LA PÉRIODE PRÉ-TEMPLIÈRE
Le village de Saint-Léger tire son nom du patron de son église, ce qui fait supposer que l’église ou peut-être même la modeste chapelle placée sous le patronyme de Saint-Léger existait avant que le territoire qui l’entourait ne soit appelé de la sorte. On y aurait découvert des pièces de monnaie romaines en or de Domitien, des vases et des pièces de monnaie en bronze de Licinius et de Constantin.
Saint Léger, évêque d’Autun, chef-lieu d’arrondissement dans le département de Saône-et-Loire, a subi le martyre et fut béatifié par la suite. Pourquoi l’église porte-t-elle son nom ? Cet évêque serait-il venu évangéliser notre région avant d’être appelé à de plus hautes fonctions ? C’est peu probable. Ce qui est plus vraisemblable, c’est que lors de la consécration du premier oratoire chrétien en ce lieu, on le dota d’une relique du saint et que, par la suite, le territoire avoisinant fut appelé Saint-Léger.
Vie de ce saint

Léodegar ou Ludgar, d’après son nom de naissance, naquit en Austrasie sur les bords du Rhin, vers l’an 615, sous le règne de Clothaire II. Sa mère était sainte Sigrade, son frère appelé Warein subit le martyre lors des supplices infligés à saint Léger.
Celui-ci reçut son éducation à l’école du palais, alors à son apogée. Plus tard, il étudia à Poitiers, où bientôt il reçut la dignité de diacre, puis celle d’archidiacre et pendant une quinzaine d’armés, il travailla à la prospérité du diocèse de Poitiers.
Il devint ensuite moine à l’abbaye de Saint-Maixent en 650, où bientôt il fut élu abbé. Léodegar s’en jugeant indigne refusa d’abord cette dignité mais devant les ordres de son évêque, il s’y soumit. En 656, appelé à la cour par la reine Bathilde, veuve du roi Clovis II, il fut chargé de l’éducation des enfants royaux Clothaire III, Childéric II et Théodoric, en même temps que de l’administration du pays. Il se sépara de ses frères avec le plus grand chagrin et bientôt après, il prit la charge de recteur du palais et de chef de la chapelle mérovingienne. Après la mort de l’évêque d’Autun, Léodegar fut appelé à lui succéder et à cette occasion, il assembla en sa ville épiscopale tous les évêques de la Gaule pour un conseil général.

Tout en étant évêque, il continua à prendre part aux affaires publiques de l’Etat, pendant le règne successif des trois frères Clothaire III, Childéric II et Théodoric et son intervention, toujours dictée par la justice, provoqua contre lui la haine d’Ebroïn, l’ambitieux maire du palais.
Après l’avènement de Childéric II, Léodegar, protestant contre le mariage irrégulier du roi, excita sa colère et sa vie courut un grand danger. Après la mort de ce roi en 673, il défendit la cause de Théodoric et les droits de l’église contre les intrigues d’Ebroïn. Assiégé par ce dernier dans sa ville épiscopale et préférant le supplice au sac de celle-ci, il se rendit à ses ennemis. Ceux-ci alors lui arrachèrent les yeux. C’est pour cela qu’on le vénère pour les maladies de la vue.
Un peu plus tard, Ebroïn lui fit aussi arracher la langue, déchirer les lèvres et mutiler par tout le corps et ordonna en même temps de tuer Warein, le frère de saint Léger, dans les plus affreux tourments.
Après ces tortures, Léodegar fut confié au monastère de Fécamp, près du Havre où il demeura pendant deux ans et où il recouvra l’usage de la parole. Au concile de Marly-le-Roi, il fut pour ainsi dire réhabilité en son honneur et en ses dignités, mais Ebroïn, dont la haine n’était pas encore assouvie, l’accusa alors d’attentat sur la vie de Childéric et le fit condamner à mort, ordonnant que son corps fût jeté au fond d’une citerne inconnue après qu’on l’eût décapité.
Quatre bourreaux le menèrent donc dans une forêt et recherchèrent  en vain une citerne, trois d’entre eux se convertirent et demandèrent leur pardon, le quatrième l’exécuta, mais après que la tête du martyr fut tranchée, le corps demeura debout pendant une heure entière; le bourreau frappa du pied le corps de Léger pour le faire tomber, mais pris d’un délire soudain, il se jeta lui-même dans le feu d’un bûcher qu’il avait préparé pour brûler le cadavre parce qu’il n’avait pas trouvé de citerne. Il y brûla tout vif. C’était le 2 octobre 678 : c’est à cette date qu’on célèbre la fête annuelle de saint Léger. Il se trouvait dans cette forêt un oratoire. Une noble dame y fit enterrer le corps du saint avec les habits qu’il portait au moment de son exécution.
Ebroïn, l’injuste persécuteur, fut tué par ses soldats. Théodoric, roi d’Austrasie, délivré du joug d’Ebroïn, demanda pardon pour le meurtre qu’il avait permis et institua un plaidoyer pour rendre les honneurs posthumes à Léodegar. Le corps de Léger fut amené solennellement à Poitiers.
Ses reliques furent partagées et vénérées dans de nombreux diocèses et beaucoup de communes prirent son nom, tant en France qu’en Belgique. Il fut canonisé et inscrit au martyrologe et une messe fut composée en son honneur.
Référence historique

