Sabotages ferroviaires Péruwelz-Ath

Dans le région de Péruwelz et à la gare de Péruwelz, on ne comptait plus le nombre de sabotage. La cabine d’aiguillages de la Verte-Louche et la plaque tournante étaient souvent convoitées par la Résistance. Durant l’hiver 1943, vers la mi-journée, Roland, à ce moment agent de ville, se présenta à la cabine occupée par Germain Planchon et le prévint que les aiguillages seraient minés après le passage du dernier train vers 20 h 30. Le soir même, Roland (Bachy Raymond) et Procureur Albert ( celui-ci participa à la destruction de marchandises appartenant à des traîtres de Péruwelz et notamment un wagon-citerne de vin destiné aux Allemands. Il récupéra de la parafine pour confectionner des briques incendiaires. Il prit part aux engagements de la Libération de Quevaucamps et à Dottignies où il fit plusieurs prisonniers et tua plusieurs Allemands ) sans armes investirent les lieux et maîtrisèrent Planchon qui ne fit d’ailleurs aucune difficulté, patriote lui-même. Cinq charges de dynamite furent placées...deux explosèrent immédiatement ; quant aux trois autres, elles devaient exploser 1 heure 30, trois et six heures après les premières. Le lendemain, au moment où les feldgendarmss gravissaient les marches de la cabine, la dernière sauta ce qui les fit déguerpir aussi vite qu’ils étaient arrivés ; plus personne n’osa approcher jusqu’au lendemain soir ! Quant à Planchon, il fut délivré par Roland en uniforme de représentant de l’ordre sans se rendre compte que l’attentat avait été commis par son libérateur ! La cabine commandait la bifurcation des voies uniques vers Callenelle et vers Vieux-Condé qui comportait 14 signaux fixes, un passage à niveau et deux passages à signalisation automatique routière. Suite aux sabotages, la cabine ne possédait plus aucun enclenchement mécanique ni aucune sécurité électrique. Le service à voie unique vers Callenelle d’un côté et les rétentions en gare de trains pour la bifurcation vers Leuze provoquaient des croisements-évitements de trains très longs ; ceux-ci étaient en gare sur deux voies à cause de l’exiguïté de ces dernières. Le trafic régulier était donc paralysé et les réparations à la cabine étaient parfois très longues. De plus, il fallait mobiliser du personnel supplémentaire pour la faire fonctionner manuellement.


Péniche bombardée et coulée à la Libération
à Callenelle

Plaque tournante

Le 14 décembre 1943, une locomotive s’était engagée sur la plaque tournante pour repartir vers Mons avec un train de marchandises. Le mécanicien et le chauffeur étaient occupés à nettoyer le feu. Surcouf (Delmeulle) et Antoine étaient à proximité de la machine mais ne pouvaient l’approcher. C’était un va-et-vient continu, soit que les Allemands surveillaient les abords de la gare, soit qu’un employé venait parler au machiniste. Quelques secondes d’inattention néanmoins suffirent pour placer la charge entre la bielle principale et la roue antérieure. Celle-ci sauta et la locomotive resta immobilisée, obstruant ainsi la plaque tournante jusqu’au lendemain. Les Allemands tirèrent des coups de feu à l’aveuglette mais sans résultat. Le mécanisme même de la plaque fut souvent saboté. Sans elle, les locomotives ne pouvaient plus reprendre leur position frontale.

Péruwelz-Anzin

La ligne de chemin de fer français Péruwelz-Anzin connut elle aussi des sabotages. Les Allemands y convoyaient, outre du matériel de guerre, du ravitaillement et des chevaux. Les  Résistants firent sauter aussi les rails du pont de Grosmont plutôt que les rails normaux ; à cet endroit, ils mesuraient septante mètres. Ils devaient être d’une seule pièce pour éviter les chocs abusifs sur le pont. Les Allemands étaient alors contraints de remplacer entièrement la voie d’un bout à l’autre, ce qui demandait beaucoup de temps étant donné que ces rails étaient rares et peu ordinaires. Leur conformation était spéciale. Les extrémités étaient coupées en biais comme ceux utilisés pour les aiguillages permettant une dilatation plus aisée vu leur longueur excessive.

