de fer trouvés avant l’opération dans un étui.
Cet explosif était pourvu d’un cordon d’environ 20 centimètres
et d’un détonateur. A l’heure H, l’opération devait se dérouler
de la manière suivante : le Résistant désigné
pour lancer la bombe se tiendrait en présentant le cordon aux deux
autres ; muni d’une pince, le deuxième écraserait le détonateur
réglé pour environ 10 minutes et ensuite allumerait la baguette
de phosphore présentée par le troisième pour enflammer
le cordon.
Avant le départ,
tous les gestes furent répétés et synchronisés.
Les indispensables précautions de sécurité furent
prises : plaques de vélo enlevées, remise de tous les objets
personnels, porte-feuille, carte d’identité, enfin tout ce qui aurait
pu identifier l’un de ces garçons en cas de capture. Ils ne devaient
posséder que le matériel de sabotage, les armes n’étaient
pas nécessaires pour ce raid.
Echec
Dans cette nuit noire de l’occupation,
où aucune lumière ne filtrait des demeures, où sur
les trottoirs quelques rares passants marchaient munis d’une faible lampe
de poche, les trois Résistants, lanternes de bicyclette éteintes,
descendirent la rue de Sondeville pour gagner le lieu désigné.
Là, les vélos furent déposés à une dizaine
de mètres de l’immeuble visé. Aucune patrouille allemande
en vue ! Ils pouvaient agir. Les deux premières opérations,
présentation de la bombe et écrasement du détonateur,
se firent sans difficulté . Par contre les ennuis commencèrent
au moment d’allumer la baguette de phosphore avec bien entendu les allumettes
de « guerre ». Aucune hâte n’agitait ces jeunes gens.
Après de nombreux essais infructueux, une allumette enfin enflamma
la baguette. Une lueur assez intense brilla dans cette nuit d’encre. Après
quelques hésitations, le cordon prit feu. Bien sûr, ce flamboiement
rendit les trois personnes très visibles. Le travail qu’ils effectuaient
ne laissait planer aucun doute sur l’action qu’ils accomplissaient. Les
quelques rares promeneurs s’enfuirent à grands pas suivis de cris
de femmes apeurées. La dernière opération fut brève,
la bombe fut lancée à l’intérieur. Il restait au commando
à s’enfuir rapidement en empruntant les chemins les plus divers
avant de regagner prudemment leur base de départ. La bombe n’explosa
pas ! L’exploit fut néanmoins largement commenté. Le but
recherché avait été atteint.
Lucien
Moury, qui aida les Réfractaires,
fut
lâchement assassiné chez lui
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rexistes tués !
Après ces mesures d’intimidation,
la Résistance n’hésita pas à châtier et à
supprimer les rexistes les plus dangereux. Parfois la tâche fut facile
comme à Saint-Saulve, sur la route Valenciennes-Quiévrain.
Un après-midi, deux Résistants, Milo et Parisse, passaient
par hasard à cet endroit. Ils virent une camionnette arrêtée.
Les occupants, des rexistes borains, mangeaient paisiblement leur casse-croûte.
Que faire ? L’occasion était trop belle ! Il eût été
dommage de ne pas s’en servir ! Ils examinèrent la topographie des
lieux et s’interrogèrent sur la meilleure tactique à utiliser.
Un plan fut échafaudé. Un mur de béton longeait la
route. Ils se cachèrent derrière celui-ci, sans bruit, pour
ne pas signaler leur présence. Ils firent la « courte échelle
»... et ils arrosèrent de grenades le groupe. Neuf rexistes
sur douze furent tués sur le coup. Les Allemands arrivèrent
par la suite, ramassèrent les corps. Aucune sanction envers la population
ne fut prise !
La suppression
d’un traître n’était pas toujours chose aisée. Il était
fréquemment accompagné de gardes du corps. Le 27 août
1944, deux Résistants réussirent quand même à
exécuter le bourgmestre de Bury. Le misérable avait déjà
livré plusieurs Résistants.
Infiltration
L’occupant, lui aussi, chercha à
détecter les groupes de saboteurs en tentant de s’infiltrer dans
les réseaux.
Un individu nommé Citrouille,
parlant excellemment le français et venant de Toulouse, arriva dans
la région de Valenciennes pour aider les Résistants dans
leur tâche. En gare d’Anzin, il se fit reconnaître du groupe
par une décoration rouge qui, au lieu d’être agrafée
à gauche, l’était à droite. Il fut logé à
Valenciennes. Il participa à quelques sabotages importants. Un soir,
de retour du théâtre, Gilbert Parisse et Milo décidèrent
de se désaltérer dans un café. Au moment d’entrer,
ils virent trois felgendarmes attablés. La chose était normale.
Mais, l’un d’eux fut immédiatement reconnu comme étant Citrouille.
Pour plus de sûreté cependant, une enquête fut menée
promptement. Il fut pisté. La résolution fut prise de l’abattre
et ce pour la sécurité du groupe entier. Il fallut s’entourer
de précautions, la région étant particulièrement
surveillée. Les responsables le prièrent donc de le faire
participer à un nouveau sabotage pour éviter toute méfiance
de sa part. Le soir même, ils le contactèrent. Ils le trouvèrent
revêtu de l’uniforme allemand. Il prétexta le fait qu’il avait
tué un ennemi et qu’il avait endossé son costume par mesure
de protection. Il fut abattu le jour même. Heureusement ! En dernière
minute, le sabotage avait été annulé.
Citrouille
avait eu le temps de prévenir la Kommandantur. Une agitation inhabituelle
secouait la ville. Des bus d’Allemands armés sillonnaient la cité
et se dirigeaient vers l’endroit de l’action initialement prévu.
Le lendemain, vers 15 heures, les trois dépôts d’armes de
la Résistance avaient été occupés par la Gestapo
ainsi que les sept logements clandestins de Milo. L’homme était
excessivement dangereux. Les Partisans apprirent plus tard que Citrouille
avait réussi à les photographier dans toutes leurs opérations
! La méprise venait du fait qu’un Résistant arrivant effectivement
de Toulouse avait été « grillé » et arrêté
: martyrisé, il avait dévoilé le but de sa mission.
Le SS n’avait eu qu’à prendre sa place. Dès le début,
les Résistants eurent leur suspiscion éveillée : ils
avaient remarqué que son porte-feuille était trop souvent
bien garni. Etant donné la situation de l’époque, cela parut
anormal.
Nous ne nous
étendrons pas davantage sur la répression. Les dénonciateurs
ne valaient vraiment pas la peine que l’on parle autant d’eux !
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