Le muralisme mexicain
La peinture murale mexicaine a été l’expression la plus connue de l’avant-garde des arts plastiques au Mexique. Elle a été aussi l’art officiel de l’Etat mexicain du XX°siècle. Bien que souvent les termes d’ « avant-garde » et d’ « Etat » s’opposent, cela n’a pas été le cas au Mexique. L’Etat mexicain est né des compromis, des intérêts et des aspirations de toute une série de factions qui se sont battues pendant la révolution mexicaine de 1910 à 1917. Pendant une bonne partie du XX°siècle, la révolution a été intégrée au patrimoine officiel, tout en devenant au fur et à mesure une image de plus en plus floue et schématique. Etant donné qu’il s’agissait d’un Etat qui en appelait directement au soutien des masses et n’accordait l’obtention du pouvoir qu’à un seul et unique parti politique, les batailles concernant l’avant-garde culturelle ont été contenues à l’intérieur des limites établies par une idéologie nationaliste complexe. Les artistes ont illustré les livres scolaires publiés par le gouvernement, et participé avec enthousiasme aux expositions internationales nées de projets diplomatiques. On regrette souvent que la politique se mêle de création artistique mais, dans le cas des artistes mexicains, ce sont bien eux qui ont voulu intégrer les arts à la politique.
 

Rivera
Marchande de fleurs

Leal
Campement d'un colonel zapatiste

La peinture murale a pris son essor dans les années 1921 à 1924. Pendant cette période, le secrétaire d’Etat à l’Education publique, José Vasconcelos, a parrainé la décoration de plusieurs bâtiments publics importants, tous dépendant de l’enseignement, par une partie de la jeune génération de peintres mexicains. II a aussi favorisé le retour de créateurs moins jeunes, partis en Europe pendant la décennie précédente. Le plus célèbre d’entre eux, Diego Rivera, avait vécu à Paris et en Espagne pendant presque toute la durée de la révolution mexicaine. Mais ces artistes rapatriés par Vasconcelos n’étaient pas tous partisans du groupe politique qui l’avait emporté lors de la Révolution, groupe originaire de l’état de Sonora, au nord du pays, et qui avait à sa tête le président Alvaro Obregôn. Certains d’entre eux, comme le Docteur Atl et José Clemente Orozco, s’étaient même engagés auprès d’autres factions que celle de Sonora dans des tâches de propagande. La plupart d’entre eux - comme Roberto Montenegro, Fernando Leal, Ramon Alva de la Canal ou Fermin Revueltas - n’avaient pas pris part à la lutte armée. Seul David Alfaro Siqueiros avait été officier dans l’une des armées de Sonora. La grande diversité d’intellectuels rassemblés par Vasconcelos préfigure l’une des grandes caractéristiques de l’Etat postrévolutionnaire : son aptitude à coopter dissidents, critiques et opposants, faisant de ses ennemis des alliés. C’est la création de ce rassemblement hétérogène qui a fait dire que la peinture murale mexicaine était issue de la révolution. En fait, il s’est agi de simplifier et d’unifier idéalement un processus hétérogène et non pas linéaire, la « révolution », processus social très complexe dans lequel se sont mis en oeuvre des projets antagoniques.

Les muralistes les plus connus, Orozco, Rivera et Siqueiros, s’étaient formés à une Ecole nationale des beaux-arts encore désignée par son ancien nom « Academia de San Carlos ». Au début du XX°siècle, presque toute la pédagogie de cette académie, relativement conservatrice, était hiérarchiquement organisée autour des notions à caractère humaniste de « composition » et de « décoration ». En dépit de cette idéologie, la peinture murale sut être une réponse active aux alternatives plus radicales de l’avant-garde telles que l’abstraction ou le photomontage. Les séjours en Europe d’artistes comme Rivera, Siqueiros, Monténégro et Atl (dans le Paris des années 20), des deux premiers en Union soviétique (en 1928) et d’Orozco, Rivera et Siqueiros aux Etats-Unis pendant la grande dépression, ont joué un rôle crucial. Cette ambiguïté rend donc difficile une définition nette du muralisme.

 
 

Rivera
Esclaves dans une plantation de sucre

Rivera
Maïs

 

In :
*  Lille2004 – Capitale Européenne de la Culture
    Exposition : musée d’Art Moderne Lille Métropole
    Villeneuve d’Ascq 2004-2005
*  Mexique-Europe
    Allers-Retours 1910-1960
    Editions Cercle d’Art – Paris – 2004