Le service de ravitaillement local.
Le bureau de ravitaillement fut d’abord installé dans les locaux de la bibliothèque communale jusqu’à fin 1940. Puis, il fut transféré à la rue de Roucourt, à l’emplacement de la Ruche Ouvrière. Il y resta en 1941. A cette date, le bureau de ravitaillement réintégra son premier emplacement sur la Grand-Place et ce jusqu’en 1945.
Le bureau de ravitaillement dépendait du Ministère de l’Agriculture et du Ravitaillement. P. Vandecasteele fut le seul commis officiel désigné par le Ministère des Armées. Autour de lui, gravitaient des employés détachés de leur service respectif tels Befayt et Deplus (employés communaux), Claude Bachy (P.T.T.), Edmond Hanot (employé de banque), Eugène Menu(clerc de notaire chez Simon), Marcel Blois (T.T.), etc... Le 2 février 1943, René Remy, en remplacement de Moise Durieux, tué au front, et Gabriel Dufour furent nommés employés à titre temporaire. Le 16 mars 1943, Lepez fut déchargé de ses fonctions au bureau de ravitaillement et occupa les fonctions de receveur communal intérimaire, en remplacement d’Albert Pottiez. Le 30 mars 1943, Pierre Vandecasteele remplaça Lepez à la téte du bureau de ravitaillement. Aimé Befayt y entrait le 6 juin 1943. Vu le rappel des commis des Postes et des télégraphes, Jean Mazurelle et Alfred Soufflet y travaillèrent à partir du 1 décembre 1943. Clovis Delannoy, Marie-Louise Bridoux et Suzanne Delvaux furent désignés, toujours à titre temporaire, le 26 juin 1944.

Chacun avait plus ou moins sa tâche, mais les interpénétrations étaient bien sûr courantes. Ils formèrent tous une équipe homogène. Claude Bachy avait dans ses attributions les timbres, les relations avec les épiciers, les grossistes, Marcel Blois, la récupération des timbres, Pierre Vandecasteele, les pommes de terre et les timbres noirs, Maurice Deplus, chef du cheptel, le recensement agricole, les relations avec les fermiers et la Kommandantur, Befayt, l’annulation des timbres rapportés par les commerçants, etc...

Le bureau de ravitaillement recevait de Bruxelles, diverses espèces de timbres :
- les timbres généraux courants (pain, viande, sucre, etc…) ;
- les timbres spéciaux pour savon, textile (distribution plus périodique) ;
- les timbres de couleur noire pour travailleurs « lourds », « légers », « forestiers », etc…
- les timbres pour les Allemands
- les timbres pour enveloppes caoutchoutées destinées aux vélos des mineurs... 
La couleur des timbres changeait chaque mois ; des permutations pouvaient avoir lieu (un diabétique troquait le sucre contre d’autres produits).
Les approvisionnements des commerçants se faisaient judicieusement au prorata de leurs clients. Ils devaient fournir régulièrement la liste de ceux-ci et de leurs besoins, ceci afin d’éviter certaines fraudes. Un contrôle s’opérait chaque mois quand les commerçants rentraient leurs feuilles de timbres reçus des consommateurs et les fermiers, en plus, étaient tenus de remettre leurs inventaires de céréales, de bétail, les contrats de pommes de terre, etc...
Les timbres étaient entreposés à la Banque Nationale et chaque mois, le bureau de ravitaillement en recevait 8000. Le bureau les répartissait par rues et par secteurs. La quantité reçue était, bien sûr, proportionnelle au nombre d’individus de chaque famille.
Le bureau de ravitaillement joua un grand rôle dans le soutien des illégaux, des réfractaires, etc... en usant de nombreux subterfuges. En fait, il regroupait des employés qui appartenaient à divers mouvements de Résistance. Cette aide commença en novembre 1942. Les principaux artisans en furent Arthur Remy, Claude Bachy et Eugène Menu.

Le renforcement de la fiscalité

L’organisation de l’Ordre Nouveau coûtait cher : il était vain à l’époque de vouloir dissimuler la chose. Les économies qui pouvaient être réalisées par un fonctionnement plus rationel des rouages administratifs et par la fin de certaines gabegies étaient absorbées largement par les dépenses nouvelles imposées à l’Etat.
Il fallut donc compter sur le maintien, voire même le renforcement de la fiscalité, non seulement vu les circonstances, en raison de l’état de guerre, mais pour l’aménagement de l’Ordre Nouveau ! Seulement, le chiffre absolu de l’impôt n’était pas le plus important ; ce qui comptait, c’était son rapport avec le revenu national, sa répartition équitable et surtout l’emploi qui en était fait.

