Un policier passeur et chef du Renseignement
Marcel Demeulemeester, né le 24 juin 1904 à Lambersart (Nord France), était agent de police à Tournai depuis 1929.
En juin 1940, en compagnie de Marcel Carin, demeurant 20 rue Saint-Eleuthère à Tournai, il sabota, Quai de l’Arsenal à Tournai, les véhicules abandonnés par l’armée anglaise lors de la retraite et tombés aux mains de l’ennemi. L’opération consista à enlever et à détruire les roues montées des autos pour les soustraire à l’utilisation par les Allemands.
En novembre 1940, il fut obligé par la Feldgendarmerie de faire une enquête à charge de Carin. Il le prévint et au cours de l’enquête, il détourna les soupçons de l’ennemi. Il évita ainsi son arrestation.
Il fonda avec Vilain Gérard la section de police de la Légion Belge chez Fourez Roger, rue Guillaume Charlier 116 Tournai, en présence d’autres policiers (Delvigne Oscar et Carette Octavien) et de Letorey Arthur et Delrue François. Il bénéficia, à ce propos, de l’aide efficace des policiers Maurice Penniez, Olivier Hennebert, Léon Carpentier, Gérard Michel, Pierre Jadot, Charles Baugnies et Albert Godfrinne, tous attachés au bataillon IV du Corps 021.
Il resta à la disposition de la Légion Belge de février 1941 au 15 novembre 1942, moment où il s’engagea dans l’Armée Belge des Partisans. A partir de cette date, il déploya une activité intense peu commune :
· du 15 novembre 1942 à mai 1944, il fut l’adjoint au commandant de compagnie de Tournai, Victor Vandevyver (Sam) avec cumul du service de renseignements de la compagnie (promotion de Raymond Bachy, commandant de Régiment) ;
· de mai 1944 au 11 septembre 1944, commandant de la compagnie de Taintegnies avec cumul du service de renseignements des deux compagnies : Tournai et Taintegnies ;
· du 12 septembre 1944 au 19 septembre 1944 : adjoint au commandant de bataillon de Tournai avec cumul du service de renseignements du bataillon (promotion de Willequet Raymond, commandant de Corps du 0.21) ;
· du 20 septembre 1944 au 30 novembre 1944 : chef des services de renseignements à l’Etat-Major du Corps 0.21.
En 1942, suite à un ordre reçu de l’un de ses chefs de la Résistance, il s’est soustrait à une nomination de guerre et, par la suite, en 1943, à une promotion certaine suite à une réorganisation pro-allemande (Van Coppenolle). Il sollicita l’emploi de garde-faubourg police du Château qui était devenu vacant, suite au décès du titulaire. Chargé spécialement du dit faubourg, il put disposer d’un temps précieux et de loisirs importants pour se livrer à son action dans la Résistance.
En juin 1942, par l’intermédiaire de Coppens Ernest, rue de la Marnière à Tournai, il contacta Raes André, chef-garde et sa femme Hermance Vincent demeurant 11, rue du Gaz à Kain. Par ces derniers, il entra en relation avec Joseph Goudelin qui lui fournit des renseignements d’ordre militaire. Ces personnes lui confièrent qu’elles s’occupaient du rapatriement des prisonniers français fugitifs évadés. Immédiatement, Marcel Demeulemeester se mit à leur disposition. A toutes occasions, il remit à Raes et Goudelin des cartes d’identité vierges ou établies. Elles lui étaient remises par Madame Rimbaut, rue du Château et Edmond Bauduin de Tournai. Les employés de l’Administration Communale de Tournai, Justin Marissal, Edmond Godart, Jean Leroux et Wynant contribuèrent pour beaucoup dans l’établissement des faux papiers. Ils les estampillaient au moyen du sceau communal qui était à leur disposition à l’Hôtel de Ville.
