Frasnes

A Frasnes, l’opération consistait à dynamiter la voie avant le passage du premier convoi de façon à bloquer le trafic des trains de mineurs vers le charbonnage de Bernissart. Il fallait que l’action se fasse avant que le train ne quitte la gare en amont à Anvaing afin de le stopper à temps. Tous les renseignements précis, heure, endroit, avaient été communiqués. Reth (Henneghien) était à la cabine d’aiguillages. L’heure avançait et toujours pas de détonations ! Brusquement, le train fut annoncé. Impossibilité de faire revenir le convoi ! Etant donné que les charges n’avaient pas explosé, l’alerte n’avait pas été donnée et le train avait quitté Anvaing ! Soudain, une déflagration, le sabotage avait réussi... Le danger était grand. Le train transportant des compatriotes devait fatalement dérailler ! Un difficile cas de conscience se posa à Reth. Au risque d’être repéré, il prit son vélo et à toute vitesse arriva à temps pour stopper le convoi à une dizaine de mètres du lieu de sabotage...

Young Henry et Woodbury

Le 22 août 1944, un groupe composé d’Eugène, Billy, Young et Woodbury, ces derniers mitrailleurs d’un avion abattu, le premier hébergé à Montreuil-sur-Haine et l’autre chez Dominique, Léonidas, Xavier, Julot, Tino, Louis et Jean-Marie sabota la voie du chemin de fer Valenciennes-Mons sur le territoire de la commune de Quiévrain. A l’endroit où la ligne trace une courbe, le commando paralysa tout le trafic en abattant les poteaux téléphoniques et télégraphiques qui la jalonnaient. Ceux-ci étaient particulièrement nombreux à cette époque. Actuellement, ils sont plus distants étant donné que les fils sont supportés par des câbles. Le technicien de l’opération fut Henry Young. Avant de s’engager dans l’aviation, celui-ci avait été entrepreneur à Mexico. Il descendait d’une famille de Detroit dont le père marié à une Indienne exerçait la même profession. Ce fut au cours de son onzième raid sur Frankfort qu’il fut abattu. Son avion tomba dans la région de Willaupuis et il fut pris en charge par la Résistance. Scarlett l’avait emmené chez Dominique (Horlent). Sa formation professionnelle aida considérablement les Résistants. Ce fut lui qui donna les instructions nécessaires pour travailler à bon escient sans trop user de dynamite, matériau encore trop rare pour être gaspillé. Les poteaux tombèrent et des rails furent enlevés. Malheureusement, un train sanitaire allemand dérailla vers cinq heures du matin, les renseignements fournis aux Résistants sur la nature du convoi avaient été erronés. La locomotive et le premier wagon furent renversés. Le reste du train contenant les blessés fut acheminé vers l’arrière en gare de Quiévrain. L’interruption du trafic dura trois jours. De nombreuses fois, cette ligne fut perturbée. Des trains transportant du matériel de guerre l’empruntaient fréquemment.


Dernier hommage aux victimes de la Libération
Fretin, Hainaut et Marong
Avant-plan : tranchées de la Défense passive
face à l'Hôtel de Ville
(Péruwelz)

Train Mitropa

De nombreux permissionnaires revenaient également chez eux par le train international allemand Mitropa, faisant la liaison régulière Paris-Berlin par Charleroi et Erquelinnes. Le 12 juillet 1944 à 2 h 45 (matin) un groupe de Résistants, dont Frank, dynamita le pont de Morlimont enjambant la Sambre à Moustier-sur-Sambre. Des charges furent placées aux extrémités, le pont s’effondra et le train plongea dans la Sambre causant de nombreux dégâts. Suite à cette opération, Frank, hébergé chez Flora Buchin, eut pour mission d’aller en gare d’Erquelinnes pour y prendre des bestiaux. Il était accompagné entre autres de Jules Vangansberg. Les Allemands les surprirent le long des voies. Six hommes furent pris ; quatre furent conduits comme travailleurs obligatoires en Allemagne et deux à Charleroi dont Vangansberg. Ceux-ci furent libérés par la suite et restèrent cachés durant toute la guerre. Frank, déjà très expérimenté, parvint à fuir. En sautant un mur garni de tessons de bouteilles, il se blessa aux mains puis en plongeant dans la Sambre, il se blessa grièvement au front, sur les fondations d’un pont dynamité en 1940.