Le contribuable paierait autant et peut-être plus ; mais il en aurait pour son argent ! A ce propos, Plisnier, secrétaire aux finances, se distingua des autres par son attitude digne et sa résistance aux Allemands. Il osa envoyer aux autorités occupantes, un rapport sur la situation financière de la Belgique. Ces chiffres auxquels la presse asservie ne faisait jamais allusion, illustraient de manière saisissante l’étrange conception que se faisait l’Allemagne nazie de l’ordre nouveau européen, basé sur la « justice pour tous les peuples ». On savait donc qu’ en juillet 1940, l’autorité allemande avait exigé de la Belgique un versement de 3 milliards de francs comme avance sur les frais d’occupation. On savait aussi que vers la fin novembre 1940, un nouvel acompte de 2 milliards 500 millions avait été réclamé. Mais savait-on que cette somme de 5 milliards 500 millions ne constituait qu’une partie des frais d’occupation de 1940 et que, d’après des déclarations allemandes, il fallait ajouter 4 milliards au minimum. Savait-on que pour l’année 1941, les Allemands comptaient réclamer 1 milliard 250 millions par mois, soit 15 milliards par an, alors que tout le budget belge n’atteignait pas 11 milliards par an. Savait-on enfin que ces sommes de 9 milliards pour 1940 et de 15 milliards pour 1941 ne couvraient pas toutes les exigences de l’occupant ? Outre ces montants, la Belgique devait payer :

- les frais de logement des troupes et des services chez les particuliers ;
- le montant des réquisitions opérées par l’armée allemande, en Belgique, qui s’élevait, d’après les estimations les plus modérées, à 2 milliards 500 millions ;
- les frais du contrôle des banques exercé par l’ennemi ;
- les frais du service allemand des chemins de fer belges qui s’élevaient à 30 millions par mois ;
- une somme de 500 millions, constituée per les soldes créditeurs de l’Armée Belge à l’office des chèques postaux, intégrés à ceux du Trésor.
Pendant l’occupation de 1914-1918, les Allemands avaient exigé 40 millions de francs or par mois, soit 400 millions au taux de 1940. Cette somme couvrait non seulement tous les frais d’occupation, mais également ceux de l’administration du pays, administration alors exclusivement assurée par eux. En 1941, l’Allemagne réclamait 1 milliard 250 millions par mois. Cette somme ne couvrait cette fois que les frais d’occupation seulement, car l’administration restait assumée et payée par la Belgique. L’occupant cachait soigneusement le nombre d’hommes qu’il entretenait sur les ressources belges. L’armée allemande exigeait 500.000 Kgs de beurre par mois; d’après cet indice, elle se composait de 650 à 700.000 unités. L’entretien et la nourriture de chacun de ces hommes coûtaient 60 à 65 frs par jour, à l’exclusion de la solde et des armements, alors que les frais d’entretien et de nourriture du soldat belge n’avaient jamais dépassé 10,93 frs par jour et par homme, et que l’effectif militaire pendant la période de neutralité armée comportait 500.000 hommes.
Pour faire face aux frais de l’administration du pays, aux dépenses provoquées par la guerre, aux contributions réclamées par l’occupant pour les deux premières années de guerre, notre pays dut débourser la somme fantastique de 41 milliards 500 millions et, de ce montent, 21 milliards étaient destinés aux Allemands. Si le montant des impôts fut porté de 11 milliards à 16 milliards, la Belgique dut encore emprunter 25 milliards en 1941 pour répondre au diktat de l’Allemagne.
Si, à ces données précises, on ajoutait les prélèvements massifs sur les stocks de matières premières et de réserves alimentaires, on aurait un tableau assez exact de la politique d’exaction du III° Reich à l’égard de notre pays.
Des mesures concrètes furent prises rapidement. C’est ainsi, qu’à titre d’exemple, les amendes pour infractions à la police de roulage et de la circulation furent renforcées dès le 7 mai 1941.
Le 1 août 1941, les tarifs postaux n’échappèrent pas aux ponctions financières imposées par l’occupant.
Deux faits fiduciaires marquèrent ces années de guerre. D’une part, l’apparition sur le marché de faux billets de 1000 frs et d’autre part, la disparition des pièces de 5 frs en nickel pur.
Celles-ci cessèrent d’avoir cours légal le 1 juillet 1941. Cette mesure visait toutes les pièces, aussi bien les petites portant l’empreinte du lion belge (diamètre de 25 millimètres) que les modèles plus grands (diamètre de 31 millimètres), portant les effigies d’Albert 1° et Léopold III. Les pièces de 5 frs en zinc à l’effigie de Léopold III, millésime 1941, eurent, seules, cours légal, concurremment avec les billets de 5 francs. Le Moniteur des 29 et 30 juin publia un arrêté annonçant la frappe de pièces de monnaie de 25, 10 et 5 centimes en zinc. Elles eurent cours légal, entre particuliers, jusqu’à concurrence de 5 francs pour chaque paiement.
Le 29 juin 1943, la Banque Nationale signala qu’elle avait constaté la circulation de faux billets de 1000 frs, type 1928 (type 1919 portant mention de la valeur en belgas), avec griffes au recto et au verso. Elle donna les caractéristiques principales du billet contrefait : papier : mou, peu sonore au froissement ; filigrane : teinté, formant un cercle d’un gris sale (surtout visible au verso du billet ; numéros : caractères plus arrondis que ceux des billets authentiques et, conséquemment, serrés dans le cadre qui leur était réservé.