| 1319 : « la
Paix de Saint-Léger ».
Avant d'évoquer
les clauses du traité signé entre le Roi de France et le Comte
de Flandre, il nous faut nous replacer dans le contexte historique pour mieux
percevoir la genèse de l'événement qui s'est déroulé
à Saint-Léger.
Par sa victoire à
la bataille des Eperons d'or en 1302, la Flandre avait sauvé son
indépendance. Si la bataille de Mons-en-Pévèle
(1304) fut indécise, la flotte flamande fut détruite à
Zierickzee. Le comte de Flandre dut alors consentir au dur traité
d'Athis-sur-Orge (1310) qui stipulait la cession de Lille, Douai et Béthune
(Flandre gallicante) déjà
occupés par
le roi de France ainsi que la perception d'une forte amende : 400.000 livres
payables dans les quatre ans. Le comte, Robert de Béthune,
se rebiffa et les hostilités devinrent permanentes aux frontières
des deux Etats.
Le pape Jean XXII
intervint alors plusieurs fois pour régler les différends
entre la France et la Flandre. Il voulait organiser une croisade et,
pour cela, il fallait absolument que la paix régnât entre les
deux pays. Il délégua son neveu, le nonce Gaucelin, cardinal-prêtre
du titre des saints Marcelin et Pierre. Il arriva à Tournai
le lundi 25 juin 1319 et descendit à l'abbaye de Saint-Martin.
Celui-ci rédigea le procès-verbal des négociations (conservé
aux Archives de France, sous la référence J 563 A, n°36,
5ème membrane).
La première
partie du rapport que le nonce y a insérée est datée
du 1° septembre 1316. Il s'agit de lettres par lesquelles Raoul,
évêque de Saint-Malo, et Amédée, comte de Savoie,
députés de Philippe, régent de France, interprètent
différents articles du traité de paix conclu entre eux et les
délégués des communes flamandes. Ceux-ci acceptaient
les propositions qui leur avaient été faites au mois de juillet
par Jacques de Maubeuge. Ils y obtenaient, d'une part, que les relations
commerciales fussent rétablies. D'autre part, les délégués
du régent exigeaient que le comte prit part à la croisade qui
serait prêchée par le pape, que les châteaux de Courtrai
et de Cassel fussent démolis et que les châtellenies de Lille,
Douai et Béthune ne pussent plus être réclamées
par le comte de Flandre, moyennant quoi l'amende serait réduite de
200.000 livres. Les troubles qui agitaient la France à ce moment
empêchèrent l'exécution de ce traité.
Ce rapport relate
les faits qui se passèrent en 1319. Au mois d'août eut
lieu une entrevue à l'abbaye de Saint-Martin à Tournai.
Les délégués des villes flamandes et le légat
du roi de France étaient présents. Après lecture
d'une convention entre les deux partis, les délégués
des villes promirent sur l'Evangile d'observer cette convention. Ils
promirent de renouveler leur serment tous les cinq ans. Cependant,
ils ne voulurent pas accepter de payer les 200.000 livres stipulées
par le traité du 1" septembre 1316.
Visite du Nonce
Le nonce vint, le
20 août, à Saint-Léger à la maison du Temple.
Le comte de Flandre en personne, Robert de Béthune, comparut devant
lui. Maître Rodorii, chanoine de Limoges, et l'évêque
de Meaux, tous deux délégués du roi de France, étaient
également présents. Le nonce lut la lettre de procuration
du pape en langue française. Le comte déclara vouloir
délibérer sur ces propositions avec les fidèles qui
l'accompagnaient. Une discussion s'engagea. Le comte voulait
bien montrer sa bonne volonté, par révérence à
l'égard de sa Mère la Sainte Eglise et à l'égard
du pape, néanmoins bien des choses dans le traité lui étaient
difficilement acceptables. Finalement, le comte voulut obéir
aux ordres de Rome sans poser de conditions. Il s'agenouilla devant
le nonce et jura sur les Evangiles d'observer les dites conditions, à
savoir ne plus s'insurger contre la perte des communes de la Flandre Gallicante,
et ne pas payer la grande amende.
Les délégués du roi de France jurèrent au nom
du roi, d'observer ces conventions et de ne point imposer l'amende.
Ils promirent que le frère du roi, les comtes de Valois, de Bourbon
et de Saint-Pol, ainsi que les pairs de France, observeraient ces conventions.
Quand Gaucelin revint à Tournai, où il prit soin de faire
savoir le succès diplomatique qu'il avait remporté «
omnia collegia, dit le chroniqueur Li MUISIT, et personoe seculares quamplurioe,
tam viri quam mulieres, in ecclesia Beate Marie convenerunt, iveruntque sibi
obviam cum nobili processions, honorifice, gaudentes et loetantes cum pulsation
omnium campanarum. Et convenit pene tota civitas gratias Deo agens.
»
Il quitta Tournai
le mercredi 29 août 1319. Cet enthousiasme des Tournaisiens du
XIV°siècle pour la paix était très compréhensible
si l'on songe que, placés comme ils l'étaient à l'extrême
frontière de la France, sur la limite du comté de Flandre,
ils avaient plus que quiconque à souffrir de ces éternelles
guerres de Flandre qui recommençaient sans cesse depuis plus de vingt
ans.
Le lendemain de cette
entrevue à Saint-Léger avec le comte Robert, comparurent devant
le nonce, dans l'abbaye Saint-Martin, à Tournai, maître Rodorii
et les représentants des communes flamandes (Bourbourg, Bailleul, Bergues,
Furnes, Roulers, Courtrai, Bruges, Aardenburg, Nieuport, l'Ecluse), les chevaliers
de Stavele et de Schore, les délégués de Furnes et
de VeurneAmbacht, Poperingue, Estaires, Dunkerque, Gravelines, Warneton,
Messines, Audenarde.
Le 11 septembre 1319,
le pape Jean XXII adressa une lettre au comte Robert où il exprimait
sa joie de ce qu'il avait en bon prince chrétien, enfin conclu la
paix avec la France et où il s'engageait à respecter le contrat.
Mais les difficultés
ne cessèrent pas tout de suite, car le comte ne pouvait se résoudre
à abandonner les trois châtellenies. Cependant, les communes,
lasses de longues guerres, voulaient céder ces territoires.
Le 5 mai 1320, la paix fut enfin définitivement conclue et le comte
de Flandre se rendit à Paris la jurer sur l'évangile et faire
hommage au roi de France, Philippe V le Long.
Pourquoi
avait-on choisi, pour négocier un traité de paix (appelé
parfois « la paix de Tournay »), le petit village de Saint-Léger
? Cela les chroniqueurs Jacques MUEVIN et Gilles Le MUISIT ne le disent
pas. Il nous faut supposer que la situation géographique de
ce village, placé à cheval sur la frontière, d'une part,
et de l'autre, l'importance des bâtiments de la maison des Templiers
à Saint-Léger, auraient contribué à faire désigner
ce lieu comme un endroit propice pour la réunion d'un grand nombre
de dignitaires flamands et français.
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