Les prisonniers évadés étaient remis par Armand Meuris de Bruxelles et amenés à Tournai. Ils suivaient la ligne FANAL Belgique-France. Lors de leur arrivée, Demeulemeester se chargeait de la surveillance de l’habitation de Raes installée près des installations ferroviaires de la gare de Tournai. Il se plaçait en éclaireur en tenue de policier sur les voies pour la bonne marche des opérations. Après avoir été hébergés parfois plusieurs nuits et jours, les prisonniers étaient conduits du lieu d’hébergement au train par Raes où Demeulemeester les prenait en charge et les faisait passer la frontière à Leers-Nord (Belgique) et Leers (France) ou à Baisieux vers Lille, Paris et Vierzon. Il fut ainsi porté aide et protection à :
· Jean et Georges Jaenssens de Roubaix ; 
· Georges Loiseau de La Norville-Arpajon ; 
· Robert Bertrand d’Ivry sur Seine ;
· Pierre Potvin de Bordeaux ;
· Emile Laurent, entrepreneur de maçonnerie, demeurant rue de l’Escalette à Uzès (Gard) ;
· Maurice Baltet, demeurant à Mazargues, Marseille, surveillant de prison, évadé du Kommando 700 à Falkensée ; son transfert eut lieu les 29, 30 et 31 août 1943.
 En juin 1942, Demeulemeester fut recruté comme membre effectif du Mouvement clandestin des Comités de Luttes Syndicales par Armand Toumson, avenue d’Audenarde, 79 à Kain, à l’intervention de Marcel Somers décédé au bagne allemand de Manthausen. Il fournit alors des armes et des munitions. Raes cacha pour lui du matériel de sabotage (dynamite, cordon détonant, détonateurs, crayons à retardement et pistolet) dans les dépendances de son immeuble. Ce matériel fut utilisé lors des sabotages exécutés à Menin et à Espierres.
 Dès le 1 mai 1943, il entra dans le S.R.A., service Zéro belge. Il collabora avec l’agent parachuté Maurice Bullet, alias Suze qui logeait chez Alexandre Coupé, rue du Viaduc 33 à Tournai. Léon Dethier, 28, rue du Crampon à Tournai travailla avec ce dernier.
 Les renseignements étaient communiqués par Germaine Dumoulin, dactylo à la Werbestelle. Elle travaillait dans cet organisme allemand, couverte par un groupement de Résistance et selon les instructions que Demeulemeester était appelé à lui donner. Beaucoup d’arrestations purent ainsi être évitées.
 En 1943 également, il releva les plans de l’écluse de Kain sur l’Escaut et repéra les endroits propices pour placer les charges de dynamite en cas de sabotage.
 Ses activités étaient donc multiples. Il s’occupa de la presse clandestine. Il distribua la Libre Belgique, le Partisan, le Drapeau Rouge et le Vigilant. Il émit des tickets de soutien destinés à aider les réfractaires. Il participa à des sabotages, dont celui des ateliers de locomotives, outillage et wagons de Tournai, la nuit du 29 au 30 mai 1943. Il garantit l’entrée et la retraite des saboteurs. Au cours du sinistre, il donna des instructions aux pompiers de travailler avec le moins d’efficacité possible pour l’extinction de l’incendie.

