LERIDAS
Quand un parachutage était prévu, la BBC l'annonçait vers 19 h 25.  Le message comprenait les quatre premières lettres de LERIDAS, deux prénoms masculins suivis de deux prénoms féminins (exemple : Léon et Emile embrassent Rita et Ida ...) Par ce moyen, le corps des Partisans savait que l'opération aurait lieu la nuit.  Ajoutons qu'ils devaient s'entourer de toutes les garanties nécessaires de sécurité de sorte que la fidélité d'un membre ou l'honnêteté du recruteur résistant était confirmée tous les 7 et 21 de chaque mois par le massage " Le canapé est au milieu du salon ".  A ce moment, le feu vert était donné.  Le terrain était balisé par trois torches blanches distantes les unes des autres d'environ 200 mètres qui indiquaient la direction du vent.  Une torche rouge marquait le point de largage. Quand l'avion survolait le terrain, les Résistants prenaient contact avec lui au moyen de torches.  La lettre L était transmise en morse.  L'avion lâchait alors les containers dans le sens contraire au vent de sorte qu'ils tombaient à l'endroit prévu.
Ceux qui n'assistèrent jamais à une semblable opération, ne peuvent imaginer les dangers encourus, la somme de précautions à prendre, l'effort considérable qu'il fallait faire pour recueillir, transporter, camoufler, ranger ensuite les containers que l'avion larguait.
Il fallait prévoir le balisage du terrain, la garde de celui-ci, dépister les curieux éventuels, éviter les Allemands et les rexistes, trouver le moyen de transport du matériel, etc... - C'est vous dire l'anxiété et l'énervement des participants. - Dans la nuit, les ombres se déplaçaient sans bruit, les oreilles tendues, cherchant un bruit de moteur qui tardait à se faire entendre au gré de chacun.  Le Partisan connaissait exactement sa mission.  Il n'y avait plus qu'à attendre ... Les minutes passaient, interminablement longues! Au loin, Chièvres... Pourvu qu'il ne repère pas le Lancaster tant attendu! Le temps fuyait lentement, trop lentement ... Et même pas la permission de fumer une cigarette! Brusquement, le ronronnement des moteurs perçait la nuit.  Il était là!
Par la suite, les Résistants disposèrent d'un appareil radio émetteur - récepteur d'une portée de 7 kilomètres.  Ils évitèrent cependant de l'employer, craignant le repérage radio allemand.  Après le largage, l'avion repassait pour s'assurer que tout s'était bien passé.  Quand tout allait bien, il battait des ailes en signe d'acquiescement.
Chaque fois, les Résistants recevaient jusqu'à 1500 Kgs de matériel qui se répartissait en armes, en munitions et en explosifs.  Une partie des marchandises était transportée immédiatement en lieux sûrs et le reste était enterré sur le terrain même. Celui-ci, le lendemain était labouré et hersé par R. Bourdon pour faire disparaître toutes les traces.  Parfois le matériel était transporté à la ferme Allard à Braffe.  Une équipe armée de mitraillettes assurait la sécurité du terrain et chacun devait connaître le mot de passe.  Ceux qui étaient souvent présents à LERIDAS furent Emile Leroy, Claude et Raymond Bachy, Arthur Pétillon, Nandy Genotte, Raymond Fougnies, Gilbert Aupaix, Marcel Devaux, Emilia Bachy, etc ... Jamais à la Baraque du Moine, des opérations de parachutage ne furent troublées par un quelconque incident avec l'ennemi.


Dimanche 3 septembre 1944 : les Résistants viennent d'apprendre la mort de leur camarade Baijot...
Au centre, les visages attristés de Roland [Raymond Bachy] et Scarlett [Emilia Bachy]
sur la Grand-Place de Péruwelz
- au fond : rue Astrid -

Arthur Pétillon ( Eugène, son nom de guerre ) prit part à tous les parachutages.  Un grave incident avec l'ennemi faillit compromettre ses activités.  Logeant habituellement chez  Roger Horlent à Quevaucamps, il était revenu pour le parachutage du 31 mars 1944 et occupait son logement clandestin péruwelzien (Bataille).  Le soir, devant regagner Quevaucamps à vélo, il décida de partir seul.  Mal lui en prit, car au tournant de la rue du Ponsard, près des Etablissements Midol, il se trouva nez à nez avec une patrouille de douze Allemands.  Eugène tira sur l'adversaire.  Deux Allemands furent blessés.  Il tourna son vélo et à toute vitesse, tenta de s'échapper.  Mais, il n'alla pas loin, les Allemands s'étaient ressaisis. Ils tirèrent et Arthur Pétillon sentit qu'il avait été touché.  Il tomba de son vélo, enleva la mitraillette qu'il portait au cou, la pointa adroitement et lança trois rafales à chargeur complet dans la direction des nobles enfants de la Teutonie qui se sauvèrent.  Il perdait du sang et voulut s'échapper au plus vite.  Il partit par la cour des Ets Demarbre, se dirigea vers le bâtiment des Frères Saint-Gabriel (actuellement le Home Delano) et atteignit le domicile de Raymond Bachy à la rue des Américains.  Celui-ci le conduisit chez Bataille.  Le docteur Delcoigne l'évacua vers Grosmont pour le soigner, il avait le poumon transpercé.  Quelques semaines plus tard, il repartit vers Frasnes puis regagna Quevaucamps.

Il est certain qu'Arthur Pétillon fut à peu près de toutes les action importantes.  Sa famille le prédisposait quelque peu dans ce sens.  Un de ses grands-oncles, le major Pétillon fut un des premiers pionniers du Congo Belge.  Son père, athlète, eut aussi des titres patriotiques éclatants.  Volontaire de la première guerre mondiale, il fut de tous les coups de main délicats, aux postes les plus dangereux. Par deux fois, quoique blessé, il refusa de quitter les tranchées.  Et dès le début de l'occupation allemande, non seulement la fille et le fils firent de la Résistance, mais sous l'impulsion de son père qui dirigeait le Cercle de Gymnastique Péruwelzien, tous les jeunes gymnastes entrèrent dans le bon combat ... Eugène put passer à travers les filets de la Gestapo mais le père fut pris à sa place et interné au camp de Neuengamme.  Il serait mort à Hambourg, expédié en commando.