Gare de Leuze

Le 27 janvier 1944, une quinzaine de Résistants étaient partis de Moustier. Ils avaient pour mission de tenir en respect les Allemands qui gardaient la gare de Leuze et les bâtiments annexes. Cette opération permettrait ainsi le sabotage de la cabine et la neutralisation de la sortie ferroviaire de Leuze vers Ath et Renaix. En passant sur la passerelle, entre les rues du Bois Blanc et Tour Saint-Pierre, Reth montra aux hommes le travail à exécuter. Ils déposèrent les vélos contre la façade du café Péruwelzien et se réunirent au café de la Poste tenu par Lucienne Bertrand. Là, ils se concertèrent. Il était convenu d’amener les Allemands de faction au passage à niveau, à se rendre. Il n’entrait pas dans leurs intentions de les abattre. Le groupe de choc composé de Leroy Emile, Wachel François et Gaston, Gennotte (Nandy) arriva sur le quai du chemin de fer. Les autres hommes attendaient dans le café, chacun portant les charges et la cigarette allumée pour amorcer les cordons détonants. Au moment de passer à l’action vers 19 heures, l’éclairage public s’éteignit par hasard ce qui facilita considérablement les choses. De plus, il bruinait. Tino s’adressa aux deux sentinelles en leur criant : « Haut les mains ! » Un des Allemands se rendit immédiatement mais l’autre tira un coup de feu. Wachel instinctivement lâcha une rafale, l’un fut tué, l’autre mourut quelques jours après. Ils revinrent immédiatement au café. Une brigade d’Allemands logeait à quelques centaines de mètres de là. Pensant qu’ils allaient intervenir, les Résistants quittèrent les lieux au plus vite. Hélas, pour eux, ils ne vinrent que trois quarts d’heure plus tard pour voir ce qui s’était passé. Si les Résistants avaient pu prévoir cela, il leur eût été loisible d’exécuter quand même la mission. L’ordre de repli fut donc donné. Ils ne pouvaient faire face, l’adversaire était en nombre. Les armes furent enterrées au café de la Poste, grave erreur qui aurait pu coûter cher pour le retour au cas où ils auraient dû faire le coup de feu avec une patrouille. Un groupe retourna vers Frasnes à travers bois et champs, sans rencontrer âme qui vive.
Par contre, Milo, Wachel et Tino arrivèrent à proximité de la Grand-Place. Ils entrèrent d’office arme au poing dans une maison de la Grand-Rue pour s’y cacher momentanément. Ils devaient quitter au plus tôt Leuze. Tino (Wachel Gaston) sortit pour faire une reconnaissance sur la place. A brûle-pourpoint, il vit de la lumière dans une maison. Il entra et tomba nez à nez avec un coiffeur qui malgré son arme le mit à la porte manu militari. Il sortit. Une vieille dame et une jeune fille passaient. Tino s’élança sur elles et après leur avoir expliqué brièvement ce qui s’était passé, il leur intima l’ordre de les sortir de Leuze par n’importe quel moyen. Sans rechigner aucunement et contente d’aider des Résistants, la personne conduisit le trio hors de la ville jusqu’à Vieux-Leuze. Sur la route, ils durent se tapir dans un champ de luzerne. Une voiture allemande munie de puissants projecteurs venant de Péruwelz inspectait les abords du chemin. Ce dernier incident passé, ils purent revenir en toute sécurité par Willaupuis et passèrent la nuit chez Julia Fastrez. A signaler que parallèlement au sabotage de Leuze, le groupe de Roland (Bachy Raymond), en diversion, neutralisait quatre locomotives en gare de Blaton. Le lendemain, les Allemands fouillèrent la contrée ; ils firent venir un chien policier. Au passage à niveau, il se dirigea vers le quai. Les Allemands crurent que le groupe avait pris le train vers Ath parce que peu de minutes après l’opération, un convoi était effectivement passé à Leuze en direction d’Ath. Les Allemands investirent Leuze. Ils eurent vent que les Résistants s’étaient rendus au café de la Poste. Ils fouillèrent tout de fond en comble et emmenèrent le patron du café à l’Hôtel de Ville. Bertrand tenta de fuir et il y réussit, mais au cours de son évasion, il se cassa la cheville. Il resta caché dans une des caves de la maison communale jusqu’à la nuit, après le départ des Allemands. Il fut alors transporté à la clinique du docteur Lemaire par un camarade ayant réussi à fuir lui aussi, et qui était resté près de lui pour l’aider. Le 2 février, les Allemands revinrent au café de la Poste et y effectuèrent une perquisition approfondie, allant jusqu’à démolir les cheminées, mais sans résultat, tout le matériel avait été mis en sécurité le 27 janvier dans la soirée. A noter que sa fille Christiane travaillait également comme courrier d’Etat-Major dans la Résistance, sous le nom de Rose.


