Les considérables possessions des Templiers dans la région de Tournai étaient très anciennes et consistaient en possessions forestières. Quand Baudouin de Rumes partit pour la Terre-Sainte le 7 juillet 1190, il fit don aux Templiers de 36 bonniers de terres dans les bois de Tournai et pria tous ceux qui étaient bien disposés à l'égard de l'Ordre d'en respecter les droits. Quand, en février 1206, Baudouin eut vendu son bois de Rumes, il s'attacha à préserver les droits des Templiers sur 12 bonniers de celui-ci ou à les indemniser totalement au cas où ils viendraient à perdre ce bien.
Ce fut une situation équivoque qui fit l'objet de différends répétés entre les sieurs de Rumes et les Templiers.
Par un acte de 1230, Robodon de Rumes, frère et successeur de Baudouin, s'opposa au don de 36 bonniers de terre par ce dernier. Les Templiers ne se laissèrent pas faire et se plaignirent de cette situation à Rome. Les archidiacres et deux chanoines d'Arras se chargèrent de l'enquête « ex autoritate apostolica ». Robodon n'en attendit pas le verdict et précéda la commission en arrivant à un arrangement avec les Templiers : dans un acte du 5 juillet 1213, il confirma le don à l'Ordre de 24 bonniers de terres dans le bois de Tournai. Ainsi y ajouta-t-il : « Je confirme le don fait par mon frère "Baudouin li Caron" (ou li Charnus) qui est décédé en terre sainte ». En fait, il diminuait par un geste apparemment royal, le don précédemment mentionné de 12 bonniers faisant partie du bois de Rumes. Les archidiacres et les deux chanoines d'Arras, placés devant le fait accompli, ne purent rien faire d'autre que d'acter l'accord intervenu entretemps.
Avant son décès, Robodon revint à de meilleurs sentiments. En présence de l'évêque de Tournai, il déclara solennellement que les 12 bonniers voisins des 24 autres revenaient - eux aussi - aux Templiers. Le fils de Robodon (ou Robertus), Baudouin Li Caron le jeune, successeur futur du premier cité, fut persuadé par l'évêque de Tournai d'abandonner toute idée de contestation quant à cette cession.
L'acte contenait donc, outre la rétrocession des 12 bonniers de bois spoliés par Robodon, l'indubitable approbation de cette décision par son fils, Baudouin le jeune, qui renonçait en termes explicites à tous ses droits d'héritage sur le bien dont question, revenant dès lors aux Templiers. L'avenir devait démontrer qu'il ne s'agissait pas là de paroles. En 1230, quand Baudouin eut succédé à son père comme seigneur de Rumes, il confirma dans un acte très solennel la donation aux Templiers des 32 bonniers de bois.
Ceci se produisit en présence de Willem Lambersart, « praeceptor » - les titres de « praeceptor», « magister » ou « procurator » sont synonymes, ainsi rencontre-t-on les titres de «praeceptor (procurator, magister) fratrum milicie Templi in Flandria », ou « praeceptor in Flandria », ou encore « praeceptor domorum milicie Templi in Flandria »... - de l'ordre du Temple en Flandre en 1230 et de Fr. Saybert, praeceptor de l'ordre à Arras et ancien praeceptor des Flandres. Les 12 bonniers contestés une fois rendus à l'Ordre du Temple, il céda aussi son propre bois, avec comme accès le chemin qui y menait.
Dans le même temps, il renonça aussi à tous ses droits sur le fief de Genech qui avait été donné aux Templiers par le seigneur Amaury de Cobrieux.
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Ferme du Temple
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La commanderie était essentiellement une entreprise agricole : elle récoltait son blé, son foin, son bois, produisait sa viande... et vendait le surplus, tout cela comptabilisé au plus juste. Elle possédait encore ses métairies et ses fermes, dont elle percevait les revenus. Elle touchait l'impôt des « donnats » ou « donats ». Ceux-ci se soustrayaient à l'autorité de leurs seigneurs laïcs ou ecclésiastiques et se « donnaient » au Temple dont ils recevaient protection, aide efficace et immédiate. La politique des Templiers envers les humbles, leur justice, si différentes de celles que pratiquaient habituellement les seigneurs, déconcertaient les esprits sceptiques, éveillaient les haines durables et donnaient lentement corps aux pires calomnies. La
multitude des « donats » se considéraient, par le seul
fait de leur inféodation à l'Ordre, comme dégrevés
de la dime et des redevances seigneuriales; en outre, ils avaient droit
de sépulture dans le cimetière de la Commanderie, privant
encore le clergé de ce bénéfice ad mortem. Ouand
des personnes se « donnaient » au Temple, la formule était
: « Je donne mon corps et mon âme, ma terre et mes honneurs
à la Maison du Temple, entre les mains de Frère ... »
Cet engagement solennel comportait en réalité plus d'avantages
que de devoirs. C'était bénéficier d'une sérieuse
protection... et l'héritage restait à l'Ordre.
Mais le terme de donation recouvrait également un bail à cens (cession d'une terre contre un loyer en argent ou en nature), ou même un acte d'échange, ou l'acte singulier qui consistait à donner un serf, sa famille, sa maison et son jardin, ou plus exactement les droits que l'on pouvait détenir sur cet homme (et que l'évolution sociale avait amoindri au Xllle siècle). Ce qui frappe dans la manière de procéder des Templiers, c'était la fermeté du dessein, c'était la continuité dans l'action, l'habileté et la patience pour rassembler des biens épars et constituer des exploitations rentables plus faciles à cultiver, autrement dit leurs méthodes de remembrement. De même déboisaient-ils quand ils le jugeaient opportun; aménageaient-ils des étangs et drainaient-ils les champs inondés. L'histoire de la commanderie de Saint-Léger commence dans l'état des connaissances actuelles par l'abandon ou « donnat » aux Templiers de Flandre des alleux que Gossuin Fastret y tenait du châtelain de Tournai (décembre 1238) y compris son fief du châtelain Arnoul de Mortagne. Ce don important fit sans doute prendre aux Templiers la décision de choisir Saint-Léger comme siège pour une nouvelle maison dans la châtellenie de Tournai.
Les châtelains de Tournai furent les dignes émules de leurs souverains suzerains, les comtes de Flandre. Diverses commanderies, tout comme les Templiers en général reçurent leurs libéralités et leurs largesses. En 1244, au mois d'août, Arnoul de Mortagne, châtelain de Tournai notifia le don fait par Alard de Hainemont, vassal du vicomte de Tournai van Borghiele et Jehan Mousnier son frère qui cédèrent au Temple ce qu'ils avaient à Lovaing-Luigne ainsi que les parties en fief et qu'ils tenaient de lui en justices, en rentes et en héritages le tout en pleine franchise, sauf deux bonniers et demi qu'ils devaient " en droitures au château de Mortaigne de coi lil les paioient ". Le châtelain reconnaissait que le Temple tenait ses manoirs, rentes et héritages de Saint-Léger aussi franchement que l'on tenait les autres alleux de Tournai. |