Sablière de Maubray

La sablière de Maubray connut le même sort. La déviation du chemin de fer ainsi que les machines d’extraction du sable furent souvent rendues inutilisables suite aux sabotages répétés. Celui du 15 janvier 1944, eut des répercussions jusqu’en Flandre. Vers 18 heures, Devaux Marcel, Delplanque Marcel et Dumont André de la Compagnie Bon Combat mirent le chantier hors d’usage. L’installation électrique, deux gros moteurs, un treuil et une pelle automatique furent détruits. Par voie de conséquence, les fonderies de Gand durent stopper pour un temps leurs activités. L’opération était d’importance, car les convois de sable utilisé pour les moules, étaient dirigés vers le littoral et contribuaient également à la construction du mur de l’Atlantique. D’autres moyens furent également utilisés. Le plus souvent, les roues des wagons stationnant sur les voies de garage, explosaient ce qui paralysait totalement les transports.


Piper-club d'observation ayant atterri entre le Queminet
et le Mont-de-Péruwelz

Pont du canal

Fin juin 1944, une opération spectaculaire faillit causer des dégâts considérables. Le groupe de Chinic (Pottier Arthur) comprenant, entre autre, Désiré Pottiez, Mention, Permanne, Frédéric, etc... décida de dynamiter le pont du chemin de fer enjambant le canal entre Pommeroeul et Hautrage afin d’empêcher l’envoi de troupes allemandes vers le front de Normandie. Les charges furent posées contre les piles, elles explosèrent mais le pont ne s’affaissa pas. Comme les Allemands avaient commencé les réparations, la décision fut prise alors par Roland et Chinic d’y faire passer un train. Ils escomptaient bien que celui-ci, par son poids achèverait le travail et ferait s’écrouler l’ouvrage d’art. Les Résistants sous la direction de Fougnies Raymond, qui avait passé la nuit chez Raoul Flasse près de la gare de Pommeroeul, prirent position dans le bois entre Harchies et le village précité. L’opération consistait à arrêter un train régulier venant de Blaton et de faire descendre les voyageurs et les mineurs. Ceux-ci auraient été momentanément gardés pour éviter toute fuite de renseignements. L’ennemi devait ignorer ce qui allait se passer. Les signaux furent neutralisés. Alphonse Marlot se rendit à la gare pour y sectionner les fils téléphoniques et les Partisans attendirent patiemment jusqu’à 9 heures. Le train n’arriva jamais ! C’est alors qu’ils apprirent qu’il y avait eu une alerte aérienne à Blaton et que le train avait été empêché de poursuivre sa route. Une locomotive qui effectuait les manoeuvres à Blaton fut envoyée vers Hautrage, mais elle, non plus, n’atteignit sa destination prévue. Mitraillée par un chasseur américain, elle stoppa par manque de pression... Et le pont resta intact...
Il ne faut pas négliger l’influence psychologique que la répétition de ces sabotages joua auprès de certaines couches de la population. Parfois des opérations étaient organisées dans le but de faire comprendre à certains qu’ils ne devaient pas travailler pour l’occupant. A la veille de la fête Sainte-Barbe de 1943, des Résistants s’attaquèrent à la locomotive du train des mineurs en gare de Callenelle. Ils dynamitèrent la bielle empêchant ainsi le train de poursuivre sa route vers le Borinage. Pour être tout à fait certain que le train ne parte pas, les aiguillages face à l’usine de boules de billards avaient été cisaillés. Ce fut seulement le lendemain matin que le convoi reprit le départ remorqué par une autre locomotive. Les Résistants voulaient empêcher les mineurs de se rendre à leur travail pour retarder les livraisons de charbon à l’industrie de guerre allemande. De plus, ils tentèrent de raisonner les ouvriers en leur faisant comprendre qu’en freinant la production, ils hâtaient la victoire des Alliés.