La première indication historique de Saint-Léger date de 1095. A cette date, l’évêque de Noyon-Tournai, Radbod II, donna en effet l’autel de Saint-Léger au chapitre de la cathédrale de Tournai.
La plus ancienne mention - authentique - du culte à Saint-Léger remonte à 1108. Elle est comprise dans une bulle du pape  Pascal II (1) adressée au doyen et au Chapitre cathédral de Tournai, confirmant à cette date toutes les possessions de la cathédrale. Parmi les propriétés de la cathédrale figure l’« Ecclesia Sancti Leodegarii, cum decima sua ».
C’est dire qu’à ce moment, il y avait effectivement un culte à Saint-Léger; que des revenus (la dîme) assuraient l’entretien du bâtiment et du desservant; que ce dernier était normalement nommé par le Chapitre cathédral, propriétaire; et qu’il ne fut pas impossible que ce desservant eût pu être, au XIIe siècle, un chanoine de Notre-Dame de Tournai.

Cette appartenance au Chapitre de la cathédrale de Tournai fut confirmée en 1190 par la bulle du pape Clément III « Aetare S. Leodegarii ».
Le Chapitre fut donc collateur de la cure; au XVIIe siècle, on estimait qu’il possédait les 2 tiers des « grosses dîmes », où on recevait 9 du cent. Le pasteur avait l’autre tiers, avec toutes les menues dîmes et la dîme entière des novalles, qui se payaient seulement au 30e. Il possédait de plus sept bonniers de terres (2)
La paroisse fit partie du doyenné d’Helchin puis, de 1589 à 1593, de l’éphémère doyenné de Tourcoing pour rester jusqu’à la fin de l’Ancien Régime dans le doyenné d’Helchin wallon où on la signalait à la fin du XVIIe siècle. A partir de la réorganisation de 1803, elle appartint au doyenné de Templeuve. Depuis le 1° janvier 1979, elle fut intégrée au doyenné de Pecq-Estaimpuis. 

Le nom même du village évolua au fil du temps :

1291 Santus Leogardus. Chronique de Li Musis.
1302 Saint-Leogarde. Cartulaire des comtes de Flandre. 
1589 Saint Legier. Décret de l’évêque Vanduille.

(1) L’original de cette bulle a brûlé en août 1566 lors du saccage des Archives de la cathédrale de Tournai par les Iconoclastes.
(2) Le bonnier de Tournai valait en général 1,1724 ha; il se subdivisait en 1600 verges, le cent (ou seizième de bonnier) étant utilisé comme division intermédiaire.

- Photos : intérieur du clocher de l’église -