Le 18 juillet 1943, il recommença la même opération. De décembre 1943 à juillet 1944, il commanda sept sabotages de lignes de chemin de fer et de poteaux téléphoniques qui furent exécutés par René Sonck et Léonce Vangansbecq dans les régions de Frasnes-Moustier et Chapelle-à-Wattines. Le 18 juillet 1944, il prit part aux sabotages des lignes de chemin de fer Tournai-Lille, Tournai-Bruxelles, Tournai-Renaix et Tournai-Mons.
 Le 11 août 1944, il prépara le vol des pistolets du bureau de police de Tournai par la compagnie Robert Lelong de Jollain, action qui fut réussie. Il garantit par sa surveillance l’arrivée et le départ des parachutistes américains tombés à Thieulain et logés chez Fourez, Délétrain et Pottier de Tournai. Il hébergea les réfractaires Paul Vallée de Tournai et Mourin El. de Blaton.

Nous ne saurions clôturer cette évocation sans rappeler le rôle primordial qu’il joua au sein du Corps des Volontaires Pompiers de Tournai.
 Se conformant aux instructions données par ses chefs, il contacta en mai 1943, Raymond Fiévet, membre du Corps des Pompiers qu’il connaissait depuis de nombreuses années. Il lui demanda s’il croyait possible de constituer un groupement de résistance au sein du Corps des Pompiers de Tournai. Comme l’état-major du corps qui devait démissionner après les hostilités ne jouissait plus à cette époque de la considération des membres, Raymond Fiévet entra en relation avec Charles Cambier, adjudant, qui commandait presque tous les détachements qui se rendaient au feu. Demeulemeester obtint son accord pour qu’il se mette sous ses ordres. Cambier et Fiévet désirant faire couvrir leur action par un officier du Corps fixèrent leur choix sur le lieutenant Béghin. Celui-ci accepta spontanément.

Au cours d’une réunion, Demeulemeester exposa à Béghin, Cambier et Fiévet ce qu’il attendait d’eux :

· ne pas enrayer par une action trop énergique les sabotages provoqués par les Résistants ;
· propager le feu chaque fois que la chose serait possible et plus particulièrement pour les wagons de lin et de paille ;
· mettre le plus possible de wagons hors service en boycottant les boîtes à huile ;
· retarder, autant que faire se peut, l’envoi des secours ;
· agir avec le maximum de discrétion pour éviter que le mouvement ne fût découvert.

 Toutes les opérations commandées furent exécutées et menées à bonne fin. Qu’on en juge :

· diffusion du Franc-Tireur, du Vigilant, de la Libre Belgique... 
· solidarité en nature pour réfractaires et nécessiteux ;
· fourniture de cartes d’identité, de passeports et de faux certificats de travail ;
· incendie des wagons ;
· 30 mars et 18 mai 1943, en gare de Tournai, négligences «graves» pour dérouter le service, augmentation de l’embouteillage et extension du sinistre par exécution passive ;
· mai 1944, les pompiers laissèrent brûler les câbles internationaux isolant complètement la ville ;
· hébergement de réfractaires (Armand Liétar, Henri Daphnis, René Constant, Roger Lodiso, Charles Delcourt...) et des évadés du mur de l’Atlantique (hospitalité de passage) ; 
· à la Libération, opérations accessoires consécutives aux divers combats et services de solidarité.

Chaque homme se rendit parfaitement compte que les instructions données étaient en contradiction flagrante avec les principes élémentaires de l’extinction des feux et ils les exécutaient avec la conviction intime qu’ils agissaient suivant les directives d’un mouvement de Résistance. Pendant plus de 18 mois, les pompiers furent à l’action et aucun d’eux ne fut arrêté. Ce groupement comportait 49 hommes :

BEGHIN Léon 
DEWASME Emile
CAMBIER Charles 
VANHOLLEBECKE Oscar
FIEVET Raymond 
VERHACK Arthur
VERBANCQ Louis 
VERCRUYSSE Omer
PIPERS René 
VANDENBULCKE Emile
RENAUX André 
DEBRAINE Camille
DECANCQ Gérard 
DELANNOY Robert
VANHOLLEBECKE Alphonse 
DELGRANGE Edgar
DELVIGNE Valère 
DESPRET André
DE HOSTE Désiré 
DE CLERCQ Albert
DEBAUDRENGHIEN René 
COUSSEMENT Fernand
MESSIAEN Charles 
BUCHON Lucien
MERCIER Léon 
LANDRIEU Jacques
CAPON Paul 
LANDRIEU Henri
MESPREUVE Maurice 
LEFEBVRE Henri
PANNIER René 
LECHEVIN Henri
DIERCKX Léon 
LEVEAU Lucien
BOUCART Marcel 
MARCHAND Gaston
FOUCART Hector 
MARCHAND Valère
DECORNE Charles 
MIDAVAINE Charles
DUHAUT Gérard 
MEAUX Gérard
LEROY Léon 
MONDO Léopold
FERRAIN Valère 
FERNEZ Marc
HOUYEZ Jean 
DECAMP Jean 
CAPON Florimond

Dix-huit furent reconnus Résistant armé ; trente furent refusés, suite à une opposition ne contestant pas les faits, mais prétendant que les intéressés n’étaient pas affiliés à un mouvement de Résistance puisqu’ils n’avaient pas prêté serment... Tous déclarèrent qu’ils n’auraient pas obtempéré aux instructions de leurs chefs si celles-ci avaient été contraires à leurs sentiments patriotiques...