Américains à la Ferté (Péruwelz)

Cabine d’Ath et bombardement allié

Pour éviter qu’Ath, noeud ferroviaire important, ne fût bombardé, la Résistance passa à l’action en 1944. Tout fut minutieusement préparé et coordonné. Des lumières devaient être déposées au seuil de la cabine, cela voulait dire que le champ était libre et que les Résistants pouvaient opérer. Pour la sécurité de ses hommes, Carlos Lenvain avait exigé de laisser les révolvers au départ dans son bureau. Ce fut donc sans armes que les « terroristes » allaient accomplir leur dangereuse mission. Ils pénétrèrent, au signal convenu, dans la cabine où se trouvaient le sous-chef et le personnel de service soit cinq ou six hommes, en criant : « Haut les mains, que personne ne bouge ! ». Docilement, les employés exécutèrent le mouvement et Carlos accompagné de Cordier posèrent leurs charges, ce qui s’accomplit avec rapidité sous les regards effrayés du personnel. Les mèches allumées, ordre fut donné aux employés de retourner tranquillement vers la gare afin de prévenir leurs collègues du sabotage. Ils devaient déclarer aux Allemands que l’attentat avait été commis par « six individus afflubés de salopettes kaki et armés chacun d’une mitraillette ». Ce qui fut fait pour, évidemment, détourner les recherches. Trois explosions secouèrent la ville pendant qu’à la tour de Saint-Julien, l’horloge marquait sept heures. La cabine avait cessé d’exister, la gare était bloquée et les Allemands affolés étaient dans une colère indescriptible. Mais ce n’était pas tout : l’explosion d’Ath devait être le signal des détonations dans le voisinage. Pendant ce temps, Delange fila à vélo rejoindre ses hommes afin de faire sauter la voie à Villers-Saint-Amand ; Pollart et Dutilleux dynamitèrent les rails de la ligne 94 à Irchonwelz. Destrebecq détruisit la même ligne à la sortie d’Ath, il fut aidé en cela par son fils Louis âgé de quinze ans ; Il accomplit ce travail après avoir eu maille à partir avec des Allemands rencontrés le long de la voie. Cordier dynamita à Irchonwelz encore la ligne de Blaton. Les équipes de Lessines sabotèrent la voie entre Lessines et Bassily en trois ou quatre endroits. A Meslin-l’Evêque, l’équipe Boisdenghien opéra sur la ligne 94 en quatre endroits, pendant que ceux de Gibecq travaillaient sur cette même ligne qu’ils sabotèrent en trois points différents. André Rasson et son équipe étaient à l’oeuvre sur la ligne 90 à Mévergnies et la cellule de Maffle dynamitait les lignes 90 et 100. Par vingt-trois fois ce soir-là, de 19 heures à 21 heures 20, les explosions ébranlèrent l’atmosphère. Elles tonnèrent dans la nuit silencieuse comme autant de coups de gong annonciateurs de la victoire et de la délivrance proches ! Elles furent pour l’occupant la preuve flagrante et angoissante qu’une organisation puissante, bien équipée et froidement résolue était devant eux et qu’il devait compter avec elle.
Les résultats de cette vaste opération ? La gare d’Ath bloquée totalement pendant 36 heures, les transports allemands complètement désorganisés dans toute la région, des heures innombrables de travail perdues pour leur main-d’oeuvre et chose bien plus importante pour la ville : l’aviation alliée ne dut pas bombarder la gare athoise ! Rien que ce fait dut valoir à la Résistance la reconnaissance des Athois car c’était d’accord avec le haut commandement allié que les sabotages d’Ath et de la région auraient pour effet de ne pas soumettre la ville au bombardement. Ce succès ne ralentit pas l’activité des Résistants : six jours après, c’était la cabine située à la sortie de la gare d’Ath près du chantier houiller qui sautait à son tour... Les actions nombreuses et soutenues des Résistants contre les chemins de fer, obligèrent l’occupant à utiliser de plus en plus le transport routier. Sans cesser les actions contre le trafic ferroviaire, ils menacèrent gravement la dernière grande ressource de l’ennemi au point de vue communications.


Premier Américain à Callenelle