Devaux Marcel [Roucourt]
de retour de Neuengamme

Train de munitions

Ce serait faire preuve de subjectivité que d’affirmer que toutes les missions furent couronnées de succès éclatants comme va nous le prouver cette tentative de déraillement d’un train de munitions. Ce fut tout à l’honneur de la Résistance de poursuivre sans relâche son action.
Vers le mois d’avril-mai 1944, des cheminots apprirent qu’un train de munitions allemand allait emprunter la ligne 78 Tournai-Mons. Cette information, donnée dans la journée, trouva son exécution dans la soirée du même jour. D’après les renseignements obtenus, ce train devait vraisemblablement traverser vers 23 heures les bois de la Roë. Pour effectuer ce coup de main, une dizaine de Résistants avaient été requis et le lieu de ralliement avait été fixé derrière les écoles de la Roë au lieu dit « Queue de l’agache ». Généralement, c’était par groupe de deux ou trois Résistants que se formaient les petits commandos, ceci par mesure de sécurité. Si l’un des deux ou trois venait à tomber aux mains des Allemands, par la torture, il leur était possible d’obtenir des noms de camarades Résistants et de ce fait, démembrer tout le réseau ; mais, de cette manière, rien ne pouvait se produire, excepté pour les hommes du petit groupe. Or, pour cette opération de grosse importance, il fallait réunir plusieurs commandos et de ce fait se connaître. En d’autres moments, lorsque la préparation pouvait se faire en plusieurs jours, il aurait été fait appel à d’autres commandos voisins ne se connaissant pas. Le temps manquait, il fallait donc recruter parmi les hommes se trouvant en ville. C’est ainsi que furent réunis vers 21 h 30, les hommes de différents groupes. Ils arrivèrent deux par deux et après le mot de passe à la lueur blafarde de la lune, ils se reconnurent. A chacun, l’étonnement fut grand de voir un ami qu’on ne soupçonnait pas d’être dans les rangs de la Résistance. Etant tous cachés dans la haie bordant le chemin, ils durent attendre la venue des responsables. Ceux-ci arrivèrent bientôt avec les armes et les outils nécessaires pour effectuer le déraillement. Après avoir distribué à chacun les armes et réparti le matériel (clefs à mollettes, à tire-fond et pinces) ils se dirigèrent vers le point de sabotage en empruntant les sentiers. Dans le bois de la Roë, les lignes étaient posées sur un talus d’environ trois mètres de hauteur ce qui allait permettre de projeter le convoi dans le ravin. Le lieu fixé se trouvait à mi-chemin du passage à niveau non gardé et du pont de Grosmont.
Après avoir mis en place les sentinelles, le travail commença, dur et laborieux. Ce n’était pas certes commode de dévisser des tire-fond et de déboulonner les éclisses reliant les rails, travail d’autant plus pénible que le temps pressait, car le train pouvait arriver à tout instant. Les horaires n’étaient pas toujours respectés surtout lorsqu’il s’agissait d’un convoi militaire. Par la résonance sur le rail, les Résistants devinèrent l’approche du convoi. Que faire ? Il leur fallait encore du temps pour coucher ce rail... Ils le déboîtèrent. De combien ? Cinq centimètres peut-être... Il ne leur était plus possible d’attendre, car le train s’engageait sur le pont. Ils évacuèrent les lieux et se mirent sous le couvert des arbres, les armes pointées en direction du talus. Si la mission réussissait, ils auraient dû combattre les soldats de garde sur le convoi. La masse sombre du train s’approcha à vive allure... Et à l’endroit même où se trouvait la ligne sabotée, la locomotive passa sans heurts... entraînant à sa suite les wagons ! Les uns étaient chargés de chars et de canons, les autres fermés contenaient certainement des munitions. Déçus, les hommes rentrèrent chez eux.


Libération à Callenelle